The Project Gutenberg EBook of Promenades et intrieurs, by Franois Coppe

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: Promenades et intrieurs

Author: Franois Coppe

Release Date: March 11, 2005 [EBook #15324]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADES ET INTRIEURS ***




Produced by Ebooks libres et gratuits; this text is also available
at http://www.ebooksgratuits.com in Word format, Mobipocket Reader
format, eReader format and Acrobat Reader format.








Franois Coppe



PROMENADES ET INTRIEURS



(1842-1908)





Table des matires

I
Promenades et Intrieurs
II
Mon pre
Compliment
Morceau  quatre mains
Adagio
L'amazone
Ritournelle
La ferme
La cueillette des cerises
Le rve du pote
La mmoire
Rponse
 un ange gardien
Romance
Lettre
Fvrier
Avril
Mai
Juin
Aot
Dcembre
III
En faction
Le chien perdu
Tableau rural
Croquis de banlieue
Cheval de Renfort
Au bord de la Marne
Rythme des vagues
Matin d'octobre
Muse de marine
Nostalgie parisienne
IV
 mes jeunes camarades, aux quipiers du Club nautique de Chatou
crit sur l'Album des Chats d'Henriette Ronner





I


Promenades et Intrieurs
Lecteur,  toi ces vers, graves historiens
De ce que la plupart appelleraient des riens.
Spectateur indulgent qui vis ainsi qu'on rve,
Qui laisses s'couler le temps et trouves brve
Cette succession de printemps et d'hivers,
Lecteur mlancolique et doux,  toi ces vers!
Ce sont des souvenirs, des clairs, des boutades,
Trouvs au coin de l'tre ou dans mes promenades,
Que je te veux conter par le droit bien permis
Qu'ont de causer entre eux deux paisibles amis.

* * * * *

Prisonnier d'un bureau, je connais le plaisir
De goter, tous les soirs, un moment de loisir.
Je rentre lentement chez moi, je me dlasse
Aux cris des coliers qui sortent de la classe;
Je traverse un jardin, o j'coute, en marchant,
Les adieux que les nids font au soleil couchant,
Bruit pareil  celui d'une immense friture.
Content comme un enfant qu'on promne en voiture,
Je regarde, j'admire, et sens avec bonheur
Que j'ai toujours la foi nave du flneur.

* * * * *

C'est vrai, j'aime Paris d'une amiti malsaine;
J'ai partout le regret des vieux bords de la Seine.
Devant la vaste mer, devant les pics neigeux,
Je rve d'un faubourg plein d'enfance et de jeux,
D'un coteau tout pel d'o ma Muse s'applique
 noter les tons fins d'un ciel mlancolique,
D'un bout de Bivre, avec quelques champs oublis,
O l'on tend une corde aux troncs des peupliers
Pour y faire scher la toile et la flanelle,
Ou d'un coin pour pcher dans l'le de Grenelle.

* * * * *

J'adore la banlieue avec ses champs en friche
Et ses vieux murs lpreux, o quelque ancienne affiche
Me parle de quartiers ds longtemps dmolis.
 vanit! Le nom du marchand que j'y lis
Doit orner un tombeau dans le Pre-Lachaise.
Je m'attarde. Il n'est rien ici qui ne me plaise,
Mme les pissenlits frissonnant dans un coin.
Et puis, pour regagner les maisons dj loin,
Dont le couchant vermeil fait flamboyer les vitres,
Je prends un chemin noir sem d'cailles d'hutres.

* * * * *

Le soir, au coin du feu, j'ai pens bien des fois
 la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids dserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.
Oh! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver!
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs dlicats squelettes
Dans le gazon d'avril, o nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?[1]

* * * * *

N'tes-vous pas jaloux en voyant attabls,
Dans un gai cabaret entre deux champs de bls,
Les soirs d't, des gens du peuple sous la treille?
Moi, devant ces amants se parlant  l'oreille
Et que ne gne pas le pre, tout entier
 l'offre d'un lapin que fait le gargotier,
Devant tous ces dneurs, gais de la nappe mise,
Ces joueurs de bouchon en manches de chemise,
Coeurs satisfaits pour qui les dimanches sont courts,
J'ai regret de porter du drap noir tous les jours.

* * * * *

Vous en rirez. Mais j'ai toujours trouv touchants
Ces couples de pioupious qui s'en vont par les champs,
Cte  cte, pluchant l'corce de baguettes
Qu'ils prirent aux bosquets des prochaines guinguettes.
Je vois le sous-prfet prsidant le bureau,
Le paysan qui tire un mauvais numro,
Les rubans au chapeau, le sac sur les paules,
Et les adieux nafs, le soir, auprs des saules,
 celle qui promet de ne pas oublier
En s'essuyant les yeux avec son tablier.

* * * * *

Un rve de bonheur qui souvent m'accompagne,
C'est d'avoir un logis donnant sur la campagne,
Prs des toits, tout au bout du faubourg prolong,
O je vivrais ainsi qu'un ouvrier rang.
C'est l, me semble-t-il, qu'on ferait un bon livre.
En hiver, l'horizon des coteaux blancs de givre;
En t, le grand ciel et l'air qui sent les bois;
Et les rares amis, qui viendraient quelquefois
Pour me voir, de trs loin, pourraient me reconnatre,
Jouant du flageolet, assis  ma fentre.

* * * * *

Quand sont finis le feu d'artifice et la fte,
Morne comme une arme aprs une dfaite,
La foule se disperse. Avez-vous remarqu
Comme est silencieux ce peuple fatigu?
Ils s'en vont tous, portant de lourds enfants qui geignent,
Tandis qu'en infectant des lampions s'teignent.
On n'entend que le rythme inquitant des pas;
Le ciel est rouge; et c'est sinistre, n'est-ce pas?
Ce fourmillement noir dans ces troites rues
Qu'assombrit le regret des splendeurs disparues!

* * * * *

C'est un boudoir meubl dans le got de l'Empire,
Jaune, tout en velours d'Utrecht. On y respire
Le charme un peu vieillot de l'Abbaye-aux-Bois:
Croix d'honneur sous un verre et petits meubles droits,
Deux portraits, -- une dame en turban qui regarde
Un pompeux colonel des lanciers de la garde
En grand costume, peint par le baron Grard, --
Plus une harpe auprs d'un piano d'rard,
Qui dut accompagner bien souvent, j'imagine,
Ce qu'Alonzo disait  la tendre Imogine.

* * * * *

Champtres et lointains quartiers, je vous prfre
Sans doute par les nuits d't, quand l'atmosphre
S'emplit de l'odeur forte et tide des jardins;
Mais j'aime aussi vos bals en plein vent d'o, soudains,
S'chappent les clats de rire  pleine bouche,
Les polkas, le hochet des cruchons qu'on dbouche,
Les gros verres trinquant sur les tables de bois,
Et, parmi le chaos des rires et des voix
Et du vent fugitif dans les ramures noires,
Le grincement rythm des lourdes balanoires.

* * * * *

Le Grand-Montrouge est loin, et le dur charretier
A men sa voiture  Paris, au chantier,
Pleine de lourds moellons, par les chemins de boue;
Et voici que, marchant  ct de la roue,
Il revient, coutant, de fatigue abreuv,
Le pas de son cheval qui frappe le pav.
Et moi, j'envie, au fond de mon coeur, ce pauvre homme;
Car lui, du moins, il a bon apptit, bon somme,
Il vit sa rude vie ainsi qu'un animal,
Et l'automne qui vient ne lui fait pas de mal.

* * * * *

J'cris prs de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge.
Toute petite, en noir, dans le grand fauteuil rouge,
Tranquille auprs du feu, ma vieille mre est l;
Elle songe sans doute au mal qui m'exila
Loin d'elle, l'autre hiver, mais sans trop d'pouvante,
Car je suis sage et reste au logis, quand il vente.
Et puis, se souvenant qu'en octobre la nuit
Peut frachir, vivement et sans faire de bruit,
Elle met une bche au foyer plein de flammes.
Ma mre, sois bnie entre toutes les femmes!

* * * * *

Volupt des parfums! -- Oui, toute odeur est fe.
Si j'pluche, le soir, une orange chauffe,
Je rve de thtre et de profonds dcors;
Si je brle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,
Dans la fort d'hiver les chasseurs faire halte;
Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte
Rpand, infect et noir, autour de son chaudron,
Je me crois sur un quai parfum de goudron,
Regardant s'avancer, blanche, une golette
Parmi les diamants de la mer violette.

* * * * *

Noces du samedi! noces o l'on s'amuse,
Je vous rencontre au bois o ma flneuse Muse
Entend venir de loin les cris factieux
Des femmes en bonnet et des gars en messieurs
Qui leur donnent le bras en fumant un cigare,
Tandis qu'en un bosquet le mari s'gare,
Souvent imberbe et jeune, ou parfois mr et veuf,
Et tout fier de sentir sur sa manche en drap neuf,
Chef-d'oeuvre d'un tailleur-concierge de Montrouge,
Sa femme, en robe blanche, taler sa main rouge.

* * * * *

L'cole. Des murs blancs, des gradins noirs, et puis
Un christ en bois orn de deux rameaux de buis.
La soeur de charit, rose sous sa cornette,
Fait la classe, tenant sous son regard honnte
Vingt fillettes du peuple en simple bonnet rond.
La bonne soeur! Jamais on ne lit sur son front
L'ennui de rpter les choses cent fois dites!
Et, sur les premiers bancs, o sont les plus petites,
Elle ne veut pas voir tous les yeux pier
Un hanneton captif marchant sur du papier.

* * * * *

Depuis que son garon est parti pour la guerre,
La veuve met les deux couverts comme nagure,
Sert la soupe, remplit un grand verre de vin,
Puis, sur le seuil, attend qu'un envoy divin,
Un pauvre, passe l pour qu'elle le convie.
Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie,
Et la vieille maman prend sa peine en douceur.
Mais l'picier d'en face est un libre penseur
Et songe: -- Peut-on croire  de telles grimaces?
Les superstitions abrutissent les masses.

* * * * *

Il a neig la veille et, tout le jour, il gle.
Le toit, les ornements de fer et la margelle
Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,
Sont comme ouats, et, dans le jardin, tout est blanc.
Le grsil a fig la nature, et les branches
Sur un doux ciel perl dressent leurs gerbes blanches.
Mais regardez. Voici le coucher de soleil.
 l'occident plus clair court un sillon vermeil.
Sa soudaine lueur ferique nous arrose,
Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.

* * * * *

De la rue on entend sa plaintive chanson.
Ple et rousse, le teint plein de taches de son,
Elle coud, de profil, assise  sa fentre.
Trs sage et sachant bien qu'elle est laide peut-tre,
Elle a son d d'argent pour unique bijou.
Sa chambre est nue, avec des meubles d'acajou.
Elle gagne deux francs, fait de la lingerie
Et jette un sou quand vient l'orgue de Barbarie.
Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai
Qui leur vaut son petit sourire fatigu.

* * * * *

Dans ces bals qu'en hiver les mres de famille
Donnent  des bourgeois pour marier leur fille,
En faisant circuler assez souvent, pas trop,
Les petits-fours avec les verres de sirop,
Presque toujours la plus jolie et la mieux mise,
Celle qui plat et montre une grce permise,
Est sans dot, -- voulez-vous en tenir le pari? --
Et ne trouvera pas, pauvre enfant, un mari.
Et son pre, officier en retraite, pas riche,
Dans un coin, fait son whist  quatre sous la fiche.

* * * * *

Comme  cinq ans on est une grande personne,
On lui disait parfois: Prends ton frre, mignonne,
Et, fire, elle portait dans ses bras le bb,
Quels soins alors! L'enfant n'tait jamais tomb.
Trs grave, elle jouait  la petite mre.
Hlas! le nouveau-n fut un ange phmre.
On prit sur son berceau mesure d'un cercueil;
Et la soeur de cinq ans a des habits de deuil,
Ne parle ni ne joue et, trs proccupe,
Se dit: Je n'aime plus maintenant ma poupe.

* * * * *

Je rve, tant Paris m'est parfois un enfer,
D'une ville trs calme et sans chemin de fer,
O, chez le sous-prfet, en vieux garon affable,
Je lirais, au dessert, mon ptre ou ma fable.
On se dirait tout bas, comme un mignon pch,
Un quatrain trs mordant que j'aurais dcoch.
L, je conserverais de vagues hypothques.
On voudrait mon avis pour les bibliothques;
Et j'y rtablirais, disciple consol,
Nos matres, Esmnard, Lebrun, Chnedoll.

* * * * *

Assis, les pieds pendants, sous l'arche du vieux pont,
Et sourd aux bruits lointains  qui l'cho rpond,
Le pcheur suit des yeux le petit flotteur rouge.
L'eau du fleuve ptille au soleil. Rien ne bouge.
Le lige soudain fait un plongeon trompeur,
La ligne saute. -- Avec un hoquet de vapeur
Passe un joyeux bateau tout pavois d'ombrelles;
Et, tandis que les flots apaisent leurs querelles,
L'homme, un instant tir de son rve engourdi,
Met une amorce neuve et songe: -- Il est midi.

* * * * *

Malgr ses soixante ans, le joyeux invalide
Sur sa jambe de bois est encore solide.
Quand il touche l'argent de sa croix, un beau soir,
Il s'en va, son repas serr dans un mouchoir,
Et, vers le Champ de Mars, entrane  la barrire,
Un conscrit, le bonnet de police en arrire;
Et l, plein d'abandon, vers le pousse-caf,
Son bton  la main, le bonhomme chauff
Conte au jeune soldat et lui rend saisissable
La bataille d'Isly qu'il trace sur le sable.

* * * * *

De mme que Rousseau jadis fondait en pleurs
 ces seuls mots: Voil de la pervenche en fleurs,
Je sais tout le plaisir qu'un souvenir peut faire.
Un rien, l'heure qu'il est, l'tat de l'atmosphre,
Un battement de coeur, un parfum retrouv,
Me rendent un bonheur autrefois prouv.
C'est fugitif, pourtant la minute est exquise.
Et c'est pourquoi je suis trs heureux  ma guise
Lorsque, dans le quartier que je sais, je puis voir
Un calme ciel d'octobre,  cinq heures du soir.

* * * * *

Le printemps est charmant dans le Jardin des Plantes.
Les cris des animaux, les odeurs violentes
Des arbres et des fleurs exotiques dans l'air,
Cette cration, sous un ciel pur et clair,
Tout cela fait penser au paradis terrestre;
Et tout en coutant, sous un sapin alpestre,
Le grondement profond des lions en courroux,
On regarde, devant les nafs tourlourous,
Tendant la trompe, avec ses airs de gros espigle,
L'lphant engloutir les nombreux pains de seigle.

* * * * *

En plein soleil, le long du chemin de halage,
Quatre percherons blancs, vigoureux attelage,
Tirent pniblement, en butant du sabot,
Le lourd bateau qui fend l'onde de l'tambot;
Prs d'eux, un charretier marche dans la poussire.
La main au gouvernail, sur le pont,  l'arrire,
N'coutant pas claquer le brutal fouet de cuir,
Et regardant la rive et les nuages fuir,
Fume le marinier, sans se fouler la rate.
-- Le peuple et le tyran! me dit un dmocrate.


* * * * *

Prs du rail, o souvent passe comme un clair
Le convoi furieux et son cheval de fer,
Tranquille, l'aiguilleur vit dans sa maisonnette.
Par la fentre, on voit l'intrieur honnte,
Tel que le voyageur fivreux doit l'envier.
C'est la femme parfois qui se tient au levier,
Portant sur un seul bras son enfant qui l'embrasse.
Jetant un sifflement atroce, le train passe
Devant l'humble logis qui tressaille au fracas.
Et le petit enfant ne se drange pas.

* * * * *

L'alle est droite et longue, et sur le ciel d'hiver
Se dressent hardiment les grands arbres de fer,
Vieux ormes dpouills dont le sommet se touche.
Tout au bout, le soleil, large et rouge, se couche.
 l'horizon il va plonger dans un moment.
Pas un oiseau. Parfois un lger craquement
Dans les taillis dserts de la fort muette;
Et l-bas, cheminant, la noire silhouette,
Sur le globe empourpr qui fond comme un lingot,
D'une vieille  bton, ployant sous son fagot.

* * * * *

Hier, sur la grand'route o j'ai pass prs d'eux,
Les jeunes sourds-muets s'en allaient deux par deux,
Srieux, se montrant leurs mains toujours actives.
Un instant j'observai leurs mines attentives
Et j'coutai le bruit que faisaient leurs souliers.
Je restai seul. La brise en haut des peupliers
Murmurait doucement un long frisson de fte;
Chaque buisson jetait un trille de fauvette,
Et les grillons joyeux chantaient dans les bleuets.
Je penserai souvent aux pauvres sourds-muets.

* * * * *

Comme le champ de foire est dsert, la baraque
N'est pas ouverte, et sur son perchoir, le macaque
Cligne ses yeux mchants et grignote une noix
Entre la grosse caisse et le chapeau chinois;
Et deux bons paysans sont l, bouche bante,
Devant la toile peinte o l'on voit la gante,
Telle qu'elle a paru jadis devant les cours,
Soulevant dcemment ses jupons un peu courts
Pour qu'on ne puisse pas supposer qu'elle triche,
Et montrant son mollet  l'empereur d'Autriche.

* * * * *

J'cris ces vers, ainsi qu'on fait des cigarettes,
Pour moi, pour le plaisir; et ce sont des fleurettes
Que peut-tre il valait bien mieux ne pas cueillir;
Car cette impression qui m'a fait tressaillir,
Ce tableau d'un instant rencontr sur ma route,
Ont-ils un charme enfin pour celui qui m'coute?
Je ne le connais pas. Pour se plaire  ceci,
Est-il comme moi-mme un rveur endurci?
Ne peut-il se fcher qu'on lui prte ce rle?
-- Fi donc! lecteur, tu lis par-dessus mon paule.


II


Mon pre

Tenez, lecteur! -- souvent, tout seul, je me promne
Au lieu qui fut jadis la barrire du Maine.
C'est laid, surtout depuis le sige de Paris.
On a plant d'affreux arbustes rabougris
Sur ces longs boulevards o nagure des ormes
De deux cents ans croisaient leurs ramures normes.
Le mur d'octroi n'est plus; le quartier se btit.
Mais c'est l que jadis, quand j'tais tout petit,
Mon pre me menait, enfant faible et malade,
Par les couchants d't faire une promenade.
C'est sur ces boulevards dserts, c'est dans ce lieu
Que cet homme de bien, pur, simple et craignant Dieu,
Qui fut bon comme un saint, naf comme un pote,
Et qui, bien que trs pauvre, eut toujours l'me en fte,
Au fond d'un bureau sombre aprs avoir pass
Tout le jour, se croyant assez rcompens
Par la douce chaleur qu'au coeur nous communique
La main d'un dernier-n, la main d'un fils unique,
C'est l qu'il me menait. Tous deux nous allions voir
Les longs troupeaux de boeufs marchant vers l'abattoir,
Et quand mes petits pieds taient assez solides,
Nous poussions quelquefois jusques aux Invalides,
O, mls aux badauds descendus des faubourgs,
Nous suivions la retraite et les petits tambours.
Et puis enfin,  l'heure o la lune se lve,
Nous prenions pour rentrer la route la plus brve;
On montait au cinquime tage, lentement;
Et j'embrassais alors mes trois soeurs et maman,
Assises et cousant auprs d'une bougie.
-- Eh bien, quand m'abandonne un instant l'nergie,
Quand m'accable par trop le spleen dcourageant,
Je retourne, tout seul,  l'heure du couchant,
Dans ce quartier paisible o me menait mon pre;
Et du cher souvenir toujours le charme opre.
Je songe  ce qu'il fit, cet homme de devoir,
Ce pauvre fier et pur,  ce qu'il dut avoir
De rsignation patiente et chrtienne
Pour gagner notre pain, tche quotidienne,
Et se priver de tout, sans se plaindre jamais.
-- Au chagrin qui me frappe alors je me soumets,
Et je sens remonter  mes lvres surprises
Les prires qu'il m'a dans mon enfance apprises.


Compliment

Tous ces jours-ci, mes chers lecteurs, je dsirais,
Tel un petit garon qui, fris tout exprs,
Prsente son rouleau nou d'un ruban rose,
Vous offrir un joli compliment -- vers ou prose --
Pour l'an qui, cette nuit, naquit et commena.
Mais, quand j'tais enfant -- oh! pas plus haut que a! --
Dans ce genre dj je n'ai pas fait merveille.
Le texte qu' l'cole on nous donnait, la veille,
Et qu'il fallait, le soir, au logis copier,
M'effrayait. J'ai noirci, depuis, bien du papier;
Mais c'taient mes dbuts dans la littrature.
Ces phrases, rclamant ma plus belle criture,
taient alors, pour moi, pleines de mots d'auteur.
Sur mon grand tabouret, pour tre  la hauteur
Du pupitre, j'avais un Boiste en deux volumes;
Devant moi, sur la table, un encrier, des plumes,
Plus un bristol orn d'un beau feston dor
Et fleuri d'un petit bouquet peinturlur.
Devant ce grand travail, que j'tais mal  l'aise!
Fallait-il adopter la btarde ou l'anglaise?
Que faire? Je mouillais ma plume avec effroi;
Je songeais au tableau du passage Jouffroy,
O monsieur Favarger mit trois ans de sa vie,
Chef-d'oeuvre et dernier mot de la calligraphie,
Qui montre aux gens, par un tel art humilis,
Le Lion d'Androcls en pleins et dlis;
Et, le dos rond, roulant les yeux, tirant la langue,
Je transcrivais alors ma petite harangue.
Pas mal le Chers parents,  qui je dois le jour.
Mais, lorsque j'arrivais au coeur rempli d'amour,
Comment crire coeur? Coeur, un mot difficile!...
Je m'agitais et, comme un petit imbcile,
Je me mettais, avec des gestes consterns,
De l'encre au bout des doigts, de l'encre au bout du nez.
Alors, j'tais perdu. Les fautes d'orthographe
Pleuvaient. Je signais mal et ratais mon paraphe,
Et sur mes beaux souhaits de joie et de sant
Je laissais choir enfin un monstrueux pt.
C'tait affreux!
Pourtant, plein d'une angoisse norme,
Le lendemain, avec ce manuscrit informe,
Quand je me prsentais devant mes bons parents,
Ils prenaient le papier, ouvraient les yeux tout grands,
S'criaient: C'est superbe! et, sans ddains ni moues,
Embrassaient tendrement leur fils sur les deux joues.
Oui, ma page illisible, ils semblaient l'admirer.

Et l'on ouvrait l'armoire, et j'en voyais tirer
Des trsors, un tambour, un fusil  capsules!
Et je m'en emparais, joyeux et sans scrupules,
Ne sachant pas alors -- pour l'enfant tout est beau --
Pourquoi mon pre avait toujours un vieux chapeau
Et pourquoi la maman, sainte parmi les saintes,
Portait des gants fltris et des jupes reteintes.
Aux humbles, comme moi ns dans la pauvret,
Je souhaite d'abord avec sincrit,
Quand la nouvelle anne entreprend sa carrire,
Le pain quotidien de la vieille prire;
Et puis, pour qu'ils ne soient jamais trop malheureux,
Je leur souhaite encor de bien s'aimer entre eux.
Du pain et de l'amour! Tout est l. Le pauvre homme
N'a vraiment pas le droit de trop se plaindre, en somme,
Si, du berceau d'osier au cercueil de sapin,
Toute sa vie, il a de l'amour et du pain.
Mes honntes parents n'eurent pas davantage;
Mais la bont rgnait dans leur coeur sans partage.
Des sentiments profonds ils ont connu le prix,
Et, si je sais aimer, c'est qu'ils me l'ont appris.
Et tel riche, donnant de splendides trennes,
N'prouve pas leur joie en ces heures sereines,
Quand ils payaient, ayant pargn quelques sous,
Mon mauvais compliment par de pauvres joujoux.
Mes amis, en ce jour qui groupe la famille,
Si cher que soit le pain, si peu que le feu brille,
panouissez-vous, ne devenez pas durs.
Quand les enfants viendront vous tendre leurs fronts purs,
 dfaut de cadeaux, comblez-les de caresses.
Entretenez en eux le foyer des tendresses,
Comme, en soufflant dessus, on rallume un charbon.
Le mchant souffre, et presque aucun homme n'est bon
Que grce aux souvenirs de son enfance aime,
Dont son me demeure  jamais parfume.


Morceau  quatre mains

Le salon s'ouvre sur le parc
O les grands arbres, d'un vert sombre,
Unissent leurs rameaux en arc
Sur les gazons qu'ils baignent d'ombre.
Si je me retourne soudain
Dans le fauteuil o j'ai pris place,
Je revois encor le jardin
Qui se reflte dans la glace;
Et je gote l'amusement
D'avoir,  gauche comme  droite,
Deux parcs, pareils absolument,
Dans la porte et la glace troite.
Par un jeu charmant du hasard,
Les deux jeunes soeurs, trs exquises,
Pour jouer un peu de Mozart,
Au piano se sont assises.
Comme les deux parcs du dcor,
Elles sont tout  fait pareilles;
Les quatre mmes bijoux d'or
Scintillent  leurs quatre oreilles.
J'examine autant que je veux,
Grce aux yeux baisss sur les touches,
La mme fleur sur leurs cheveux,
La mme fleur sur leurs deux bouches;
Et parfois, pour mieux regarder,
Beaucoup plus que pour mieux entendre,
Je me lve et viens m'accouder
Au piano de palissandre.


Adagio

La rue tait dserte et donnait sur les champs.
Quand j'allais voir l't les beaux soleils couchants
Avec le rve aim qui partout m'accompagne,
Je la suivais toujours pour gagner la campagne,
Et j'avais remarqu que, dans une maison
Qui fait l'angle et qui tient, ainsi qu'une prison,
Ferme au vent du soir son troite persienne,
Toujours  la mme heure, une musicienne
Mystrieuse, et qui sans doute habitait l,
Jouait l'adagio de la sonate en _la.
_Le ciel se nuanait de vert tendre et de rose.
La rue tait dserte; et le flneur morose
Et triste, comme sont souvent les amoureux,
Qui passait, l'oeil fix sur les gazons poudreux,
Toujours  la mme heure, avait pris l'habitude
D'entendre ce vieil air dans cette solitude.
Le piano chantait sourd, doux, attendrissant,
Rempli du souvenir douloureux de l'absent
Et reprochant tout bas les anciennes extases.
Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases,
Des parfums, un profond et funbre miroir,
Un portrait d'homme  l'oeil fier, magntique et noir,
Des plis majestueux dans les tentures sombres,
Une lampe d'argent, discrte, sous les ombres,
Le vieux clavier s'offrant dans sa froide pleur,
Et, dans cette atmosphre mue, une douleur
panouie au charme ineffable et physique
Du silence, de la fracheur, de la musique.
Le piano chantait toujours plus bas, plus bas.
Puis, un certain soir d'aot, je ne l'entendis pas.
Depuis, je mne ailleurs mes promenades lentes.
Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes,
Je regrette parfois ce vieux coin nglig.
Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien chang:
Les enfants d'alentour y vont jouer aux billes,
Et d'autres pianos l'emplissent de quadrilles.


L'amazone

Devant le frais cottage au gracieux perron,
Sous la porte que timbre un tortil de baron,
Debout entre les deux gros vases de faence,
L'amazone, dj pleine d'impatience,
Apparat, svelte et blonde, et portant sous son bras
Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.
Le fin drap noir treint son corsage, et le moule;
Le mignon chapeau d'homme, autour duquel s'enroule
Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.
La badine de jonc au pommeau prcieux
Frmit entre les doigts de la jeune lgante,
Qui s'arrte un moment sur le seuil et se gante.
Agitant les lilas en fleur, un vent lger
Passe dans ses cheveux et les fait voltiger,
Blonde aurole autour de son front envole:
Et, gros comme le poing, au milieu de l'alle
De sable roux sem de tout petits galets,
Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.
Et moi, flneur qui passe et jette par la grille
Un regard enchant sur cette jeune fille,
Et m'en vais sans avoir mme arrt le sien,
J'imagine un bonheur calme et patricien,
O cette noble enfant me serait fiance;
Et dj je m'enivre  la seule pense
Des clairs matins d'avril o je galoperais,
Sur un cheval trs vif et par un vent trs frais,
 ses cts, lanc sous la frondaison verte.
Nous irions, par le bois, seuls,  la dcouverte;
Et, voulant une image au contraste troublant
Du long vtement noir et du long voile blanc,
Je la comparerais, dans ma course auprs d'elle,
 quelque fugitive et sauvage hirondelle.


Ritournelle

Dans la plaine blonde et sous les alles,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailes,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d'or.
Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et prs des roseaux,
Pour mieux couter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux.
Suivant tous les deux les rives charmes
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumes,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.
Et l'amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-l, l't plus charmant:
Je serai pote, et toi posie;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.


La ferme

La maison, aujourd'hui ferme, jadis chteau,
A bon air. Un foss l'entoure; un vieux bateau,
Plein de feuillage mort, pourrit l, sous le saule.
Par l'troit pont de pierre o la volaille piaule
Rpondant  grands cris aux canards du foss,
Et par la vote sombre au cintre surbaiss,
On entre dans la cour spacieuse et carre
Que jonchent le fumier et la paille dore.
Avant le djeuner, parfois j'en fais le tour.
Je regarde rentrer les btes de labour,
Gros chevaux pommels, les pieds velus, la queue
Trousse, avec le lourd collier de laine bleue,
Le gland rouge  l'oreille, et le grossier harnais.
Je fus un paysan jadis, je m'y connais,
Je parle aux laboureurs, je leur dis ma recette
Pour extirper du bl la nielle et la luzette
Et que le temps humide est meilleur pour faucher.
La grosse cuisinire alors vient me chercher;
Je rentre dans la salle  manger confortable
O je trouve Suzanne arrangeant sur la table
Les fruits de la saison dans un grand plat de Gien.
On djeune gament. Quelquefois le vieux chien
Qu'on tolre au logis, car il n'est plus ingambe,
Vient poser en grondant sa gueule sur ma jambe
Pour avoir un morceau qu'il avale d'un coup.
En prenant le caf, nous fumons, pas beaucoup.
Puis mes htes vont voir leurs travaux de campagne,
Ils prennent le panier, et je les accompagne.
La voiture d'osier a trois places. Devant,
La chre blonde, avec son voile brun au vent,
-- Tandis que le papa maintient au trot Cocotte, --
Se retourne, voulant mettre dans la capote
Son parasol doubl de vert et ses bouquets.
Moi, derrire, occupant le sige du laquais,
Pour l'aider je m'incline, et je la touche presque.
-- Et nous suivons alors un chemin pittoresque,
O souvent, par-dessus les grands pis penchs,
Nous regardent de loin les pointes des clochers.


La cueillette des cerises

Espigle! j'ai bien vu tout ce que vous faisiez,
Ce matin, dans le champ plant de cerisiers
O seule vous tiez, nu-tte, en robe blanche.
Cach par le taillis, j'observais. Une branche,
Lourde sous les fruits mrs, vous barrait le chemin
Et se trouvait  la hauteur de votre main.
Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles,
Coquette! et les avez mises  vos oreilles,
Tandis qu'un vent lger dans vos boucles jouait.
Alors, vous asseyant pour cueillir un bleuet
Dans l'herbe, et puis un autre, et puis un autre encore,
Vous les avez piqus dans vos cheveux d'aurore;
Et, les bras recourbs sur votre front fleuri,
Assise dans le vert gazon, vous avez ri;
Et vos joyeuses dents jetaient une tincelle.
Mais pendant ce temps-l, ma belle demoiselle,
Un seul tmoin, qui vous gardera le secret,
Tout heureux de vous voir heureuse, comparait,
Sur votre frais visage anim par les brises,
Vos regards aux bleuets, vos lvres aux cerises.


Le rve du pote

Ce serait sur les bords de la Seine. Je vois
Notre chalet, voil par un bouquet de bois.
Un hamac au jardin, un bateau sur le fleuve.
Pas d'autre compagnon qu'un chien de Terre-Neuve
Qu'elle aimerait et dont je serais bien jaloux.
Des faences  fleurs pendraient aprs des clous;
Puis beaucoup de chapeaux de paille et des ombrelles.
Sous leurs papiers chinois les murs seraient si frles
Que mme, en travaillant,  travers la cloison
Je l'entendrais toujours errer par la maison
Et traner dans l'troit escalier sa pantoufle.
Les miroirs de ma chambre auraient senti son souffle
Et souvent rflchi son visage, charms.
Elle aurait effleur tout de ses doigts aims.
Et ces bruits, ces reflets, ces parfums, venant d'elle,
Ne me permettraient pas d'tre une heure infidle.
Enfin, quand, poursuivant un vers capricieux,
Je serais l, pensif et la main sur les yeux,
Elle viendrait, sachant pourtant que c'est un crime,
Pour lire mon pome et me souffler ma rime,
Derrire moi, sans bruit, sur la pointe des pieds.
Moi, qui ne veux pas voir mes secrets pis,
Je me retournerais avec un air farouche;
Mais son gentil baiser me fermerait la bouche.
-- Et dans les bois voisins, inonds de rayons,
Prcds du gros chien, nous nous promnerions,
Moi, vtu de coutil, elle, en toilette blanche,
Et j'envelopperais sa taille, et sous sa manche
Ma main caresserait la rondeur de son bras.
On ferait des bouquets, et, quand nous serions las
On rejoindrait, toujours suivis du chien qui jappe,
La table mise, avec des roses sur la nappe,
Prs du bosquet cribl par le soleil couchant;
Et, tout en s'envoyant des baisers en mangeant,
Tout en s'interrompant pour se dire: Je t'aime!
On assaisonnerait des fraises  la crme,
Et l'on bavarderait comme des tourdis
Jusqu' ce que la nuit descende...
--  Paradis!


La mmoire

Souvent, lorsque la main sur les yeux, je mdite,
Elle m'apparat, svelte et la tte petite,
Avec ses blonds cheveux coups courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chre vision que malgr moi j'ai fuie?
Qu'est auprs de son teint la rose aprs la pluie?
Peut-on comparer mme au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli?
Est-il une grenade entr'ouverte qui rende
L'incarnat de sa bouche adorablement grande?
Oui, les astres sont purs, mais aucun dans les cieux,
Aucun n'est clatant et pur comme ses yeux;
Et l'antilope errant sous le taillis humide
N'a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah! devant tant de grce et de charme innocent,
Le pote qui veut dcrire est impuissant;
Mais l'amant peut du moins s'crier: Sois bnie,
 facult sublime  l'gal du gnie,
Mmoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu'exil loin d'elle, je la vois!


Rponse

Mais je l'ai vu si peu! disiez-vous l'autre jour. --
Et moi, vous ai-je vue en effet davantage?
En un moment mon coeur s'est donn sans partage.
Ne pouvez-vous ainsi m'aimer  votre tour?
Pour monter d'un coup d'aile au sommet de la tour,
Pour emplir de clarts l'horizon noir d'orage,
Et pour nous enchanter de son puissant mirage,
Quel temps faut-il  l'aigle,  l'clair,  l'amour?
Je vous ai vue  peine, et vous m'tes ravie!
Mais  vous mriter je consacre ma vie
Et du sombre avenir j'accepte le dfi.
Pour s'aimer faut-il donc tellement se connatre,
Puisque, pour allumer le feu qui me pntre,
Chre me, un seul regard de vos yeux a suffi?


 un ange gardien

Mon rve, par l'amour redevenu chrtien,
T'voque  ses cts,  doux ange gardien,
Divin et pur esprit, compagnon invisible
Qui veilles sur cette me innocente et paisible!
N'est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu,
Qui, pour la protger, fais toujours, en tout lieu,
Sur l'adorable enfant planer ton ombre aile,
Que ta chaste personne est moins immacule,
Que ton regard, reflet des immenses azurs,
Et que le feu qui brille  ton front, sont moins purs,
Dans leur sublime essence au paradis conquise,
Que le coeur virginal de cette enfant exquise?
 toi qui de la voir as toujours la douceur,
Bel ange, n'est-ce pas qu'elle est comme ta soeur?
 cleste tmoin qui sais que sa pense
Par une humble prire au matin commence
Dans ses rves du soir est plus nave encor,
N'est-ce pas qu'en voyant s'abaisser ses cils d'or
Sur ses yeux ingnus comme ceux des gazelles,
Tu t'tonnes parfois qu'elle n'ait pas des ailes?


Romance

Quand vous me montrez une rose
Qui s'panouit sous l'azur,
Pourquoi suis-je alors plus morose?
Quand vous me montrez une rose,
C'est que je pense  son front pur.
Quand vous me montrez une toile,
Pourquoi les pleurs, comme un brouillard,
Sur mes yeux jettent-ils leur voile?
Quand vous me montrez une toile,
C'est que je pense  son regard.
Quand vous me montrez l'hirondelle
Qui part jusqu'au prochain avril,
Pourquoi mon me se meurt-elle
Quand vous me montrez l'hirondelle,
C'est que je pense  mon exil.


Lettre

Non, ce n'est pas en vous un idal que j'aime,
C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-mme.
Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux.
Et rien ne m'blouit, ni l'or de vos cheveux,
Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles,
Bien que ma passion ait pris sa source en elles.
Comme moi, vous devez avoir plus d'un dfaut;
Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut.
Je ne poursuis pas l de chimre impossible;
Non, non! Mais seulement, si vous tes sensible
Au sentiment profond, pur, fidle et sacr,
Que j'ai conu pour vous et que je garderai,
Et si nous triomphons de ce qui nous spare,
Le rve, chre enfant, o mon esprit s'gare,
C'est d'avoir  toujours chrir et protger
Vous comme vous voil, vous sans y rien changer.
Je vous sais le coeur bon, vous n'tes point coquette;
Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite,
Et le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner,
J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner.
Je veux joindre, si j'ai le bonheur que j'espre,
 l'ardeur de l'amant l'indulgence du pre
Et devenir plus doux quand vous me ferez mal.
Voyez, je ne mets pas en vous un idal,
Et de l'humanit je connais la faiblesse;
Mais je vous crois assez de coeur et de noblesse
Pour esprer que, grce  mon effort constant,
Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant!


Fvrier

Hlas! dis-tu, la froide neige
Recouvre le sol et les eaux;
Si le bon Dieu ne les protge,
Le printemps n'aura plus d'oiseaux!
Rassure-toi, tendre peureuse;
Les doux chanteurs n'ont point pri.
Sous plus d'une racine creuse
Ils ont un chaud et sr abri.
L, se serrant l'un contre l'autre
Et blottis dans l'asile obscur,
Pleins d'un espoir pareil au ntre,
Ils attendent l'Avril futur;
Et, malgr la bise qui passe
Et leur jette en vain ses frissons,
Ils rptent  voix trs basse
Leurs plus amoureuses chansons.
Ainsi, ma mignonne adore,
Mon coeur o rien ne remuait,
Avant de t'avoir rencontre,
Comme un spulcre tait muet;
Mais quand ton cher regard y tombe,
Aussi pur qu'un premier beau jour,
Tu fais jaillir de cette tombe
Tout un essaim de chants d'amour.


Avril

Lorsqu'un homme n'a pas d'amour,
Rien du printemps ne l'intresse;
Il voit mme sans allgresse,
Hirondelles, votre retour;
Et, devant vos troupes lgres
Qui traversent le ciel du soir,
Il songe que d'aucun espoir
Vous n'tes pour lui messagres.
Chez moi ce spleen a trop dur,
Et quand je voyais dans les nues
Les hirondelles revenues,
Chaque printemps, j'ai bien pleur.
Mais, depuis que toute ma vie
A subi ton charme subtil,
Mignonne, aux promesses d'Avril
Je m'abandonne et me confie.
Depuis qu'un regard bien-aim
A fait refleurir tout mon tre,
Je vous attends  ma fentre,
Chres voyageuses de Mai.
Venez, venez vite, hirondelles,
Repeupler l'azur calme et doux,
Car mon dsir qui va vers vous
S'accuse de n'avoir pas d'ailes.


Mai

Depuis un mois, chre exile,
Loin de mes yeux tu t'en allas,
Et j'ai vu fleurir les lilas
Avec ma peine inconsole.
Seul, je fuis ce ciel clair et beau
Dont l'ardent effluve me trouble,
Car l'horreur de l'exil se double
De la splendeur du renouveau.
En vain j'entends contre les vitres,
Dans la chambre o je m'enfermai,
Les premiers insectes de Mai
Heurter leurs maladroits lytres;
En vain le soleil a souri;
Au printemps je ferme ma porte
Et veux seulement qu'on m'apporte
Un rameau de lilas fleuri;
Car l'amour dont mon me est pleine
Retrouve, parmi ses douleurs,
Ton regard dans ces chres fleurs
Et dans leur parfum ton haleine.


Juin

Dans cette vie ou nous ne sommes
Que pour un temps si tt fini,
L'instinct des oiseaux et des hommes
Sera toujours de faire un nid;
Et d'un peu de paille ou d'argile
Tous veulent se construire, un jour,
Un humble toit, chaud et fragile,
Pour la famille et pour l'amour.
Par les yeux d'une fille d've
Mon coeur profondment touch
Avait fait aussi ce doux rve
D'un bonheur troit et cach.
Rempli de joie et de courage,
 fonder mon nid je songeais;
Mais un furieux vent d'orage
Vient d'emporter tous mes projets;
Et sur mon chemin solitaire
Je vois, triste et le front courb,
Tous mes espoirs briss  terre
Comme les oeufs d'un nid tomb.


Aot

Par les branches dsordonnes
Le coin d'tang est abrit,
Et l poussent en libert
Campanules et gramines.
Cach par le tronc d'un sapin,
J'y vais voir, quand midi flamboie,
Les petits oiseaux pleins de joie
Se livrer au plaisir du bain.
Aussi vifs que des tincelles,
Ils sautillent de l'onde au sol,
Et l'eau, quand ils prennent leur vol,
Tombe en diamants de leurs ailes.
Mais mon coeur lass de souffrir
En les admirant les envie,
Eux qui ne savent de la vie
Que chanter, aimer et mourir!


Dcembre

Le hibou parmi les dcombres
Hurle, et Dcembre va finir;
Et le douloureux souvenir
Sur ton coeur jette encor ses ombres.
Le vol de ces jours que tu nombres,
L'aurais-tu voulu retenir?
Combien seront, dans l'avenir,
Brillants et purs; et combien, sombres?
Laisse donc les ans s'puiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d'pines pour une rose!
Le temps qui s'coule fait bien;
Et mourir ne doit tre rien,
Puisque vivre est si peu de chose.


III


En faction

Sur le rempart, portant mon lourd fusil de guerre,
Je vous revois, pays que j'explorais nagure,
Montrouge, Gentilly, vieux hameaux oublis
Qui cachez vos toits bruns parmi les peupliers.
Je respire, surpris, sombre ruisseau de Bivre,
Ta forte odeur de cuir et tes miasmes de fivre.
Je vous suis du regard, pauvres coteaux pels,
Tels encor que jadis je vous ai contempls,
Et dans ce ciel connu, mon souvenir s'tonne
De retrouver les tons exquis d'un soir d'automne;
Et mes yeux sont mouills des larmes de l'adieu.
Car mon rve a souvent err dans ce milieu
Que va bouleverser la dure loi du sige.
Jusqu'ici j'allongeais la chane de mon pige;
Triste captif, ayant Paris pour ma prison,
Longtemps ce fut ici pour moi tout l'horizon;
Ici j'ai pris l'amour des couchants verts et roses;
Pench ds le matin sur des papiers moroses,
Dans une chambre o ma fantaisie touffait,
C'est ici que souvent, le soir, j'ai satisfait,
 cette heure o la nuit monte au ciel et le gagne,
Mon dsir de lointain, d'air libre et de campagne.
Me reprochera-t-on, dans cet affreux moment,
Un regret pour ce coin misrable et charmant?
Car il va disparatre  tout jamais. Sans doute,
Les boulets vont couper les arbres de la route;
Et l'humble cabaret o je me suis assis,
Incendi dj, fume au pied du glacis;
Dans ce champ dpouill, morne comme une tombe,
Il croule, abandonn. Regardez. Une bombe
A crev ces vieux murs qui gnaient pour le tir:
Et, tels que mon regret qui ne veut pas partir,
Se brlant au vieux toit, quelques pigeons fidles
L'entourent, en criant, de leurs battements d'ailes.


Le chien perdu

Quand on rentre, le soir, par la cit dserte,
Regardant sur la boue humide, grasse et verte,
Les longs sillons du gaz tous les jours moins nombreux,
Souvent un chien perdu, tout crott, morne, affreux,
Un vrai chien de faubourg, que son trop pauvre matre
Chassa d'un coup de pied en le pleurant peut-tre,
Attache  vos talons obstinment son nez
Et vous lance un regard si vous vous retournez.
Quel regard! long, craintif, tout charg de caresse,
Touchant comme un regard de pauvre ou de matresse,
Mais sans espoir pourtant, avec cet air douteux
De femme ddaigne et de pauvre honteux.
Si vous vous arrtez, il s'arrte, et, timide,
Agite faiblement sa queue au poil humide.
Sachant bien que son sort en vous est dbattu,
Il semble dire: -- Allons, emmne-moi, veux-tu?
On est mu, pourtant on manque de courage;
On est pauvre soi-mme, on a peur de la rage,
Enfin, mauvais, on fait la mine de lever
Sa canne, on dit au chien: Veux-tu bien te sauver!
Et, tout penaud, il va faire son offre  d'autres.
La sinistre rencontre! et quels temps sont les ntres!
Et quel mal nous ont fait ces froces Prussiens,
Que les plus pauvres gens abandonnent leurs chiens
Et que, distrait du deuil public, il faille encore
Plaindre ces animaux dont le regard implore!


Tableau rural

Au village, en juillet. Un soleil accablant.
Ses lunettes au nez, le vieux charron tout blanc
Rpare, prs du seuil, un timon de charrue.
Le cur tout  l'heure a travers la rue,
Nu-tte. Les trois quarts ont sonn, puis plus rien,
Sauf monsieur le marquis, un gros richard terrien,
Qui passe, en berlingot[2] et la pipe  la bouche,
Et qui, pour dlivrer sa jument d'une mouche,
Lance des claquements de fouet trs campagnards
Et fait fuir, effars, coqs, poules et canards.


Croquis de banlieue

L'homme, en manches de veste, et sous son chapeau noir,
 cause du soleil, ayant mis son mouchoir,
Tire gaillardement la petite voiture,
Pour faire prendre l'air  sa progniture,
Deux bbs, l'un qui dort, l'autre suant son doigt.
La femme suit et pousse, ainsi qu'elle le doit,
Trs lasse, et sous son bras portant la redingote;
Et l'on s'en va dner dans une humble gargote
O sur le mur est peint -- vous savez?  Clamart! --
Un lapin mort, avec trois billes de billard.


Cheval de Renfort

Le cheval qu'a jadis rform la remonte
Est l, prs du trottoir du long faubourg qui monte,
Pour qu'on l'attelle en flche au prochain omnibus.
Il a cet air navr des animaux fourbus,
Sous son sale harnais qui trane par derrire.
Mais lorsque, prcds d'une marche guerrire,
Des soldats font venir les femmes aux balcons,
Il se souvient alors du sixime dragon
Et du soleil luisant sur les lattes vermeilles;
Et le vieux vtran redresse les oreilles.


Au bord de la Marne

C'est rgate  Joinville. On tire le ptard.
Les cinq canots, deux en avant, trois en retard,
Partent, et de soleil la rivire est crible.
Sur la berge, l-bas, la foule est assemble,
Et la gendarmerie est en pantalon blanc.
-- Et l'on prvoit, ce soir, les rameurs s'attablant
Au cabaret, les chants des joyeuses quipes,
Les nocturnes bosquets constells par les pipes,
Et les papillons noirs qui, dans l'air chauff,
Se brlent au cognac flambant sur le caf.


Rythme des vagues

J'tais assis devant la mer sur le galet.
Sous un ciel clair, les flots d'un azur violet,
Aprs s'tre gonfls en accourant du large,
Comme un homme accabl d'un fardeau s'en dcharge,
Se brisaient devant moi, rythms et successifs
J'observais ces paquets de mer lourds et massifs
Qui marquaient d'un hourra leurs chutes rgulires
Et puis se retiraient en rlant sur les pierres.
Et ce bruit m'enivrait; et pour couter mieux
Je me voilai la face et je fermai les yeux.
Alors, en entendant les lames sur la grve
Bouillonner et courir, et toujours, et sans trve
S'crouler en faisant ce fracas cadenc,
Moi, l'humble observateur du rythme, j'ai pens
Qu'il doit tre en effet une chose sacre,
Puisque Celui qui sait, qui commande et qui cre,
N'a tir du nant ces moyens musicaux,
Ces falaises au roc creus par les chos,
Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages,
Incessamment heurts et rouls sur les plages
Par la vague, pendant tant de milliers d'hivers,
Que pour que l'Ocan nous rcitt des vers.


Matin d'octobre

C'est l'heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
 travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.
Leur chute est lente. On peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chne  sa feuille de cuivre,
L'rable  sa feuille de sang.
Les dernires, les plus rouilles,
Tombent des branches dpouilles:
Mais ce n'est pas l'hiver encor.
Une blonde lumire arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.


Muse de marine

Au Louvre, je vais voir ces dlicats modles
Qui montrent aux oisifs les richesses d'un port,
Je connais l'armement des vaisseaux de haut-bord
Et la voilure des avisos-hirondelles.
J'aime cette flottille avec ses bagatelles,
Le carr d'Ocan qui lui sert de support,
Ses petits canons noirs se montrant au sabord,
Et ses mille haubans fins comme des dentelles.
Je suis un loup de mer et sais apprcier
Le blindage de cuivre et les ancres d'acier:
Car tous ces riens de bois, de ficelle et de lige
M'ont souvent fait trouver les dimanches bien courts.
Et, forat de Paris ds longtemps pris au pige,
C'est l que j'ai rv le voyage au long cours.


Nostalgie parisienne

Bon Suisse expatri, la tristesse te gagne,
Loin de ton Alpe blanche aux ternels hivers;
Et tu songes alors aux prs de fleurs couverts,
 la corne du ptre, au loin, dans la montagne.
Lass parfois, je fuis la ville comme un bagne,
Et son ciel fin, mir dans la Seine aux flots verts.
Mais c'est l que mes yeux d'enfant se sont ouverts,
Et le mal du pays me prend,  la campagne.
Le vrai fils de Paris ne regrette pas moins
Le relent du pav que, toi, l'odeur des foins.
Montagnard nostalgique, -- il faut que tu le saches, --
Mon coeur, comme le tien, fidle et casanier,
Souffre en exil, et l'air strident du fontainier
Me ferait fondre en pleurs ainsi qu'un Ranz des Vaches.


IV


 mes jeunes camarades, aux quipiers du Club nautique de Chatou

Jadis, la Seine tait verte et pure  Saint-Ouen,
Et, dans cette banlieue aujourd'hui sale et rche,
J'ai canot, j'ai mme essay de la pche.
Le lieu semblait alors champtre. Que c'est loin!
On dnait l. Le beurre, au cabaret du coin,
tait rance, et le vin fait de bois de campche.
Mais les charmants retours, sur l'eau, dans la nuit frache,
Quand, sur les prs fauchs, flottait l'odeur du foin!
Oh! quels vieux souvenirs et comme le temps marche!
Pourtant je vois encor le couchant, sous une arche,
Reflter ses rubis dans les flots miroitants.
Amis, embarquez-moi sur vos bateaux  voiles,
Par un beau soir,  l'heure o naissent les toiles,
Afin que je revive un peu de mes vingt ans.


crit sur l'Album des Chats d'Henriette Ronner

Je regarde, en ce bel album paru d'hier,
Ces chats pris sur le vif avec un talent rare.
Jamais il ne fut mieux compris, je le dclare,
Le tigre familier, caressant quoique fier.
Vos flins sont exquis, Henriette Ronner.
Je les admire et, non sans orgueil, les compare
Au charmant angora dont mon logis se pare
Et qui vient de vtir sa fourrure d'hiver.
Comme vous, pour les chats j'ai tant de sympathies!
Chez moi, j'ai vu rgner de longues dynasties
De ces rois fainants au pelage soyeux:
Et, dans mon calme coin de vieux clibataire,
Toujours les chats prudents, les chats silencieux
Promnent leur beaut, leur grce et leur mystre.



[1] Collen Mac Culloughs a repris ce vers pour le titre
de son roman _Les oiseaux se cachent pour mourir_
[2] Voiture  cheval





End of Project Gutenberg's Promenades et intrieurs, by Franois Coppe

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADES ET INTRIEURS ***

***** This file should be named 15324-8.txt or 15324-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.net/1/5/3/2/15324/

Produced by Ebooks libres et gratuits; this text is also available
at http://www.ebooksgratuits.com in Word format, Mobipocket Reader
format, eReader format and Acrobat Reader format.


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
