The Project Gutenberg EBook of Hokousa, by Edmond de Goncourt

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Title: Hokousa
       L'art japonais au XVII Sicle

Author: Edmond de Goncourt

Release Date: July 1, 2006 [EBook #18724]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HOKOUSA ***




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                                  HOKOUSA

                       L'art japonais au XVIIIe sicle


                                    par

                             EDMOND DE GONCOURT




                        POSTFACE DE M. LON HENNIQUE
                           de l'Acadmie Goncourt

    dition dfinitive publie sous la direction de l'Acadmie Goncourt
             ERNEST FLAMMARION, DITEUR, 26, Rue Racine, 26

           EUGNE FASQUELLE, DITEUR, 11, Rue de Grenelle, PARIS


    Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction rservs
                          pour tous les pays




                                  PRFACE


_L'cho de Paris_ publiait, sous ma signature, le 7 juin 1892, cet article.

La vie littraire, en ses durets, a parfois d'aimables surprises, mais au
bout de bien des annes.

Cet hiver, je recevais cette lettre du Japon:


                                           Yokohama (Hpital gnral).

     Monsieur,

     Voulez-vous permettre  un jeune Franais de vous exprimer tout le
     plaisir que lui a caus _Outamaro_, mieux plac que tout autre pour
     le comprendre puisque je suis au milieu des Japonais...

     J'avais quinze ans quand j'ai lu Soeur Philomne et j'ai voulu tre
     interne, et je suis mdecin... _La Maison d'un Artiste_ m'a fait
     venir au Japon. En un mot, comme cette toile qui guide le marin,
     ignorante elle-mme des destins qu'elle mne, vous avez eu une
     influence dominatrice sur toute ma vie.

     Je vous le dis, pourquoi ne vous l'ai-je pas dit plus tt,--cette
     timidit bte qui fait qu'on est muet devant la femme qu'on aime,
     fait aussi qu'on renferme en soi ses amours littraires;--c'est
     peut-tre la raison qui fait que je n'ai jamais os aller vous rendre
     une seule visite quand j'tais  Paris.
     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     Permettez-moi de me mettre  votre disposition. Je suis au Japon,
     j'aime le Japon, je parle le japonais et, comme on dit dans les vieux
     drames: Profitez, usez de moi...

                                                 Docteur MICHAUT.


Cette lettre me faisait demander au docteur, sans grand espoir de russite,
la traduction de la biographie d'Hokousa tire du livre manuscrit:
Oukiyoy Rouik, par Kidn, complt successivement par Samba, Moumei,
Guekkin, Kisan, Tanhiko, traduction que je n'avais pu obtenir des
Japonais habitant Paris, et je la reois aujourd'hui, cette traduction,
de l'aimable docteur, en collaboration avec le Japonais Ourakami.

Cette traduction, j'ai le projet de la faire entrer dans l'tude annonce
en un volume sur Hokousa, mais,  mon ge, on n'est jamais sr du
lendemain, et je veux que cette tude biographique des Vasari japonais sur
le grand artiste qui proccupe si vivement le monde de l'art europen,--et
qui n'a encore t ni imprime, ni traduite en franais, paraisse dans
l'_cho de Paris_ pour la premire fois.




                                  HOKOUSA.

N  Ydo, Hokousa est, dit-on, le fils d'un fabricant de miroirs de la
cour de Tokougawa.

Son nom d'enfance est Tokitaro; plus tard, il le changea contre celui de
Ttsoujiro.

Il entre d'abord comme lve chez Katsoukawa Shunsh et, pour nom
d'artiste, il prend le nom de Katsoukawa Shunr. L, il peint des acteurs
et des scnes de thtre dans le style de Tsoutzoumi T-rin et produit
beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appels _Kika Sourimono_.

Chass de la maison de son matre pour des raisons restes inconnues, il
va prendre la succession du peintre Tawaraya-Sri, et se fait reconnatre
pour le successeur de ce peintre.

Depuis, il change son style, en cre un tout nouveau, qui lui est
personnel. Alors il repasse son nom de Sri  son lve Sji, et rend  la
famille Tawaraya la signature qu'il avait reue d'elle.

C'est seulement  la dixime anne de l're Kwanse (1789) que le public,
pour la premire fois, lit, au bas des impressions du matre, le nom
d'Hokousa (Hokousa, Tokimasa Tato) nom qu'il prit, dit-on,  cause de
sa profonde vnration pour le dieu Hokoushin-Mikn. Quant au nom de
Tato, il l'abandonna plus tard  son gendre Shighnobou.

Le style appel _Hokousa-riou_ est le style de la vraie peinture Oukiyoy,
la peinture _naturiste_, et Hokousa est le vrai et le seul fondateur
d'une peinture qui, prenant ses assises dans la peinture chinoise, est la
peinture de l'cole japonaise moderne.

Et son oeuvre, lorsqu'il a paru, a eu la bonne fortune, non seulement
d'exciter l'admiration de ses confrres les peintres, mais encore de
sduire le gros public, tant il tait une nouveaut particulire.

Durant les annes de l're Kwanse (1789-1800) Hokousa crit de nombreux
contes et romans pour la lecture des femmes et des enfants: romans dans
lesquels il fit lui-mme des illustrations, romans o il signe comme
crivain Tokitaro-Kak, et comme peintre Gwakijin-Hokousa. Et ce fut
grce  ses pinceaux spirituels et prcis que les contes populaires et les
romans commencrent  se rpandre dans le public.

Il fut aussi un excellent pote dans la posie Ha-Kai (posie populaire).

Dans ce temps, il habita Asakousa o de nombreux lves-peintres de Kito
et d'Ohsaka vinrent le trouver et entrrent dans son atelier, et, dans ce
temps o il y avait bien des peintres dans les villes de Nagoya, de Kito,
d'Ohsaka, aucun ne put le surpasser.

C'est alors que sortent, de dessous ses pinceaux, des livres ou modles de
gravures, et des impressions, et des dessins innombrables.

Bientt (c'est l'habitude l-bas, pour les peintres, de changer
perptuellement de noms), le matre lguait sa signature d'Hokousa  un
de ses lves qui tenait un restaurant dans le Yoshiwara, le quartier des
maisons publiques, et qui peignait dans son tablissement des peintures
de 16 ken (32 mtres) chaque fois que Hokousa faisait l'ouverture de
runions d'artistes pour l'adoption de nouvelles signatures.

 partir de ce temps, il signa ses impressions Sakino Hokousa, Tato
(ancien Hokousa Tato). Il changea encore une fois son nom propre et
s'appela Tam Kazou ou I-itsou.

N'ayant pas eu assez de temps pour donner les modles de la peinture  ses
lves, il en fit graver des volumes qui, plus tard, obtinrent beaucoup de
succs.

Il fut encore trs habile dans la peinture dite Kiokou y, peinture de
fantaisie, faite avec des objets ou des services de table tremps dans
l'encre de Chine, tels qu'une bote servant de mesure de capacit, des
oeufs, des bouteilles[1].

    [Note 1: Hokousa affirmait par l que l'excution d'un beau dessin ne
    tient pas aux instruments de la peinture,  d'excellente pinceaux, mais
    est tout entire dans l'art de dessiner du peintre.]

Il peignait encore admirablement bien avec sa main gauche, ou bien de bas
en haut. Et sa peinture faite au moyen des ongles de ses doigts tait tout
 fait tonnante et, quant  ce fait particulier, il fallait tre tmoin
soi-mme du travail de l'artiste, sans quoi on et pris ses peintures 
l'ongle pour des peintures faites avec des pinceaux.

Aprs avoir tudi, dit-il quelque part, pendant de longues annes,
la peinture des diverses coles, j'ai pntr leurs secrets et j'en ai
recueilli tout ce qu'il y a de meilleur. Rien n'est inconnu pour moi en
peinture. J'ai essay mon pinceau sur tout, et je suis parvenu  russir
tout. En effet, Hokousa a peint depuis les images les plus vulgaires,
nommes _Kamban_[2], c'est--dire les images-rclames pour les thtres
ambulants, jusqu'aux compositions les plus leves.

    [Note 2: _Kamban_, me dit Hayashi, n'est que l'enseigne ou l'affiche
    d'un marchand quelconque.]

Ses productions furent mme trs recherches par les trangers, et il y
eut une anne o l'on exporta ses dessins et ses gravures par centaines,
mais presque aussitt cette exportation fut dfendue par le gouvernement
de Tokougawa.

Durant les annes de l're Tmp (1830-1843), Hokousa publia, en nombre
immense, des nishikiy, impressions en couleur, et des _dessins d'amour_
ou images obscnes, dites _shungwa_, d'une coloration admirable, qu'il
signait toujours du pseudonyme de Goummatei.

Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa
clbrit parvint jusqu' la cour de Tokougawa, et qu'il put taler son
talent sans rival devant le grand prince. Une fois, pendant que le shgoun
faisait sa promenade dans la ville de Ydo, Hokousa fut invit par le
prince  peindre devant lui. Et, sur une immense feuille de papier, avec
une brosse  colle, il commena d'abord  tracer des pattes de coq, puis,
transformant soudainement le dessin par une couleur d'indigo mis sur les
pattes, il en faisait un paysage du fleuve Tatsouta qu'il prsentait au
prince tonn[3].

    [Note 3: Hayashi s'indigne de la mauvaise traduction de ce passage,
    et me communique la note suivante:   la suite d'un retour de chasse
    aux faucons, le Shgoun sur sa route prit plaisir  voir dessiner
    deux grands artistes du temps, Tani Bountch et Hokousa. Bountch
    commena et Hokousa lui succda. Tout d'abord il dessina des fleurs,
    des oiseaux, des paysages, puis, dsireux d'amuser le Shgoun, il
    couvrit le bas d'une immense bande de papier d'une teinte d'indigo,
    se fit apporter par ses lves des coqs, dont il plongea les pattes
    dans la couleur pourpre, les fit courir sur la teinte bleue, et le
    prince eut l'illusion de voir la rivire Tatsouta avec ses rapides,
    charriant des feuilles de _momiji_.

    L'anecdote tait raconte par Bountch  Tanhiko.]

Hokousa avait la manie de changer perptuellement d'habitation et ne
demeura jamais plus d'un ou de deux mois dans le mme endroit.

Hokousa mourut le 13 avril de la deuxime anne de Kayei (1849)[4],
 l'ge de 90 ans. Il fut enterr au cimetire du Temple Seikiji, dans
le quartier de Hatchikendera-matchi  Asakousa, o se lit encore son
pitaphe.

    [Note 4: Erreur. Hokousa mourut le 10 mai 1849.]

La posie de la dernire heure, qu'il laissa en mourant, fut celle-ci,
presque intraduisible en franais:

Oh! la libert, la belle libert, quand on va aux champs d't pour y
laisser son corps prissable[5]!

    [Note 5: Je donne une traduction plus littrale d'Hayashi de cette
    posie de la dernire heure au chapitre de la mort d'Hokousa.]

Hokousa eut trois filles, dont la plus jeune devint un peintre trs
habile. Elle pousa Minamisawa, mais divora. Des nombreux lves qu'eut
Hokousa, ceux dont les noms furent inscrits dans les chronologies, et
connus du public, montent  seize ou dix-sept.

En 1860, j'ai dcouvert, et publi d'aprs le manuscrit des _Sances de
l'Acadmie Royale de Peinture_, provenant de la bibliothque d'un portier,
ramasse sur les quais, la biographie indite de Watteau par le comte de
Caylus: biographie qu'on croyait perdue et qui manque aux MMOIRES INDITS
SUR LES MEMBRES DE CETTE ACADMIE, dite en 1854. Aujourd'hui je donne
pour la premire fois, dans une langue de l'Europe, la biographie inconnue
d'Hokousa, le plus grand artiste de l'Extrme-Orient.

Pour la biographie de ce grand peintre de l'Extrme-Orient, compltement
inconnue en Europe, cette brve notice tait quelque chose, mais ce
n'tait vraiment pas assez.

C'est alors que, dans la patrie d'Hokousa, se publiait par le Japonais
I-ijima Hanjr: _Katsoushika Hokousa dn_, une biographie du peintre,
illustre de dessins et de portraits, contenant des renseignements du plus
haut et du plus intime intrt.

Or, la traduction de cette biographie japonaise, tait-ce suffisant encore
pour faire connatre l'Homme et son OEuvre? Non! Il fallait tenir entre
ses mains cette oeuvre presque complte,--et, soit au Japon soit en Europe,
il n'existe cette oeuvre, je crois, que chez Hayashi qui, depuis nombre
d'annes, collectionne son peintre favori. C'est donc sur cette oeuvre,
contenant les impressions les plus belles, les petits livres les plus
rarissimes, les illustrations des romans, en 90 volumes, les plus
compltes, les dessins les plus authentiques, que j'ai pu crire cette
biographie, aid de l'rudition de ce compagnon de travail qui s'est mis
obligeamment  ma disposition et qui, dans de longues et laborieuses
sances o j'ai eu l'ide de lui faire traduire les prfaces que Hokousa
a jetes en tte de ses albums, m'a fourni toute la documentation ne se
trouvant pas dans le _Katsoushika Hokousa dn_, ou dans le _Oukiyy
Rouik_[6] de Kidn.

      Auteuil, 20 dcembre 1895.

                                    EDMOND DE GONCOURT.

    [Note 6: Voici la dcomposition des cinq mots _Oukiyoy Rouik: Ouki_
    qui flotte, qui est en mouvement--_yo_ monde--_y_ dessin
    --_roui_ mme espce--_k_ recherche. Et _rouik_, devenu un seul
    mot, signifie: tude d'ensemble d'une mme espce de choses.]




                               HOKOUSA




                                  I


Dans les deux hmisphres, c'est donc la mme injustice pour tout talent
indpendant du pass! Voici le peintre qui a victorieusement enlev la
peinture de son pays aux influences persanes et chinoises et qui, par
une tude pour ainsi dire religieuse de la nature, l'a rajeunie, l'a
renouvele, l'a faite vraiment toute japonaise; voici le peintre universel
qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l'homme, la femme,
l'oiseau, le poisson, l'arbre, la fleur, le brin d'herbe; voici le peintre
qui aurait excut 30 000 dessins ou peintures[7]; voici le peintre qui
est le vrai crateur de l'_Oukiy y_[8], le fondateur de l'COLE VULGAIRE,
c'est--dire l'homme qui ne se contentant pas,  l'imitation des peintres
acadmiques de l'cole de Tosa, de reprsenter, dans une convention
prcieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires,
l'artificiel pompeux des existences aristocratiques, a fait entrer, en son
oeuvre, l'humanit entire de son pays, dans une ralit chappant aux
exigences nobles de la peinture de l-bas; voici enfin le passionn,
l'affol de son art, qui signe ses productions: _fou de dessin_... Eh!
bien, ce peintre--en dehors du culte que lui avaient vou ses lves,--a
t considr par ses contemporains comme un amuseur de la canaille, un
bas artiste aux productions indignes d'tre regardes par les srieux
hommes de got de l'Empire du Lever du Soleil. Et ce mpris, dont
m'entretenait encore hier le peintre amricain La Farge,  la suite des
conversations qu'il avait eues autrefois au Japon avec les peintres
idalistes du pays, a continu jusqu' ces derniers jours o, nous les
Europens, mais les Franais en premire ligne[9], nous avons rvl  la
patrie d'Hokousa le grand artiste qu'elle a perdu il y a un demi-sicle.

    [Note 7: _L'Art Japonais_, par GONSE. Paris, Quantin, 1883.]

    [Note 8: Hokousa a pour prcurseur Matahei au XVIIe sicle.]

    [Note 9: Voir les articles de Burty et de Duret.]

Oui, ce qui fait d'Hokousa l'un des artistes les plus originaux de la
terre: c'est cela qui l'a empch de jouir de la gloire mrite pendant
sa vie, et le DICTIONNAIRE DES HOMMES ILLUSTRES DU JAPON constate que
Hokousa n'a pas rencontr prs du public la vnration accorde aux
grands peintres du Japon, parce qu'il s'est consacr  la reprsentation
de la _Vie vulgaire_[10], mais que, s'il avait pris la succession de Kano
et de Tosa, il aurait certainement dpass les Okiyo et les Bountch.

    [Note 10: Je me conforme  la traduction consacre, mais _Oukiy y_
    serait plutt traduisible par: _la vie courante, la vie telle qu'elle
    se prsente rigoureusement aux yeux du peintre_.]




                                      II


Hokousa[11] est n le dix-huitime jour du premier mois de la dixime
anne de Hrki, le 5 mars 1760.

    [Note 11: Les Japonais mangent le _ou_ du nom et le prononcent
    _Hok'sa_. Maintenant encore, les Japonais aspirent trs fort l'_H_
    du commencement du nom du peintre, et il faudrait peut-tre, pour
    conserver au nom l'aspiration de l-bas, redoubler l'_H_, mais ce
    serait changer trop compltement l'orthographe  laquelle le public
    franais est habitu.]

Il est n  Ydo, dans le quartier Honj, quartier de l'autre ct de la
Soumida, touchant  la campagne, quartier affectionn par le peintre et
qui lui a fait un temps signer ses dessins: _le paysan de Katsoushika_,
--Katsoushika tant le district de la province o se trouve le quartier
Honj.

D'aprs le testament de sa petite fille Shira Tati, il serait le
troisime fils de Kawamoura Itiroymon qui, sous le nom de Bounsei, aurait
t un artiste  la profession inconnue. Mais, vers l'ge de quatre ans,
Hokousa, dont le premier nom tait Tokitaro, tait adopt par Nakajima
Iss, fabricant de miroirs de la famille princire de Tokougawa: adoption
qui lui faisait faussement donner pour pre ce Nakajima Iss.

Hokousa, encore garonnet, entrait comme commis de librairie chez un
grand libraire de Ydo o, tout  la contemplation des livres illustrs,
il remplissait si paresseusement et si ddaigneusement son mtier de
commis qu'il tait mis  la porte.

Ce feuilletage des livres illustrs du libraire, cette vie dans l'image,
pendant de longs mois, avait fait natre chez le jeune homme le got,
la passion du dessin, et nous le trouvons vers les annes 1773, 1774,
travaillant chez un graveur sur bois, et en 1775, sous le nouveau nom de
Ttsouz, gravant les six dernires feuilles d'un roman de Santch. Et le
voil graveur jusqu' l'ge de dix-huit ans.




                                    III


En 1778, Hokousa, alors dit Ttsouz, abandonne son mtier de graveur,
ne consent plus  tre l'interprte, le traducteur du talent d'un autre,
est pris du dsir d'inventer, de composer, de donner une forme personnelle
 ses imaginations, a l'ambition de devenir un peintre. Et il entre 
l'ge de dix-huit ans dans l'atelier de Shunsh o son talent naissant
lui mrite un nom: le nom de Katsoukawo Shunr sous lequel le matre
l'autorise  signer ses compositions reprsentant une srie d'acteurs,
dans le format en hauteur des dessins de comdiens de Shunsh son matre,
et o commence  apparatre chez le jeune Shunr un rien du dessinateur
qui sera plus tard le grand Hokousa.

Et, avec la persvrance d'un travail entt, il continue  dessiner et 
jeter dans le public, jusqu'en 1786, des compositions portant la signature
de Katsoukawo Shunr ou simplement Shunr.

Les compositions de ces annes d'Hokousa, ainsi que les premires
compositions d'Outamaro, taient graves dans des petits livres  cinq
sous, ces livres populaires, au tirage en noir,  la couverture jaune,
d'o ils tirent leur nom: _Kibishi_, LIVRES JAUNES.

Le premier livre jaune qu'il illustrait, en 1781,  l'ge de vingt et un
ans, tait un petit roman en trois volumes, intitul: _Arigata tsouno
itiji_, GRCE  UN MOT GALANT, TOUT EST PERMIS, roman que ni Hayashi,
ni les biographes du peintre japonais n'ont rencontr, et dont le texte,
 l'poque de la publication, a t attribu  Kitao Masanobou, plus
tard le clbre romancier Kidn, tandis que le texte et les dessins
sont d'Hokousa qui avait publi cette plaquette sous le pseudonyme
de Korwasa, sobriquet signifiant: Est-ce cela? le refrain d'une
chansonnette du temps.

L'anne suivante, en 1782, Hokousa publie les COURRIERS DE KAMAKOURA,
deux fascicules dont il fait le texte et les dessins et qu'il prsente au
public sous le nom de Guioboutsou pour le texte, et de Shunr pour les
dessins.

C'est le rcit d'un fait historique, d'une tentative au XVIIe sicle du
renversement du troisime shgoun par Shstsou. Et l'on voit, dans la
succession des planches, le jeune ambitieux complotant presque enfant,
se livrant aux exercices militaires, apprenant d'un tacticien mystrieux
l'art de la guerre,--et le moyen magique d'tre vu par le regard
des hommes, sous son apparence sept fois rpte. Et il organise la
conspiration, qui fait gorger les courriers, et il rve la protection
d'un dieu favorable  ses desseins, et a l'illusion de se voir dans un
miroir, en shgoun, et un de ses affids en premier ministre, et il tient
conseil avec ses partisans, et il bataille bravement avec les soldats
envoys pour le prendre, et enfin, fait prisonnier, il s'ouvre le ventre,
tandis qu'au milieu de ses complices enchans, sa mre, sa femme et ses
enfants sont soumis  la torture,--sa mre  la torture de l'_enfumage_.

Il publie encore, la mme anne, un roman en deux volumes: _Shitnn
Datsou jitat_, LES QUATRE ROIS CLESTES DES POINTS CARDINAUX, HABILLS
 LA DERNIRE MODE, avec l'annonce d'un texte de Korwasa qui est bien de
lui, ainsi que les dessins signs: Shunr.

Cette anne ou la suivante, il publie un autre livre jaune qu'il signe
exceptionnellement Katsoukawa Shunr, et qui est l'histoire de Nitirn,
prtre bouddhique, le crateur d'une nouvelle secte.

C'est le baptme, le commencement des tudes, la contemplation de la
nature, la vie d'ascte dans une grotte de la montagne, l'expulsion de
partout du prtre rvolutionnaire pour la nouveaut de ses opinions, sa
retraite dans un temple, l'apparition d'une comte annonant de tragiques
vnements, sa dfense avec un chapelet contre un guerrier qui veut le
tuer, le pouvoir de son influence mystrieuse amenant le naufrage de la
flotte mongole, sa condamnation  mort o le sabre du bourreau est bris
par un clair, son exil dans une le loigne, ses prdications, ses
plerinages, sa mort au milieu de ses disciples en pleurs.

En 1784 Hokousa illustre deux ouvrages: 1 _Ka-oun Aughino Hanaka_,
LE PARFUM DES FLEURS D'VENTAIL (2 volumes); 2 _Nozoki Karakouri
Yoshitsoun Yama iri_. EXPDITION DE YOSHITSOUN  LA MONTAGNE VUE DANS
LA BOITE  SPECTACLE (2 volumes). Texte de Ikoujimona (propre  rien)
et illustration de Shunr. Cet Ikoujimona pourrait bien tre Hokousa.

En 1785 Hokousa publie deux livres jaunes o il n'est pas parl du texte,
et o seulement est annonc que l'illustration est de Shunr. Ce sont:
1 _Onnn Oujino Hotaroubi_, TRANSFORMATION DE LA HAINE EN FEU DES LUCIOLES
DE OUJI (3 volumes).--2 _Oya Yuzouri Hanano Kmi_ L'HRITAGE DU PARENT,
LA GLOIRE DU NEZ (3 volumes). Dans ce dernier ouvrage Shunr devient
Goummatei.

Oui, en ces premiers temps, souvent Hokousa est  la fois l'illustrateur
et l'crivain du roman qu'il publie, et sa littrature est gote, grce 
des observations intimes de la vie japonaise, est mme parfois attribue,
comme on l'a vu pour son premier roman,  des romanciers de la rputation
de Kidn. Selon Hayashi, la littrature du peintre a un autre mrite:
l'esprit railleur de l'artiste en aurait fait un parodiste de la
littrature de ses contemporains, de leur style, de leurs procds, et
surtout de l'entassement des aventures, et du mli-mlo des bonshommes
modernes en contact avec des personnages du XIIe et du XIVe sicle,
et ce serait trs sensible dans LES COURRIERS DE KAMAKOURA, o il aurait
employ, sur une lgende du XIIe sicle, tous les faits fabuleux et
invraisemblables de l'histoire du vieux Japon.

Ce double rle d'crivain et de dessinateur ne dure gure que jusqu'en
1804, o il n'est plus que peintre.




                                   IV


En cette anne 1789, o le jeune peintre a vingt-six ans, une circonstance
particulire le fait quitter l'atelier de Katsoukawa. Il avait peint une
affiche d'un marchand d'estampes, et le marchand en avait t si satisfait
et si glorieux qu'il l'avait fait richement encadrer et placer devant sa
boutique, lorsqu'un jour passe devant la boutique un camarade d'atelier,
d'une rception plus ancienne que lui, et qui trouve l'affiche mauvaise,
et la dchire pour sauver l'honneur de l'atelier Shunsh. De l une
dispute entre l'ancien et le nouvel lve,  la suite de laquelle il
quitte l'atelier avec la rsolution de ne plus s'inspirer que de lui-mme,
de devenir un peintre indpendant des coles qui l'ont prcd et, en ce
pays o les artistes semblent changer de noms presque autant que d'habits,
il abandonne la signature de Katsoukawa pour prendre la signature de
Mougoura, qui signifie _buisson_, et disait au public que le peintre
portant ce nouveau nom n'appartenait  aucun atelier. Et, secouant
compltement le joug du style de Katsoukawa, les dessins signs Mougoura
sont plus libres, plus vus sous une optique personnelle.




                                    V


En 1786 Hokousa publie le _Znzn Takeiki_, un fragment de l'histoire
de Minamoto, o commencent  apparatre chez le jeune dessinateur les
chevauches terribles, les corps  corps homicides de son oeuvre future.

En 1792 Hokousa, toujours sous le nom de Shunr, illustre un CONTE POUR
LES ENFANTS de Kidn, se rapportant  la lgende de Momotaro o ses
dessins, mettant de la vie humaine sous des figurations d'animaux, ont
quelque chose des SCNES DE LA VIE PRIVE DES ANIMAUX de Grandville.

Une mchante vieille femme, au visage _aigre comme du vinaigre_,
surprenant un moineau qui mangeait l'empois prpar pour empeser du linge,
lui coupe la langue, et c'est une envole comique des moineaux fuyant 
tire-d'aile dans une bousculade de peur.

Mais,  ct de la mchante femme, il y a un bon mnage qui aimait ce
moineau, et le mari et la femme s'en vont criant dans les champs et
les bois: Qui a vu le moineau  la langue coupe? Cher petit moineau,
qu'es-tu devenu? Enfin ils trouvrent le pauvre petit bless dans la
maison des moineaux o la mre avait dj pans la langue de son enfant
et o il tait soign avec amour par ses frres et soeurs. Oh! l'aimable
accueil fait  ces bons vieux: le pre leur dansa la _Souzoum odori_,
la vraie danse des moineaux et, quand ils partirent, on leur apporta une
bote dans laquelle ils trouvrent,  leur rentre  la maison, un marteau,
un marteau dont chaque coup miraculeux faisait tomber une pice d'or.

Or, la mchante voisine avait vu cela par la fentre. Elle obtient d'tre
invite par les moineaux, se fait donner par eux une bote dont sort,
lorsqu'elle soulve le couvercle, une collection de monstres cornus qui
la mettent en pices.

Par contre, la bonne femme trouve encore la pche d'o sort Momotaro, le
conqurant du royaume des monstres.

En 1793 Hokousa illustre _Himpoukou rid dtchki_, LA ROUTE DE LA
RICHESSE ET DE LA PAUVRET, un curieux livre dont le texte est de Kidn,
et qui est, cte  cte, l'exposition de deux vies comme aimait  les
reprsenter le peintre Hogarth.

La premire planche reprsente le lavage de l'enfant pauvre par le pre,
prs du lit de la femme couche, tandis que la planche, en contre-partie,
nous montre le lavage de l'enfant riche sous les yeux du mdecin, de la
sage-femme, des servantes.

Arrive pour le jeune riche et le jeune pauvre,  quinze ans, le _gun
boukou_, la majorit, l'entre dans la vie de l'homme, indique l-bas
par le rasement du front et qui, chez le riche, est fait par un grand
personnage, chez le pauvre par sa mre.

Et ici commencent vraiment les deux routes: la route du riche dans son
norimon au milieu de ses serviteurs, la route du pauvre o il est tout
seul et mal vtu sous la pluie; la route du riche dans des paysages
d'arbres  fleurs, tenant sa pense dans les beauts de la peinture, la
route du pauvre dans des paysages dsols, au milieu des montagnes, comme
cette montagne prs de Kito o les excavations forment comme le mot pre,
prs de rochers comme ceux d'Is, semblables aux mamelles dessches de la
mre du pauvre, peuplant sa pense du souvenir de leurs privations.

Et les allgories continuent. C'est pour le riche la rception dans une
auberge par de charmantes _mousms_ avec, dans le lointain, des
lignes de paysages formant ainsi que des armoiries des femmes du Yoshiwara,
tandis que le pauvre, qui est entr dans le commerce, passe sur un pont
qui est un _soroban_ (une machine  compter), se trouve sous des temples
aux tours faites de pices de monnaie, prs d'une pagode au toit couvert
d'un livre de caisse, et fait la rude route de sa vie _en allumant le bout
de ses ongles_, ce qui veut dire en japonais: en supportant d'atroces
souffrances.

Et,  la fin des deux routes, le pauvre devenu riche, mont sur un cheval
tran par un singe,--la volont mene par l'intelligence,--rencontre tout
dpenaill le riche honteux de se trouver sur son chemin, tandis que
disparaissent dans le lointain, sous des haillons de mendiants, deux de
ses familiers au temps de sa richesse.

Et, comme apothose du pauvre, la dernire planche le montre adoss  des
caisses d'or surmontes de bouteilles de sak.

En 1794 Hokousa, sous le nom de Tokitar Kak, illustre _Mousoum no Tomo
zouna_, LE CORDON D'UNE FILLE, petit livre dont le texte est de Kiorori.

Une histoire assez obscure, o se voit une jeune fille achetant un journal
dont la lecture lui fait quitter la maison qu'elle habite, aprs avoir
laiss une lettre qui met en larmes l'homme et la femme de la maison. En
route, elle est attaque par de mauvais samouras, et dlivre par un
passant qui lui donne l'hospitalit. Elle serait partie dans l'ide de
venger son pre qui aurait t assassin. Puis, au moment o elle va tuer
l'assassin, elle apprend qu'il est le pre de son sauveur, amoureux
d'elle. Et Hokousa la reprsente lchant sa chevelure qu'elle tient dans
sa main, prte  le tuer, et se contentant de lui faire perdre sa qualit
de guerrier.

Peut-tre cette anne, ou les annes qui suivent, parat _Seir niwaka
znse asobi_, FTE IMPROVISE AU QUARTIER DES MAISONS VERTES, une srie
d'estampes en couleur, runies en un album, montrant le Carnaval des rues
du Yoshiwara o l'on voit des femmes thtralement costumes et couronnes
de chapeaux de fleurs, excutant des danses, jouant de petites scnes
dramatiques, reprsentant des revues de l'anne.

En 1795 Hokousa, alors dit Shunr, change encore une fois de nom, prend
la succession de l'atelier de Tawaraya Sri de l'cole de Stat-sou, et
signe Sri.

C'est l'poque o il met au jour ces innombrables sries de merveilleux
sourimonos.




                                     VI


Les sourimonos, les impressions moelleuses o la couleur et le dessin
semblent tendrement bus par la soie du papier japonais, et qui sont ces
images  la tonalit si joliment adoucie, si artistement perdue, si
dlave, de colorations pareilles aux nuages  peine teints que fait
le barbotage d'un pinceau charg de couleur dans l'eau d'un verre, ces
images qui, par le soyeux du papier, la qualit des couleurs, le soin du
tirage et des rehauts d'or et d'argent, et encore par ce complment du
_gaufrage_--obtenu, le croirait-on, par l'appuiement du coude nu de
l'ouvrier sur le papier,--ces images n'ayant rien de similaire dans la
gravure d'aucun peuple de la terre, font une grande partie de l'oeuvre
d'Hokousa.

Ces impressions, dont le nom vient de _souri_ (empreinte prise au moyen
d'un frottement), et _mono_ (chose), ne sont point faites pour le
commerce. C'est une carte du Jour de l'An qu'on offrait  un petit nombre
d'amis, c'est un programme de concert, c'est la commmoration d'une fte
en l'honneur d'un lettr, d'un artiste mort ou vivant.


                                    1793

Le premier sourimono qu'on connat d'Hokousa est  la date de 1793, avec
la signature de _Mougoura Shunr_. Il reprsente un jeune marchand d'eau
frache, assis sur le bton qui lui sert  porter ses deux barillets, 
ct d'un petit dressoir o sont des pots de sucre, des bols de porcelaine,
des bols de mtal.

Ce sourimono porte, au dos, le programme d'un concert organis au mois de
juillet pour faire connatre le changement de nom d'un musicien, avec les
noms des excutants et avec l'invitation suivante qu'il est peut-tre bon
de donner:

      Malgr la grande chaleur, j'espre que vous tes en bonne sant,
      et je viens vous informer que mon nom est chang, grce  mon succs
      prs du public, et que, pour clbrer l'inauguration de mon nouveau
      nom, le quatrime jour du mois prochain, j'organise un concert chez
      Kiya de Rigokou, avec le concours de tous mes lves, un concert
      de dix heures du matin jusqu' quatre heures du soir, et qu'il fasse
      beau ou pluie, je compte sur l'honneur de votre visite.

                                             TOKIWAZOU MOZITAYU.


                                    1794

En 1794, on connat de Hokousa quelques petites feuilles pour le Jour de
l'An, de la grandeur de nos cartes  jouer.


                                    1795

En 1795, des sourimonos de femmes mls  des sourimonos d'objets intimes,
comme celui-ci, o se voient accrochs  une grille une serviette brode,
un sac de son, un parapluie, objets indiquant, que la matresse de la
maison vient de prendre un bain.

Ces sourimonos sont signs Hishikawa Sri, ou simplement Sri.


                                    1796

En 1796, un assez grand nombre de sourimonos dont les plus remarquables,
deux longues bandes, sont une runion d'hommes et de femmes sur ces
tables-lits aux pieds plongeant dans la rivire, et sur lesquelles on
prend le frais, le soir.

                                    1797

En 1797, des sourimonos tirs de la reproduction d'objets de la vie
familire, comme des enveloppes de paquets de parfums avec une branche
fleurie de prunier; des sourimonos o il y a une femme riant du kami
Fokorokou auquel elle a mis une cocotte en papier sur le crne; ce
sourimono o se voit un bateau dans lequel il y a un montreur de singe; et
toute une srie de sourimonos d'ironies contre les dieux de l-bas, sur
papier jaune, avec coloration des sujets en violet et en vert.

En cette anne qui, dans l'almanach japonais, est une anne sous le signe
du serpent, un joli petit sourimono reprsentant une femme que la vue d'un
serpent a fait tomber sur le dos, une jambe en l'air.

Puis des bandes de grands sourimonos o se voient des promenades de femmes
dans la campagne.


                                    1798

En 1798, de nombreux sourimonos o, particularit curieuse, le cheval
revenant avec l'lment de la terre dans le calendrier japonais, beaucoup
des sourimonos reprsentent un cheval, et cette reprsentation du cheval
va dans les sourimonos jusqu' la figuration d'une tte de cheval faite
par les doigts d'un enfant  travers un chssis.

Ce sont: un vendeur d'un joujou marchant sur une natte et que regardent
des Japonais; deux enfants dont l'un fait danser, par-dessus un paravent,
un pantin que l'autre accroupi  terre contemple, les deux mains sous le
menton; un marchand de th devant le temple d'Ouyno  Ydo, avec un
groupe de femmes et d'enfants; des hommes et des femmes se dguisant en
dieux et en desses de l'Olympe japonais; une course de chevaux; un grand
paysage au bord de la Soumida, avec de tous petits personnages. Puis des
sourimonos de femmes: la crmonie du th _Tchanoyu_ entre femmes; deux
femmes lisant couches  terre, l'une la tte penche sur le papier,
l'autre lisant avec un joli mouvement de tte de ct, deux femmes roules
l'une sur l'autre sur le plancher, s'arrachant une lettre.

Et, dans ces grands sourimonos de femmes de cette anne et des annes
qui vont suivre, Hokousa chappe  la grce mignarde, poupine,
conventionnelle de ses premires annes; il arrive dans des cratures
plus amples, plus en vraie chair,  la vritable grce fminine donne par
l'tude d'aprs la nature.


                                    1799

En 1798 est apparu pour la premire fois le nom d'_Hokousa_ joint 
celui de Sri. Mais ce n'est qu'au jour de l'an 1799 qu'il annonce
officiellement son changement de nom, _Sri, chang de nom en Hokousa_.
Il a cd son nom de Sri  son lve Sji et, avec le nom d'Hokousa, il
prend le prnom de _Tokimasa_. Et l'anne suivante, en 1800, il signe dans
les premiers mois _Hokousa prcdemment Sri_ et, dans les derniers mois,
_Hokousa fou de dessin_, en japonais, GWA-KIOJIN HOKOUSA.

L'anne 1799 est une anne o le mouton du zodiaque est revenu dans le
calendrier japonais et o nombre de sourimonos ont, dans quelque coin
de la composition, cet animal. Un de ces sourimonos mme reprsente un
Japonais tenant en ses bras un mouton, et c'est peut-tre une allusion 
ceci. Le Japonais d'autrefois, me disait le docteur Michaut, tonn de
voir les Hollandais faire la traverse du Japon sans femmes, s'tait
persuad que les moutons qu'ils avaient  bord les remplaaient, et se
l'tait si bien persuad qu' l'heure prsente les Japonaises qui ont
commerce avec les trangers sont appeles par leurs compatriotes
_moutons_.

Des sourimonos curieux d'industries: la marchande de poudre dentifrice
en train de faonner un bout de bois de camphrier noir pour en faire une
brosse  dents; la fabricante de perruques et de nattes; la rouleuse de la
soie et sa fabrication  la campagne.

Une srie de femmes en buste.

Une srie de petites femmes,  la grce tortillarde: une femme qui balaie
la neige; une femme qui debout plie une toffe de sa hauteur avec une
retraite du corps du plus joli contournement.

Un sourimono reprsentant le plus pustuleux de tous les crapauds.

Un grand sourimono d'une facture surprenante: un store  moiti relev sur
une branche en fleur dont une partie se voit obombre  travers le tissage
du store.


                                 1800

Une srie de quinze sourimonos: L'ENFANCE DES PERSONNAGES HISTORIQUES.

Une srie de sept sourimonos: LES SAGES DES BAMBOUS, de vieux sages
reprsents par des femmes modernes.

Une srie de vingt-quatre sourimonos intitule: PIT FILIALE, parmi
lesquels un charmant dessin d'une femme lavant, le haut du corps nu, et
dont le torse est tout toil des ptales d'un prunier en fleurs secou
par le vent au-dessus de la laveuse.

Une srie des douze mois de l'anne, reprsents par des femmes, o est un
gracieux dessin de fillette japonaise frottant un plancher et que regarde
paresseusement sa matresse.

Trois musiques reprsentes par trois musiciennes.

Une srie intitule: HUIT CHAMBRES, qui sont huit figurations de petites
femmes dont l'une, le torse nu, fait sa toilette devant un singe sur
lequel elle a jet sa robe; le singe tant cette anne le dnominateur
de l'anne et revenant dans un certain nombre de planches.

Une jolie petite impression reprsentant un miroitier repassant sur une
pierre un miroir de mtal,  ct d'une femme dont le visage est reflt
dans le miroir qu'elle tient  la main.

Une srie un peu caricaturale de sourimonos, dans le genre des _Otsouy_:
cette imagerie industrielle d'pinal du Japon se fabriquant  Otsou prs
de Kito.

Parmi les grandes pices, qui sont en gnral des bandes ayant une hauteur
de 19 centimtres sur une largeur de 51:

Tortues en marche avec leurs petits sur la carapace.

Une enceinte de lutteurs, forme de sacs de sable dans des enveloppes
histories, avec, au milieu, sur une petite table, deux bouteilles de sak
destines  tre offertes aux gnies du Japon, aux Kami, dans une
crmonie religieuse prcdant la lutte.

L'entre du temple Hatiman Foukagawa.

La rcolte du th dans un jardin.

La visite chez un horticulteur.

Des femmes regardant du pont Yeita, l'le Tsoukouda.

Trois femmes dont l'une,  l'occasion du Jour de l'An, crit sur un
paravent une pense, dont l'autre peint un ventail, dont une troisime
illustre une posie.

Trois femmes en train de plier et de repasser une robe en plumes de paon,
avec le fer japonais qui ressemble  une petite bassinoire dans laquelle
est un charbon incandescent.


                                    1801

Une srie de douze petites pices en hauteur intitule: UNE PAIRE DE
PARAVENTS.

Une srie de petites femmes modernes ayant  leurs pieds des vieillards
historiques d'autres sicles.

Quelques planches reprsentant des femmes faisant jouer des marionnettes
sur un petit thtre.

Parmi les pices spares, des acteurs et des scnes thtrales, dont
l'une reprsente Dakokou faisant pleuvoir des pices d'or sur une femme
puisant de l'eau.

Cette anne, commencent  paratre des sourimonos de natures mortes qui
vont fournir  Hokousa de si originales compositions et de si admirables
impressions. Ce sont, dans les petites pices, un canard mort et un bol de
porcelaine sur un plateau de laque; une cage o est un oiseau et un vase
de fleurs.

Dans les grandes planches:

L'arrive des _manza_ dans un palais o clate la joie d'un groupe
d'enfants qui les acclament et o, derrire des stores, s'aperoivent les
ombres chinoises des princesses prises de curiosit mais ne se montrant
pas.

Des femmes dans un jardin, l'une s'ventant avec un cran, l'autre
poursuivant des papillons avec un filet.

Des femmes donnant la libert  des grues, le jour de l'anniversaire d'une
mort qui leur a t  coeur.

Et, parmi ces grandes pices, deux trs beaux sourimonos:

Une norme et noueuse branche d'un de ces vieux pruniers appels l-bas:
_dragon couch_, toute fleurie de rose et de blanc.

Un chapeau de femme en paille, au fond de crpe rouge, laiss au milieu
d'une alle de jardin et dans lequel sont tombes de feuilles d'arbres.


                                    1802

Une petite srie de trois planches reprsentant un jeu japonais par
gestes, o il y a un juge, un chasseur, un renard et o, dans une des
planches, la femme fait le renard avec ses mains rapproches de sa figure
et recourbes devant elle.

Une srie de douze planches donnant un simulacre des scnes des rnins par
des femmes et des enfants.

Une srie en l'honneur de la Lune reprsente par des femmes, et dans
laquelle rien de plus gracieux que cette petite femme, la tte renverse
en arrire et d'une main retenant sur sa gorge un fichu-fanchon de crpe
noir, un _bshi_, tout envol autour d'elle et, de l'autre main, tenant
contre son ct un parasol ferm.

Une srie sur Ydo, reprsente par des industries et de petits paysages.

Une srie intitule: LES DOUZE ANIMAUX DU ZODIAQUE, qui y figurent en
gnral sous la forme de jouets entre des mains d'lgantes petites
femmes.

Parmi les grandes planches:

Une promenade de femmes prs d'un cours d'eau o sont entrs des enfants
dont l'un lve en l'air une petite tortue qu'il vient de prendre.

Une grande langouste  la teinte rougetre, du savant dessin d'un
naturaliste, un sourimono fait pour le Jour de l'An aux frais d'une
socit de vingt personnes.

Des passants dans la brume: des hommes porteurs d'instruments de travail,
des femmes, des enfants.


                                    1803

Une srie de trente-six planches: LES TRENTE-SIX OCCUPATIONS DE LA VIE.
Parmi ces compositions, une charmante impression: un petit Japonais qui
apprend  crire et dont la mre guide la main arme du pinceau.

Une autre srie de cinq planches: LES CINQ FORCES, figures par des
femmes.

Une autre srie de dix planches: LES CINQ CHEVALIERS LGANTS: les cinq
chevaliers lgants toujours reprsents par des femmes.

Une srie de sept planches: LES SEPT KOMATI, les sept priodes de la vie
de la potesse. Cette potesse  la vie accidente et si populaire au
Japon, eut un moment l'ambition de devenir la matresse de l'Empereur,
en mme temps qu'un sentiment tendre pour un seigneur lettr de la cour,
nomm Foukakousa-no-Shsh, avec lequel on raconte qu'elle fit le pacte
suivant:

Il viendrait causer avec elle amour et posie quatre-vingt-dix-neuf nuits,
et,  la centime nuit, elle lui appartiendrait. L'amoureux remplit les
conditions imposes par la potesse mais,  sa sortie de chez elle, la
quatre-vingt-dix-neuvime nuit,--c'tait par un hiver trs froid,--il fut
gel. Au Japon une femme et un homme ont la rputation d'tre morts
vierges: la femme c'est Komati, l'homme c'est Bnki.

Parmi les grandes planches:

La danse d'une jeune fille avec un double parasol dans un palais o,
derrire un store, est l'orchestre et derrire un autre store sont les
princesses.

Des scnes de thtre, entre autres Kintoki et sa mre.

Quelques sourimonos dans la facture un peu brutale des sourimonos de Kito,
parmi lesquels une cantine en laque sur son tapis rouge, surmonte d'une
branche de cerisier en fleurs.


                                    1804

Une srie intitule: LES DOUZE MOIS DE L'ANNE. Rappelons une fois pour
toutes que, sous tous ces titres, ce sont toujours de petits dessins de
femmes.

Une srie sans titre, et sans doute de dix, reprsentant les femmes de
diffrentes classes: la femme de la noblesse, la grande courtisane, la
_yotaka_, l'oiseau de nuit, raccrochant autour des chantiers et des
entrepts.

Une srie d'une dizaine de planches: CONTEMPLATION DES BELLES VUES DE
YDO.

Une srie de dix planches ayant pour titre: LES DIX LMENTS.

Dans les planches parues sparment, un jeu de jeune fille o l'on
prononce des noms d'animaux et o l'on pince le dessus de la main de
celle qui se trompe,--et des branches d'arbustes fleuris sur un papier
ressemblant  notre basin,--et une curieuse nature morte rappelant un peu
la simplicit des sujets traits par Chardin: sur des feuilles de bambou
une tranche de saumon et une tranche de katsou, un autre poisson trs
estim des Japonais.

Parmi les grandes planches:

La cour du temple Ohji, avec son concours de monde.

La maison de th d't, provisoirement tablie sur une route, o la mousm
remplit la tasse de th d'un voyageur sur un banc;  la porte, une femme 
cheval et un garonnet se rafrachissant.

La coulisse d'une reprsentation dans un palais: l'ouverture du manuscrit
de la pice, les apprts de la toilette des acteurs, les essais des
instruments.

Cette anne, tant sous le signe zodiacal du rat, un sourimono du Jour de
l'An reprsente un norme rat en neige, auquel un peintre peint l'oeil
dans un attroupement d'hommes et de femmes.

L'anne 1804 est l'anne o Hokousa a publi un nombre de sourimonos tel
que Hayashi dit que personne ne pourrait en publier le catalogue complet.

 ce catalogue de sourimonos, qui me sont presque entirement fournis par
la collection de Hayashi, et un rien par la mienne, je voudrais joindre
quelques-uns des plus beaux, des plus originaux parmi les grands, parmi
ceux qui mesurent comme largeur 50 centimtres sur 18 de hauteur, et qui
se trouvent dans les autres collections.

Et, tout d'abord, je citerai parmi ceux de la collection Manzi, qui sont
en grandissime nombre, et tous hors ligne, comme beaut d'preuves:

Un vol de sept grues sur le rouge d'un soleil couchant.

Un prunier en fleurs, au pied duquel sont deux faisans, et dont les
rameaux s'tendant sur une rivire laissent voir sous la verdure fleurie
la perspective de deux bateaux.

Trois femmes agenouilles au bord d'une baie, le regard  la mer, pendant
qu'une servante souffle avec le vent d'un cran le feu d'un rchaud sur
lequel chauffe le sak.

Au-dessus de la neige d'un cerisier tout fleuri, le vol de deux
hirondelles au col rouge. Rien ne peut donner une ide de la douceur de
cette planche et, dans le nuage de l'impression, le charme effac de ces
fleurs, o presque un imperceptible gaufrage dtache les pistils.

Je citerai parmi les sourimonos de la collection de M. Gonse:

Un bouquet d'arbres sur une rivire, et la devanture d'un intrieur de
maison o deux hommes travaillent  la fabrication de poupes. Ce serait
l'habitation de Toyokouni, le voisin d'Hokousa, dans le Katsoushika, en
le temps o Toyokouni n'tait pas encore peintre, mais fabricateur de
poupes.

Un paysage tout blanc, tout rose, qui par la floraison des arbres
fruitiers est comme le jaillissement du printemps dans un paysage d'hiver.

Je citerai parmi les sourimonos de M. Vever:

La promenade, dans un temple, de Japonais et de Japonaises examinant les
tableaux accrochs au mur, et o est reprsent un groupe de deux Japonais
arrts devant un kakmono, dont l'un regarde la peinture et l'autre
regarde les femmes.

Un Japonais dans une Maison Verte en train de fumer. Sa matresse, 
ct de lui, fait essayer, pour l'amusement de son amant, un pas de danse
 sa _kamouro_,  sa fillette de service, dont un matre de danse,
agenouill devant elle, guide les mouvements.

Je citerai, dans le format moyen, parmi les sourimonos de M. Haviland:

Un dieu du tonnerre se prcipitant au milieu des clairs dans le bain
d'une femme  moiti dshabille; un lutteur ou un kami, dont une femme
remplit de sak la coupe, une coupe grande comme un plat, tandis que deux
autres femmes accroupies  ses pieds rient de sa grosse bedaine poilue,
prenant l'air.

Dans les grandes bandes:

Une vue de la Soumida couverte de bateaux.

Des tisseuses de soie, au mtier tabli en pleine campagne, et dont l'une
se voit  travers les fils d'un compartiment du mtier.

De petits Japonais jouant auprs d'un pont. Impression signe: _Gwakijin
Hokousa, en tat d'ivresse_.

Citons en dernier lieu, dans la collection de M. Chialiva:

Un sourimono unique, le plus grand sourimono qu'on connaisse (L. 100)
et qui reprsente un pont dans le genre du grand pont de la Soumida
d'Outamaro et o, dans un personnage de profil, au petit bonnet noir, 
la robe bleutre, on croit reconnatre Hokousa. C'est, sur ce pont, des
promeneurs et des promeneuses dans une halte de repos et de contemplation.
Il y a un groupe de trois femmes dont la tte penche de l'une en dehors
de la balustrade, regarde dans la rivire; un autre groupe d'hommes est en
train de disserter; un Japonais, qui a accroch  une traverse une branche
d'arbuste fleuri, est  demi couch sur la barrire tandis qu'au bout du
pont une femme cause avec une amie, les deux mains appuyes contre la
rampe dans une attitude charmante de vrit.

Ce sourimono qui est la runion de deux grands sourimonos est sign:
_Hokousa Sri_.




                                       VII


Mais revenons en arrire; revenons  ces annes o, en mme temps que
Hokousa publie de nombreux sourimonos, il illustre un certain nombre
d'ouvrages.

En 1797, parat _Hatsou Wakana_, LES PRIMEURS DES LGUMES VERTS.

Un volume rarissime, illustr en tout d'une seule planche d'Hokousa, qui
signe: _Hokousa Sori chang de nom._

Une paysanne en train de cueillir des herbes,  laquelle un enfant indique
que le soleil se couche, et qui se retourne une main devant les
yeux.

La mme anne parat: _Yanaghi-no-ito_, CORDELETTES DU SAULE PLEUREUR, un
volume de posies, dont l'illustration tait due  Yeshi, Kitao Shighmasa,
 et  Hokousa, qui reprsente la rive de la mer,  Ynoshima, o dferle
une grosse vague, une planche qui a le doux coloriage et le joli gaufrage
d'un sourimono.

La mme anne parat _Shunki-j_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, un volume de
posies dont Hayashi n'a jamais rencontr qu'un seul exemplaire, un volume
aux nuances douces, amorties des planches, annonant une publication faite
par une socit d'amateurs.

Une impression charmante est la planche en couleur o Hokousa a
reprsent une collation dans la campagne, et o des femmes s'amusent 
faire flotter sur un cours d'eau des coupes  sak, et l'homme auquel le
courant l'apporte est oblig d'improviser une phrase potique, sous peine,
s'il ne peut l'improviser, de boire trois coupes.

La mme anne parat encore _Sandara Kasoumi_, LA BRUME DE LA CAMPAGNE, un
volume fait en collaboration avec Shighmasa et Tsoukan.

La planche qu'Hokousa signe _Hokousa Sri_ nous fait voir une habitation
de la campagne dont sort une paysanne, un enfant  la main, un autre
enfant li sur son dos par sa ceinture, tandis que dans le fond arrivent
des femmes de la ville suivies d'un porteur.

Des roses, des gris, des jaunes, qui sont comme l'aube de ces couleurs, et
au milieu desquelles clate le rouge de la robe de l'enfant que la
paysanne tient par la main.




                                      VIII


En 1798, parat _Dan tka_, CHANSONS DE DANSE POUR HOMMES[12].

    [Note 12: Le titre est trompeur, car le volume ne contient que des
    posies qui ne peuvent pas se chanter.]

Un volume de posies o collaborent les dessinateurs Ykighi Trin, Yeishi,
Shighmasa, Outamaro, Hokousa: chaque artiste apportant le dessin d'une
planche.

Une impression trs soigne ressemblant  de la vraie aquarelle, avec le
marron comme couleur dominante dans les robes des femmes.

La mme anne Hokousa publie, sous la signature _Kak_, l'HISTOIRE
NATURELLE DES MONSTRES, _Wakmono Yamato Honz_, dont le texte tait donn
par Kidn.

Un livre aux allusions ironiques, sans doute  propos de la publication
d'un srieux ouvrage sur l'histoire naturelle, et o l'imagination du
dessinateur se donne toute libert dans la cration de ses monstres, les
faisant, tour  tour, ridicules ou terribles. C'est dans l'effroi de
femmes se cachant la figure, d'hommes couchs  terre, un monstre aux
ailes de toile d'araigne,  la queue forme par le droulement d'une
lettre japonaise,  la tte faite par des besicles jouant l'appareil
visuel de la libellule; c'est une tte de femme flottant sur l'eau, dont
les pingles de la chevelure lui donnent l'aspect d'un crabe; c'est un
arbre dont les feuilles sont des pices d'or; c'est un oiseau  deux ttes,
un dessin faisant revivre la lgende des deux oiseaux si amoureux l'un de
l'autre qu'ils semblaient ne faire qu'un oiseau.




                                       IX


En ces annes, en cette fin du XVIIIe sicle, le talent d'Hokousa n'a pas
seulement fait sa popularit chez ses compatriotes, ce talent commenait 
tre apprci par les Hollandais faisant leur visite d'office, tous les
cinq ans,  Ydo, et l'un d'eux, que l'on croit tre le capitaine Isbert
Hemmel, avait eu l'intelligente ide de rapporter en Europe deux rouleaux
dus au pinceau de l'illustre matre, reprsentant, le premier, tous les
pisodes de l'existence d'un Japonais depuis sa naissance jusqu' sa mort,
le second, tous les pisodes de l'existence d'une Japonaise, galement
depuis sa naissance jusqu' sa mort.

Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise tait de 150
rios d'or (le rio d'or vaut une livre sterling). Et Hokousa recevait du
mdecin hollandais attach  l'expdition une commande d'un double des
deux rouleaux.

Hokousa apporta tous ses soins et sa science  la confection des quatre
rouleaux, termins au moment du dpart des Hollandais. Et, quand Hokousa
livra ces rouleaux, le capitaine, trs enchant, lui remit l'argent
convenu, mais le mdecin, sous prtexte qu'il avait un traitement
infrieur  celui du capitaine, ne voulut payer que la moiti du prix.
 quoi Hokousa se refusa, aussi bien qu' lui laisser un rouleau  75
rios.

Mais la somme que le peintre devait toucher tait dj escompte pour
payer des dettes, et la femme d'Hokousa lui reprochant de n'avoir pas
cd un rouleau au mdecin, dont les 75 rios auraient sauv le mnage de
la grande misre, Hokousa laissant parler sa femme, aprs un long silence,
lui disait qu'il ne se faisait aucune illusion sur la misre qui les
attendait, mais qu'il ne pouvait supporter le manque de parole d'un
tranger les traitant avec si peu d'gards, ajoutant: J'ai prfr la
misre  un _pitinement_ (humiliation).

Le capitaine, mis au fait du procd du mdecin, envoyait son interprte
avec l'argent et faisait prendre les deux rouleaux commands par le
mdecin.

Maintenant, sont-ils arrivs en Europe ces quatre rouleaux? Le capitaine
Isbert Hemmel mourait en 1798, dans la traverse de Ydo  Nagasaki. Ce
qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne sont pas au muse de la Haye, dont
M. Gonse a fait une tude.

Hokousa continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais,
jusqu'au jour, o il lui fut interdit de livrer aux trangers les dtails
de la vie intime des Japonais.




                                    X


Si vraiment il a t vers 300 rios d'or  Hokousa par le capitaine
hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise,
je crois bien que c'est la seule fois o sa peinture a t richement paye,
 car ses dessins pour l'illustration des livres--le revenu le plus clair
de l'artiste,--sont misrablement rtribus par les diteurs, et au moment
o l'artiste jouit de toute sa clbrit. Je donnerai, comme preuve, ce
fragment d'une lettre, adresse en 1836, d'Ouraga,  l'diteur
Kobayashi.
 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_Je vous envoie trois feuilles et demie des Posies de l'poque des Thang.
Sur 42 momms_ (le momm vaut 10 sous), _que j'ai  toucher, retranchez un
momm et demi que je vous dois; et veuillez remettre le reste, 40 momms
et demi, au porteur de la lettre_.

D'aprs cette lettre, a mettrait le payement des dessins d'Hokousa de
six  huit francs.

Et il se conserverait au Japon des billets o Hokousa empruntait de
misrables sommes pour le payement des choses de la vie journalire, prs
des fruitiers, des marchands de poissons, et c'est ainsi que j'entendais
conter  M. Bing que, parmi les documents qu'il avait runis sur Hokousa,
il existait la demande par le peintre  un diteur d'un emprunt d'un ri
(25 francs), le priant de lui payer ces 25 francs dans la plus petite
monnaie possible, afin de solder ses infimes dettes criardes prs des
fournisseurs de son quartier.

Oui, ainsi que le tmoigne une autre lettre, o Hokousa se plaint de
n'avoir qu'une robe pour dfendre son vieux corps de 76 ans contre le
froid d'un hiver rigoureux, l'artiste a vcu, toute sa vie, dans une
misre noire, par suite des bas prix pays au Japon par les diteurs aux
artistes, et l'effet d'une indpendance d'esprit qui lui faisait accepter
seulement le travail qui lui plaisait, et aussi  l'occasion des dettes
qu'il eut  payer pour son fils Tominosouk et son petit-fils, n de sa
fille Omiyo,--du reste tirant une espce de vanit de cette pauvret.




                                  XI


En 1799 Hokousa publie _Azouma Asobi_, PROMENADE DE L'EST (Promenade de
la capitale de l'Est, qui est Ydo), un volume en noir, republi en trois
volumes en couleur, l'anne 1802.

Des intrieurs de ville et des paysages vilainement coups de langues
de nuages rouges, couleur de soleil couchant, dissimulant tout ce que
l'artiste ne trouve pas d'intrt  dessiner, procd qu'abandonna plus
tard Hokousa.

Dans le premier volume: la vue intressante du temple sinthoste Shimmi
avec sa sobre architecture, et le pont de Nihon-bashi avec la foule
grouillante qui l'emplit tout le jour.

Dans le second volume: une boutique de _nori_, la plante marine comestible
dont il se fait au Japon une grande consommation; une maison de th o
se tient sur la porte une _gusha_; une rue du quartier marchand de
Sourouga-teb; une boutique de poupes  Jikkendana, avant la fte des
filles, avec les pyramides des caisses, le petit monde de ses vendeuses,
la queue interminable des acheteurs allant jusqu'au bout de la rue;
une teinturerie  la porte de laquelle un teinturier tend ses toffes;
une tuilerie; l'htel des Hollandais, Nagasakiya, devant lequel un
rassemblement de curieux regarde trois habitants de l'htel  une fentre;
la boutique du libraire Tsoutaya, l'diteur d'Outamaro, avec sa marque
faite d'une feuille de vigne vierge surmonte du pic de Fouzi-yama, sur
une lanterne, et ses piles d'images, et ses commis en train de faire des
rangements, et l'annonce de ses albums nouveaux sur les planches de bois
de la devanture.

Dans le troisime volume: la cour du temple Asakousa emplie de la presse
des acheteurs et des acheteuses devant les petites boutiques de la cour;
un atelier d'armurier o un ouvrier martle une pice et o sont suspendus
une selle, des triers, des gants pour l'escrime du sabre.




                                     XII


Avec les livres et les sourimonos mis au jour par Hokousa depuis 1778
jusqu' la fin du sicle, il est de toute ncessit de cataloguer les
planches publies sparment par l'artiste pendant ces vingt annes.

D'abord, dans ces planches publies sparment,--quoique souvent runies
en albums,--ce sont vers 1778, avons-nous dj dit, des impressions
d'acteurs ressemblant tout  fait  des Shunsh, et tires dans des tons
jaunes avec un rien de coloration rostre, d'une harmonie un peu
triste.

Et parmi les rarissimes estampes de ces annes, il y a un Kintoki entre
un singe et un chien portant son coffre; un petit Japonnais riant d'un
pcheur auquel une pieuvre s'est attache; des ttes caricaturales
destines  tre dcoupes pour l'amusement des enfants; des promenades
de Japonaises dans des campagnes dsagrablement coupes par ces nuages
rouges qui sont des imitations malheureuses des bandes de poudre dore des
anciens rouleaux. Au fond, des reproductions assez grossires de dessins
que ne recommande pas encore aux diteurs un nom connu.

Vers 1793, une belle planche reprsentant le corps  corps de deux
lutteurs aux anatomies lphantines.

Dans les annes suivantes, un _bateau de bonheur_ sur lequel l'Olympe
japonais pche  la ligne; deux diptyques, l'un reprsentant une
procession d'enfants, l'autre, une runion d'enfants dessinant d'aprs
des images; un triptyque de l'attaque du chteau de Kzouk par les
ronins.

Parmi ces compositions, un dessin tout  fait capital, sign _Shunr_, et
o s'annonce la matrise future de l'artiste. Un dessin, o Kintoki est
reprsent une main autour du cou d'un ours, un aigle sur l'paule, et o
le corps couleur de brique de l'enfant herculen, entre le noir de l'aigle
et le fauve de l'ours, fait de la coloration toute-puissante.

Une autre impression d'un grand caractre, reprsentant l'impratrice
Dakki qui, d'aprs une lgende japonaise, serait un _renard  neuf
queues_: cette impratrice ayant le got du sang, faisant ouvrir le ventre
des femmes enceintes, et que l'on voit  une fentre, regardant un enfant
qu'un bourreau tient suspendu en l'air par le collet de sa robe, prt 
lui couper la tte avec son sabre.

Une autre impression vous montre la desse du Soleil, ne du mariage
de Isanagui et de Izanami, les premires divinits mles et femelles
cratrices du Japon, retire dans la grotte ferme par un immense rocher,
et laissant le ciel et la terre plongs dans les tnbres au moment o le
dieu Tatikara, _aux bras puissants_, va la tirer, charme qu'elle est par
le chant d'Ousoum, va la tirer hors de sa grotte.

En 1796 Hokousa apprend la perspective de Shiba Kkan, qui la tenait des
Hollandais, et cette tude amne, cette anne, la publication d'une suite
de douze paysages qui ont, sous le pinceau du matre japonais, comme un
sentiment hollandais, et o Hokousa signe son nom horizontalement, ainsi
que dans l'criture de l'Europe.

De cette srie qui renferme la premire ide de la Vague, M. Mauzi
possde un tirage extraordinaire qui a l'air d'une suite d'aquarelles
tire sur un papier torchon.

Vers cette poque Hokousa publie encore une srie de huit feuilles
reprsentant huit vues du lac Biwa, dans une teinte de grisaille violace
o bien certainement existe une influence europenne.

Ici il faut numrer les sries de Tkad, la route principale reliant
Ydo  Kito, et qui traverse les villes servant de stations. De l le nom
des 53 _stations_ qui, ajoutant celles de Ydo et Kito, forme une suite
de 55 planches.

On compte cinq sries, car cette route de Tkad a t un des sujets
prfrs par le pinceau d'Hokousa qui, d'aprs Hayashi, en aurait dessin
quatre avant 1800.

Une premire srie est du format in-4 en largeur avec un mdaillon:

De petits croquetons spirituels.

Une deuxime srie galement du format in-4 en largeur, tire sur le
papier des sourimonos, et o, comme ton, domine le bistre.

Une jolie impression: un enfant faisant du trapze  la branche d'une
ancre.

Une troisime srie d'un petit format carr et o Ydo et Kito font des
diptyques.

Coloriage d'une publication  bon march.

Une quatrime srie in-12 en hauteur. De beaux dessins anatomiques.

Une cinquime srie de format in-12, tire en sourimono, et qui a paru
seulement en 1801.

Dans cette srie il y a sept planches en format double et en largeur.
Srie d'une grande finesse dans le trait et d'une remarquable douceur de
couleur.

Deux planches charmantes: une femme se coiffant accroupie  terre et
tenant d'une main derrire elle sa natte qu'elle peigne de l'autre, tout
en se regardant dans un miroir; et une femme faisant du filet, qui se
retourne dans sa marche vers un petit enfant se tranant derrire elle,
attach par une corde  sa robe.

Il y a encore des sries de paysages.

La srie des SIX TAMAGAWA, srie de six paysages d'un faire un peu brutal.

Une seconde srie des SIX TAMAGAWA, avec le mdaillon.

Une srie des TROIS SOIRES, srie de trois petits paysages anims par des
promenades de femmes.

Une grande vue panoramique des deux rives de la Soumida (H. 25, L. 65),
aux maisons et aux arbres minuscules, commenant  la fin d'un pont qui
runit les deux rives, et o se voit dans le haut du ciel un imperceptible
cerf-volant.

Et sans doute il existe d'autres, bien d'autres de ces feuilles de
passages spares, que peut-tre la publicit donne au nom d'Hokousa
fera retrouver au Japon ou ailleurs. Pour ma part je possde seize de ces
paysages en largeur, runis en un album qui porte sur la couverture le
titre crit  la main: _Tto Meisho sh_, COLLECTION DES ENDROITS CLBRES
DE YDO, ILLUSTRS PAR DES POSIES: seize feuilles au tirage le plus
rapproch des sourimonos et qui ont d tre publis  la fin du dernier
sicle, ou au commencement de celui-ci.

1. Le coucher du soleil sur la mer  l'embouchure de la Soumida.

2. Dans la campagne, un grand cercle en paille entre deux bambous, un
cercle sacr o un prtre fait passer les enfants d'aprs la croyance que
ce passage vite aux enfants les pidmies.

3. Un coup de vent forant deux femmes  ramener sur elles leurs robes
enroules dans un enveloppement plein de grce.

4. Admiration de Japonais et de Japonaises devant les pruniers en fleurs
de l'autre ct de la Soumida.

5. Terrasse de Ouyno o un enfant laisse tomber des feuilles de papier en
bas.

6. Japonais flambant le fond d'un bateau qu'il vient de construire.

7. Promenade de trois femmes de la socit suivies d'un serviteur au bord
de la Soumida.

8. Le grand sapin sacr du temple de Mikn  Yanaghishima, entour de
paille.

9. Terrasse du temple d'Inari  Mimgouri, o un Japonais porte sur ses
paules son petit garon.

10. Maison de paysan  Skiya, un endroit renomm pour la quantit de ses
lucioles que les Japonais s'amusent  enfermer dans une petite cage de
soie.

11. Deux femmes, suivies d'un serviteur porteur d'une plante et de deux
bouteilles de sak, se promenant au bord de la Soumida, en vue d'un grand
bateau d'o un homme puise de l'eau avec un seau.

12. Jardinier arrosant des lgumes  Ayas, prs d'un petit pont sur
lequel schent des bottes de paille de riz.

13. Une femme apportant une tasse de th  un Japonais, jouissant 
l'endroit, appel autrefois Mattiyama, de la belle vue de la rivire.

14. Une barque o sont embarques deux Japonaises.

15. Effet de neige  Moumwaka.

16. Et la promenade se termine, comme pas mal de promenades de Hokousa,
par la descente de deux Japonais dans une Maison Verte du Yoshiwara.


Parmi d'autres impressions de collections parisiennes.

Une promenade dans le Yoshiwara.

Une vue de l'entre d'un thtre, avec les ttes de la foule d'hommes et
de femmes rassembls pour entendre le boniment des acteurs sur
l'estrade.

Des teinturires, cette composition de deux femmes coupes par une bande
d'toffe, qui a tent successivement Outamaro, Toyokouni.

Des bcheronnes, la tte charge de fagots.

Une srie de caricatures amusantes par le changement de place du nez, de
la bouche, des yeux.

Une srie de SIX POTES, srie de six feuilles, avec le portrait du pote
accompagn d'un paysage ou d'une fleur. Imagerie un peu vulgaire.

Une reprsentation d'un thtre chantant o les acteurs ne font que les
gestes et o les paroles sont dites par des rcitateurs aux bouches
immenses.

Une planche de trois musiciennes, l'une jouant du _koto_, l'autre du
_schamisn_, la dernire du _kok_ (espce de violon).

Une planche d'une femme passant en barque sous un pont.

Une planche d'une femme se promenant sur un boeuf, dans la province de
Ynoshima.

Deux planches d'hommes et de femmes, la mare retire, pchant avec des
paniers le poisson rest dans les anfractuosits de la plage.

Une planche reprsentant la runion des six potes sur une terrasse.

La plantation du riz.

La cueillette du th.

Une charmante impression est une impression o un amoureux joue de la
flte  la porte d'une habitation, et o l'on voit une servante, envoye
par sa matresse qui l'entend de son balcon, traverser le jardin et lui
ouvrir la porte.




                                   XIII


En 1800 Hokousa publie encore un petit livre jaune, avec son titre bien
japonais, _Kamado Shgoun_, LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU, un petit
livre dont les dessins et le texte sont fournis par le peintre.

Il est curieux, ce petit livre, par la figuration de l'auteur prsentant
son livre  l'diteur, agenouill, les deux mains poses  terre dans une
attitude de supplication, curieux par la modestie de la prface de
l'crivain-dessinateur.

Voici  peu prs la prface de ce volume, qui va tre un des derniers
volumes dont Hokousa crira le texte:

    Je viens de faire un travail maladroit, si cependant, aprs examen, a
    faisait votre affaire? Et comme je ne suis pas habitu  crire, pour
    les passages non russis, faites-les retoucher par le matre Bakin.
    Or, si j'ai la chance d'avoir le moindre succs cette anne, je
    travaillerai mieux l'anne prochaine.

Maintenant si l'on veut avoir une ide de la littrature du peintre, voici
un bout de traduction du livre jaune:

    Dans une lointaine province de l'Ouest, il y avait un grand seigneur,
    nomm le grand coeur, ayant un revenu d'un million de tonnes de riz.
    On le surnomma Dadara Dajin, le Seigneur Dsordonn, comme grand
    amateur de volupts et fort buveur de sak. Et, non content du plaisir
    de la chasse dans les montagnes, de la pche dans la mer, il s'amusait
     faire nager les gens avec de lourdes pierres attaches  leurs corps,
    ou  les faire courir, pieds nus, sur la glace; et le monde de son
    entourage, il voulait qu'il ft habill de chaude ouate, en t, et de
    toile claire, en hiver. Enfin il aurait fallu, pour la distraction de
    ce seigneur, que les poules chantassent et les roues tournassent de
    ct. C'est dire que l'argent et l'or taient entre ses mains, comme
    l'eau de la rivire.

    Or, il se trouvait dans la province voisine un autre seigneur appel
    l'Eau de riz, habitant le chteau des Cranciers...

Mais ici, le traducteur s'est arrt, dclarant que le texte, se
composant, d'un bout  l'autre, de jeux de mots et d'allusions seulement
comprhensibles pour des Japonais, est intraduisible en franais.




                                     XIV


La mme anne, en 1800, Hokousa illustre les trois volumes de _Soumida
gawa Rigan itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA, un
panorama des deux rives pouvant se dplier. Dans le premier volume,
c'est  Takanava la vue de la baie o l'on voit contre le vieux mur des
fortifications de Ydo,  la porte d'une maison de th improvise sous
des nattes attaches  des bambous, une _mousm_ invitant les passants
 se rafrachir. Puis, en remontant la rivire, en face de l'le de
Tsoukoudajima, ce sont des enfants enlevant un cerf-volant prs d'un
porteur de ballots de ouate, de cette ouate dont la marie se voile le
visage dans les crmonies du mariage. A Ohhashi, une femme,  demi
couche sur un grand banc, prend le frais avec ses enfants.

Dans le second volume, voici le pont de Rigokou, qui joint les deux rives
de la Soumida, et que traverse une foule compacte au-dessus de laquelle
s'lvent les lances de l'escorte d'un damio. Plus loin,  Shubino Matzou,
d'lgantes femmes en bateau pchent  la ligne, avec des hameons en
forme de tridents. A Ohkavabashi, un saltimbanque fait des tours de force
devant des enfants.

Dans le troisime volume, c'est la toiture lance du temple d'Asakousa
dans une nue volante de corbeaux. Plus loin, toujours en remontant la
rivire, nous sommes sur la colline Mattiyama d'o l'on dcouvre la
campagne paysanne et marachre de Katsoushika. Enfin nous voil 
Invinado, le quartier de la tuile et de la cramique. L, nous abandonnons
la Soumida, et Hokousa nous mne  l'entre du Yoshiwara et nous promne
devant les maisons aux grilles de bois, et dans les rues tout gayes de
la musique des fltes et des tambourins, la veille du Jour de l'An.

Car ce spectacle des deux rives de la Soumida, Hokousa le commence au
printemps d'une anne et l'achve  la fin de cette anne.




                                     XV


En 1801 Hokousa, qui quitte la signature Shunr pour prendre la signature
Goummate, publie:

UN TNGOU TOMB DU HAUT DE SON NEZ DANS LE MONDE BTE D'ICI-BAS, un petit
livre fantaisiste dont le texte est de Jakouse. C'est l'histoire d'un de
ces esprits ariens, de ces gnies bons ou mauvais  l'interminable nez
pointu, aux ailes de chauve-souris, si souvent reprsents dans les albums
japonais.

Du haut du ciel, un Tngou aperoit une Japonaise, en devient amoureux,
descend sur la terre et, tant bien que mal dissimulant son nez sous
l'envole d'un cache-nez, file le parfait amour avec elle, est rduit 
vendre ses ailes  un marchand de plumes pour subvenir aux caprices de la
femme, enfin tout  fait ruin devient un vendeur de _sarasins_ (de ptes
en forme de macaronis et de nouilles), tombe malade, a la vision, en un
rve, d'un acteur reprsent dans un kakmono, qui a un nez comme les
Tngou, obtient qu'il le soigne, le mdicamente, lui fasse revenir le
pouvoir mystrieux qu'il avait autrefois comme Tngou et qu'il a perdu
dans le commerce de la courtisane, retourne enfin chez les Tngous,
inquiets de sa disparition et qui lui ont dpch un messager pour le
ramener.

Et la dernire planche le reprsente crivant les Mmoires de sa vie sur
la terre.

La mme anne parat le _Onna Sanj rokkasn_, LES TRENTE-SIX POTESSES,
illustr par Yeishi: un album renfermant peut-tre les plus originales
impressions en couleur existant dans les livres japonais, et au milieu
d'une calligraphie jete sur des espces de nuages teints des nuances
du ciel, de l'aube au coucher du soleil. Et Hokousa peint, en tte de
l'album, une promenade de personnages de la cour dans la campagne.

La mme anne parat encore _Hitori Hokkou_, CHACUN UNE PENSE, deux
volumes contenant, en leurs cent pages et leurs cinquante dessins, de la
littrature et des croquis de presque tous les lettrs et les artistes du
temps.

Hokousa n'a qu'un croquis, mais un croquis merveilleux: une oie sauvage,
volant la tte en bas, une aile replie, une aile ploye, les pattes
rebrousses sur le ventre. C'est, pour ainsi dire, un instantan dont le
clich a t gard au fond d'une mmoire.




                                    XVI


Hokousa publie, en 1802, _Isosouzou-gawa Kika-Gourouma_. CINQUANTE
POTES MODERNES, album en couleur sign _Hokousa Tokimasa_, o l'artiste
a donn  ces potes modernes un caractre ancien, les a comme travestis
dans un carnaval archaque. Une jolie planche est la premire o les
danseuses vierges d'un temple sinthoste tournent autour d'un petit
simulacre de tor-i, avec leurs couronnes en mtal dor aux boules de
cristal, et ayant en main des grelots, des branches de pin, de petits
btons blancs traverss de papier portant des prires.

La mme anne Hokousa publie le _Yhon Tchshin goura_, MAGASIN DES
FIDLES VASSAUX, une suite de scnes de l'histoire des 47 ronins, tires
de la pice joue un an aprs l'vnement.

Ce sont deux petits volumes en couleur, d'une excution assez peu soigne,
signs _Hokousa Tokimasa_, ajoutant des pisodes peu connus aux pisodes
connus. Ainsi la premire planche vous donne la raison de la haine secrte
entre le damio Takoumi no Kami et Kzouk le matre de l'tiquette prs
du shgoun. Takoumi no Kami avait la garde d'un casque port par l'aeul
du shgoun vivant, et une planche montre la femme du damio le montrant
dans une caisse  Kzouk, envoy pour l'inspecter. Dans cette entrevue
Kzouk devenait amoureux de la femme, crivait une dclaration qu'elle
traitait avec le mpris d'une honnte femme. De l sans doute la raison
qui faisait mettre le sabre  la main  Takoumi no Kami contre Kzouk,
dans le palais du shgoun.

Le bruit a couru au Japon que Hokousa n'aimait pas  dessiner les
pisodes de l'histoire des 47 ronins parce qu'il tait un descendant d'un
vassal de Kzouk, mais il n'en est rien: Hokousa ayant dessin un grand
nombre de scnes de cette dramatique histoire[13].

    [Note 13: En effet nous avons une srie en largeur, publie, vers 1798,
    signe Kak, puis deux sries en hauteur chacune de 12 feuilles en
    couleur, portant toutes deux le mme titre _Tchshin-goura_, LE MAGASIN
    DES VASSAUX FIDLES, une srie de 11 feuilles en largeur.]

La mme anne, sous le titre de _Itakoboushi_, le nom d'une chanson  la
mode dans ce temps, Hokousa illustre deux volumes consacrs  la femme
japonaise et la montrant saisie sur le vif, dans tous les abandonnements
de ses poses et les coquets accroupissements de son tre quand une pense
amoureuse l'occupe.

La srie commence par une planche vous donnant  voir une jeune femme
penche sur un papier qu'elle droule et sur lequel elle va crire une
lettre avec le pinceau dont elle tient le bout dans sa bouche. Suivent
d'autres femmes, l'une arrangeant sa chevelure avec ce gracieux mouvement
o la tte est de face et o les deux bras disposent la coiffure sur le
ct; une autre, tendue  terre, une main sous le menton, lit un roman
d'amour pendant qu'un enfant lui grimpe sur le dos; une dernire, dans un
affaissement dsol, pleure sur le retard d'un amoureux qu'on aperoit au
bas de l'escalier. Et des attitudes de recueillement amoureux, et des
causeries sur l'amour, entre deux femmes penches en dehors d'un balcon
sur des arbustes en fleurs, et encore des confidences d'amie  amie o,
tendues tout de leur long  terre, l'une contre l'autre, deux autres
femmes rflchissent, un moment silencieuses: l'une d'elles, dans sa
proccupation, jouant avec un bout de fil.

Mais l'une des compositions les plus intimement charmantes est celle-ci:
prs d'une lanterne encore allume, qui a d servir  la reconduite de
quelqu'un, c'est le ramassement  la fois heureux et accabl de la femme
que vient de quitter son amant.

La mme anne parat encore un volume de posies, sans titre, illustr
par Hokousa d'une seule planche, mais d'une planche qui est une petite
merveille et qui n'est qu'une branche de prunier fleuri passant sur
l'argent oxyd d'une pleine lune.




                                   XVII


En 1803, au commencement de l'anne, c'est encore un petit livre jaune
que publie Hokousa, et qui a pour titre: _Boutchh Sokouski-riori_,
LA CUISINE IMPROVISE, une histoire de mnage dite en 3 volumes dont
le peintre fournit encore une fois et l'illustration et le texte et la
prface, que voici:

    Cette anne, vous avez bien voulu me commander un livre, mais vous
    savez bien que je ne suis pas habile, et a n'a pas march, d'autant
    plus que vous m'avez press. J'ai commenc par le dessin et, seulement
    aprs, j'ai crit le texte, ce qui pourrait bien avoir amen du
    dcousu dans certaines parties du livre. Toutefois, si vous trouvez
    l'ouvrage prsentable au public, je vous serais oblig de le faire
    graver.

Le volume est curieux, parce qu'il traite d'une manire fantaisiste des
choses de la cuisine: Du riz.--Des soupes.--Des saks.--Du th et des
gteaux.--Des lgumes frais.--Des lgumes secs.--Des crustacs.--Des
oeufs.--Des plats au vinaigre.--Des rtis.--Des bouillis.--Des poissons
grills.--Des sarasin, macaroni, vermicelle.

Il est aussi question de choses qu'on ne mange pas en France, de pommes de
caladium, de ssame brl, d'aubergine sale, d'ignames, de pieuvre, de
bche de mer, d'algues, de pousses de bambou, de racines de lotus.

Et voil le morceau humoristique jet par Hokousa en tte du chapitre du
sak:

    S'il y a le moraliste qui dit qu' la premire coupe c'est l'homme
    qui boit le sak, qu' la seconde coupe c'est le sak qui boit le sak,
    qu' la troisime coupe c'est le sak qui boit l'homme, il en est
    d'autres moins svres qui dclarent qu'il n'y a pas de limite pour
    boire du sak tant que a n'amne pas du dsordre. C'est ainsi que
    nous avons les gens qui avalent une grande quantit de sak pour se
    vanter de leur capacit, aussi bien que nous avons les gens qui se
    retiennent, pour vanter leur modration et proclamer qu'une petite
    quantit de sak est le meilleur des mdicaments. Et nous avons
    les gens qui succombent tout de suite, et les gens qui se grisent
    indfiniment. Au fond, la limite est le mal de coeur, aussi bien pour
    les grands buveurs que pour les aptres de la modration. L'quilibre
    du buveur qui tient debout, le ventre vide de sak n'est-ce pas
    l'inverse de l'quilibre de la bouteille toute droite quand elle est
    pleine, et qui chute  terre quand elle est vide?

Puis Hokousa dcrit les diffrentes qualits des boissons fermentes,
depuis l'esprit d'alcool qui brle, jusqu'au _mirin_ qui est doux comme
du muscat.

La mme anne Hokousa publie sous la signature de _Tokitar Kak_
L'INVENTAIRE DES MENSONGES, _Mouna-zany Ousono Tana-oroshi_, un livre
ironique o le texte et l'illustration, qui sont tous deux encore du
peintre, semblent se moquer des affirmations mathmatiques et qui
pourraient bien tre exagres et aller au del de la vrit, dans
l'arpentage d'un champ, le mesurage d'un arbre, le pesage d'un lphant.
Et cela sous une forme blagueuse dont voici un chantillon,  propos d'une
planche toute noire de rats: Il est tabli qu'un mnage de rats met au
monde douze rats dans un mois, et au bout du douzime mois, chaque couple
produisant 12 rats, il en existe 908, et la naissance continuant dans la
mme proportion, on arrive  la fin de la seconde anne, au chiffre
colossal de 27.682.574.402.

Enfin, la mme anne, Hokousa illustre encore _Ada-dhon Tsoushin-mouda_,
ALLUSION  LA PICE DES 47 RONINS. Deux volumes contenant de petits bois
sans importance.




                                    XVIII


En 1804 parat une publication importante d'Hokousa, trois volumes aux
images en couleur portant le titre de _Yama mata yama_, MONTAGNES ET
MONTAGNES (paysages), qui sont une suite de vues prises autour de la baie
de Ydo et qu'annonce ainsi la prface:

    Ceux qui ont rendu la beaut de ces paysages en peinture ou en posie
    sont le dessinateur Hokousa et le pote Taguntei.

La premire planche du premier volume reprsente la colline du temple
Hatiman d'Ityaga, et l'on y voit deux femmes avec un enfant porteur d'un
cerf-volant sur son dos, au moment de passer sous un tori-: une de ces
portes  jour  l'entre d'un temple sinthoste.

La seconde planche est une vue du quartier Horino-outi, que traverse une
femme porte dans un kago sur le toit duquel est une branche d'arbuste en
fleurs; puis c'est  Ohji, devant une maison de th, des hommes en train
de laver des plateaux  une fontaine; puis  Asouka, c'est un porteur d'un
barillet de sak en compagnie d'un camarade, dont la titubation d'ivrognes
fait sourire deux femmes; puis  Hongo, c'est un balayeur grotesque
balayant le chemin que prennent deux promeneuses. Et c'est sur la colline
de Takata, d'o l'on voit le Fouzi-yama, trois femmes de la socit,
reconnaissables au rouleau de soie qui entoure leur chevelure, faisant
collation auprs d'un arbre dans l'entre-deux des branches duquel est pos
un tlescope dirig vers la montagne; et c'est dans la chute d'eau de
Dondo, nomm ainsi  cause du bruit, des gens pchant avec des charpagnes.
Et c'est  Ydogawa, endroit clbre par sa fracheur et d'o vient dans
un conduit l'eau excellente baptise _eau pour le th_, des pcheurs dans
leurs barques.

Le second volume nous montre dans une planche des hommes et des femmes que
surprend une pluie d'orage  Ohkido, contre l'enceinte de la fortification
du shgoun, et leurs attitudes comiques ou gracieuses pour s'en dfendre;
dans une autre planche, des jeunes femmes sur une terrasse d'Atago, en
contemplation du vert paysage qu'elles ont sous leurs pieds; dans une
autre planche  Shinjikou, un homme, le jour de la fte des toiles,
attachant des lanternes et des papiers de couleur  un bambou; dans une
autre planche  Foukagawa, une femme qui achte,  un marchand d'oiseaux
et de poissons vivants, un oiseau qu'elle emporte dans une cage.

Nous trouvons dans le troisime volume une vue de la statue en pierre de
Ni et l'entre du temple  Zshigaya; une vue de la terrasse du temple
 Akasaka o sont des femmes et des enfants; une vue d'un paysage o un
homme souffle devant des promeneurs des caramels pour les enfants, en
forme d'oiseaux, de thires; une vue en pleine neige de Koudan, o une
Japonaise est si joliment encapuchonne de noir; une vue d'Asouka, o un
Japonais est en train de tirer, sur une feuille de papier tendue sur
l'inscription d'un monument commmoratif d'un artiste ou d'un lettr
(skihi), une preuve de cette inscription dont une autre preuve est
tenue, schant devant elle, par une femme.

La femme qui peuple les promenades de ces trois livres, c'est la femme
trs reconnaissable que dessine l'artiste vers ses quarante ans, la
gracieuse petite femme longuette, au haut chafaudage de la chevelure
traverse d'pingles, aux traits mignons rendus par trois points pour les
yeux et la bouche et trois petites lignes pour le nez et les sourcils, 
l'ampleur des manches et de la ceinture, au placage contre le ventre et
les cuisses de la jupe troite, s'vasant et se rpandant en vagues  ses
pieds: un type de femme lgant, fluet, gentillet, mais un peu mivre.

La mme anne Hokousa illustre encore _Misoka Tsouzoura_, LE PANIER 
PAPIER, un petit album de la plus grande raret, contenant des penses,
des rflexions de Hokousa.

Une jolie planche, dans ces colorations dlaves des impressions de ce
temps, est une planche o se voient deux jeunes Japonaises jouant avec une
souris blanche.




                                    XIX


Fantasque comme tous les grands artistes, Hokousa avait parfois l'humeur
pas commode et trouvait un malin plaisir  se montrer dsagrable aux gens
qui ne lui tmoignaient pas la dfrence qui lui semblait due ou dont
l'aspect lui tait tout bonnement antipathique.

Onoy Bak, un grand acteur des premires annes du sicle, reconnaissant
le talent tout particulier de Hokousa pour inventer des revenants, avait
l'ide de s'adresser  l'imagination du peintre pour qu'il lui dessint
un tre de l'autre monde devant servir  la figuration d'une scne dans
son thtre. Et l'acteur invitait le peintre  venir le voir, ce que se
gardait bien de faire Hokousa. Alors l'acteur se dcidait  lui faire
visite mais, trouvant l'atelier d'une salet telle qu'il n'osait s'asseoir
 terre, il faisait apporter sa couverture de voyage sur laquelle il
saluait Hokousa. Mais le peintre froiss ne se retournait pas, continuait
 dessiner, et l'illustre Bak, tout  fait mcontent, se retirait.
Toutefois il tenait tant  son dessin qu'il avait, un jour, la faiblesse
de faire des excuses  Hokousa pour l'obtenir.

Vers la mme poque Hokousa recevait la visite d'un fournisseur du
Shgoun qui venait lui demander un dessin. On ne sait ce qui dplut du
visiteur  Hokousa, mais on sait que, dans ce moment, le peintre tait 
prendre, en plein soleil, des poux sur sa robe, et qu'il jeta brutalement
au visiteur qu'il tait trs occup et qu'il ne pouvait tre  lui.
Le visiteur se rsignant  attendre la fin de la chasse d'Hokousa, il
obtenait le dessin qu'il dsirait. Mais le visiteur avait  peine pass
la porte que Hokousa, courant aprs lui, lui criait d'une voix railleuse:
_Ne manquez pas, si l'on vous demande comment est mon atelier, de dire
qu'il est trs beau! trs propre_[14]!

    [Note 14: Biographie d'Hokousa Katsoushika Hokousa dn. par I-ijima
    Hanjur.]




                                   XX


Le roman japonais est toujours un roman d'aventures,--d'aventures
tragiques, le plus souvent amenes par la vengeance ou la jalousie,
les deux mobiles du roman de l'Empire du Lever du Soleil. De l, presque
 chaque page, des batteries, des assassinats, des scnes de torture,
des suicides, des _hara-kiri_ (ouvertures de ventre), des expositions
de ttes coupes: pisodes mls, dans le roman historique, aux tueries
universelles de la lutte des Tara et de Minamoto, prtant  un
dessinateur de la vie en action la bonne fortune de faire, dans une
illustration, de beaux dessins mouvements de la Guerre et du Crime.
C'est dire, n'est-ce pas, que l'illustration de tels romans devait tenter
Hokousa, qui s'y absorbe presque tout entier, en 1805, 1806, 1807, etc.,
et lui donne, pendant prs de vingt ans, les plus longues heures de son
travail quotidien.

Puis, pour Hokousa, il y avait encore une autre sduction dans cette
illustration. Le Japon est amoureux du surnaturel, et ses romans sont
pleins d'apparitions. Or l'artiste appel l-bas _le peintre des fantmes_,
le peintre qui a dessin ces ttes des CENT CONTES qui vous laissent dans
la mmoire un souvenir d'pouvante, le peintre auquel les directeurs de
thtres venaient demander des maquettes de visions d'effroi, le peintre
prs duquel les confrenciers macabres sollicitaient des figures de mortes,
devait aimer  traduire, avec les imaginations de son art, les rveuses
imaginations dans le noir des lettrs de son pays, et c'est ce qui
explique les longues annes o une partie de son talent appartint 
l'illustration des romans.

En 1805 Hokousa illustre _Yhon azouma foutaba nishiki_, LE BROCARD
(l'clat) DES DEUX POUSSES DE LA PLANTE DE L'EST, roman en cinq volumes
dont le texte est de Kohda Sighrou et dont l'illustration est, par
volume, de six planches doubles.

Ce sont deux enfants d'un riche paysan des environs de Ydo, dont l'an
est assassin et que le cadet venge avec l'aide de sa femme et de la veuve
de son frre.

Un dessin plein de mouvement: le dessin de l'assassin passant, dans sa
fuite prcipite, sur le corps d'une femme couche qui le
reconnatra.

Une foule de pripties et un tas de comparses prenant part  la
fabulation, au bout de laquelle le cadet,  la recherche de l'assassin de
son frre, arrive  une habitation mystrieuse o il retrouve la femme de
son an, qui n'a pas cd  l'assassin, toute supplicie, tout attache
qu'elle est au milieu de cadavres, jets la tte en bas sur le revers
d'une colline et dont les ctes traversent les chairs pourries de la
poitrine, et dont les figures ont les orbites vides des ttes de mort.
Une horrifique planche!

Et le roman se termine par un jugement de Dieu, devant un tribunal o, en
champ clos, les deux femmes, soutenues par le cadet, combattent et tuent
l'assassin,  la suite de quoi le valeureux frre est fait samoura par
un damio.

L'anne suivante, en 1806, Hokousa illustre un autre roman dont le texte
est galement de Kohda Shighrou, roman publi en dix volumes, dont les
cinq premiers paraissent en 1806 et les cinq autres en 1808.

Ce roman, qui a pour titre: _Yhon Tamano Otiho_, L'PI DE PERLES TOMB
 TERRE, est l'histoire de Tokou-jumarou, le jeune prince de Nitta, un
moment dpossd de ses tats.

Un roman illustr par nombre de dessins d'un grand intrt pour l'histoire
des moeurs du Japon, dessins de la ralit la plus absolue, entremls de
dessins fantastiques, comme l'apparition d'un esprit  une marie, la nuit
de ses noces, apparition la faisant accoucher d'un monstre que le mari
trangle; comme l'trange vision, en un paysage, la nuit, de milliers de
renards dans la lumire d'un clair de lune: roman dont le dnouement
montre, au milieu d'un noir ciel sillonn d'clairs, le prince agenouill
devant la tombe de son pre, la tte de son assassin pose sur un
prsentoir.

En 1807 Hokousa illustre _Shin Kasan gudatsou monogatari_,
LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE KASAN, un roman en cinq volumes, du clbre
et populaire romancier Bakin.

Bakin, un romancier dont tous les romans ont, comme point de dpart, une
lgende ou un fait historique et qui, dans son ambition de donner prs du
lecteur un caractre de vrit  ses rcits, s'est fait un descripteur
trs fidle, un gographe merveilleux, selon les Japonais, des paysages o
se passe l'action de ses romans;--et la premire planche d'Hokousa offre
la vue du village qu'habite Kasan.

Kasan est une femme laide et mauvaise, tue par son mari et dont l'esprit
hante la seconde femme de l'assassin: tel est le sujet du roman.

Et, dans les images, c'est tout d'abord la femme du pass, la femme
jalouse devenue une religieuse, dont la lgende a servi  la fabrication
du roman, et qui est reprsente prs d'un plateau assailli par des voles
d'oisillons! un symbole de l-bas pour exprimer le payement des
pchs.

Le mari assassin, lui, est figur montrant, au-dessus de sa tte, un crit
japonais qui se contourne et se termine en un serpent, tandis que sa
vilaine femme  la tte pareille  une calebasse brandit un cran o se
voit un crapaud.

Un dessin des plus spirituels: le pre de Kasan, un marchand de
marionnettes, qui en a de suspendues tout autour d'un parasol ouvert
au-dessus de sa tte, et tient une espce de pelle o les mouvements de
sa main font danser un pantin aux articulations attaches  cinq ou six
ficelles.

Une planche d'un grand effet est l'assassinat o la femme, jete  l'eau,
et se cramponnant des deux mains  la barque, se voit assomme par son
mari  coups de rame.

Une autre planche curieuse montre la seconde femme se tuant par la
souffrance qu'elle prouve de la hantise de la femme assassine: et, au
moment o elle meurt, sort d'elle l'esprit qui la hante, sous la forme
d'une fume surmonte de la tte de la laide femme.

Et la dernire planche tale, dans une grisaille, une vision de l'enfer
bouddhique avec un luxe de supplices inimaginable.


Dans cette anne 1807 Hokousa illustre _Sou mida gawa Bari Shinsho_,
NOUVEAU LIVRE SUR LE PRUNIER ET LE SAULE DE LA SOUMIDA, un roman en six
volumes dont le texte est de Bakin.

C'est le roman de deux jeunes frres de la noblesse, Matsouwaka et
Oumwaka, deux enfants que la mre, aprs la mort du prince son mari tu
 la guerre, a fait cacher et, suivant une lgende du XIIe sicle,  la
recherche desquels elle se met quand il n'y a plus  craindre pour leur
vie, et ne trouve que leur tombeau: un roman sentimental qui a eu un grand
succs au Japon.

En tte de la table des matires est reprsent, ainsi que c'est
l'habitude dans les romans quasi historiques de Bakin, le paysage sur la
rive de la Soumida o se trouvait le tombeau des deux frres. Et, dans une
planche d'Hokousa, l'on voit cette mre, en la recherche de ses enfants,
sous la robe d'une mendiante jouant la folie, entoure d'une troupe
d'enfants se moquant de la princesse Hanako devenue mconnaissable, et
portant une branche d'arbuste o est pendu un ventail sur lequel est
crite une phrase qui doit seulement la faire reconnatre par ses enfants.

Puis, dans une autre planche, on voit la pauvre mre arrive  l'endroit
o est mort son plus jeune fils, avoir la vision,  travers les branches
d'un saule, du cher mort, dans une robe lumineuse clairant le paysage.


Dans cette mme anne 1807 Hokousa illustre _Kataki-outi Ourami
Kouzou-no-ha_, LA VENGEANCE DE KOUZOU-NO-HA, un roman en cinq volumes
dont le texte est de Bakin.

Dans ce roman fabuleux qui se passe au temps de la guerre de Minamoto et
des Tara, le guerrier Tadanobou, parti en campagne, a laiss  la maison
une femme et un tout jeune enfant. Pendant la guerre, au moment o un
vieux renard allait tre tu d'un coup de flche par un de ses compagnons
d'armes, Tadanobou l'a sauv et le renard est rest reconnaissant au
guerrier. Dans ce temps meurt assassine la femme de Tadanobou. Or, le
vieux renard qui a vcu mille ans et qui, d'aprs les croyances de l-bas,
a le pouvoir de se changer en ce qu'il veut, se mtamorphose en femme et
va lever l'enfant de Tadanobou. Et une planche ingnieuse d'Hokousa
montre la femme qu'est devenu le renard se regardant dans la rivire et
se voyant reflte en renard.

Puis, au retour du mari, qui trouve son enfant tout lev, la femme-renard
disparat, mais le pre et le fils vont  sa recherche, et la femme-renard
leur apparat dans une de ces visions, semblables aux visions de Rembrandt,
en un coin d'eau-forte  peine mordue, et apprend  l'enfant l'homme qui
a assassin sa mre--et que l'enfant tue.

Dans cette mme anne 1807 Hokousa illustre: _Sono-no-Yuki_, LA NEIGE DU
JARDIN: un roman de Bakin en six volumes, qui est l'histoire du guerrier
Sonob Yoritsoun et de la princesse Ousouyuki.

Cette illustration, suprieure  l'illustration des autres romans publis
cette anne, pourrait faire supposer que les dessins d'Hokousa, qui ont
t gravs en 1807, sont, quelques-uns, de plusieurs annes antrieurs 
cette anne et que ces dessins attendaient un diteur.

L'illustration d'Hokousa dbute par la reprsentation d'animaux
fantastiques et d'animaux rels, mais d'une grandeur, d'une puissance,
d'une force qui les fait un rien surnaturels. C'est une araigne
gigantesque, une araigne  la tte d'une pieuvre, au corps pustuleux d'un
crapaud, ayant un chapelet de crnes d'hommes autour d'elle, une araigne
montre  la lueur de la torche de Yoritsoun qui a pntr dans sa
caverne; c'est une carpe du format d'un cachalot, souleve au-dessus des
flots; c'est un tigre chevelu, aux poils en forme de flamme, enchevtr
dans les replis d'un dragon interminable; c'est un ours aux griffes
terribles dans des emmanchements de mastodonte; c'est un aigle, en le
vigoureux et tressautant dploiement de ses ailes, avant de monter dans
les airs:--des animaux qui ont des solidits de sculptures de bronze.

 ct de ces btes sorties d'une ralit imaginative, des dessins de
femmes, tantt d'une dlicatesse de rve, comme cette longue femme dans sa
robe blanche, avec le flottement autour d'elle de sa noire chevelure,
tantt d'une originalit gracieuse, comme ces deux femmes dans un coup de
vent qui les courbe presque  terre, avec l'envole derrire elles de
leurs cheveux et de leurs robes.

Une planche curieuse est un cimetire japonais avec ses tombes en pierre
et ses longues et hautes planchettes portant crites des prires:
cimetire o la princesse et sa suivante sont caches sous une tente de
papier et qu'envahit une troupe d'hommes arms.

Et la dernire planche reprsente le tratre cartel par des boeufs,
auxquels sont attaches ses deux jambes.

Hokousa publie encore, en 1807, l'illustration de _Thinstsou Yumihari
Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU CAMLIA, roman de
Bakin, en six parties, dont la premire et la seconde partie paraissent
en 1807, la troisime vers 1808, la quatrime, la cinquime et la sixime
en 1811: ces six sries forment vingt-huit volumes.

Ce roman est l'histoire de Tamtomo, un hros du XIe sicle, prenant
parti pour un empereur dpossd  la suite d'une rvolte, et qui tente
de reprendre le pouvoir. Au fond, ce roman est, comme une srie de contes
des Mille et une Nuits, une suite de voyages fabuleux dans l'le de
Lieou-Khieou, Formose, les Pescadores, et autres les de la mer du Japon,
par ce Tamtomo,  l'arc irrsistible et o la topographie des endroits
est entremle de toutes les croyances des localits et de toutes les
lgendes merveilleuses de ces les dont quelques-unes passaient pour tre
habites seulement par des femmes, et dont l'imagination de l'artiste a
peut-tre donn une habitante dans cette voluptueuse femme monte sur un
boeuf, jouant d'une flte o est pos un oiseau. Et Tamtomo terrorise
et dompte ces populations sauvages,--reprsentes par Hokousa assez
semblables aux Anos couverts de poils,--par la puissance de son arc, avec
lequel il coule un navire, fait sauter un quartier de rocher, et qu'aucun
des hommes des contres qu'il traverse ne peut tendre. Le roman n'a peur
d'aucune invraisemblance: le fils de Tamtomo tombe malade, le pre fait
fabriquer un immense cerf-volant pour le transporter au Japon, tandis que
l'empereur dpossd, devenu dans un coup de foudre un Tngou,--un de ces
gnies du bien et du mal, si accrdits au Japon, un de ces gnies au nez
en vrille,--et qu'on voit tenir un conseil de guerre avec des gnraux qui
sont tous des Tngous, sauve par leur entremise Tamtomo d'un naufrage; et
l'on voit  la fin Tamtomo dans une apothose, entour de flammes sur son
cheval qui prend feu.

Et ce roman fabuleux, o se trouve un mli-mlo de gographie exacte et
de rcits impossibles, et de planches dignes d'une icthyologie srieuse 
ct de sirnes, finit par une interminable gnalogie de Tamtomo dont
les rois de l'le de Lieou-Khieou seraient des descendants.

Toujours en cette anne 1807, Hokousa publie l'illustration des cinq
premires sries du _Shimpn Souikuo Gwadn_, NOUVEAU COMMENTAIRE
ILLUSTR DE SOUIKO: un roman historique chinois, crit sous la dynastie
des Song par Sta-an, et prsent au public japonais dans une traduction
arrange par Bakin et Ranzan, publie en neuf suites de dix volumes, dont
la sixime, la septime, la huitime n'ont vu le jour, aprs un intervalle
de trente ans, qu'en 1838 et annes suivantes;--ces neuf sries composant
un roman de quatre-vingt-dix volumes dont Ranzan a crit quatre-vingts
volumes.

L'illustration de ce roman clbrant les exploits guerriers de cent
huit hros chinois, qui meurent tous l'un aprs l'autre, et qui n'est
qu'une suite de duels mortels, de combats, de batailles, dbute par
la portraiture effrayante de neuf de ces hros, portraiture suivie du
renversement d'un monument sacr d'o sortent, comme d'une ruption de
volcan, toutes les dissensions et les guerres de ces annes.

En mme temps que le roman est une glorification de ces cent huit hros,
c'est dj un pamphlet contre la corruption gouvernementale de la Chine
de ce temps, et un prtre, qui revient dans toutes les pages, une barre
de fer  la main comme bton, apparat comme le grand justicier de cette
pope. Une des planches de l'illustration qui a une rputation au Japon,
et dont les artistes s'entretiennent comme d'un tour de force, est la
composition o l'artiste reprsente ce prtre poursuivant un fonctionnaire
prvaricateur qui s'est jet sur un cheval que, dans sa terreur de la
barre de fer, il n'a pas vu attach, et dont l'effort impuissant pour
prendre le galop a fourni le Gricault le plus mouvement qui soit.

C'est aussi, dans cette pile de livres, un tonnement, mme pour les
Chinois de trouver une Chine si exactement rendue avec ses costumes, ses
types, ses habitations, ses paysages, chez un artiste qui ne l'a pas vue
et qui a eu  sa disposition d'assez pauvres lments de reconstitution
du pays.

Et tout le temps, dans ces trois premires sries de puissants dessins,
comme le dessin du guerrier Boush tranglant un tigre, d'une grandeur
telle qu'on le voit port par plus de vingt hommes dans une autre planche;
le dessin du mme guerrier jetant par-dessus sa tte un colosse  terre,
dont la chute forme la courbe d'un corps bris, dj mort; le dessin du
mme guerrier, deux ttes coupes  ct de lui, et crivant sur un mur,
avec le sang de ces ttes, que c'est lui qui a tu ces malfaiteurs.

Un dessin, d'un caractre indicible, montre un assassin, vu de dos, une
main tenant son sabre prt  frapper derrire lui, son autre main serrant
 la gorge sa victime, un dessin o il n'y a d'ombr que ses cheveux et o
le reste de l'assassin est dans la lumire d'un croquis esquiss seulement
avec des traits.

Un autre dessin, d'une grce douloureuse, est une scne de torture
reprsentant une femme suspendue en l'air, les bras attachs derrire le
dos, sa tte tombe de ct contre une de ses hanches, ses pieds dans le
vide cherchant la terre.

Dans ces sries, Hokousa tente--et je crois l seulement,--de tirer un
parti pittoresque, dans ces compositions, de l'escalier, de l'escalier
extrieur des habitations chinoises et japonaises, tente de reprsenter
des scnes d'intrieur coupes par la monte ou la descente au premier
plan d'un homme ou d'une femme dans un de ces escaliers ariens,--et
c'est vraiment d'un trs joli effet.

Dans la quatrime srie, aprs un dessin reprsentant un mdecin pansant
la blessure faite dans le corps du guerrier Li par une flche qu'il vient
de retirer et qu'il tient dans sa bouche, c'est une suite de violents, de
colres, d'homicides dessins. Ici c'est un guerrier qui tombe avec son
cheval dans un prcipice, le cheval cabr dans le vide du trou noir sans
fond, un dessin o il y a la _furia_ d'un croquis de Dor russi; l c'est
l'herculenne cavalire Itijsei faisant un prisonnier qu'elle immobilise
emprisonn dans son _lasso_; plus loin, un homme qu'un guerrier dcapite
d'un coup de sabre, et dont le tronc s'affaisse, pendant que sa tte,
projete en l'air, retombe d'un ct, son chapeau de l'autre.

L'amusant, chez Hokousa, c'est la varit des sujets. Au milieu de ces
froces pisodes de la guerre, voici tout  coup, dans la sixime srie,
un palais ferique au haut d'un rocher auquel on arrive par des ponts,
des escaliers, une monte d'un pittoresque charmant: palais n dans
l'imagination du peintre au fond de son atelier. Et,  ct de cette
architecture potique, des dessins d'un naturel, comme cet homme qui
dort la tte sur une table, visit par un rve paradisiaque; comme cette
socit sur un pic de montagne, saluant le lever du soleil, les robes et
les cheveux flottants et soulevs derrire eux par l'air du matin.

Et, jusqu'au bout, jusqu' la fin de la neuvime srie, toujours des
images diffrentes ne se rptant pas. C'est la danse d'une femme au
moment o, aprs s'tre incline, elle se relve avec cette flexibilit
des reins qu'Hokousa sait si bien rendre, les bras tendus, la tte
amoureusement renverse en arrire; c'est la vue d'un vaisseau de guerre
japonais avec son architecture de pagode; c'est l'incendie d'un convoi
militaire de vivres; c'est enfin une des dernires planches o, dans une
nuit claire par une lune qui rend les vagues toutes blanchissantes, sur
une barque que fait avancer un marinier, pench sur un long bambou, Roshn,
un des cent huit victorieux, boit une coupe de sak que lui verse une
lgante femme, et la lgende de la gravure est celle-ci: _Roshn buvant
sous la belle lune dans la rivire de Wa_.

L'illustration de ce roman en quatre-vingt-dix volumes est en gnral de
trois images doubles par volume, ce qui fait avec les frontispices, pour
l'ouvrage entier, prs de trois cents estampes.

Une autre publication a t faite d'estampes se rapportant 
l'illustration de Souiko par Hokousa, mais d'estampes diffrentes de
celles du roman, dites en 1829 sous le titre: _Yhon Souikodn_,
ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODN.

Nous y retrouvons le prtre  la barre de fer, Rotishin, le tueur de tigre,
Boush, et Itijsei la femme forte,  ct de Kiumonir Shishin, l'homme
au corps entirement tatou de dragons, et de Rosnsho, ce mortel qui
avait le pouvoir de produire des orages pour terrifier l'ennemi;--tous
deux faisant partie des cent huit hros de l'pope chinoise.


En 1808, Hokousa illustre _Yriakou Onna Kikoun_, L'DUCATION D'UNE
FEMME HROQUE, un roman crit par Ikkou sur une lgende du XVe sicle,
racontant ce qui s'est pass, dans le temps, au chteau du dami
Kitabatak, o l'une des planches vous montre une femme s'exerant au
maniement du sabre.

La mme anne 1808 Hokousa illustre _Kataki-onti Miyorino Mig_,
LA GLOIRE D'UNE VENGEANCE.

Un roman du romancier Bakin, un roman en six volumes trs charg
d'incidents, o il est question d'une mchante femme reprsente dans un
beau dessin, un sabre dans les dents, des malheurs d'un garon de marchand
de sak, d'une femme possde par un esprit, d'un papier vol  un
samoura assassin, d'une fille sauve par le fils de l'assassin des mains
de la mchante femme, de tueries nombreuses, de la retrouvaille du papier
rapport au prince, et du mariage du jeune homme avec la jeune fille qu'il
a dlivre.


En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Shimoyo-no-Hoshi_, LES TOILES
D'UNE NUIT, O IL GLE, un roman de Tanhiko en cinq volumes.

La jalousie de la femme est un des sujets le plus souvent traits par le
roman japonais, et il s'agit encore--comme dans le roman de la CONVERSION
DE L'ESPRIT DE KASAN, de Bakin,--de la jalousie d'une femme contre une
rivale et de son assassinat par son mari.

La prface de Tanhiko est grave sur un ventail blanc jet sur une
page noire: l'imagination de Hokousa trouvant  tout un ingnieux motif
d'ornementation et, dans un autre roman, mettant la table des matires
contre un cadre attach sur un treillage de bambous tout garnis de
feuillages et de fleurs.

C'est donc, comme premire planche, Osawa, la femme jalouse, qui se
regarde dans un miroir, en un mouvement de retraite du corps en arrire,
les cheveux envols d'o tombent son peigne et ses pingles, et sa
ceinture aux fleurs de glycine se tordant autour d'elle comme la vraie
image d'un serpent,--qui se regarde, effraye de la laideur future que
la jalousie va apporter  sa figure et qu'elle voit d'avance.

Puis une autre figuration de la jalousie de cette femme, sous la forme
d'un monstre chevel, un enfant attach la tte en bas sur son dos, dont
les deux pieds passant dans ses cheveux bouriffs lui font deux cornes de
diablesse, tandis que ses paroles de colre,  la sortie de sa bouche, se
changent en une lgion de rats et de souris qui se jettent  la gorge de
son mari Itoy.

Alors une autre planche, o le mari a mis  la torture sa femme qu'on voit
battre des pieds dans sa souffrance et qui est aprs jete  l'eau.

Cet assassinat est l'occasion d'une composition curieuse o l'on voit,
dans le courant d'une rivire, une planche arrte sur laquelle est un
fourneau allum et un coq, d'aprs une croyance du Japon, qui veut que la
planche, ainsi charge, s'immobilise l o il y a un cadavre sous l'eau.

Et l'esprit vengeur de la femme assassine pntre sous la forme d'un
serpent dans la chambre nuptiale o se trouve Itoy avec sa nouvelle et
charmante femme Ohana. Mais bientt, dans un tat de fureur trange, il
tirera son sabre, que cherche  rabattre Ohana,--elle, n'apercevant pas
l'effrayante vision que voit seul son mari. Oh! une terrible vision! une
tte de toute la grandeur de la page, o sont les traits reconnaissables
de la morte, apparat dans une broussaille de cheveux mls de terre, avec
d'inquitants yeux de gnome, un nez qui n'est plus qu'un trou nasal, des
dents noires aux gencives ronges par les vers.


En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Kana-dhon Gonitino Bounsh_,
HISTOIRE DES FIDLES VASSAUX APRS LA VENGEANCE, un roman en cinq volumes,
dont le texte est d  Tanshr Ymba.

Un roman dont l'intrt artistique est tout entier dans la premire
composition, reprsentant les quarante-sept rnins qui dposent la tte
de Kira sur le tombeau d'Asano.

Le reste du roman a l'air de se rapporter  des incidents de la vie
d'Amanoya Rihei, le marchand qui a fourni les armes et les quipements
militaires pour l'attaque du chteau fortifi de Kira. Tout au plus, dans
l'illustration, une gravure amusante vous donnant, je ne sais  quel
propos, la vue trs dtaille de la cuisine d'une Maison Verte,--tout
comme dans les TOILES D'UNE NUIT O IL GLE se rencontre galement le
jardin d'une Maison Verte, dans lequel se profile sur le fond une
longue galerie au travers de laquelle les femmes de l'intrieur se voient
refltes, sur les chssis de papier, en de caractristiques ombres
chinoises.

En 1808 Hokousa publie l'illustration d'_Onna-moji Nouy Monogatari_,
L'HISTOIRE DE NOUY CRITE EN LETTRES DE FEMMES (en langue vulgaire),
roman dont le texte est de Shakou yakoutei et forme cinq volumes.

Un roman crit d'aprs une lgende du XIe sicle et o l'empereur Toba
prend sur une de ses femmes un petit sabre avec lequel il croit qu'elle va
l'assassiner. Alors des scnes de torture et la mort. Mais la femme est
innocente et le sabre a t mis dans ses vtements par une rivale, jalouse
d'elle. Le juge qui a prononc sa condamnation, on le voit se rveiller
d'un cauchemar o il a t visit par l'esprit de la morte dans une peau
de tigre.

Est-ce avec la morte une rsurrection du _nouy_, cet animal fantastique
qui a la tte d'un tigre, le corps d'un taureau, la queue d'un serpent,
et qui est tu dans une image par Yozimasa?


La mme anne 1808 Hokousa publie _Yuriwaka Nozouy no Taka_, LE FAUCON
DE YURIWAKA, un roman en un volume dont le texte est de Mantei-Ssa.

Un roman dans lequel le prince Yuriwaka, un prince du XIIe sicle, met
 mort Beppou, l'ennemi de sa famille, un roman o se trouve un puissant
dessin du faucon qui a donn son nom au roman, et un caractristique
dessin de Beppou qui, tomb  terre, se tient la tte, se bouche les
oreilles sous le sifflement d'une flche qui passe au-dessus de lui.

Dans ce roman il y a d'lgantes planches d'amour entre le prince Yuriwaka
et la belle Nadshiko dans leurs robes fleuries, pour l'homme de fleurs de
cerisier, pour la femme de fleurs d'iris, et la gravure, qui traduit dans
ce livre les dessins d'Hokousa, diffrente, plus prcieuse que les autres,
a sur le bois des fonds ressemblant  l'aquatinte obtenue sur le cuivre
et l'acier.


En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Rag Ajari Kwaso Dn_,
LE RAT MONSTRE DU PRTRE RAIGO; un roman de Bakin se passant au XIIe
sicle, et o il a introduit la lgende des rats du prtre Rag dans
l'histoire de la tentative de vengeance du prince Minamoto Yoshitaka
contre Yoritomo: un roman dit en huit volumes.

Ce sont d'abord deux figurations en pied de ce prtre Rag, qui est
reprsent dans l'une levant en l'air un rouleau magique, avec des mains
qui ressemblent, ainsi que ses pieds,  des pattes griffeuses de rats;
dans l'autre, en train d'exercer son pouvoir sur ces animaux destructeurs,
entour de millions, de milliards de rats passant et repassant autour de
l'estrade o il fait ses invocations, agite une sonnette: une planche
extraordinaire par le rendu de l'infinie et grouillante multitude, en sa
presque effrayante perspective  la cantonade. Et d'autres compositions
nous montrent le prince Minamoto Yoshitaka, dans un plerinage, faisant la
rencontre de Rag, et le prtre lui communiquant son pouvoir surnaturel,
si bien qu'un jour le prince, poursuivi par un ennemi, fait un appel aux
rats dont le flot montant entre eux deux empche de l'atteindre. Et une
planche vous montre le roi de ces rats, le rat monstre du prtre Rag,
un rat qui, compar  l'homme mont sur lui, est de la grandeur d'un
lphant.

Mais il se trouve que l'homme protg par les rats a un adversaire protg
par les chats, un homme dans la famille duquel on a trouv, en creusant la
terre, un chat en or.

Des voleurs ont drob le chat en or, et la recherche de ce chat
porte-bonheur par les anciens possesseurs, tombs dans la misre et la
dtresse, recherche mle  l'action d'une femme mchante nomme Karato,
mle  l'organisation d'un complot et  quelques tueries, met mille
incidents, mille complications dans ce roman o apparat,  et l
l'lgante figure de Masago, la matresse de Yoritomo.

Au dnouement, sur l'ouverture d'un panier o se retrouve le chat d'or,
tous les rats prennent la fuite, et le prtre Rag, qui s'tait engag
 tuer Yoritomo, se contente d'un assassinat allgorique, en perant de
son sabre le manteau du prince qui l'a graci; et dans ces circonstances
l'homme du chat, rduit  ne pouvoir mettre  mort l'homme des rats,
perce galement de son sabre le casque de ce dernier.


En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Foutatsou Tchtcho Shirato
Zshi_, LES DEUX PAPILLONS OU LES DEUX LUTTEURS, roman dont le texte est
de Shakouyakoutei, dit en cinq volumes.

C'est l'histoire de deux lutteurs, Nourgami et Hanargoma, en une
illustration trs coloriste dans le noir.

L'une des planches reprsente Hanargoma dracinant des rochers  la force
de ses bras tirant une corde. Puis l'on voit les deux lutteurs mesurer
leurs forces et,  quelques planches de l, se constituer volontairement
prisonniers et comparatre devant un tribunal qui les dclare innocents
d'un crime commis par d'autres.

Pourquoi ce titre: LES DEUX PAPILLONS? L'explication n'en est gure donne
que par un jardin o l'on voit de nombreux papillons, parmi lesquels est
un papillon mort, tomb  terre.


En 1808 et 1811, Hokousa publie l'illustration de _Sanshiti Zndn Nanka
no Yum_, LE RVE DU CAMPHRIER DU SUD, un roman en dix-sept volumes,
divis en deux parties, et dont le texte est de Bakin.

Un roman contenant l'histoire de trois gnrations, commence avec
l'histoire du mnage Sankatou et Hanshiti, et finissant  Onono Otzou, la
clbre femme de lettres du XVIe sicle, qui a crit au Japon la premire
pice de thtre sous une forme moderne.

L'illustration du roman commence par l'abatage d'un trs vieux camphrier
pouss sur la montagne de Yondani-Yama, l'abatage d'un camphrier sacr,
o les bcherons, dans leur oeuvre sacrilge, se blessent en tombant des
branches. Et la chute des bcherons amne l'image d'un vendeur de pommade
pour les blessures, qu'on voit accroupi sur une peau d'ours,  ct d'un
grand pot o, aprs s'tre fait une entaille  la peau, il puise de la
graisse d'ours et montre aux assistants que l'application de cette graisse
arrte le sang.

Hanshiti, auquel est apparu l'esprit du camphrier, un jour qu'il dormait
sous son ombre amie, n'prouve plus que des malheurs depuis l'abatage de
l'arbre. Sa femme Sankatsou est oblige de se faire chanteuse de la rue, 
jouer du _koki_, espce de violon-guitare, sur les places publiques, et
ils tombent dans une telle misre, lui, sa femme et sa fille, la femme de
lettres future, dj grandelette, que le malheureux est au moment de se
suicider, quand l'inspiration lui arrive de fabriquer des chignons pour
femmes,--les Japonaises portant de faux cheveux tout comme les Europennes,
--et nous voyons le mnage install dans une boutique o commence pour ces
pauvres gens la bonne fortune. Mais ils sont accuss de vilaines actions,
et obligs de quitter la province o les vrais coupables, aprs leur
dpart, avouent leurs mfaits en se suicidant dans un cimetire.

Au fond, Hanshiti est d'origine noble, mais descendu  l'tat de rnin en
sa dtresse; seulement, s'il retrouve un sabre dont il tait le dtenteur,
il redeviendra noble, et la seconde partie du roman se passe  la
recherche de ce sabre, au milieu de toutes sortes d'aventures dans le
genre de celle-ci: dans une attaque de malfaiteurs, la jeune fille a perdu
une de ses chaussures en bois, un malfaiteur la lui rapporte et, enflamm
par sa beaut, veut la violenter:--elle le tue.

En ce roman, qui commence par la description du camphrier, qui passe  la
fabrication des chignons de femmes, se termine par une pice de vers pour
arrter la scheresse d'un t caniculaire, et la retrouvaille du sabre de
Hanshiti, qui rentre dans la classe des guerriers,--toutes ces pripties
diverses du roman amenant  la fin, on ne sait trop comment, le salut de
la princesse Ynju.

En 1810, Hokousa publie l'illustration de _On-y Imosyama_, LES FIANCS
ISOLS SUR DEUX MONTAGNES EN FACE, roman dont le texte est de Shinrotei,
dit en six volumes.

Un roman o deux familles, spares par des dissensions politiques,
habitent deux montagnes voisines, et o le fils d'une de ces familles
devient amoureux de la fille de l'autre famille et, plus heureux que Romo,
arrive  se la faire accorder: roman dans lequel l'intrt amoureux est
associ  l'intrt dramatique d'une conspiration du prince Irouka contre
l'empereur rgnant.

Des planches reprsentant les palais des deux familles vous apprennent,
par des cordes reliant les toitures et sur lesquelles glissent des
cerfs-volants, les ingnieux moyens de communication qu'ont trouvs les
amoureux.

Une autre planche, o Hokousa donne un curieux chantillon de son
imagination fantomatique, est la gravure de la salle o a lieu la
conspiration, salle ayant la rputation d'tre hante par les mauvais
esprits et qu'a choisie exprs Irouka pour n'tre pas drang dans ses
conciliabules.

Une salle claire par une lampe faite par l'assemblage de fmurs au haut
desquels une tte coupe crache de la flamme; une salle qu'escaladent du
dehors les branches d'un arbre  l'apparence d'ailes de chauve-souris. L,
court  quatre pattes un squelette d'enfant, au milieu de femmes qui ont
des mufles de bouledogues, deux ou trois dents leur saillant hors la
bouche, toutes avec les deux petites mouches au front des femmes de la
noblesse; et cela sur des fonds de toile d'araigne derrire lesquelles
s'entrevoient vaguement des visions d'tres surnaturels.


En 1812 Hokousa publie l'illustration de _Matsouw Monogatari_, HISTOIRE
DE MATSOUW, roman dont le texte est de Koyda Shigurou, dit en six
volumes.

Un roman qui est une suite d'apparitions, parmi lesquelles l'apparition de
la jeune morte Yokobouy, apparaissant, dans un clair, au pied du lit de
son amoureux Tokiyori, est d'un effet saisissant.


En 1812, Hokousa publie l'illustration de _Aoto Foujitsouna Mori-an_,
LES DESSEINS DU JUGE AOTO (ancien juge clbre du XIIIe sicle), un roman
dont le texte est de Bakin, dit en dix volumes.

Une des premires planches reprsente le juge sur un pont, assistant  la
recherche, dans une rivire, de quelques pices de monnaie par des
plongeurs. Et, comme on se moque de lui, et qu'on lui dit que cette
recherche de l'argent dans l'eau cote beaucoup plus cher que l'argent
perdu, il rpond que l'argent dans la rivire ne profite  personne,
tandis que l'argent donn pour le retrouver profite  des gens.

Et ce sont de beaux dessins du juge lisant un papier, du juge jugeant dans
son tribunal des criminels attachs les mains derrire le dos par une
corde que tient un garde, et dont on voit les ttes dans une autre planche
fixes sur les cornes des taureaux que ces animaux promnent.

Une ide ingnieuse: sur une des planches, ce que lit un homme, c'est la
lgende de la gravure.

Une planche caractristique reprsente le terrible Shki, le tueur des
diables, venant rechercher chez eux un pauvre petit enfant qui pleure au
milieu d'un paysage o, dans le fond, les loups mangent des cadavres.

Une planche singulire reprsente un chat monstre, en robe, tenant par le
cou un mdecin.

Une planche curieuse montre  gauche une chambre o se passe une scne
de roman, et  droite une grande galerie vide, dessine d'aprs les
lois de la perspective la plus rigoureuse, et qui fait tomber absolument
l'allgation que la peinture japonaise n'a pas le sentiment de la
perspective.

Enfin, comme dnouement de l'histoire du juge Aoto, on voit une place
d'excution o un bourreau se dispose  trancher la tte  un homme
attach  deux pices de bois croises, lies par le haut, quand apparat
providentiellement, dans le fond, le juge auquel une femme parle et
innocente le condamn, qui va avoir sa grce.


En 1813 Hokousa publie l'illustration de _Ogouri Gwadn_, LA LGENDE SUR
LE PRINCE OGOURI, roman de Koyda Shighrou, dont l'action se passe sous
Ashikaga Yoshimitsou, au XIVe sicle, roman paru en deux sries de cinq
volumes, la premire publie en 1813, la seconde en 1828.

Le prince Soukshigh, l'hritier de la famille Ogouri, a pour fiance la
princesse Trout. Une intrigue politique fait perdre au pre du hros du
roman ses dignits et sa fortune, tandis que la mme aventure arrive  la
famille de la princesse, et les deux fiancs se perdent de vue.

Dans sa ruine le prince Ogouri pouse Hanako, la fille d'un richissime
Japonais, o la princesse Trout est servante, charge du service du
bain. Les deux anciens fiancs sont repris d'un sentiment amoureux. Et une
planche reprsente Hanako se regardant dans un miroir o se reflte la
jalousie qui la dvore. Oui, la jalousie au Japon est signifie, chez la
femme, par des cornes au front.

Trout, battue dans la maison d'Hanako, s'est sauve, et, au moment o
elle erre dsole dans une fort, la desse Kwannon lui apparat sous la
figure d'un petit flteur mont sur un boeuf, et la console.

Alors, Ogouri la rencontre, lui donne un rendez-vous la nuit, mais Hanako
avertie la prcde et prend sa place.

Sur ces entrefaites, et sans doute sur les ordres d'Hanako, Trout est
enleve et vendue  une Maison Verte; mais un ancien sujet de sa famille,
qui lui est rest fidle, apporte une lettre au prince Ogouri, qui lui
enseigne o est Trout qu'il aime, insensible  l'amour de Hanako.

Et une des dernires planches montre Kotar, le sujet dvou de Trout,
prcipitant  l'eau le matre de la Maison Verte, tandis que Hanako
vient s'y jeter.


En 1815 Hokousa illustre _Beibei Kidan_, CONTE VILLAGEOIS DES ASSIETTES,
histoire de deux jeunes filles portant des noms d'assiettes, dont le texte
est de Bakin, roman publi en huit volumes et auquel l'artiste japonais a
donn peut-tre ses dessins les plus rembranesques.

La premire composition reprsente un dignitaire japonais tendant  une
femme qui pleure, et qui a un enfant sous elle, une tige de magnolia,
tendant  une autre femme qui sourit, et qui a un enfant sous elle, une
branche de prunier en fleurs. Ce dignitaire est un Chinois qui, sous la
dynastie des Ming,  la suite d'une conspiration avorte, s'est sauv au
Japon, laissant en Chine, avec un enfant, la femme qui pleure, puis est
devenu, grce  sa science de lettr, un homme d'tat au Japon, a pous
la Japonaise souriante, dont il a eu un fils, s'est laiss envoyer comme
ambassadeur en Chine o, dans les recherches de sa premire femme et de
son fils, il a t reconnu comme l'ancien conspirateur, et excut.

Ceci n'est que le prambule du roman, qui est l'histoire du fils que
l'ambassadeur chinois a eu de la femme japonaise,--roman o il y a, chez
Bakin, la tentative de montrer que cet enfant, au sang ml de deux races,
n'a pas l'nergie du caractre japonais.

La femme japonaise est morte  la nouvelle de l'excution de son mari en
Chine, et l'enfant est rest orphelin et sans ressources; mais un damio
du Shgounat des Ashikaga a piti de l'enfant, le prend sous sa protection,
et l'enfant, devenu un jeune homme, pouse une Japonaise, en a deux
filles, l'ane appele Karakousa (le Rinceau), la cadette appele
Bnizara (l'Assiette rose).

En ce temps, le damio qui l'avait pris sous sa protection entre en guerre
avec un autre damio, est battu et se fait exterminer, lui et tous les
siens, ainsi que cela se pratiquait dans les guerres entre les Tara et
les Minamoto. Quant au jeune protg, trs lgrement bless, et rappel 
la vie par un prtre que tue aussitt une flche, il ne songe pas  mourir
et se met  la recherche de sa femme et de ses deux filles, en cette
contre pour le moment pleine de combats, du matin au soir et du soir au
matin. Traversant  toute heure de petits champs de bataille, une nuit il
entend un cri d'enfant, va  ce cri, aperoit un guerrier bless tenant
une petite fille dans ses bras, achve le bless, s'empare de l'enfant,
n'a pas le temps de le reconnatre devant le bruit d'une troupe de
guerriers qu'il croit  sa poursuite, se met  se sauver  toutes jambes
jusqu' l'instant o, puis de fatigue, il se laisse tomber sur un tronc
d'arbre. C'est alors que l'officier de la troupe s'approche de lui et le
remercie d'avoir sauv la princesse, la fille de son matre. Mais c'est
mon enfant! s'crie le fils du Chinois.--Votre enfant? regardez-la bien!
Et le pre de l'Assiette rose s'aperoit que, quoique du mme ge et lui
ressemblant, ce n'est pas sa fille.

L'officier met ses soldats  sa disposition pour rechercher sa femme et
ses filles, recherche inutile et qui lui donne la croyance qu'elles ont
t gorges dans la mle. Et il est amen par l'officier, qui l'a pris
en amiti, au pre de la princesse qui en fait son vassal.

Quelques annes se passent, au bout desquelles, aprs de nouvelles
recherches infructueuses, il se dcide  se remarier  une seconde
femme et a une fille qui sera l'Assiette casse. Alors qu'il vivait
tranquillement dans son mnage, il a la mission de dtruire un repaire de
diables (brigands) prs d'un temple au milieu d'une fort, mais il est
battu, ses soldats tus, et le sabre que lui avait donn le prince pour
couper la tte du chef des brigands est pris. Le prince veut le disgracier,
mais l'officier qui le protge, devenu premier ministre, fait observer au
prince que c'est lui qui l'a choisi, ce qui serait un aveu public qu'il
s'est tromp sur sa capacit. Et, sur le conseil du ministre, le voil
parti  la recherche de sa femme et de ses enfants, recherche qui dure
trois ans.

Une seconde expdition avait t envoye contre le chef des brigands du
temple bouddhique, et avait eu l'insuccs de la premire: ce chef de
brigands ayant une force invincible, et voici  quoi il la devait. Il
avait jou avec Ni, la statue colossale de l'entre du temple, il avait
jou une partie par laquelle, s'il perdait, il serait priv de la chance
de tout gain au jeu pendant trois ans; mais, si Ni perdait, il lui
donnerait sa force physique pendant trois ans. Et Ni a perdu. Et l'image
d'Hokousa reprsentant Ni en pierre, ayant quitt son pidestal et
accroupi sur la table de _go_,  ct de son partner en chair et en os,
voque, dans votre souvenir, la scne de don Juan et de la statue du
Commandeur.

Dans l'espace de ces trois ans, le joueur a rencontr dans ses voyages le
fils du Chinois, n'a pas t reconnu par lui, est entr mme en relations
intimes avec celui-ci, qui lui a donn une lettre pour annoncer son retour
 sa femme.

Or les trois ans sont expirs, il est au bout du bail de sa force
mystrieuse, et pouss  cette visite par l'influence occulte de la statue
qui veut se venger. Et le jour o il arrive, la femme du Chinois a rv
que son mari a t assassin par un malfaiteur et que ce malfaiteur lui
apportera une lettre dans la journe. Un serviteur fidle a fait le mme
rve. Donc, si un homme vient, un homme semblable  l'homme du rve, ce
sera bien l'assassin du mari. Le brigand apporte la lettre. Aucun doute.
Et la femme et le serviteur se jettent sur lui et le tuent avec l'aide
invisible de la statue de Ni, qui lui tord le cou.

Au moment mme o le malfaiteur vient d'tre tu, le mari rentre chez lui
et s'indigne de ce que sa femme et son serviteur ont gorg un ami qu'il
leur avait envoy, et le serviteur et la femme, reconnaissant qu'ils
ont t victimes d'un rve, ne trouvent pas autre chose, pour dsarmer
l'indignation du mari,--le serviteur que de s'ouvrir le ventre, la femme
que de s'ouvrir la gorge.

Mais ne voil-t-il pas qu'au milieu de ce carnage entre dans la maison le
ministre qui, dans une tourne, vient de faire arrter deux brigands, qui
dans le mort reconnaissent leur chef!

Alors le ministre, prenant la tte du brigand et le sabre retrouv,
rassure le mari en lui disant qu'il racontera au prince que c'est lui qui
a tu le brigand, aprs qu'il avait assassin sa femme et son serviteur.

 peine le ministre a-t-il pass la porte,--les incidents se prcipitent
dans le roman japonais,--qu'il rencontre une femme et deux jeunes filles
demandant aux allants et venants s'ils connaissent un Japonais dont
personne ne sait le nom. Le ministre leur apprend qu'il a chang de nom,
leur donne son nouveau nom indiquant de la main une maison o il y a un
grand arbre. Ce sont la premire femme et les filles du descendant chinois,
renseignes sur l'existence de leur mari et pre par les fiches qu'il
a laisses, pendant ses trois ans de plerinage, dans tous les temples
bouddhiques, et, de temple en temple, ces femmes ont t amenes au temple
de Ni o la fiche dpose dans les autres temples, manquant, elles ont
suppos qu'il habitait dans le voisinage.

Et la premire parole de la femme au mari, est: Tu es remari, tu as
une fille, il faut mettre ta seconde femme  la porte. Il lui montre le
cadavre de cette seconde femme. Cette vue la radoucit, et elle consent 
ce qu'il garde prs de lui l'Assiette casse.

Mais presque aussitt il se fait chez cette femme, jusque-l trs bonne,
trs excellente, une rvolution morale surnaturelle qui la transforme en
une trs mchante crature, hante qu'elle est par l'esprit de la femme
chinoise du pre de son mari, venant se venger de son abandon, et de sa
mort, sur la famille japonaise. Et cette mchancet s'exerce  l'endroit
de la fille de la seconde femme, qui tait jolie, intelligente, et qui
s'appelait Kahd (Feuille d'rable) et qu'elle baptise du nom d'Assiette
casse, par opposition au nom de sa fille l'Assiette rose, lui rptant
 tout moment: Tu n'es que l'Assiette casse! Mal nourrie, mal vtue,
relgue dans un btiment de ferme, condamne aux tches les plus
fatigantes, occupe, jour et nuit,  coudre les robes de soie de ses
soeurs, elle a la vie la plus triste, la plus humiliante, une vie de
Cendrillon, o jamais elle n'obtient l'assistance de son pre manquant de
tout caractre.

En ces temps, il venait l'ide  la mre de l'Assiette rose de la
marier au fils du ministre, mais il se trouvait qu'il tait amoureux de
l'Assiette casse et qu'une correspondance existait entre eux sans qu'on
le st. A la fin, la mre se doute de cet amour et charge un mauvais
prtre d'enlever l'Assiette casse et de la noyer. Et, s'en croyant
dbarrasse, elle persiste dans l'ide du mariage de l'Assiette rose
avec le fils du ministre, et cherche  mettre dans ses intrts un ami du
jeune homme et qui passait pour avoir une grande influence sur son esprit.
Malheureusement pour elle, cet ami tait amoureux d'une jeune fille qui
vivait avec l'Assiette casse, et tait tout dvou  l'amie de son
amoureuse. Que fait-il? Il reprsente  la mre que le fils du ministre
est d'une grande famille, que son mari n'est rien, que le mariage est bien
disproportionn, qu'il n'y a qu'un moyen de russir: c'est que sa fille
ait une entrevue qui permette de croire  des rapports secrets entre eux,
et que, dans ces conditions, le pre ne voudra pas s'opposer au mariage.
Il est donc convenu que la mre laissera la porte du jardin ouverte, la
nuit; et, dans l'ambition de ce puissant mariage, elle arrive  dcider sa
fille, qui n'aime pas du tout ce jeune homme,  le recevoir. Mais l'homme
reu, la nuit, par l'Assiette rose, n'est pas le fils du ministre.
C'est, dans le dessin d'Hokousa, le plus laid des hommes, le plus camus
des Japonais. Et quand la mre a vu l'homme  la lueur de sa lanterne, et
qu'elle s'tonne, c'est l'homme qui lui fait une scne, affirmant qu'on
lui a assur que sa fille tait amoureuse de lui, qu'on lui a tendu un
pige, qu'il va tre ridiculis s'il n'obtient la main de la jeune fille.

 quelques mois de l la nouvelle court le pays que le fils du ministre se
marie, et le pre et la mre de l'Assiette rose sont invits aux ftes
du mariage. Dsespre, la mre se rend sur la route pour savoir quelle
est cette marie et la voit arriver en _norimon_, mais elle est tellement
trouble que, voulant la saluer, elle fait un faux pas, la couvre de boue
et se sauve sans la connatre.

Le lendemain elle est en retard avec sa fille pour le service religieux
qui a lieu exceptionnellement, pour ce mariage, dans un temple bouddhique,
et ce n'est que le service fini qu'elle se trouve en prsence de la
marie, qui est l'Assiette casse. Et l'Assiette casse pardonne 
la premire femme de son pre ses mauvais traitements, sa mchancet
attribue  la hantise de la mre chinoise. Or le service religieux n'a
t command que pour dbarrasser la famille de cette hantise, la cause de
toutes les vicissitudes de la famille, par une bndiction sur tous les
dfunts de cette histoire,--dont Hokousa montre les ttes fantmatiques
au bas de cette dernire gravure;--mariage qui condamne l'Assiette rose
 se marier avec le Japonais camus.

En 1845, aprs des annes d'interruption dans l'illustration des livres,
Hokousa publie l'illustration de _Kan-So-Goundan_, LA GUERRE DES DEUX
ROYAUMES DE KAN ET DE SO, roman historique en trente volumes formant trois
sries, dont la premire et la deuxime ont paru en 1815, et la troisime
 une poque inconnue.

Ce roman chinois, traduit en japonais par Shri Sadakata, est l'histoire
de la chute de l'empereur Shik, l'empereur qui fit construire la grande
muraille de la Chine, et de l'avnement de l'empereur Kso, de la dynastie
des Hang, 202 ans avant Jsus-Christ.

C'est, tout d'abord, la planche o se voit ce sujet si souvent reprsent
sur les gardes de sabre, ce vieillard mystrieux rencontr sur un pont,
qui, pour prouver la patience d'un jeune homme, se fait trois fois
repcher sa sandale,--au bout de quoi il lui donne un rouleau dont les
instructions lui servent  faire le nouvel empereur de Chine.

Et, dans ce roman racontant la lutte pour l'Empire, de Kso et de K-ou
qui se perdit par ses cruauts, une terrible planche est celle o il a
command la mort de cinq mille paysans fidles  l'ancien empereur, et o
dfilent des gens pliant sous des filets remplis de ttes humaines.

Enfin, en 1846, trois ans avant sa mort, Hokousa publie _Gunji Ittshi_,
LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO, roman historique dont
le texte est de Shtei Kinsoui et dont on ne connat qu'une partie, dite
en cinq volumes.

La planche capitale est celle o l'on voit Minamoto dormant en l'tat
d'inquitude o il est chaque nuit par le _kokori_, la hantise dans son
sommeil de cette terrible araigne, grande comme une pieuvre, filant une
toile qui tient tout le fond de la chambre, et que son sabre de chevet,
sortant de sa gaine,--un sabre miraculeux,--va tuer.




                                      XXI


Parmi tous les romans illustrs par Hokousa de 1805  1808,
l'illustration du RVE DU CAMPHRIER DU SUD eut un immense succs, succs
dont se montra jaloux le romancier, et un refroidissement se fit entre
Bakin et Hokousa et, avec ce refroidissement, la volont chez chacun
d'eux de ne plus travailler ensemble. Toutefois les diteurs furent si
habiles  mnager les amours-propres des deux hommes qu'ils obtinrent
d'eux de collaborer encore pour la fin de l'ouvrage qui parut en 1811.
Mais quand les dessins furent termins et communiqus  Bakin, il trouva
que les dessins ne correspondaient pas avec le texte, demanda qu'ils
fussent modifis, et Hokousa, auquel on fit part de cette prtention de
l'crivain, rpondit que c'tait le texte qui avait besoin d'tre modifi.
Et les diteurs ayant fait graver le texte et les dessins tels qu'ils leur
avaient t livrs, une brouille clata entre les deux hommes.

Du jour de ce dissentiment entre Hokousa et Bakin, il entra dans la
pense du peintre de publier des dessins se passant du texte d'un
littrateur, et d'une vente gale  un volume o avait associ  son nom
le nom de Bakin.

C'est dans cette disposition d'esprit qu' quelques annes de l, prit
naissance la MANGWA, dans des circonstances jusqu'ici tout  fait
inconnues, et que nous rvle la prface de Hansh en tte du premier
volume, et que j'ai eu l'ide de faire traduire par Hayashi: Hokousa,
le peintre d'un talent si extraordinaire, dit Hansh, aprs avoir voyag
dans l'Ouest, s'est arrt dans notre ville ( Nagoya), et l il a fait
connaissance avec notre ami Bokousn, s'est amus  s'entretenir du
dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessin plus de trois cents
compositions. Or, nous avons voulu que ces leons profitassent  tous ceux
qui apprennent le dessin et il a t dcid d'imprimer ces dessins en
un volume, et quand nous avons demand  Hokousa quel titre il fallait
donner au volume, il a dit tout simplement: _Mangwa_, que nous avons
couronn de son nom,

                             HOKOUSA MANGWA,

dont la traduction littrale est _Man_: au gr de l'ide; _gwa_,
dessin, et la traduction serait peut-tre: _le dessin tel qu'il vient
spontanment_.

La _Mangwa_, cette profusion d'images, cette avalanche de dessins, cette
dbauche de crayonnages, ces quinze cahiers o les croquis se pressent sur
les feuillets, comme les oeufs de la ponte des vers  soie sur une feuille
de papier, une oeuvre qui n'a pas de pareille chez aucun peintre de
l'Occident! La _Mangwa_, ces milliers de reproductions fivreuses de ce
qui est sur la terre, dans le ciel, sous l'eau, ces magiques instantans
de l'action, du mouvement, de la vie remuante de l'humanit et de
l'animalit, enfin, cette espce de dlire sur le papier du grand _fou de
dessin_ de l-bas!

Alors tout de suite, le premier volume entr'ouvert, dans ces libres
croquis o un peu de rose fait la chair, un peu de gris les demi-teintes
sur le papier crme, des enfants, des enfants, des enfants, dans tous
leurs jeux, leurs amusements, leurs poses, leurs gamineries, leurs gaiets;
puis les dieux, les gnies, les prtres bouddhistes et sinthostes,
moqus en mille petites caricatures rieuses; puis tous les mtiers, toutes
les professions dans le travail, et l'exercice de la profession; puis le
monde des faiseurs de tours de force en l'effort de l'adresse et de la
force; et encore des Japonaises dans les gracieux accroupissements de leur
vie  quatre pattes, dans les coquetteries de leur toilette, dans les
anatomies de leurs sveltes personnes aux bains; et encore le Japonais
dormant, rflchissant, priant, lisant, jouant, prorant, s'ventant,
cuisinant, se grisant, se promenant, cavalcadant, pchant  la ligne, se
battant, en un rendu de tous ces actes de la vie, spirituel, joliment
ironique; et encore tous les animaux, mme ceux que ne possde pas le
Japon, comme l'lphant et le tigre, et tous les oiseaux, et tous les
poissons, et tous les insectes, et toutes les plantes: voici ce qui
remplit les cinquante feuilles de ce premier volume dont la premire
planche reprsente le couple Takasago, le type du vieux mnage parfait
au Japon, la femme portant un balai pour balayer les aiguilles des pins,
l'homme une fourche pour les ramasser.

 la fin de ce premier volume paru en 1812, Hokoutei Bokousn (l'artiste 
la conversation qui a fait natre la _Mangwa_) et Hokou-oun (qui deviendra
le professeur d'architecture du Matre), dont la collaboration a consist
tout simplement  fac-similer les dessins rduits d'Hokousa, se dclarent
les lves du Matre.

Le second volume de la _Mangwa_ parat seulement en 1814, deux ans aprs
la publication du premier volume, avec une prface de Rokoujuyn, et la
collaboration pour le fac-simil des dessins de Toyenr Bokousn et de
Todoya Hokke, qui deviendra le meilleur lve et approchera le plus du
talent de Hokousa.

Dans la multiplicit des motifs, c'est toujours la mme varit, une page
de mtiers  ct de supplices de l'Enfer bouddhique; une page entire
d'attitudes de femmes en face d'une page d'attitudes d'hommes; une page
de masques en face d'une page d'ustensiles de mnage; enfin une page
de morceaux de rochers pour dcors du jardinage, en ce pays de jardins
pittoresques o les morceaux de rochers se payent plus cher qu'en aucun
lieu de la terre, en face d'une page d'animaux fantastiques qui mangent
les mauvais rves.

Le troisime volume parat l'anne suivante, en 1815, avec une prface
de Shokousan qui jette carrment  l'eau la vieille cole et dclare que
les anciens artistes, qui ont illustr les manuscrits de Qunji, doivent
cder la place aux artistes des _images rouges_ (les dessins de l'cole
vulgaire).

Plusieurs planches de ce volume reprsentent les durs et laborieux travaux
de l'industrie minire. Viennent aprs deux amusantes doubles planches:
l'une consacre  la lutte, vous faisant assister  ces empoignements
colres,  ces musculeux corps  corps,  ces broiements de torses,  ces
brusques dracinements du sol,  ces culs sur tte d'un vaincu jet  bas;
l'autre vous montrant des danseurs dans toute l'pilepsie d'entrechats
d'une danse endiable. Suivent les portraits prhistoriques des deux
premiers rois de la Chine, une bande de ngres drlatiques,  l'aspect
d'ombres chinoises, trouvs dans l'imagination d'Hokousa; et en face l'un
de l'autre, la figuration du dieu du Tonnerre figur dans un nimbe form
de tambourins, et du dieu du Vent, tenant fermes de ses deux mains, sous
son menton, les deux ouvertures de l'outre des vents qu'il a sur le dos.

Le titre de ce volume, toujours grav en ces belles grosses lettres
ornementales de la Chine qui ont l'air de morceaux de jade sculpt, et
dans un cadre que soutiennent sur leurs cous deux petits Japonais  la
figure rieuse sous les houppes de leur front et de leurs tempes, et c'est
un charmant frontispice.

Le quatrime volume parat l'anne suivante, en 1816, avec une prface
d'Hzan. Ce volume est tout plein de sujets de l'histoire mythologique et
prhistorique. On y voit Kintoki chassant un diable; on y voit le dragon 
neuf ttes venant boire aux neuf coupes o il trouvera la mort; on y voit
un sennin chevauchant une carpe monstrueuse, etc., et au milieu de cela
des planches de lgumes, des planches d'herbes, des planches de branches
d'arbustes en leurs tons roses et gris, d'une douceur d'impression
inexprimable. Deux feuilles curieuses sont deux feuilles d'hommes et de
femmes barbotant joyeusement, se soutenant dans l'eau avec des appareils
natatoires, nageant, plongeant, dtachant des plantes marines, prenant des
poissons  la main.

La dernire planche reprsente un homme et une femme, gras  lard,
aux bajoues tombantes, au ventre redondant, qui ont sur la figure
le gaudissement canaille de ce qu'ils vont trouver  manger dans une
marmite dont le mari soulve le couvercle; c'est le bon mnage aux joies
crapuleuses de la basse classe, le bon mnage _Wagjin_, le mnage en
opposition avec le mnage Takasago, le mnage de l'homme  la fourche,
de la femme au balai.

Le cinquime volume parat, l't de cette mme anne 1816, avec une
prface de Rokoujuyn.

Un volume qui est presque un cours d'architecture, et qui dbute par
les portraits en costume officiel, et la planchette de leur nomination 
la main, de Tatihoo-no-mikoto et de Amano-hikosati-no-mikoto, les deux
premiers architectes qui ont appris aux Japonais l'art de construire
des temples, des chteaux, des habitations, et c'est suivi de _tori-i_,
d'une tour  la grosse cloche, de la bibliothque hexagonale et tournante
invente par le prtre Fouda, de l'entre du btiment o sont enferms
les livres bouddhiques, de toits ornements de bonzeries. Parmi ces
planches, une composition curieuse est une demande faite au ciel par un
homme tout au haut du pic d'une montagne, les deux mains runies dans un
geste de prire autour d'un bton au bout duquel est sa demande sur une
bande de papier que le vent soulve dans l'air. Et le volume se termine
par la reprsentation de personnages mythiques et historiques, comme la
desse Ousoum, comme Saroudashiko, le dieu qui a rendu la lumire  la
terre, comme le guerrier chinois Kwan-on qui est en adoration en Chine et
dont l'image se rencontre dans les plus pauvres intrieurs.

En la mme anne 1816 parat encore le sixime volume qui a pour
frontispice un arc symbolique sur lequel la flche est tendue par deux
dragons.

Ici les exercices du corps, dans un prestigieux rendu du dploiement de
la force et de l'adresse. Ce sont d'abord les tireurs d'arc, et le tirage
de l'arc  la hauteur de l'oreille au-dessus de la tte, en bas de la
ceinture, avec une dernire planche donnant les dtails de l'arc, du gant
de cuir, du canard en bois servant de cible. Aprs les lutteurs, les
cavaliers, et le trot, et l'amble, et le galop, et le mors aux dents de
ces petits chevaux chevelus,  l'aspect de larves, sous le cavalier en
selle, et toujours avec une dernire planche donnant la selle orne,
les guides, les lourds triers. Mais la merveille de ce volume, comme
figuration d'un corps humain en mouvement, c'est l'tude de l'escrime
pour la lance ou le sabre, o soixante-douze petits croquis d'homuncules,
et une vingtaine de plus grands vous mettent, comme sous les yeux, les
avances, les retraites, les torsions de corps, la volte des pieds, les
parades, les ripostes de ce simulacre de la guerre. Une planche, tout
entire de bras et de mains, indique la manire de s'empoigner dans une
lutte  main plate. Enfin, des planches reproduisent le maniement des
lourds mousquets introduits par les Hollandais, et mme Hokousa, dans
une note, prcise la date de leur introduction au Japon, qui est de
l'anne 1542.

En 1816, parat encore le septime volume de la _Mangwa_.

Un volume pour ainsi dire entirement rempli de paysages, par le soleil,
le brouillard, l'orage.

Toujours en 1816 parat le huitime volume, avec un titre fait 
l'imitation d'un morceau d'toffe brode.

En tte, la figuration de Waka-mousoubi-no-Kami, la femme qui a invent
les tissus faits avec les fibres du bois, et prs d'elle la princesse
Seiri, la femme du roi, qui a eu l'ide de l'levage de vers  soie,
2614 ans avant l're chrtienne et,  sa suite, des mtiers  tisser, qui
ont tout l'air d'tre dessins par un ingnieur. Et soudain l'album saute
 des gymnastes faisant du trapze autour d'un bambou,  des acrobates
jonglant avec un sabre, portant sur le front, au bout d'un long bton,
un vase plein d'eau en quilibre, tant debout leur chapeau avec un pied,
buvant  la renverse une tasse de th place  terre derrire eux. Deux
planches de ttes d'aveugles sont de la plus frappante vrit. Et en
dernier lieu, des tudes sur les _gras_ et les _maigres_ d'une fantaisie
et d'un drlatique  mourir de rire. Il faut voir ces massives Japonaises
en leurs lourdes promenades, les voir en l'avachissement de leurs charmes,
dans le sommeil ou dans le bain, il faut voir leurs plthoriques
compatriotes dans l'essoufflement de la marche, dans l'pongement de la
sueur, dans l'effondrement et l'anantissement de leur repos sur leurs
pesantes fesses. Et, la page des _gras_ retourne, vous tes en prsence
de ces torses que percent les ctes, de ces dos o se comptent les noeuds
de la colonne vertbrale, de ces cous dcharns, de ces bras tiques, de
ces jambes de phtisiques, de ces anatomies ridicules qui vous rappellent 
la fois les macabres et comiques coles de natation de Daumier.

Il y a un intervalle de trois ans entre la publication du huitime et du
neuvime volume, qui parat seulement en 1819.

Ce volume est plein d'anecdotes relatives  la vie intime de Kiyomori.

Cette voyageuse qui marche rapide  travers la campagne, se dirigeant vers
deux femmes  la porte d'une habitation, au loin, au loin, c'est Hotok,
la matresse de Kiyomori, la plus belle et la meilleure danseuse de
son temps. Deux soeurs ont sollicit de danser devant Kiyomori et, par
bienveillance pour leur jeunesse et leur grce, elle a fait accueillir
leur demande par son amant. Mais le prince s'est pris d'elles et a
voulu en faire ses matresses. Elles ont refus et, pour se soustraire
 sa toute-puissance, elles se sont faites religieuses, et Hotok,
reconnaissante de cette dlicate conduite  son gard, va les rejoindre
dans leur couvent.

Plus loin encore, c'est le sensuel Kiyomori, en prsence de la femme de
Minamoto, une main sous la joue, tristement rflchissante dans une pose
d'accablement. Kiyomori a vaincu Minamoto et veut exterminer sa famille
dont il s'est empar dans sa fuite et qui est compose de sa femme et de
ses trois enfants. Mais, au moment d'ordonner leur mort, il a la curiosit
de voir la femme de Minamoto et, soudainement sduit par sa beaut, il lui
demande de lui appartenir, ce  quoi elle se rsigne sur la promesse qui
lui est faite que ses enfants seront pargns. C'est ce march qui fait le
sujet de l'estampe. Or, un jour, ces trois enfants vengeront leur pre,
anantiront la famille Tara, et l'an des trois enfants sera Yoritomo,
le premier shgoun de Kamakoura.

Une autre composition: c'est Okan, femme,  la rputation d'une force
herculenne, qu'un musculeux guerrier a cru pouvoir arrter dans sa marche
et qui, d'un bras tenant un barillet sur sa tte, continue  s'avancer
tranquillement, entranant, de l'autre bras, l'homme aux deux sabres.

Et ce sont encore des reprsentations de musiciennes japonaises; d'une
anne de bonne rcolte, avec la joie et l'engraissement subit des paysans;
et, on ne sait pourquoi, le portrait d'un astronome hollandais.

La mme anne 1819 parat le dixime volume avec une prface vantant la
persvrance dpense par Hokousa pour arriver  la publication de ces
dix volumes.

Des saltimbanques, des faiseurs de tours, des prestidigitateurs, des
quilibristes, des avaleurs de sabres, des vomisseurs d'essaims d'abeilles,
des thaumaturges se rendant la tte invisible.

Mais je ne veux dcrire dans ce volume que deux compositions, deux
compositions d'un fantastique macabre dpassant tout ce que l'Europe a
imagin en ce genre, et mritant bien  Hokousa l'appellation de _matre
dessinateur des fantmes_. Ce sont deux apparitions de femmes mortes.
L'une, c'est Kasan, la femme laide, assassine par son mari, qu'il
reprsente avec son front de foetus hydrocphale, sous la broussaille de
ses cheveux, un oeil ferm et l'autre grand ouvert, o est une prunelle de
poisson cuit, le cartilage dnud de son nez, ses mchoires sans gencives,
entr'ouvertes dans un hiatus allant jusqu'aux oreilles, ses deux mains de
squelette rapproches de sa tte dans le tressautement de la danse idiote
d'un naturel de la Terre-de-Feu. Une apparition  faire peur, regarde le
soir  la lueur d'une lampe.

L'autre apparition a l'apparence, dans le ciel tnbreux, d'une longue et
courbe et molle larve blanche enveloppe d'une chevelure; c'est l'me de
la petite servante Okikou. Elle tait dans une maison o il y avait dix
prcieuses assiettes, et elle eut le malheur d'en casser une. Et le
propritaire des assiettes adressa des reproches si durs  la fillette
qu'elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes
les nuits au-dessus du puits et, de la maison o est le puits et des
maisons voisines, on l'entend dire, l'une aprs l'autre, les lgendes
des assiettes, puis, arrive  la dixime,  celle qu'elle a casse, on
l'entend, cette fois, pousser un sanglot si dchirant, si dchirant que
le voisinage a d charger un prtre de la faire monter au ciel par ses
prires.

La _Mangwa_ semble termine en 1819 avec le dixime volume, et quinze ans
se passent sans qu'il y soit donn une suite, quand, en 1834, il parat
un onzime volume avec une prface dans laquelle Tanehiko dit: que la
_Mangwa_ a t termine au dixime volume, mais que les diteurs avides
ont tellement press notre vieillard qu'il a consenti  reprendre son
pinceau, qu'il vient de dessiner ce volume qu'il se propose un jour
d'arriver au vingtime volume.

Dans ce onzime volume, toujours la varit des premiers. Des poses, des
attitudes de la vie intime, des croquetons de gens assis ou en marche,
de gens dans la flne ou l'effort du travail, de gens dans le calme des
passions ou les fivres de la colre, des planches, des planches de gras
lutteurs, et des petits coins de paysages, et des modles de canons et
de pistolets, et deux peintres peignant la jambe d'un Ni sculpt, d'une
dimension telle qu'elle semble le tronc d'un vieux chne, et une Japonaise
disant la bonne aventure  un guerrier en laissant, selon la mthode de
l-bas, tomber son peigne  terre.

En la mme anne 1834 parat le douzime volume.

Un volume trs pouss  la caricature, o l'Olympe japonais est ridiculis
 outrance, un volume de chutes ridicules, de nez interminables de Tngous,
sur lesquels se fait de la prestidigitation; de silhouettes, en ombres
chinoises, d'pouvantables vieilles; de figures de femmes devenues
monstrueuses,  travers une loupe pose sur leurs visages; d'allongements
de cous pendant le sommeil, qui, selon une superstition du Japon et des
les Philippines, permettent aux ttes de ces possesseurs de cous d'aller
visiter des contres et des plantes trangres; de corps de naturels d'un
pays o les hommes ne sont possesseurs que d'un bras et d'une jambe, et o
ils sont accots deux par deux.

Et mme, pour aider  l'antithse des sujets qu'il offre au public, il
arrive  Hokousa de recourir parfois  la scatologie. Ainsi, dans le
onzime volume, nous voyons une Japonaise, retrousse jusqu' la ceinture,
jeter  terre un de ses compatriotes par la violence d'un pet, et dans ce
douzime volume apparat par la lucarne d'un troit _priv_, le profil
pniblement contract d'un _samoura_ entre ses deux sabres remonts
au-dessus de sa tte, et au dehors trois Japonais se bouchant le nez avec
leurs doigts et leurs robes.

Le treizime volume parat seulement en automne 1849, aprs la mort
d'Hokousa, arrive au printemps de cette anne.

Dans le treizime volume: deux beaux dessins, la divinit Kwannon sur une
de ces carpes monumentales comme seul Hokousa sait les dessiner, et un
tigre traversant une cascade au milieu de dessins reprsentant, dans la
montagneuse province de Hida, _la passe au panier_: un pont fait d'une
corde, le long de laquelle on se fait glisser  la force des bras; de
dessins reprsentant des modles d'habitations rustiques; de dessins
reprsentant la prparation de ce melon qu'on dessche et dont on fait
des soupes; de dessins reprsentant le dcorticage du riz.

Le quatorzime volume, tout moderne, parat seulement en 1875, et est
fabriqu avec des dessins laisss par Hokousa aprs sa mort.

En dehors de quelques dessins divers, il ne contient pour ainsi dire que
des animaux, des animaux rels et des animaux fantastiques; c'est un chat
mangeant une souris, un chien aboyant  la lune, un renard dans la pluie,
des lions de mer, des chvres, un cureuil mtin de chauve-souris, un
sanglier traversant une rivire, un ours dans la neige, des nes, des
chevaux, un lion de Core, un conciliabule de rats.

Le quinzime et dernier volume parat en 1878 avec un avertissement o
l'diteur dit que propritaire de tous les bois de la _Mangwa_, il a
t convenu avec Hokousa, avant sa mort, qu'on poursuivrait jusqu'au
quinzime volume, et qu'il a fait graver les dessins destins  la
publication, qui ne l'taient pas. Mais l'diteur ment, car la plupart
des dessins qui ont une valeur sont repris au volume intitul: _Hokousa
Gwaki_, MIROIR DES DESSINS D'HOKOUSA.

Les dix premiers volumes, en leurs tirages primitifs, et lorsque les bois
sont  Ydo, ont pour diteurs trois diteurs de cette ville et un diteur
de Nagoya;  partir du dixime volume les bois sont cds  l'diteur
Yeirakouya de Nagoya.

Un seul volume, le douzime, porte le nom du graveur, et ce graveur est
Ygawa Tomkiti.




                                     XXII


En 1806,  la suite du bruit qu'avait fait l'improvisation en public d'une
grande peinture d'un Darma par Hokousa, deux ans auparavant, il venait au
shgoun de Tokougawa la curiosit de le voir travailler.

Donc un jour d'automne, au retour d'une chasse au faucon, le shgoun le
faisait appeler devant lui et s'amusait  lui voir excuter des dessins.
Puis, tout  coup, Hokousa couvrant la moiti d'une immense bande de
papier d'une teinte d'indigo, faisait courir dessus des coqs aux pattes
plonges dans de la couleur pourpre, et le prince tonn avait l'illusion
de voir la rivire Tatsouta, avec ses rapides charriant dans leurs eaux
des feuilles pourpres de momiji.

L'intrt de cette entrevue: c'est que sous les Tokougawa, jusqu' ce jour,
un homme du peuple ne pouvait se prsenter devant le shgoun.




                                     XXIII


En 1811 Hokousa publie, en collaboration avec Hokousou qui dessine le
premier volume, _Jdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DE DEUX JOURS, une srie
de dessins comiques.

Dans l'illustration du second volume, dont il s'est charg, il nous
montre des porteurs ivres que regardent des enfants, et vraiment il
est impossible de rendre mieux l'hilarit bte de ces visages, avec la
demi-fermeture des yeux et l'gueulement de la bouche entr'ouverte de ct.

Une autre planche trs amusante de ces scnes, qui se passent la veille et
le jour mme du Jour de l'An: c'est l'entre dans un intrieur, d'un vieux
prtre pochard,  la tte impossible, travesti en manza, escort d'une
espce d'enfant de choeur faisant du tapage avec un instrument pour
appeler au service divin et, devant ces deux ivresses de la vieillesse et
de l'enfance, le rire du bourgeois japonais, l'attention ddaigneuse de la
femme, l'ahurissement d'un ami.

Enfin la dernire planche: dans une chambre dcore de feuilles de fougre
et de branches de sapin, le dcor des intrieurs de Jour de l'An, a lieu
une terrible bataille  coups de balais, entre deux hommes que trois
autres ne peuvent sparer.

La mme anne Hokousa publie l'illustration de _Hokou-ytsou Kidan_,
LES LGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE YTIGO, dit en 6 volumes,
avec un texte par Tanhiko.

Un ouvrage dans lequel se trouve reproduite par Hokousa une carte
de cette province o il neige beaucoup, au milieu d'un mli-mlo
d'hommes-btes, de coraux, de plantes marines, de monnaies, d'objets
usuels, de serpents d'une grandeur fabuleuse, enfin de choses relles et
de choses surnaturelles.

La mme anne Hokousa publie encore l'illustration de _Tawara-Tda Rko
dn_, CONTE D'UN VIEUX RENARD ET DU GUERRIER TAWARA TODA, pice de thtre
par Tanhiko, dite en trois volumes et grave avec une criture plus
grande, plus facile  lire que l'criture du roman, de l'histoire.

Cette pice de thtre a pour principal personnage Hidsato, le guerrier
qui, trouvant une femme pleurant aux bords du lac Biwa, lui demandait
la cause de son chagrin. La femme qui tait la reine du lac Biwa lui
rpondait que, depuis des annes ses enfants taient mangs par un
scolopendre gant. Hidsato de s'informer o se trouvait ce monstre. Elle
lui indiquait la montagne Ishiyama o son corps, lui disait-elle, faisait
sept fois et demie le tour de la montagne et lui montrait, dans le moment,
une masse brillante qui luisait au soleil comme un bloc de diamant:
c'tait l'oeil de l'insecte colossal dans lequel Hidsato mettait une
flche mortelle.

L'illustration de cette pice par Hokousa est intressante. Dans le
dessin de la reine de Biwa, de la femme d'Hidsato, de la fille d'Hidsato,
l'amoureuse de Sadamori, le dessinateur a abandonn la mignonnesse un peu
petite, un peu miniature de ses premires annes; et, tout en leur
laissant leur premire grce, il arrive  leur donner de l'ampleur, de
la grandeur,  les varier et  ne plus toujours faire la mme longuette
petite femme de ses dbuts. Dans l'oeuvre d'Hokousa, les femmes de ces
annes ont une parent avec les femmes de Hokouba.

En 1812, il n'illustre aucun livre.

En 1813, dans le _Katsoushika Zoushi_, PLAN ET TRADITIONS DE KATSOUSHIKA,
dans ce volume contenant un plan de cette partie de la ville de Ydo, de
l'autre ct de la Soumida, de ce quartier maracher et plein de salines
aim par le peintre, Hokousa dessine, prs de deux pcheurs au jupon de
roseaux, une femme puisant dans un petit tonnelet, emmanch  un grand
bton, l'eau d'une source clbre.




                                    XXIV


En 1814 parat une illustration d'Hokousa qui mrite d'tre signale 
part et dcrite pice par pice. C'est le _Shashin gwafou_, TUDES D'APRS
NATURE[15], publi en 1814, avec une prface de Hirata, sans nom d'diteur,
ce qui ferait supposer qu'il a t dessin et grav en couleur pour une
socit d'amateurs. Un livre compos de quinze planches o Hokousa
donne quinze chantillons divers de son talent multiple, au moment de
sa plus grande puissance, dans les lgres et dlicates colorations des
sourimonos: un livre dont les beaux exemplaires complets sont de la plus
grande raret et se vendraient en vente de douze cents  deux mille francs.

    [Note 15: _Sha:_--copier; _shiu:_--vrit; _gwa:_--dessin;
    _fou:_--album.]

I. Hotei fumant. Le dessin caricatural du dieu de l'enfance, au triple
menton, au ventre bedonnant, ramass  terre, la tte renverse dans la
jubilation de la fumerie d'une longue pipe.

II. Contemplation de deux papillons par un Japonais. Un disciple du
philosophe chinois Ssh, son ventail tomb  terre, prs d'un bol de
sak vide, les deux coudes sur un escabeau et les deux mains croises sous
le menton, suit des yeux le vol de deux papillons dans une rverie qui lui
fait regarder la vie humaine comme la vie phmre de ces insectes d'un
jour.

III. Un peintre de _tori-i_. Un homme, la tte en bas, une brosse dans
une main, une cuelle pleine de noir dans l'autre, enduit de couleur la
base d'un pilastre, le corps pli en deux, les reins casss dans une
dislocation toute-puissante.

Ces deux dessins, le philosophe et le peintre de _tori-i_, ont une parent
extraordinaire avec le beau _faire_ brutal de Daumier et avec ses
indications  la fois vigoureuses et comiques du muscle dans ses
anatomies.

IV. La desse Kwannon sur un dragon. Cette desse, dont les prires ont
pour but de faire arriver  la rive des bienheureux, les mes pcheresses
retenues de l'autre ct du fleuve, est reprsente dans une glorieuse
image avec la srnit bouddhique de son visage se dtachant d'un nimbe
d'or ple, et toute volante dans sa robe d'un rose mourant parpille sur
la nuit du fond.

V. Paysage couvert de neige, avec une montagne dans le fond, et au premier
plan un sapin s'levant au-dessus des habitations rustiques de Tsoukouba
dans la baie de Ydo[16].

    [Note 16: M. Bing possde des preuves, tires  part de cette planche
    et de la suivante, tout  fait extraordinaires.]

VI. Une branche de prunier rose sur une pleine lune indique seulement par
un gaufrage presque invisible.

VII. Une branche de cerisier double au coeur de la fleur jaune; une espce
o les feuilles viennent en mme temps que les fleurs et qui est appele
au Japon _Shiogama_.

VIII. Une tige de navet  l'lgant dchiquetage lyr de la feuille,
employe souvent au Japon comme motif dcoratif et vers laquelle vole une
gupe qui est un vrai trompe-l'oeil.

IX. Deux pivoines dans un panier, dessines avec ce style que les Japonais
mettent  la fleur; un style parent du style que nos vieilles coles de
peinture de l'Europe mettaient  la reprsentation de l'humanit.

X. Des tiges d'iris violacs, ces fleurs  la dcoupure hraldique.

XI. Un faucon sur une branche de chne, une patte rebrousse contre lui
dans un mouvement de prise de vol, avec le regard d'un oeil qui semble
percevoir une proie dans le ciel.

XII. Un faisan qui s'pouille au milieu des traces que ses pattes ont
laisses sur une terre rouge.

XIII. Deux canards mandarins, dans des mouvements de nage o le dessin
cartilagineux de leurs pattes semble excut par un dessinateur
spcialiste du canard.

XIV. Un renard fuyant dans une fuite o est exprim le dtalement sournois
de la bte avec l'inquitude du regard.

XV. Deux lapins, un lapin jaune  l'oeil noir, un lapin blanc  l'oeil
rouge.

Une tude amusante de ces animaux affectionns par les Japonais qui,
par des croisements, cherchent  en faire des animaux phnomnes, comme
longueur des oreilles, comme couleur des yeux, si bien que le gouvernement
a frapp ces animaux, il y a une dizaine d'annes, de l'imposition d'un
dollar. La peinture les reprsente d'habitude, sous un rayon de lune,
comme dans le rayonnement d'une lumire natale: les taches qu'on y
aperoit tant formes, dans l'imagination japonaise, par deux lapins, et
encore aujourd'hui les gens du peuple croient que deux lapins, exposs
la nuit dans une cage aux rayons de la lune, on ne les retrouve pas le
lendemain, dlivrs qu'ils sont par l'intervention de leurs confrres de
l-haut.

Citons du _Shashin Gwafou_ un exemplaire d'un tirage extraordinaire
rapport en Europe par Siebold, et peut-tre achet  Hokousa en
personne. Siebold avait rapport six exemplaires, dont quatre ont t
donns aux bibliothques de Paris, de Vienne, et deux taient conservs 
La Haye. M. Gonse a t assez heureux de pouvoir en obtenir un, par suite
d'un change.




                                   XXV


En 1815 Hokousa publie, avec la collaboration de Hokoutei Bokousn, le
_Jrouri Zekkou_, MORCEAUX DE DRAMES: une suite de scnes tires des
pices les plus clbres du XVIIe et du XVIIIe sicle, en cinquante-six
impressions en noir, avec de trs dlicates demi-teintes, comme laves.

Cette femme, la tte renverse, les deux mains s'treignant au bout de ses
bras tendus dans un geste de dsespoir: cette femme est la matresse d'un
Japonais mari que vient trouver le pre de son amant et qu'il dcide  le
quitter, en lui exposant qu'elle est la ruine de son mnage: pauvre femme
qui bientt, ayant  subir les scnes de l'homme qui se croit quitt pour
un autre, se tue.

Une autre planche curieuse est la reprsentation de la scne d'une pice
du XVIIIe sicle intitule OHANA-HANSHITI, o deux femmes, deux apparentes
amies, sont sommeillant l'une contre l'autre; l'une la femme d'un prince,
l'autre sa matresse; et il se trouve que l'ombre porte par les cheveux
de la matresse dessine sur le chssis de papier comme l'enlacement de
deux serpents qui se battent. Et le prince,  la vue qu'il a de ces
serpents  travers le chssis, pensant aux scnes que cette rivalit
sourde a dj amenes dans son intrieur, et des scnes qui suivront,
abandonne son palais et se fait prtre. Une pice qui serait, au dire des
Japonais, une tude psychologique de la femme trs intressante.

Une autre planche est la reprsentation d'une femme de la campagne parlant
 une courtisane qui pleure  chaudes larmes. Or, voici le sujet. Une
jeune fille dont le pre a t tu par un malfaiteur, a t vendue au
Yoshiwara, est devenue une grande courtisane, sans connaissance de son
pass. Or, sa soeur cadette venue d'une province lointaine, apprend 
l'ane son histoire, et les deux soeurs se mettent  la recherche du
malfaiteur et, comme autre fois existait au Japon le _droit  la
vengeance_, le duel devant Dieu de l'ancienne Europe, les deux soeurs
arrivent  tuer l'assassin de leur pre.

Une autre planche vous montre un prtre bouddhique devant un kakmono
reprsentant une femme, et sa tte aux cheveux rebrousss et semblable 
celle d'un diable, appuye rflchissante sur une main, est toute pleine
d'une pense fixe, soucieuse. Oui, ce prtre de Bouddha, ce vertueux, ce
savant, est devenu amoureux de l'image qui est devant lui et, indiffrent
au culte et ne remplissant plus ses devoirs religieux, est renvoy de
l'glise et rencontre dans sa nouvelle vie une femme ressemblant  la
femme du kakmono, qui ddaigne son amour et le rend le plus malheureux
des hommes.

Cet album est vraiment l'album o les tristesses, les pleurs, les
dsolations, les crispations nerveuses, les affaissements, les dsespoirs
de la femme sont merveilleusement rendus avec toutes les grces, les
charmes, les coquetteries de la douleur fminine thtrale.

La mme anne parat _Odori hitori keiko_, LEONS DE DANSE PAR SOI-MME,
un album reprsentant le dessinateur Hokousa s'tirant les bras au
rveil d'un rve qui s'loigne derrire lui et laisse entrevoir, dans
l'effacement de sa vision, deux danseurs et une danseuse. Et c'est, aprs
l'impression de chants pour accompagner les danses, une srie de planches
reprsentant chacune quatre ou cinq petites figurines de danseurs avec, 
la droite ou  la gauche de leur bras ou de leur pied, une ligne droite ou
courbe indiquant le dveloppement complet du geste commenc par ce bras ou
ce pied.

L'album dbute par la _Danse du Batelier_, qui a 43 figures. Suit une
danse comique, trs gymnastiquement mouvemente. Puis une danse intitule:
la _Danse du marchand d'eau frache_. Mais la danse la plus originale,
c'est la _Danse du mauvais esprit_, une danse diabolique avec des
mouvements d'un disloquage anti-humain, et des expressions de ttes
mphistophliques, un moment sous des masques carrs aux caractres
mystrieux, dsignant les gnies du mal, danse qui a 67 figures.

A la dernire page de l'album, Hokousa, avec son ironie habituelle, dit:
_Si dans l'excution des mouvements et des mesures il y a des erreurs,
veuillez m'excuser. J'ai dessin ainsi que j'ai rv, et comme le rve
d'un spectateur ne peut pas exactement tout donner, si vous voulez bien
danser, apprenez-le prs d'un matre. Or, si mon rve ne peut pas faire
un vrai danseur, a fait tout de mme un album. Mais, au fond, ce que je
vous recommande quand vous voudrez danser, c'est de mettre en sret le
tabako-bon (fumoir) et les bols  th, car, mme en les sauvant, vous
aurez toujours dans vos nattes un dgt bien suffisant_.

Et Hokousa signe: _Katsoushika Oyaji_ (papa Hokousa).


En 1817, dans un album dit par Yeirakouya Tshiro d'Owari et intitul
_Yhon Rishitzu_, ALBUM DE DESSINS PAR DEUX PINCEAUX, Hokousa collabore
avec Rikkosa de Osaka,--lui se chargeant des personnages, animaux,
oiseaux, et Rikkosa dessinant les paysages et les arbres.

Un album o les personnages disparaissent dans le paysage, mais o
peut-tre Hokousa s'est reprsent lchant son pinceau dans la dernire
planche.




                                    XXVI


En 1817, pendant un voyage d'Hokousa  Nagoya, le peintre recevait la
commande de nombreuses illustrations de livres et, comme ses lves
vantaient l'exactitude de la reprsentation des tres et des choses dans
les dessins du matre, dessins d'un format relativement trs petit, les
adversaires de la _peinture vulgaire_ dclaraient que les petites choses
que produisait le pinceau d'Hokousa taient du mtier, n'appartenaient
pas  l'art. Propos qui blessaient Hokousa et qui lui faisaient dire que,
si le talent du peintre consistait dans la grande dimension et les grosses
touches d'une oeuvre, il tait prt  tonner ses adversaires. Et c'est
alors que son lve Bokousen et ses amis lui vinrent en aide pour excuter
en public une formidable peinture,--un Darma d'une bien autre proportion
que celui dj peint en 1804.

Ce fut le cinquime jour du dixime mois de l'anne que cette peinture
eut lieu devant le temple de Nishighakjo, et la biographie japonaise
d'Hokousa en donne la relation illustre d'aprs un rcit avec dessins de
Ynko-an, un ami du peintre.

Au milieu de la cour du nord du temple, dfendue par une palissade, avait
t dvelopp un papier fait exprs et ayant plusieurs fois l'paisseur du
papier servant  couvrir les manteaux au Japon. Et ce morceau de papier
sur lequel Hokousa devait peindre avait la superficie de 120 nattes. Or
la natte japonaise mesure 90 centimtres de largeur sur 180 de hauteur, ce
qui faisait  l'artiste un champ de peinture de 194 mtres. Et, pour que
le papier pt rester tendu, il avait t fait dessous un lit de paille de
riz d'une grande paisseur et, de distance en distance, des morceaux de
bois, servant de presse, empchaient le vent de soulever le papier. Un
chafaudage avait t mont contre la salle du conseil et faisant face au
public: chafaudage au haut duquel des poulies taient attaches  des
cordes pour soulever l'immense dessin dont la tte tait fixe  un
madrier de bois gigantesque. Des pinceaux de grande dimension se voyaient
tout prts, des pinceaux dont le plus petit tait de la grosseur d'un
balai, et l'encre de Chine tait prpare dans des cubes normes et
transvase dans un tonneau. Ces prparatifs occupaient toute la matine o,
ds les premires lueurs du jour, se pressaient dans la cour du temple,
pour voir excuter le dessin, une foule de nobles, de manants, de femmes
de toutes sortes, de vieillards, d'enfants.

Dans l'aprs-midi Hokousa et ses lves, dans une tenue demi-crmonieuse,
les jambes et les bras nus, se mettaient  l'oeuvre, les lves puisant
l'encre dans le tonneau et la mettant dans un bassin de bronze avec lequel
ils accompagnaient, l o il allait, le peintre peignant. Tout d'abord
Hokousa prit un pinceau de la grosseur d'une botte de foin et, aprs
l'avoir tremp dans l'encre, dessina le nez, puis l'oeil gauche du Darma:
alors il fit plusieurs enjambes et dessina la bouche et l'oreille. Aprs
il courut tracer la ligne de la configuration du crne. Cela fait, il
excuta les cheveux et la barbe, prenant pour les dgrader un autre
pinceau fait de filaments de coco et qu'il trempa dans une encre de Chine
plus claire. A ce moment ses lves apportrent, sur un immense plateau,
un pinceau fait de sacs de riz, tout imbib d'encre. A ce pinceau tait
attache une corde et, le pinceau pos  l'endroit que Hokousa indiqua,
il attacha la corde  son cou, et on le vit traner le pinceau attach 
la corde, le traner  petits pas et faire ainsi les gros traits de la
robe du Darma.

Quand les traits furent achevs et qu'il fallut mettre le rouge  la robe,
les lves prirent dans des seaux la couleur, la jetrent avec des pelles,
tandis que quelques-uns d'eux pompaient avec des linges mouills les
endroits o il y avait trop de couleur.

Ce ne fut qu' la tombe de la nuit que l'excution complte du Darma fut
termine et qu'on put soulever, au moyen des poulies, la grande machine
peinte, et il y eut encore une partie du papier tranant au milieu de la
foule qui, selon l'expression japonaise, semblait une _arme de fourmis
autour d'un morceau de gteau_. Et ce ne fut que le lendemain qu'on put
surlever l'chafaudage et accrocher compltement en l'air la peinture.

Cette sance fit clater le nom d'Hokousa comme _un coup de tonnerre_,
et pendant quelque temps, dans toute la ville, on ne vit dessin sur les
chssis, sur les paravents, sur les murs, et mme sur le sable par des
enfants, rien que des Darma, rien que l'image de ce saint qui s'tait
impos la privation du sommeil et dont la lgende raconte qu'indign de
s'tre endormi une nuit il se coupa les paupires, les jeta loin de lui
comme de misrables pcheresses et que, par suite d'un miracle, ces
paupires prirent racine o elles taient tombes, et qu'un arbrisseau,
qui est le th, poussa donnant la boisson parfume qui chasse le
sommeil.

Ce ne fut pas la seule grandissime peinture que peignit Hokousa. Plus
tard il peignit,  Honj, un cheval colossal, et plus tard encore 
Rigokou un Hte gant, Hote qu'il signa _Kintasga Hokousa_, ce qui
veut dire Hokousa de la maison au sac de brocart, par allusion au sac
de toile qui est toujours l'accessoire de ce dieu. Le jour o il peignit
le cheval de la grandeur d'un lphant, on raconte qu'il posa son pinceau
sur un grain de riz et, quand on examina ce grain de riz  la loupe, on
eut l'illusion de voir dans la tache microscopique du pinceau l'envole de
deux moineaux.




                                   XXVII


En 1818 Hokousa illustre _Hokousa Gwaki_, LE MIROIR DES DESSINS
D'HOKOUSA ou _Dnshin Gwaki_, MIROIR DES DESSINS QUI VIENNENT DE
L'ME.

Ce livre qui contient cinquante pages de dessins est avec le _Shashin
gwafou_ l'album o Katsoushika Hokousa se montre le plus magistral, le
plus en possession de tout son talent.

La prface dit: Les anciens ont dit que pour faire un grand peintre, il
fallait trois conditions:

    L'lvation de l'esprit;
    La libert du pinceau (l'excution);
    La conception des choses.

Et gnralement il est difficile de trouver un artiste qui possde une
de ces conditions. Eh! bien, il y a un homme de Ydo, appel Hokousa,
adonn depuis de longues annes  la peinture, et qui remplit ces trois
conditions.

Et la prface n'exagre pas.

D'abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, reprsentant des
_oni_, des mauvais gnies:--un encadrement qui a l'air de la premire page
d'un de nos beaux livres du XVIe sicle.

Alors une srie d'images du plus puissant dessin anatomique, o tous les
muscles sont indiqus dans la chair comme par une calligraphie savante o
se voit, dans le carr de leur forme, le rondissement des mollets, o dans
les pieds, dans les mains, transperce l'ossature du squelette: du nu qui
a quelque chose d'un Mantegna anim par une fivre de la vie. Et dfilent,
sous vos yeux, ces anatomies bossues et ressautantes de Bnki, le
reprsentant de la force, montant une cloche au haut de la montagne
Ishiyama; tuant  coups de hache un ours; de Momotaro crasant sous lui
un diable; de ces deux aveugles se battant  coups de bton, etc., etc.

Et le mouvement et la trpidation des muscles chez Hokousa s'tend aux
vtements, ainsi que dans cette arienne apparition d'un Darma au haut
d'un rouleau de papier et chez lequel, de la courbe de son corps sous sa
tte rejete en arrire, sous ses pieds en retraite, l'envole derrire
lui de sa robe ressemble  des lanires de fouet.

Et  ct de ces reprsentations de la force, en sa tourmente musculaire,
les jolies images de la grce des enfants, de la gentillesse veille de
ces petits Japonais aux figures rondelettes, aux trois houppes de cheveux
sur le front et les tempes. Il y a une charmante planche d'enfants faisant
de la musique, une autre dlicieuse planche d'enfants jouant  une espce
de jeu de dames; mais la planche qui est tout  fait un chef-d'oeuvre
est la runion de quatre gamins japonais faisant du trapze aprs les
traverses d'une barrire et dont l'un, la tte en bas, a son petit
derrire  l'air: un dessin qui est le vrai dessin de la grce gymnastique.

Une autre composition intressante est un gras Hte renvers sur le dos
et riant aux larmes, et qui fait danser au haut de ses pieds levs, ainsi
que dans la _Gimblette_ de Fragonard, un petit Japonais. Au milieu de ces
dessins de l'humanit petite ou grande, des croquis d'animaux, comme ces
deux grues penches sur l'eau, comme ce groupe d'une poule et d'un coq,
o le croquis n'a jamais t plus loin, par cette connaissance qu'a
maintenant Hokousa de ce qu'on doit mettre et de ce qu'on doit omettre
dans un dessin, pour que ce dessin ait tout son effet. Et encore des
planches de poissons de toutes les formes, au milieu desquels un cuisinier
est renvers, cul sur tte, par la dcharge d'un poisson lectrique.

Et la grandeur et la puissance du dessin du matre, conserves dans des
riens, comme une tige d'iris.




                                   XXVIII


Hokousa publie en 1819, avec la collaboration de ses lves d'Osaka,
Senkwkoutei, Hokouy, Sekkwatei Hokoujo, Shungtei, Hokkei (un autre
que le Hokkei connu), publie _Hokousa Gwashiki_, MTHODE DE DESSIN PAR
HOKOUSA, un volume aux dessins en noir teints d'une coloration rose et
bleutre.

 ct du gros et gras Ybis ou pchant  la ligne, c'est une assemble
de Rakans, de prtres bouddhiques, dont l'un fait sortir de sa coupe
une vapeur qui se change en un gigantesque dragon; c'est le malheureux
prince Oht en sa noire prison, dans une anfractuosit de rocher; c'est
l'hallucination de Yorimitso devant cette gigantesque araigne dont
la toile ferme la sortie d'une pice; c'est la lutte corps  corps de
Kawazou-no-Sabouro et de Matano-no-Gor, ces deux formidables guerriers du
XIIe sicle, c'est Bishamon tuant un diable. Et ce sont des pcheurs de
crabes, des laveurs d'ignames, des bcherons, des portefaix, des humains,
si vivants, si parlants, si gesticulants, qu'il y a chez eux comme une
ivresse de la vie et une joie gaudriolante, non seulement des physionomies
aux bouches fendues en tirelire, mais encore des torses, des bras, de
toute la musculature qui semble remue, agite, secoue par un rire
comique[17].

    [Note 17: En 1849, a paru un recueil en trois volumes de _Hokousa
    Gwashiki_, avec les planches rduites et teintes grossirement
    de rose et de bleu: chaque volume prcd d'un prtre du culte Kami.]


Et de cette mimique du dessin, parfois un peu caricaturale mais qui n'est
pas absolument particulire  Hokousa, mais presque gnrale chez tous
les peintres japonais, il est une explication. Le Japon est le pays o
le masque d'Okam, la desse de la grosse joie, figure dans le vestibule
de toutes les habitations: o le proverbe: Le sourire est la source du
bonheur et de la fortune est  l'tat d'axiome; o l'on n'entend jamais
pleurer un enfant; o la femme est la seule femme de l'Orient qui ait une
nature rieuse; o la bataille de la vie n'est pas pre; o, dans ce pays
de gais paysages et de ciel bleu, la mlancolie ne semble pas exister;
enfin o les atteintes prolonges de chagrins chez les peuples
septentrionaux ne sont que momentanes.




                                    XXIX


En 1822 paraissent _Kika Moumazoukouski_, POSIES SUR LES CHEVAUX,
posies o une seule planche double signe _Hokousa, fou de la Lune_,
reprsente trois de ces chevaux chevelus,  la crinire hirsute, dont
l'un, les fers en l'air, se roule  terre en dtachant de terribles
ruades.

En 1826, dans _Hankon Shirio_, LES VIEUX PAPIERS JETS, deux volumes
de Tanhiko, il existe un curieux fac-simil d'Hokousa d'aprs Tori-i
Kiyonobou, peintre du XVIIe sicle, reprsentant un fameux marchand de
_caramels de longvit_ pour les enfants, si populaire que sa personnalit
fut mise au thtre par le fameux acteur Nakamoura Kitibei.




                                    XXX


De 1800  1826, les feuilles spares, publies par Hokousa, sont
nombreuses et de toute nature. Un jour c'est une estampe industrielle,
un autre jour une estampe de l'art le plus pur.

Dans les annes qui suivent 1800, ce sont deux sries de petites bandes,
au nombre d'une vingtaine, contenant des sujets varis.

Vers le mme temps, une suite d'impressions caricaturales, parmi
lesquelles une assez drlatique: un garon d'un marchand de sak remettant
la facture  une bonne qui, prenant la facture pour une lettre d'amour,
se sauve et que le garon est oblig de rattraper par ses jupes: une srie
d'une dizaine de planches presque entirement consacre, avec la srie des
CENT PROVERBES COMIQUES, aux aventures amoureuses des bonnes et  leur
engrossement.

Dans cette srie existe une autre planche o un Japonais, dans un saut
prilleux, passant par-dessus une femme lavant du linge, la trousse.
Les yeux merillonns, le nez en as de trfle, la bouche entr'ouverte
de poisson cuit de la laveuse, a ne peut se dire!

Vers 1802, voici des images  composer pour enfants, faites de deux
planches au moyen de la dcoupure desquelles les enfants doivent
constituer une maison avec les personnages du dedans et de l'extrieur.
Et cette maison qu'ils doivent composer, est une Maison Verte. Une
constitution plus complique est un tablissement de bains qui se fabrique
avec la dcoupure de cinq planches et o vous avez tout le dtail de
l'tablissement, avec les hommes et les femmes  l'tat de nudit dans
les deux bains.

Cette Maison Verte et ce bain sont publis, en mme temps que deux
suites sur les rnins, une petite srie  l'imitation des sourimonos, et
une grande srie date de 1806; puis une belle suite de paysages, donnant
dans une planche, pour ainsi dire, la gat d'une habitation de femme
noble, en ces lgres constructions  jour toutes remplies de branches de
cerisier en fleurs dans de grandes potiches, et avec ces galeries courant
sur un petit lac.


Vers 1810, c'est dans un grand format, les six impressions des six potes
qui sont:

    Onono Komati (une femme de la cour);
    Ariwara-no Narihira (un seigneur);
    Sj Hnj (un grand prtre);
    Kisn Hosshi (un prtre);
    Ohtomo-no Kouronoushi (un lettr noble);
    Boun-ya-no Yasouhid (un pote de la bourgeoisie).

Et les contours du corps des six potes, par une chinoiserie fort  la
mode dans ce pays, sont faits avec les lettres de leurs noms, et parmi ces
potes se trouve une Komati d'une trs belle couleur au milieu d'espces
de crtes de vagues violettes et vertes courant si joliment dans une de
ses posies.

Vers ce temps c'est une srie de personnages, de paysages, d'oiseaux, de
poissons tirs en bleu, contenant une dizaine de planches.

Dans les mmes annes, parat la reprsentation d'une Maison Verte avec
tous ses dtails en cinq planches.

Sous l'escalier, l'emmagasinement des barillets de sak;  gauche, le
petit btiment contre l'incendie, vers lequel il y a une alle et une
venue incessante de porteuses de choses. Dans la premire pice, le
patron et la patronne assis devant un chibatchi et une thire de th, et
entours d'un cercle de femmes accroupies. Derrire eux, une petite pagode,
avec ses lions de Core, ses petits Darma, et ses deux bouteilles de sak
en laque, comme offrande aux dieux,--et aussi, comme offrande, sur les
marches du petit escalier, un moment dpos, l'argent reu par les femmes,
mais qu'elles reprennent bientt aprs. Une galerie o,  travers le
jardin, on entrevoit des femmes faisant leur toilette. Une pice o les
femmes nettoient des plateaux de laque et enferment dans des coffres des
bols et des assiettes. Puis la cuisine o un homme souffle le feu d'un
grand fourneau, prs d'une colossale marmite de riz, surmont de quatre
petites pyramides de riz et de deux petites bouteilles de sak, toujours
comme offrande  Bouddha.

Maintenant un jeu de cartes, le jeu de cartes des posies de Gunji, se
composant de 110 cartes minuscules dcores d'un ventail, d'une bouteille
de sak, d'un vol de deux papillons, d'une critoire, d'une branchette
d'arbre, d'un chapeau de paille, d'un panier de lgumes, etc.

Et encore un cran o sont reprsents deux esprits du sak, ces petits
tres fantastiques aux cheveux rouges, dont l'on porte sur l'paule le
gobelet  queue avec lequel on puise le sak dans la terrine, et l'autre
qui joue de la flte.

Trois curieuses impressions d'crans en camaeu bleu, avec les figures et
le nu des corps, rservs en blanc, et dans le ciel le rouge d'un soleil
couchant, signes: _Manji_ (vers 1834), font partie de la collection de M.
Vever. L'un reprsente un tablissement thermal dans la province de Kahi;
l'autre, un lac sur la route de Kiso; le dernier un rocher pittoresque
dans la province de Jsh. Deux autres impressions d'crans faisant partie
de la mme suite, sont tires en couleur: l'une, c'est la reprsentation
de pcheurs tirant leurs filets, l'autre, un parcours de voyageurs le long
de la mer par un temps de neige.

Des dessins d'crans, M. Bing en possde aussi une intressante suite. Un
faisan et un serpent; une runion de sept coqs, impression trs originale;
une femme apportant une tasse de th,--le tirage en noir de l'impression
primitive; des teinturires; des pcheuses de sel au bord de la mer qui
moutonne et se brise autour d'elles.

Un aigle volant au-dessus d'un nuage est dans la collection Manzi.

On connat aussi, publies vers ce temps, un certain nombre d'impressions
d'ventails dont je ne veux citer que le plus remarquable, qui est dans la
collection de M. Bing. C'est la tte d'un aigle tenant dans ses serres un
petit ourson, dont les ailes tendues remplissent, de la manire la plus
heureuse, l'hmicycle de l'ventail.

Enfin, en l'anne 1823, l'anne o Hokousa va publier ses plus belles
feuilles spares, va faire paratre ses premires planches des TRENTE-SIX
VUES DE FOUGAKOU (Fouzi-yama), il met au jour une curieuse impression.
C'est une trs grande planche, du format de nos plans de ville: un paysage
imaginaire contenant cent ponts dans une seule vue, un paysage d'un
pittoresque indescriptible. Et voil ce que Hokousa a crit, comme
lgende de l'estampe: _Pendant l'automne dernier, j'tais tristement
rveur, et soudain j'ai imagin de me promener dans un paysage pittoresque,
 en passant un nombre innombrable de ponts, et je me suis trouv tellement
heureux de ma longue promenade dans ce paysage que j'ai pris de suite mon
pinceau et l'ai dessin, ce paysage, avant qu'il ne se perdt dans mon
imagination_.




                                  XXXI


Cette note sur le _Paysage  cent ponts_ est un tmoignage du temprament
potique du peintre, et la biographie de Kidn affirme en effet que
Hokousa fut un excellent pote dans la posie Ha-kai (la posie
populaire).

A propos du got d'Hokousa pour la posie, on raconte qu'il tait membre
d'une socit de potes, nomms les _socitaires de Katsoushika_ et,
en raison de sa supriorit sur ses confrres, y exerant une sorte de
prsidence. Or dans cette socit il y avait des gens de service, ignorant
que le peintre et le pote taient le mme homme, et il arriva qu'un
soir on lui apporta une lanterne dont le papier tait blanc, sans aucune
ornementation; Hokousa demanda un pinceau et dessina des tiges de
fougres, d'un trompe-l'oeil si extraordinaire que le domestique qui avait
apport la lanterne ne put s'empcher de crier: Oh! vraiment, monsieur
Hokousa, quelle disposition vous avez pour le dessin!

On entend l'clat de rire des _socitaires de Katsoushika_ en train de
regarder Hokousa peindre.




                                  XXXII


De 1823  1829 parat, sous le titre de: LES TRENTE-SIX VUES DE FOUGAKOU
(Fouzi-yama), une srie d'impressions clbres, qui dans le principe
ne devait compter que 36 planches, et dont le nombre a t port  46
planches.

Cette srie en largeur, aux couleurs un peu crues, mais ambitieuses de
se rapprocher des colorations de la nature sous tous les aspects de la
lumire, est l'album inspirateur du paysage des impressionnistes de
l'heure prsente.


1. _Yjiri_ (de la province de Sourouga).
        Un coup de vent.

2. _Ohno-shindn_ (de la province de Sourouga).
        Transport de fagots par des boeufs.

3. _Champs de th de Katakoura_ (de la province de Sourouga).
        Un homme ferrant un cheval.

4. _Foujimi-no-hara_ (de la province d'Owari).
        Un Japonais agenouill dans le cercle d'une immense cuve qu'il
        assemble et o l'on voit dans le fond le Fouzi-yama.

5. _Un matin de neige  Ko-ishikawa_ ( Ydo).
        Femme indiquant, d'un kiosque, le Fouzi-yama.

6. _Todo-no-Oura_.
        Des tori-i dans l'eau, au bas desquels sont des pcheurs de
        coquillages.

7. _L'autre ct du Fouji, vu de Minobougawa_ (nom de rivire).
        Chevaux au bord de la rivire.

8. _Beau temps par un vent du Sud_ (dat 1825).
        Le Fouzi-yama, en la coloration rouge d'une brique, avec quelques
        lzardes de neige  l'extrmit de son pic, et se dtachant sur
        un ciel d'un bleu intense tout ray de nuages blancs stratifis
        qui donnent au ciel le caractre d'une plage dont la mer vient de
        se retirer. Une impression de la plus grande originalit et o
        l'artiste japonais eu la bravoure de rendre l'effet qu'il a vu,
        dans toute sa vrit invraisemblable.

9. _Orage au pied de la montagne_.
        Le Fouzi-yama vu tout pourpre  la clart d'un clair.

10. _Ascension des hommes_.
        Monte de Japonais, par des chelles,  la caverne de Fouzi-yama
        dj toute pleine de plerins.

11. _Naroumi de la province de Kazousa_.
        Grand bateau couvert de nattes.

12. _Oushibori de la province de Hitati_.
        Amnagement d'un grand bateau japonais dont on ne voit que la
        moiti.

13. _Le lac de Souwa, de la province de Shimano_.
        Une hutte sous un arbre.

14. _Dans la montagne de la province de Ttmi_.
        Des scieurs de bois dbitant une norme solive s'levant dans
        le ciel porte sur quatre poutres. Une des planches les plus
        harmoniques aux colorations simplement vertes et bleues sur le
        jaune du papier, avec quelques rehauts d'encre de Chine.

15. _La roue hydraulique de Ondn_.
        Une femme, un baquet sous le bras, une autre en train de laver,
        dans la chute d'eau un panier rempli d'herbages.

16. _Inoum-tgh de la province de Kahi_.
        Le Fouzi-yama, d'un rouge brun  la base, d'un bleu d'outremer au
        milieu, puis blanc de neige au sommet.

17. _La surface de l'eau de Sansaka de la province de Kahi_.
        Le Fouzi-yama jaune d'ocre, reflt dans le bleu de la rivire.

18. _La passe de Mishima de la province de Kahi_.
        Un gigantesque cdre dont trois hommes sont en train de mesurer
        le tronc de leurs bras tendus. Encore une de ces harmonieuses
        planches faites de colorations bleues et vertes sur papier jaune:
        au fond les colorations de nos grisailles amoureuses du XVIIIe
        sicle.

19. _L'Aube de Isawa de la province de Kahi_.
        Au-dessus de toits de chaume d'habitations de paysans,
        le Fouzi-yama tout noir, sauf l'extrmit du pic.

20. _L'intrieur du flot en face de Kanagawa_ ( Tkad).
        Planche qui devrait s'appeler _la Vague_ et qui en est comme le
        dessin un peu divinis par un peintre sous la terreur religieuse
        de la mer redoutable entourant de toute part sa patrie: dessin qui
        vous donne le colreux de sa monte dans le ciel, l'azur profond
        de l'intrieur transparent de sa courbe, le dchirement de sa crte
        qui s'parpille en une pluie de gouttelettes ayant la forme de
        griffes d'animaux.

21. _Hodogaya sur le Tkad_.
        Le passage d'un pont de bateaux par des pitons et un Japonais
         cheval par un temps de neige.

22. _Yoshida sur le Tkad_.
        Maison de th o hommes et femmes prennent du th, fument,
        se reposent sur le banc intrieur de la maison d'o par une grande
        baie on aperoit le Fouzi-yama. Dans un coin un voyageur ramollit
        sa chaussure  coups de maillet.

23. _Kanaya sur le Tkad_.
        Norimon port dans l'eau.

24. _Plage de Tago prs de Yjiri sur le Tkad_.
        Une barque, au-dessus le Fouzi-yama, tout bleu.

25. _Ynoshima de la province de Sagami_.
        Maison rustique dans une le.

26. _Nakabara de la province de Sagami_.
        Porteurs prs d'un petit monument bouddhique.

27. _Shitiri-ga-hama de la province de Sagami_.
        Un bouquet d'arbres bleutres.

28. _Le lac de Hakon de la province de Sagami_.
        Paysages montant au-dessus de sommets d'arbres au bas de la
        planche.

29. _Menesawa de la province de Sagami_.
        Assembles de grues.

30. _Tatkawa de Honj_ ( Ydo).
        Le quartier des chantiers de bois  Ydo, avec d'un ct ses piles
        de bois et de l'autre ses assemblages de planches debout.

31. _Le pont Mannn-bashi de Foukagawa_ ( Ydo).
        Un bateau  l'avant.

32. _La pagode des 500 Rakan_ ( Ydo).
        Sur la terrasse de la pagode.

33. _Le pin de Aoyama_ ( Ydo).
        Pin  l'tendue des branches couvrant un terrain immense,
        branches que soutient une fort de tuteurs.

34. _Kajika-sawa de la province de Kahi_.
        Homme retirant, du haut d'un rocher, un filet jet dans un lac.

35. _Mgouro infrieur_ ( Ydo).
        Faubourg de Ydo o se fabriquent les meules pour craser le riz.

36. _Snj_ (un faubourg de Ydo).
        Homme prparant pour un cheval la sandale de paille employe avant
        l'adoption du ferrage.

37. _Vue du Fouji  travers la ville des fleurs_ (Yoshiwara)
    _du ct de Snj_.
        Une marche de porteurs de fusils dans des gaines rouges.

38. _Tsoukouda-zima_ (une le  l'embouchure de la Soumida).
        Barque charge de ballots de coton.

39. _Tamagawa_ (nom de rivire) de la province de Mousashi.
        Petite barque sur cette belle et claire rivire alimentant Ydo
        d'eau potable.

40. _Fouzi vu de Shinagawa  travers Gotnyama_ ( Ydo).
        Monte de gens dans le paysage;  droite collation sur un tapis.

41. _Le pont Nihonbashi de Ydo_.
        La perspective des entrepts.

42. _Les magasins de Mitsui de Ydo_.
        Magasins d'objets de luxe.

43. _Sourougada de Ydo_.
        Colline au centre de Ydo, porteurs gravissant un chemin.

44. _Le temple bouddhique Hongwanji d'Asakousa de Ydo_.
        Le fronton de la toiture d'un des plus grands temples bouddhiques.

45. _Le soir du pont Rigokou, vu du quai des curies_.
        Une barque o un homme laisse flotter un linge dans l'eau.


46. _Le village de Skiya, au bord de la Soumida_
        Trois cavaliers galopant sur la route.


 cette srie des TRENTE-SIX VUES DU FOUZI se joignent, comme impressions
de la mme facture, la srie des CASCADES et la srie des PONTS.

La premire srie intitule: _Shokokou Takimgouri_, VOYAGE AUTOUR DES
CASCADES, publie vers 1827, se compose de huit planches en hauteur. C'est
sans doute, vu le nombre des cascades clbres qui existent au Japon, une
srie qui devait tre continue.


1. _Cascade Kirifouri_ (de la rose tombante) _dans la montagne
kourokami-yama_ (montagne de cheveux noirs) _de la province de Shimozouk_.
        Trois Japonais en contemplation devant la cascade.

2. _Cascade de Ono sur la route de Kiso_.
        Cinq porteurs sur un pont.

3. _Kiyotaki_ (cascade pure) _de Kwannon de Sakanoshita, sur la route de
    Tkad_.
        Monte de gens vers un temple de Kwannon.

4. _Mouma aronotaki, cascade  Yoshino, dans la province d'Izoumi_.
        Cascade o le guerrier Yoshitsoun a lav son cheval et o, par
        une allusion  ce souvenir historique, il est reprsent dans
        cette impression un cheval rouge qu'un homme est en train de laver.

5. _Amida-ga-taki_ (cascade de Bouddha) _au fond de la montagne de Kiso_.
        Trois Japonais en train de faire une collation, au bas de cette
        cascade dans la chute de laquelle le Japon voit une ressemblance
        avec la tte d'un Bouddha.

6. _Cascade de la colline des mauves_ (Aoygaoka) _ Ydo_.
        Un homme s'pongeant le front, appuy sur le bton de ses paniers.

7. _Cascade de Rbn_ (nom d'un ancien prtre), _dans la montagne Ohyama,
    province de Sagami_.
        Gens se baignant dans la cascade.

8. _Yr-no-taki_ (cascade de Yr) _dans la province de Mino_.
        Un groupe de Japonais assis, se reposant au bas de la cascade.


La srie des PONTS intitule: _Shokokou Meiki Kiran_, vues pittoresques
des ponts de diverses provinces, et publie de 1827  1830, se compose de
onze planches en largeur.


1. _Le pont de la Lune crache_ (reflte) _dans la montagne Arashiyama de
    la province de Yamashiro_.
        Pont sur pilotis de bois.

2. _Pont de bateaux de Sano, de la province de Kzouk_.
        Pont sur un cours d'eau trs variable reli avec des cordages sur
        lesquels sont jetes des planches.

3. _Koump-no-kakhashi_ (le pont du nuage) _dans la montagne Guidsan
     Ashikaga_.
        Pont reliant les deux pics d'une montagne.

4. _Tsouribashi_ (pont suspendu) _sur la frontire des deux provinces de
    Hida et de Yettch_.
        Un pont de cordage avec un filet dessous: un vrai pont d'acrobates.

5. _Kintabashi dans la province de Sou-w_.
        Pont avec des piles en pierre et un tablier de bois.

6. _Yahaghi-no-hashi de Okazaki, sur la route de Tkad_.
        Pont courbe en bois sur piliers trs levs, forme ncessite
        par la fonte des neiges au printemps.

7. _Tako bashi_ (pont de tambour) _du temple de Tnjin de Kamedo  Ydo_.
        Pont  la forme surleve de terre et rondissante d'une moiti
        de tambour.

8. _Les ponts de Tempzan sur la rivire Kazikawa dans la province de
    Settsou_.
        Deux ponts, prs de Ohsaka, reliant une petite le pittoresque
         la terre ferme.

9. _Temma bashi_ ( Ohsaka) _province de Settsou_.
        Reprsentation sur ce pont de la fte des Lanternes.

10. _Le pont de Foukou de la province de Ytizn_.
        Un pont moiti en pierre d'un ct, moiti en bois de l'autre,
        sparant deux districts de la mme province dont l'un tait rgi
        par un damio riche, l'autre par un damio pauvre.

11. _Yatsou-hashi_ (le pont en 8 parties) _de la province de Mikawa_.
        Un pont aux compartiments zigzaguant sur un vaste marais, de la
        forme de ces chssis mobiles sur lesquels les enfants font avancer
        des soldats, un pont lev pour aller voir dessus la floraison
        des iris du marais.




                                   XXXIII


Tout peintre japonais, disais-je, dans mon tude sur Outamaro, a une
oeuvre rotique, a ses _shungwa_, ses peintures de printemps.

Et je parlais alors de la peinture rotique de l'Extrme-Orient, de ces
copulations comme encolres, du culbutis de ces ruts renversant les
paravents d'une chambre, de ces emmlements des corps fondus ensemble, de
ces nervosits jouisseuses des bras,  la fois attirant et repoussant le
cot, de ces bouillonnements de ventres fminins, de l'pilepsie de ces
pieds aux doigts tordus battant l'air, de ces baisers bouche--bouche
dvorateurs, de ces pmoisons de femmes, la tte renverse  terre, la
_petite mort_ sur leur visage, aux yeux clos, sous leurs paupires fardes,
 enfin de cette force, de cette nergie de la linature qui fait du dessin
d'une verge un dessin gal  la main du Muse du Louvre, attribue 
Michel-Ange.

Ces lignes, je les crivais d'aprs trois albums d'impressions
merveilleuses dont j'ignorais encore l'auteur, et que je sais maintenant
tre Hokousa, et avoir pour titre: _Kinoy no Komatsou_, LES JEUNES PINS,
dont la publication est de 1820  1830.

C'est dans ces albums qu'existe cette terrible planche: sur les rochers
verdis par des herbes marines, un corps nu de femme, vanoui dans le
plaisir, _sicut cadaver_,  tel point qu'on ne sait pas si c'est une
noye ou une vivante, et dont une immense pieuvre, avec ses effrayantes
prunelles, en forme de noirs quartiers de lune, aspire le bas du corps,
tandis qu'une petite pieuvre lui mange goulment la bouche.

C'est dans ces albums que se trouve cette planche d'un voluptueux
indescriptible: sur les ondulations d'une toffe de pourpre, le bas d'un
ventre de femme, o s'est introduit un doigt de sa main, d'une main au
poignet nerveusement cass, aux longs doigts contourns,  l'attouchement
doucement titillant, d'une main qui, dans sa courbe, a l'lgance volante
d'une main du Primatice.

Je laisse l la description des autres albums, je veux seulement signaler
une srie de petits sourimonos, dont quelques-uns sont _ cache_, et ont
t sans doute publis vers les dernires annes du XVIIIe sicle, et dans
lesquels, au milieu des frnsies animales, on trouve des affaissements
bats, des brisements de cous de nos primitifs, des attitudes mystiques,
des mouvements d'amour presque religieux.




                                  XXXIV


En 1828 parat le _Yhon Teikinwra_, CORRESPONDANCE TRAITANT DU JARDIN DE
FAMILLE, un des plus parfaits livres illustrs par Hokousa et gravs par
Ygawa Tomkiti: trois volumes o les compositions d'Hokousa, prenant
tantt le milieu, tantt le haut de la page, sont encastres dans une
ancienne criture d'une grasse calligraphie admirablement rendue par le
graveur calligraphe Bountid.

C'est l'ancienne ducation intellectuelle du Japon faite dans la maison
paternelle et pas dans les coles. Et ce livre, o le mot _tei_ veut dire
jardin, et le mot _kin_ ducation, nous fait connatre un trait dont
le texte crit en langage courant, usit dans les correspondances
journalires, a pour but de donner une ducation morale aux enfants dans
la famille, mme pendant qu'ils jouent au jardin.

L'intrt de ces volumes, o une illustration, toute moderne, et sans
rapport avec le texte, est intercale au milieu de cette criture du XIVe
sicle, c'est surtout la reprsentation des industries et des mtiers du
pays.

Voici une cuisine: la cuisine officielle du souverain o les cuisiniers
ne peuvent toucher  rien qu'avec des baguettes; voici l'atelier d'un
sculpteur sculptant une chimre colossale; voici deux planches de
forgerons, dans l'une desquelles un vieux ciseleur, aux lourdes besicles,
est en train d'entailler une garde de sabre; voici une teinturerie avec le
teinturier aux bras teints jusqu' la saigne; voici des brodeurs brodant
la soie tendue sur un chssis; voici les mtiers  tisser de la ville et
de la campagne; voici la faiseuse de chapeaux de paille, et la faiseuse de
papier  l'usage domestique; voici le fabricant de parapluies, voici le
faiseur de petites botes en lames de bois roules; voici le peintre de
kakmonos; voici le sculpteur spcialiste des statues et statuettes de
Bouddha, voici le diseur de bonne aventure offrant de la rue  des femmes
dans leur intrieur son petit faisceau de cinquante baguettes rvlatrices
de bonne ou mauvaise chance de leur vie; voici enfin la boutique du
libraire avec l'annonce des derniers livres.

Et, dans cette reprsentation des industries et des mtiers, une merveille
que le _d'aprs nature_ des attitudes, la vrit des mouvements,
l'attentionnement des hommes et des femmes  la chose qu'ils font, et la
tranquillit calme de l'application pour les besognes dlicates, et la
violence des anatomies pour l'effort des gros ouvrages.

Dans le second volume c'est le fabricant de nattes, _tatami_; c'est le
modeleur de thires en mtal; c'est le chandelier,  la main enduisant de
cire une tige de bambou, qu'on retire; c'est le vendeur d'huile; c'est un
entrept de sak; c'est un marchand de lgumes frais; c'est un marchand de
lgumes secs; c'est un prparateur de plantes marines comme l'_aonori_, le
_kombou_, et qu'on mange bouilli, grill ou sch; c'est une faiseuse de
filets; c'est un schoir de pieuvres dont la chair sche sert  faire des
soupes trs dlicates.

Le troisime volume contient un trs petit nombre de planches
d'industries. Il n'y a gure qu'un tourneur de meules avec lesquelles on
blanchit le riz; un broyeur de th en poudre, pour le genre de crmonie
dite Tcha-noyu, et se divisant en Kotcha et Mattcha; un faiseur de
macaronis de sarrasin, reprsent  ct des figures comiques de deux
avaleurs de macaroni, tout  la joie gloutonne de leur occupation. Et,
parmi ces industries, un industriel particulier, un conteur d'histoires,
jouant un peu les personnages qu'il met en scne et toujours entour d'un
nombreux public de gens qui ne savent pas lire et, ainsi que dans nos
feuilletons, arrtant son rcit au moment le plus intressant et faisant
revenir les gens avec la _suite  demain_.

Plusieurs planches sont consacres  la clbration de lgumes phnomnaux
de certaines provinces du Japon. Ici une rave de la province d'Ohmi qu'il
faut deux hommes pour porter, l une pousse de bambou de la province
de _Iyo_ qui a l'air d'un mt de navire, plus loin encore, deux navets
gigantesques de la province Owari, enfin un petasite d'Akita, cette petite
plante grande comme une laitue qui sert dans l'image qui la reprsente de
parasol  un homme et  une femme.

Et dans les trois volumes, mles aux planches reprsentant des mtiers et
des industries, des planches de toutes sortes: l'audience d'un damio;
une rue de Ydo; un intrieur d'un temple bouddhique; une salle de
tribunal avec les trois juges sur une estrade, et le public assis  terre;
le frappement sur un ta en bois pour annoncer un service religieux;
la rcolte des _kaki_; la pche au cormoran; et encore des planches,
comme les quatre classes de la socit japonaise: le guerrier, le
paysan, l'ouvrier, le marchand, la dernire classe dans cette socit
aristocratique.

Mais, de toutes ces images, les plus charmantes sont des sortes de
culs-de-lampe, reprsentant celle-ci, une femme vue de dos  sa toilette
qui se met une pingle dans les cheveux devant un miroir refltant sa
figure, abaisse avec le plus gracieux mouvement du cou, et l'abandon
derrire elle d'une main tenant un cran; et celle-l, forme tout
simplement du groupement d'une chimre, de deux peignes, d'une coupe 
sak, d'une pipe, d'une fleur.

Le premier volume est publi en 1828, le second en 1848, le troisime est
sans date, mais tous les dessins sont de 1828.


Le baron de Hubner, dans sa PROMENADE AUTOUR DU MONDE, raconte qu'
Odawara, aprs le repas dans la grande maison de th de la ville, un
homme s'est prsent, porteur d'une bote divise en quatre compartiments
contenant du sable rouge, bleu, noir, blanc, et qui, en le jetant sur le
plancher comme un cultivateur jette la semence, dessinait et peignait  la
fois des fleurs des oiseaux, et  la fin,--au milieu des rires bruyants
des hommes et des femmes, des sujets rotiques dignes de la _Chambre
secrte_ de Pompi.

En 1828, un livre qui est, pour ainsi dire, le manuel de cet art, mais
pour les femmes, et sans aucun modle obscne, paraissait sous ce titre:
_Bongwa hitori keiko_, TUDE PAR SOI-MME DU DESSIN SUR PLATEAU, par Mme
Tsu-kihana Yei, avec une illustration due pour la plus grande part 
Hokousa.

La premire planche reprsente,  ct de botes de sables de diffrentes
couleurs, deux jeunes femmes accroupies par terre devant un plateau: l'une,
une cuiller  la main, l'autre, une planchette, toutes deux en train de
composer un tableau.

Et l'album contient, reprsents en deux couleurs,--une couleur gristre,
une couleur rougetre,--d'abord des motifs lmentaires comme une tige de
bambou, une fleur d'iris, des lapins clairs par la lune, puis des motifs
plus compliqus, comme une tortue, un faisan dor, un paon.

Et dans le texte de petits croquetons donnent la figuration de la
planchette, de la cuiller, et la manire dont la main doit les tenir et
laisser tomber le sable.




                                    XXXV


En 1830, paraissent en planches spares:

_Hiakou monogatari_, LES CENT CONTES: une srie d'estampes fantmatiques,
d'un caractre terrifique tout  fait extraordinaire et dont il n'a paru
que cinq planches, peut-tre  cause de l'effroi qu'elles causaient.

La plus effrayante, c'est une lanterne fabrique sur le modle d'une tte
de mort, avec les cheveux hrisss sur le haut de la tte, et flasques et
pendants sur les tempes, avec les fibrilles de sang du blanc des yeux,
avivs par la lueur intrieure de la lanterne, avec la couture ou le
collage du papier, imitant d'une manire invraisemblable les sutures d'un
crne; et cette tte de mort, produit d'une imagination ingnieusement
macabre, se dtachant sur le bleu noir de la nuit.

Une autre estampe: une femme ogresse, aux cheveux ressemblant  une
crinire, aux yeux demi-ferms remplis d'une noire prunelle, au nez busqu
d'un bouc, aux crocs bleutres saillant des deux cts d'une bouche tache
de sang,  la main de squelette avec laquelle elle tient, derrire son dos,
une tte d'enfant qu'elle a commenc  dvorer.

Une autre estampe: une femme fantme soulevant une moustiquaire o dort un
sommeil tranquille une femme, moiti  l'tat de squelette, moiti 
l'tat anatomique dnud de la peau, et dont les osselets de la main sont
verts dans l'ombre et couleur de chair dans la lumire.

Une autre estampe: une ple tte de morte chevelue,  la bouche ouverte
d'o un soupir se dessine sur le ciel noir comme le dessin d'un souffle
sur de l'air glac, et le haut du corps sortant d'un puits form comme des
anneaux d'un serpent et qui sont un enchanement d'assiettes vertes. C'est
l'apparition de la petite servante Okikou dont j'ai racont l'histoire
dans la MANGWA.

Une autre estampe simplement allgorique reprsentant la fiche d'un mort,
la feuille o sont inscrites la date de sa naissance, la date de sa mort,
avec au milieu son nom et,  ct, les bonbons apports pour
l'anniversaire de son dcs, une feuille d'un bouquet tombe dans un bol,
un prsentoir autour duquel s'enroule un serpent.




                                     XXXVI


En cette mme anne 1830, ou dans des annes qui la touchent de trs prs,
parat _Shika Shashinki_, IMAGES DES POTES, une srie de dix grandes
impressions en couleur (H. 50, L. 22 centimtres) qui, selon moi, est la
srie rvlatrice du grand dessinateur et du puissant coloriste qu'est
Hokousa.

Dans ces dix compositions, du plus fier dessin, de la plus savante
assurance dans le trait, la coloration de l'aquarelle qui les recouvre a
une solidit, pour ainsi dire, un _gras_ qui vous enlve toute impression
d'un coloriage sur du papier, mais vous fait regarder ces images ainsi que
vous regarderiez des panneaux recouverts de la plus srieuse peinture 
l'huile. Non, rien ne peut donner une ide de la grandeur, du pittoresque,
de la couleur  la fois relle et potique des paysages en hauteur o se
passent ces scnes lyriques.

Les titres de cette srie de la plus grande raret tantt portent le nom
d'un pote, tantt le titre d'une posie.

I. Dans un paysage montagneux, au bord de la mer, un pote chinois, une
branche de saule lui servant de cravache, chevauche sur un cheval blanc 
la selle toute garnie de houppes carlates: un cheval dont la blancheur se
dtache merveilleusement sur le bleu intense du lointain de la mer.

II. Le pote chinois Lihakou, appuy sur un long bambou, avec deux enfants
dans les plis de sa robe, est en contemplation devant une cascade qui a
l'air de tomber perpendiculairement du haut du ciel, une cascade aux bleus
transparents, aux violets transparents de l'eau dans sa chute. Une planche
d'une coloration sourde et comme patine, d'un effet admirable.

III. Dans une anse de la mer, o est remis un bateau, en face d'un rocher
rose  moiti perdu dans les nuages et  la forme d'une architecture
ferique, entour de ses disciples, le pote chinois Hakou-rakou-tn, 
qui l'on doit des posies descriptives clbres, est pench vers un
batelier qui d'en bas, semble le renseigner sur le site.

IV. Un Japonais qui traverse un pont, portant sur l'paule une perche aux
bouts de laquelle sont attachs deux bouquets de la plante qui remplace au
Japon le papier de verre. Les grands arbres du haut du paysage, clairs
par la lune, dans une fin de jour crpusculaire, sont d'une tonalit verte
indicible, d'un vert tendrement assoupi sur les hachures ombres des
roseaux de la rivire.

V. Sous un immense pin, au bord de la mer, au-dessus de rochers rouges
ayant la forme accidente de conglations, adoss  la balustrade d'une
haute terrasse, dans un lgant mouvement de retournement de la tte en
arrire, un homme contemple le ciel o brille la lune.

C'est le pote japonais Nakamaro, devenu ministre en Chine, qui a fait, en
sa nouvelle patrie, un pome o il dit que, lorsque son me se promne
dans le ciel et qu'il voit cette lune qu'il a vue aux flancs de la
montagne de Mikasa, prs de Kasouga, cette lune le console, lui fait
oublier les misres de l'existence, lui rappelle son Japon,--une pice
qui fut cause de sa disgrce, par le tmoignage qu'elle apportait de son
attachement pour son ancienne patrie.

VI. Un pisode de l'histoire de la Chine: un homme mont sur un arbre, une
porte que deux soldats chinois sont en train d'ouvrir, prs d'un coq qui
chante sur un toit. Voici l'explication de l'estampe. Un prince, aprs
une dfaite, au moment d'tre fait prisonnier dans un pays tranger, a pu
arriver, poursuivi de trs prs,  la porte de la frontire. Mais il fait
encore nuit et la barrire ne s'ouvre qu' l'heure o les coqs chantent,
lorsqu'un fidle du prince a l'ide de monter sur un arbre, d'imiter le
chant du coq, que reprennent tous les coqs de l'endroit, et la porte
s'ouvre.

VII. Un pote japonais se dirigeant dans la campagne vers une montagne 
la cime d'un fauve volcanique.

VIII. Un pote japonais des vieux sicles, dans sa robe jaune, tenant sur
son paule l'ventail aux palettes de bois en usage avant l'invention du
papier, sous le bleu limpide d'un ciel o se voit le premier croissant de
la lune au-dessus d'une bonzerie. Au-dessous du pote, des branches
d'arbres toutes remplies d'oiseaux roses.

IX. Un bord de rivire o une femme  la clart de la lune blanchit avec
son garonnet de la toile,  grands coups de battoir.

C'est l'illustration d'une posie de Narihira sur le dsespoir d'une femme
quitte par son mari, et dont le battement dsol, sous cette lune, que
contemplait  la mme heure, dans un autre pays, son mari, lui tait
apport comme un cri du coeur de sa femme.

X. Un paysage couvert de neige o un pote chinois, mont sur un cheval
rouge, se dtache sur le blanc de la terre, sur le bleu ple du ciel.




                                     XXXVII


Ces annes, c'est le temps des plus belles, des plus colores impressions
paraissant en feuilles spares.

Signalons, en premire ligne, la suite de ces cinq planches (H. 37, L. 17),
 la signature d'_Hokousa I-itsou_.

Un faucon sur son perchoir au milieu de la floraison de pruniers: une
impression  la belle tourmente du trait, au fier contournement de la tte
de l'oiseau de proie.

Trois tortues, dont l'une nage en pleine lumire et se voit comme dans la
clart cristalline d'un aquarium.

Deux carpes: l'une remontant le rapide d'une cascade, l'autre en sortant.

Deux grues dans la neige o le pourpre de la tte et le rose des ailes se
dtachent du triste neutralteinte d'un ciel neigeux. Une merveilleuse
impression dont il n'y a  Paris que trois ou quatre preuves, parmi
lesquelles une preuve admirable est dans la collection Manzi: une preuve
qui vient de la collection Waka et qui, hlas! comme toutes les preuves
qui viennent de cette collection, font mpriser les autres; une preuve o
le vert des bouquets d'aiguilles des sapins, le brumeux du ciel, le blanc
de la neige, le doux rose et le doux bleu des ailes des grues sont rendus
dans une harmonie que nulle impression d'aucun pays au monde n'a jamais pu
attraper,--et n'a jamais pu,  la fois, en donner le dtachement et la
fonte.

De cette srie ferait encore partie l'impression de deux chevaux et d'un
poulain, d'une furie, d'un emportement, d'un mors aux dents du dessin si
extraordinaire, et la plus rare des cinq impressions faisant partie de la
collection de M. Vever.

Une autre suite, dont on ne connatrait que deux planches (H. 50, L. 28),
et qui semble une srie des Mois de l'anne,  deux planches, que j'ai
rencontres seulement dans la collection Hayashi.

Le premier mois. Deux femmes passant devant un temple suivies d'un
serviteur portant un enfant.

Le dixime mois. Un balayeur tendant un gteau  un singe que regarde un
enfant.

Une autre suite de dix grandes planches (H. 20, L. 38), reprsentant des
fleurs signes: _Hokousai I-itsou_.

Des fleurs violettes.--Des camlias rouges.--Des volubilis.--Des
pivoines.--Des chrysanthmes.--Des fleurs toiles.--Des iris.--Des
hortensias.--Des datura.--Des pavots.

Les Chrysanthmes, les Iris et les Pivoines, sous un coup de vent dans
lequel vole un papillon, les ailes retournes: des planches admirables par
le style apport  la fleur par les Japonais seuls!

Il existe encore une srie de dix autres planches de fleurs, d'un format
plus petit.

Parmi les planches isoles, citons encore:

Une srie de petits paysages, dont il y a neuf planches dans la collection
de M. Vever, signes _I-itsou, prcdemment Hokousa_, d'une perfection
d'excution merveilleuse, et parmi lesquelles la reprsentation d'une
pche, par une nuit toile, est un petit chef-d'oeuvre.

Une desse Kwannon monte sur un lphant blanc, avec dans des cartouches
un sanglier, un coq, des petits chiens; une impression qui pourrait bien
faire partie d'une suite encore inconnue.

Le lac Souwa pendant l'hiver et que des pitons et des gens  cheval
traversent sur la glace.

Matsoushima, une baie seme de rochers couverts de pins, un des sites les
plus pittoresques du Japon.

Une carpe dresse toute droite, traversant dans l'eau des courants de
lumire.

Un roseau avec des fleurettes.

Des pivoines rouges au milieu desquelles est une pivoine blanche, joliment
gaufre.

Enfin, dans une impression en couleur de la collection Bing (H. 45, L. 60),
 la plus grande impression en couleur que l'on connaisse et que le
propritaire regarde comme unique, une poule, ses poussins, et le plus
ornemental des coqs  la queue en faucille.

Citons encore six pices capitales faisant partie de la collection Vever.

La premire, un diptyque reproduisant un pisode de mtamorphose du renard
 neuf queues en Impratrice du Japon, signe: _Hokousa_ (vers 1800).

La seconde, une trs grande pice d'un format tout  fait extraordinaire
(H. 40, L. 51), dans la facture large et libre des sourimonos de Kito,
reprsentant la danse de _n_ o figurent deux hommes et une femme qui
joue du tambourin. Sign: _Hokousa, fou de dessin_.

Enfin, une troisime impression, une merveille. Une des planches les plus
mouvementes du matre, dans le coloriage le plus dlicatement harmonique,
une planche en forme de kakmono (H. 64, L. 14). C'est un groupe de
danseurs de la rue, prsent d'une faon pyramidale, et que surplombe en
haut un danseur faisant de la musique avec son ventail contre le manche
de son parasol ouvert, se continuant dans la gesticulation forcene de
quatre hommes vus de dos et de face, et se terminant en bas par deux
femmes dont l'une, les deux bras jets derrire elle, avec un retournement
de la tte en arrire, offre la plus belle attitude mimodramatique. Sign:
_Hokousa, fou de dessin_.




                                   XXXVIII


Tout en publiant ces planches spares, Hokousa a continu, depuis 1804,
 publier de nombreux sourimonos, dont nous donnons un catalogue bien
incomplet, mais en signalant les plus beaux, les plus importants, les plus
originaux.


                                    1805.

Une srie des Potesses de six planches.

Une srie des CINQ LMENTS.

Une srie appele _Tjin_, du nom d'un Kami, o une mre levant, avec des
bras de tendresse, un enfant au-dessus de sa tte, lui fait cueillir des
fleurs de prunier.

Une srie: LES DISTRACTIONS AU PRINTEMPS, srie d'un format un peu plus
grand que le format ordinaire des sries de femmes, et du _faire_ le plus
raffin.

Cette anne tant l'anne du boeuf, des reprsentations de toute sorte de
cet animal, comme un rocher qui en a la forme.

Parmi les grandes planches:

L'entre d'un temple o,  la porte, un homme offre de l'eau aux fidles
pour faire leurs ablutions.

Un marchand forain prsentant, sur le seuil d'une habitation, des objets
de toilette  des femmes.

La fte des poupes, avec une nombreuse exposition sur un dressoir de ces
figurines en carton, et au milieu desquelles est dress un _ta_ pour la
collation.


                                    1806.

Une srie de sept courtisanes, parmi lesquelles l'une d'elles, jouant du
schamisn, est du plus heureux mouvement.

Une srie intitule: LES DIFFRENTS PAYS, pays imaginaires, dont une
estampe vous montre: _le Royaume des Femmes_, o un certain jour de
l'anne, sous l'influence d'un vent d'Ouest, les femmes deviennent
enceintes,--et toutes sont tournes vers le souffle de ce vent.

Et, comme cette anne 1806 est l'anne du tigre, il y a des femmes qui
portent des robes brodes de tigres.

Parmi les grandes planches:

Les sept dieux de l'Olympe japonais, sous la peau d'un immense lion de
Core dont ils font les mouvements.

Le paysage de l'autre cot de la Soumida, et o se voit le temple
d'Asakousa.

Un bateau charg de barriques de sak.


                                    1807.

Deux enfants qui luttent.

Deux amoureux tendus l'un  ct de l'autre, la femme fumant une pipette.

Des natures mortes: deux poissons attachs  une tige de bambou; un masque
en carton, la face et le revers.


                                    1808.

Un trs petit nombre de sourimonos, parmi lesquels une grande planche
reprsentant un cran, un bol, une pingle  cheveux sur un plateau de
laque.


                                    1809.

De petits sourimonos o sont des poissons, des coquilles, des plumes de
faucon pour pousseter les choses dlicates.

Parmi les grandes planches:

La confection d'un tendard dont la devise est en blanc sur fond bleu, et
 laquelle travaillent six femmes, dans de jolies poses: un tendard qui
va tre offert  Ynoshima, au temple de la desse Bnten.


                                   1810.

Quelques petites natures mortes, entre autres un sourimono reprsentant
des btons d'encre de Chine et une bote  cachet.


                                   1812[18].

Une nature morte reprsentant une coupe et un prsentoir en laque.

    [Note 18: Les annes non inscrites, sont des annes o l'on ne
    connat pas de sourimonos.]


                                   1813.

Okam lisant une lettre.


                                   1816.

Kintoki jouant avec des animaux.


                                   1817.

Des femmes habilles d'toffes  damier le damier tant  la mode cette
anne.

Une dame de la noblesse, accompagne d'une suivante, passant devant une
grille o sont affichs des programmes de concert.


                                   1818.

Deux planches d'un format carr qui va devenir le format habituel des
sourimonos.


                                   1819.

Dakokou se promenant au bord d'une rivire peuple de lzards
fantastiques.


                                   1820.

Rapparition de nombreux sourimonos dont la production tait devenue
assez rare dans les annes prcdentes, et sourimonos o, chose curieuse,
apparat l'influence de Gakoutei et de Hokkei, les deux lves suprieurs
de Hokousa.

Une srie de monuments roulants de ftes qu'on trane dans les rues.

Une srie de cinq potesses.

Une srie intitule: COMPARAISON DE LA FORCE DES HROS DE LA CHINE ET DU
JAPON.

Parmi les planches dtaches: une jeune fille en train de tirer une
preuve prs d'un graveur entaillant une planche; un Japonais tenant
contre lui, pose sur une table de _go_, une lgante poupe japonaise aux
colorations merveilleuses se dtachant d'un fond d'or harmonieusement
vert-de-grise. Et nombre de natures mortes, comme un bol de laque noire
et une bote de baguettes  manger; comme une grande planche o sont
groups un barillet de sak, une jonche d'iris et de chrysanthmes, un
panier d'oranges,--un sourimono excut pour un banquet donn  un
lettr.


                                   1821.

Une srie intitule: LES FRRES DES SUJETS GUERRIERS DE LA CHINE ET DU
JAPON; une srie rappelant les ressemblances entre les faits hroques de
l'un et de l'autre pays.

Une grande srie de mtiers dont on ne sait pas le nombre.

Une srie d'industries des bords de la mer.

Des natures mortes, parmi lesquelles une srie de coquilles.

Une feuille isole reprsentant un grand serpent blanc, ce serpent
porte-bonheur qu'on dit tre l'annonce d'un vnement heureux pour celui
qui a la chance de l'apercevoir.


                                   1822.

Une impression curieuse. Deux normes perles jetant comme des rayons, deux
perles apportes  la reine Jing par la desse de l'Ocan sortie de son
palais du Dragon: des perles qui avaient le pouvoir de faire baisser la
mare et qui lui ont permis de s'emparer de la Core.

Une srie de quatre planches intitule: QUATRE NATURES, parmi lesquelles
un dessin de corbeau d'un grand caractre.

Et comme cette anne o au bout de dix ans est revenu le cheval dans
le calendrier japonais, ce retour a incit Hokousa  faire une de ses
sries les plus parfaites. Cette srie en l'honneur du cheval, o dans
l'association des bibelots les plus divers, un objet comme un mors, une
selle, rappelle le cheval, porte la marque d'une petite gourde imprime en
rouge. Et ce rappel du cheval va jusqu' faire reprsenter  Hokousa la
rue des triers o l'on vend des images, le quai des curies o, sauf le
nom, le cheval n'a rien  faire.


                                   1823.

Une srie d'acteurs de cinq planches, d'acteurs  l'imitation de Toyokouni,
et qu'Hokousa signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika faisant la
singerie d'imiter les autres_.


                                   1825.

Deux grues au bord de la mer.


                                   1826.

La princesse Tamamo-no-mah, le renard  neuf queues mtamorphos en femme
et dont les neuf queues sont figures par le gaufrage de l'impression dans
la trane de sa robe.


                                   1829.

Une femme  cheval sur un boeuf.


                                   1835.

Un pcheur au bord de la mer, la pipette  la bouche, une ligne entre
ses jambes croises l'une sur l'autre. Hayashi, dans ce vieillard chauve,
au nez retrouss,  la bouche railleuse,  la physionomie d'un Kalmouck
ironique, serait dispos  voir un portrait d'Hokousa. Et il serait amen
 cette hypothse par la lgende de la planche, qui est celle-ci: _Quelle
nouvelle chose que de voir pousser la jeune marie_ (le nom d'une espce
de salade de l-bas) _dans le sable de la plage!_ Or, cette impression
en couleur est faite pour le Jour de l'An de l'anne qui a suivi celle
o l'on verra que Hokousa est parvenu  arrter les fredaines de son
petit-fils et  le marier, et dans ce mot  double sens il exprimerait la
joie que lui a cause l'entre dans la maison de la jeune marie de son
petit-fils.




                                   XXXIX


 propos de ce portrait hypothtique d'Hokousa, avouons l'incertitude
o l'on se trouve relativement  un portrait bien authentique du Matre.
Le portrait d'Hokousa, en compagnie du romancier Bakin, donn dans le
catalogue Burty, d'aprs une estampe de Kouniyoshi, n'est pas plus un
portrait que le croquis le reprsentant agenouill, offrant  l'diteur
son petit livre jaune de LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU OU DE LA CUISINE
AU HASARD.

On n'aurait du grand artiste ni un portrait de sa jeunesse, ni un portrait
de son ge mr; il n'existerait que le portrait donn par la biographie
japonaise de I-ijima Hanjr, un portrait de sa vieillesse conserv dans
la famille et qui aurait t peint par sa fille Oyi, qui signe Ohi.

C'est un front sillonn de rides profondes; des yeux  la patte d'oie, aux
poches de dessous tumfies et o il y a, en leur demi-fermeture, comme un
peu de cette bue que les sculpteurs de ntzks mettent dans le regard de
leurs asctes; c'est un grand nez dcharn; c'est une bouche dmeuble 
la rentre sous le pli de la joue; c'est le menton carr d'une volont
rsolue, attach au cou par des fanons. Et,  travers la coloration de
l'image qui imite assez bien le ton d'une vieille chair, ce sont les
blancheurs anmies des poches des yeux, de l'entour de la bouche, des
lobes de l'oreille.

Ce qui vous frappe dans cette tte d'homme de gnie, c'est la longueur du
visage, des sourcils au menton, et le peu d'lvation et la fuite cabosse
du crne,--un crne qui n'est pas du tout europen, avec sur les tempes de
rares petits cheveux ressemblant aux herbettes de ses paysages.

Un autre portrait d'Hokousa, dont un fac-simil a t galement publi
dans le _Katsoushika dn_, nous le reprsente vers l'ge de 80 ans, prs
d'un pot  pisser, accroupi sous une couverture, laissant voir un bout de
profil d'une vieille tte branlante et que dpassent des jambes ayant la
maigreur de jambes de phtisique. Et voici quelle serait l'origine de ce
portrait. L'diteur Souzamb ayant command  Hokousa l'illustration
des CENT POTES, l'artiste, avant de commencer son travail, envoyait un
spcimen,  l'effet de dterminer le format de la publication et, sur ce
spcimen, son pinceau jetait ce _portrait-charge_.




                                    XL


En 1833 Hokousa publie _Tshisn Yhon_, LES POSIES (de la dynastie)
DES THANG.

La premire srie, dite en cinq volumes, comprend les posies chinoises,
en cinq caractres chinois par ligne, littralement cinq mots.

La seconde srie, dite galement en cinq volumes, et parue en 1836,
contient le recueil des posies en sept mots par ligne.

Un sujet d'tonnement pour les Chinois, c'est l'exactitude avec laquelle
Hokousa, qui n'a jamais t en Chine, s'est assimil le costume, le port
du corps, le caractre de la tte des habitants du Cleste Empire.

Ces dix volumes contiennent des dessins du meilleur temps d'Hokousa:
ainsi la femme chinoise dans le somptueux luxe de ses robes; ainsi une
carpe panache monumentale, qui a la puissance et la solidit d'un dessin
fait d'aprs une sculpture; ainsi un amusant croquis de trois ivresses:
l'ivresse de l'ivrogne qui rit, l'ivresse de l'ivrogne qui se fche,
l'ivresse de l'ivrogne qui pleure.

Mais peut-tre, parmi ces dessins, les plus russis, ce sont des croquis
rendant, d'une manire fidle, l'admiration de la nature chez ces peuples
de l'Orient: des renversements, la tte en arrire, d'hommes couchs,
appuys sur leurs coudes; des rveries en face de paysages, d'hommes
debout, les mains dans les manches de leurs bras, derrire le dos.

Parmi ces planches admiratives, il est une vue de dos d'un homme, appuy
sur la traverse d'une baie qui donne sur un lac, disant toute la
jouissance intrieure de cet amoureux de la nature.




                                   XLI


En 1834[19] Hokousa illustre le _Yhon Tchki_, DEVOIRS ENVERS LE MATRE,
texte chinois avec commentaires de Ranzan.

    [Note 19:  la date prsume de cette anne, auraient paru en feuilles
    spares:

    Une srie d'crans, avec le titre dans un mdaillon.

    Une srie intitule _Skkei-Kiran_, VUES PITTORESQUES DES PAYSAGES
    DISTINGUS, srie tire en bleu clair, o se rencontre une curieuse
    vue d'un bain public sur une route.

    Une srie intitule _Shkei Stsou guekkura_, VUES DISTINGUES DE LA
    NEIGE, DE LA LUNE, DES FLEURS. Srie probablement de 9 feuilles en
    largeur, dont 3 pour la Neige, 3 pour la Lune, 3 pour les Fleurs.
    Jolie coloration. Srie, qui aurait t prcde deux ans avant, en
    1832, de Ruiki Hakkei, runion de huit paysages, d'une facture un peu
    maigriote.]

Un volume de morale, tout rempli d'exemples d'hrosme et d'abngation,
et o une planche reprsentant des courtisans saluant un roi donne une
ide du respect des fronts et des chines courbs, en cette patrie de la
vnration.

Les gravures,  l'incision  la fois trs douce et trs nette, sont de
Souguita Kisouk.

En 1834 Hokousa illustre le _Yhon Kki_, LA PIT FILIALE, un ancien
trait de morale chinoise entr dans l'ducation japonaise: un trait
publi en deux volumes, avec texte chinois et japonais.

La premire planche portraiture Confucius, la seconde son disciple
bien-aim Sshi.

Une planche curieuse, c'est la figuration des quatre classes du Japon
reprsentes par un membre de la premire classe, un guerrier en train
de lire un livre pos sur un pupitre;--un membre de la seconde classe,
un paysan, en train de lire un livre attach  sa bche;--un membre de
la troisime classe, un ouvrier, un graveur, faisant sauter  coups de
maillet des morceaux de bois d'une planche qu'il entaille;--un membre
de la quatrime classe, un marchand, un libraire faisant ses comptes.

Puis, un peu  la diable  travers l'illustration, ce sont des tireurs,
des jongleurs, des danseuses, au milieu desquelles se trouve, comme
dernire planche, une composition tout  fait amusante: une grande lettre
ayant l'air d'un monument de pierre et en forme d'une croix  double
branche sur laquelle sont monts, grimps, accrochs, un tas de petits
bonshommes qui, dans toutes les attitudes, la nettoient, la grattent, la
brossent, l'inondent de l'eau d'une pompe.

Cette grande lettre, c'est le caractre signifiant la pit, et ce
nettoyage veut dire qu'on doit _nettoyer sa pit_, ainsi que nous disons
chez nous qu'il faut garder sa conscience pure.




                                    XLII


En 1834 parat le premier livre des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, _Fougakou
Hiakkei_, un premier livre suivi d'un second, d'un troisime volume et o
Hokousa a apport dans ses dessins une science, un art, une observation
humoristique tout  fait suprieure, et dont les gravures, excutes par
Ygawa, le graveur prfr par Hokousa, sont de petits chefs-d'oeuvre.

Cette clbration par l'illustration du grand artiste de la montagne
vnre du Japon, de la montagne aux 12 450 pieds, n'est pas tant une
reprsentation des ascensions qui ont lieu, chaque anne, pendant les
grandes chaleurs, que cent fois la montre de la montagne, vue de Ydo, et
des campagnes au nord, au sud,  l'est,  l'ouest du Fouzi-yama.

La premire planche est la figuration de la desse du Japon,
Konohana-Sakouya-him (_princesse de la fleur panouie_), la divinit du
Fouzi-yama: dessine sa noire chevelure pandue dans le dos et tenant
d'une main un miroir, de l'autre une branche d'arbuste, dans une ample
robe dont les cassures font  ses pieds comme des vagues.

La seconde planche nous fait voir des groupes de Japonais accroupis ou
agenouills, se montrant dans la stupfaction la grande montagne, l o il
n'y en avait pas: planche faisant allusion au jaillissement de la montagne
sous l'empereur Krei (285 ans avant Jsus-Christ), au moment o,  cent
lieues de l, se creusait le lac Biwa.

Dans la troisime planche, c'est le premier ascensionniste de la montagne,
le prtre bouddhique Yennoguija, tenant contre un bras le bton  la
poigne noire, ayant l'autre enlac dans un chapelet, et reprsent dans
les nuages du sommet de la montagne.

Et commencent les planches de la premire srie. Dans celle-ci, la monte
en une gorge troite d'une arme de plerins dont on ne voit que les
grands chapeaux de jonc, portant deux caractres signifiant Fouzi et, dans
celle-l, leur descente vertigineuse sur les grands btons en une
dgringolade mouvemente.

C'est suivi d'une planche reprsentant, avec une furia extraordinaire, une
ruption de 1707 semblable  l'explosion d'une mine, et jetant dans le
noir du ciel des poutres, des tonneaux, des cadavres briss.

Cette ruption qui a fait pousser sur la droite du Fouzi-yama un petit
mamelon, amne une planche caricaturale o un Japonais explique  un
Japonais, afflig d'une norme loupe  la joue, qu'il est arriv  la
montagne ce qui est arriv  sa joue. Et cela est dit dans un groupe de
Japonais qui se tordent de rire.

Puis des planches o commence la reprsentation de vues actuelles: la vue
du Fouzi-yama vu dans le brouillard, une planche merveilleuse d'effet,
comparable  la planche du brouillard de Gakoutei. Et c'est la vue du
Fouzi-yama  travers le grle feuillage de saules pleureurs,--la vue du
Fouzi-yama, entrevue une fois du petit balcon existant sur le toit de
toutes les habitations de Ydo pour observer les incendies, entrevue au
milieu d'un ciel coup par les banderoles de la fte des toiles; entrevue,
une autre fois, d'une rue de Ydo, emplie de la promenade joyeuse des
Manza, un premier Jour de l'An;--la vue du Fouzi-yama, d'Ohmori, de la
baie de Ydo, au-dessus des roseaux de la Soumida;--la vue du Fouzi-yama,
d'une hutte de la campagne pour surveiller et loigner les oiseaux;--la
vue du Fouzi-yama, avec le coucher d'un soleil, au rayonnement remplissant
le ciel;--la vue du Fouzi-yama, parmi la floraison des cerisiers du
printemps sous lesquels,  la porte d'une maison de th, une Japonaise
fait de la musique au milieu d'une collation en plein air;--la vue du
Fouzi-yama,  travers les champs de riz de l'automne.

Dans le second volume, il est des compositions o des noirs rembranesques,
admirablement rendus par le graveur, en font des planches du plus grand
caractre. Ainsi, la navigation dans un de ces curieux bateaux primitifs
sur un lac de la province de Shinano, ainsi, l'ascension du dragon montant
au ciel pendant l'orage, ainsi la Vague avec, pour ainsi dire, les
griffes de sa crte, ainsi le faucon tripant un faisan, ainsi l'averse
avec un clair mettant son zigzag dans la nue qui va crever, ainsi le
Fouzi-yama dans la nuit, au-dessus d'un chien hurlant  la lune.

Et, opposes  ces planches de nuit et de pnombre, les jolies planches
de clart lumineuse, comme celle qui a pour titre: _Les trois blancs_;
le blanc du Fouzi-yama, le blanc d'une grue, le blanc de la neige sur les
sapins.

Et encore le paysage du dessous des grands bambous, le paysage des sept
ponts, le paysage maritime de Shimada-ga-hana aux pilotis pittoresques si
spirituellement croqus; enfin la planche curieuse o bien certainement
Hokousa s'est reprsent en train de peindre le Fouzi-yama, accroupi sur
un carton pendant que deux de ses compagnons ouvrent des caisses et qu'un
troisime fait chauffer du sak dans un chaudron accroch  trois bambous
nous dans le haut.

Et au milieu de ces paysages, de savantes tudes d'hommes et de femmes;
l'tude des bcherons attachs par le milieu du corps  des branches
d'arbres qu'ils coupent au-dessus de leurs ttes; l'tude de ces deux
Japonais dont l'un montre  l'autre par un chssis relev une vue du
Fouzi-yama, tude qui a pour titre: _La premire ide d'un kakmono_;
l'tude des plerins dans une des grottes du haut du Fouzi-yama servant
d'endroit  coucher pour l'ascension; l'tude du pote antique s'inspirant
devant la clbre montagne et assis sur un terrain  la vgtation de
fantaisie toute diffrente du rel paysage du fond; l'tude puissante de
Nitta tuant le sanglier monstre; enfin l'tude charmante de ce Japonais
fatigu de la lecture, regardant, la tte renverse entre l'tirement de
ses deux bras, la reposante montagne.

Et toutes ces reprsentations vous donnant  voir, dans chaque planche, le
Fouzi-yama de tous les cts, et  travers des filets, des grillages, une
toile d'araigne, et non seulement dans son altitude droite, mais encore
dans le renversement de cette altitude. Ainsi, dans le premier volume, une
planche le montre, la tte en bas dans les eaux d'un lac o une troupe
d'oies sauvages est en train de prendre son vol. Dans ce second volume,
ce renversement a fourni  l'imagination du peintre un motif tout  fait
joli. Un Japonais qui va boire une coupe d'eau s'arrte un moment tonn
et charm devant le microscopique cne de la montagne reflt dans l'eau
qu'il porte  ses lvres.

La premire planche du troisime volume, c'est la lutte corps  corps, au
IIe sicle, des deux guerriers, Kawazou et Matano, en vue du Fouzi-yama.
Et tout le volume continue  tre la reprsentation de la montagne, 
l'aube, par la pluie, par la brume, par la tombe de la neige, et vue de
la grande cascade, et vue d'un monument sinthoste o jaillit du creux
d'un arbre l'eau pour la purification de la prire, et vue de
l'observatoire de Ydo, et vue enfin, de la Core.

Et dans ces planches: le beau dessin d'un cerf bramant; le dessin
mouvement de la cavalcade de l'ambassade corenne apportant son tribut;
le dessin curieux de ces deux gigantesques sapins de la province Yashi
se rejoignant dans le ciel, et sur la tte desquels, par la neige, se fait
un chemin parcouru par des voyageurs trouvant au milieu de la route une
auberge; et la dernire planche, comme le dit l'inscription en tte:
c'est le _Fouzi-yama fait d'un seul coup de pinceau_.

Le premier volume de la premire dition appele l'dition  _la plume de
faucon_, par suite de la reprsentation d'une plume de cet oiseau sur la
couverture, dition rare, a paru en 1834, le second volume en 1835. De
cette dition on ne connat pas le troisime volume.

Cette premire dition tait tire en noir, mais peu de temps aprs
paraissait une dition alors compose des trois volumes o le tirage en
noir tait teint d'une teinte bleutre dont le lger azurement sur le
papier crme du Japon fait le passage le plus harmonique des blancs aux
noirs des gravures.

Les deux ditions sont signes: _la Vieillard fou de dessin, prcdemment
Hokousa-I-itsou g de 75 ans_.




                                  XLIII


Vers la fin de 1834 de graves ennuis tombrent dans la vie du vieux
peintre. Hokousa avait mari sa fille Omiyo, qu'il avait eue de sa
premire femme, avec le peintre Yanagawa Shighnobou. Du mariage naquit un
vrai vaurien dont les escroqueries toujours payes par Hokousa furent une
des causes de sa misre pendant ses dernires annes. Mme peut-tre, par
suite d'engagements pris par le grand-pre pour empcher son petit-fils
d'aller en prison, engagements qu'il ne put tenir, il se trouva oblig de
quitter Ydo en cachette, de se rfugier  plus de trente lieues de l en
la province Sagami, dans la ville d'Ouraga, cachant son nom d'artiste sous
le nom vulgaire de _Miouraya Hatiymon_, et mme de retour  Ydo, n'osant,
dans les premiers temps, donner son adresse et se faisant demander sous
la dnomination du prtre-peintre emmnag dans la cour du temple Mei--in,
au milieu d'un petit bois.

Cet exil, qui dura de 1834  1839, nous a valu la publication de quelques
lettres intressantes du peintre  ses diteurs. Ces quelques lettres
nous font entrer dans les tribulations causes au vieil homme par les
coquineries de son petit-fils, nous peignent le dnuement de ce grand
artiste se plaignant, par un rude hiver de n'avoir qu'une seule robe pour
tenir chaud  son corps de septuagnaire, nous dvoilent ses tentatives
d'attendrissement des diteurs par la mlancolique exposition de ses
misres illustre de gentils croquetons, dvoilent quelques-unes de ses
ides sur la traduction de ses dessins par la gravure, nous initient  la
langue trivialement image avec laquelle il arrivait  faire comprendre
aux ouvriers chargs du tirage de ses impressions, le moyen d'obtenir des
tirages artistiques.

En 1834 Hokousa adresse cette lettre  ses trois diteurs, Kobayashi,
Hanabousa et Kakoumarouya:

_tant en voyage, je n'ai pas le temps de vous crire sparment, et vous
adresse  vous trois cette seule lettre que je vous prierai de lire tour
 tour. Je ne doute pas que vous voudrez bien accorder au vieillard les
demandes qu'il vous adresse, et j'espre que dans vos familles vous vous
portez tous bien. Quant  votre vieillard, il est toujours le mme, la
force de son pinceau continue  augmenter et  faire, plus que jamais,
diligence. Quand il aura cent ans, il entrera dans le nombre des vrais
dessinateurs_.

Alors le vieux peintre signe longuement: _l'ancien Hokousa_,
_le vieillard fou de dessin_, _le prtre mendiant_, et sa lettre est pour
ainsi dire tout entire dans ce post-scriptum:

    Pour le livre des GUERRIERS (sans doute le _Yhon Sakigak_, imprim
    et grav par Ygawa), je vous prie, vous trois, de le donner  Ygawa
    Tomkiti. Quant au prix, vous vous arrangerez directement avec lui.
    La raison pour laquelle je tiens absolument que la gravure soit de
    Ygawa, c'est que, soit la Mangwa, soit les Posies, certes les deux
    ouvrages sont bien gravs, mais ils sont loin d'avoir la perfection
    des trois volumes du Fouzi-Yama, gravs par lui. Or, si mon dessin est
    grav par un bon graveur, a m'encourage  travailler et, si le livre
    est russi, c'est aussi  votre avantage, parce qu'il vous rapporte
    plus de bnfices. De ce que je vous recommande si chaudement Ygawa,
    n'allez pas croire que c'est pour toucher une commission: ce que
    je recherche, c'est la nettet de l'excution, et ce serait une
    satisfaction que vous donneriez au pauvre vieillard qui n'a plus bien
    loin  aller. (_Ici le peintre se dessine, sous l'aspect d'un vieillard
    marchant appuy sur deux pinceaux au lieu de bquilles_.) Quant 
    l'HISTOIRE DE AKYAMOUNI (publie en 1839), Souzanb m'a promis de la
    faire graver par Yyawa, et j'ai dessin en me basant sur ce choix:
    le tournant des cheveux chez les Indiens tant trs difficile  graver,
    et mme la forme des corps, et il n'y a absolument que Ygawa qui
    puisse excuter ce travail.

    Hanabousa, lors de sa visite, il y a dj quelque temps, m'a dit,
    en me commandant les GUERRIERS, qu'il ne me laisserait plus dans
    l'inoccupation, et je lui rappelle sa bonne parole.

    Vous avez command  ma fille une illustration des CENT POTES, mais
    j'aime mieux dessiner ce livre, que j'entreprendrai moi-mme aprs
    avoir fini les GUERRIERS. Pour le prix, nous nous entendrons, tant
    par pote, mais n'est-ce pas? il est convenu d'avance que ce sera
    Yegawa qui gravera le livre.

Et la lettre se termine par un croqueton o il salue ses diteurs.

Une autre lettre d'Hokousa, adresse  l'diteur Kobayashi, et qui serait
date du dixime mois de l'anne 1835:

    Je suis rest sans vous demander de vos nouvelles, mais je suis
    heureux de savoir que vous tes en bonne sant. Quant  moi, j'ai vu
    le dlinquant, l'incorrigible qui va retomber sur moi. Et depuis il
    m'a fallu runir des conseils d'amis et de famille; enfin j'ai
    trouv un rpondant (_quelqu'un qui a pris la responsabilit de le
    surveiller_). Nous allons lui faire tenir une boutique de poissons,
    et nous lui avons aussi trouv une femme qui va arriver ici dans deux
    ou trois jours. Mais tout cela est toujours  mes frais. C'est par ces
    empchements que je suis en retard, pour dessiner le SOUKODN et
    TSHISN (les posies des Thang), dont j'ai commenc seulement les
    esquisses; je vous enverrai cependant, quelques dessins, et dans ce
    cas-l je compte sur... _Ici, le peintre dessine une main tenant une
    pice d'argent_.

Une autre lettre sans date, adresse  l'diteur Kobayashi:

    Dans les tons clairs de l'encre de Chine, je supprime toutes les
    dgradations. Car, si a va tout seul au bout du pinceau, pour le
    peintre, l'ouvrier tireur des planches peut  peine faire deux cents
    exemplaires dgrads: au del de ce nombre c'est impossible sur le
    mme bois. Et pour ce ton de l'encre claire, faites-le le plus clair
    possible: la tendance au fonc rendant le tirage dsagrable  l'oeil.
    Dites  l'ouvrier que le ton de l'encre claire doit tre de mme que
    la soupe aux coquilles c'est--dire claire comme tout. Maintenant,
    pour le ton de l'encre demi-fonce, si on tire trop clair, a te de
    la puissance  la teinte et c'est le cas de dire  l'ouvrier tireur
    que la teinte demi-fonce doit avoir une tendance paisse, un peu
    semblable  la soupe aux haricots. En tout cas, j'examinerai les
    essais mais, ds  prsent je recommande ces dtails parce que je veux
    arriver  avoir une bonne cuisine de mes dessins.

Une dernire lettre d'Hokousa, crite au commencement de l'anne 1836, et
adresse  l'diteur Kobayashi d'Ouraga. Cette lettre, crite  propos du
Jour de l'An, a en tte un croqueton o le peintre en costume officiel,
entre deux branches de sapin, fait une grande rvrence.

    Il y a plusieurs portes o je dois exprimer mes souhaits du Jour de
    l'An, donc je reviendrai un autre jour, et au revoir, au revoir...
    Mais, en attendant, pour ce qui regarde les dessins  graver,
    adressez-vous pour les dtails  Ygawa, toutefois vous trouverez
    plus loin une recommandation pour les autres graveurs.

    Je vous remercie de vos prts frquents. Je pense qu'au commencement
    du second mois de l'anne je serai puis de papier, de couleurs, de
    pinceaux, et que je serai forc d'aller  Ydo, en personne, alors je
    vous rendrai visite en cachette et je vous donnerai, de vive voix,
    tous les dtails dont vous pouvez avoir besoin. Par cette rude saison,
    surtout dans mes voyages, que de choses dures, et entre autres, passer
    ce grand froid avec une seule robe,  mon ge de 76 ans. Je vous prie
    donc de songer aux tristes conditions dans lesquelles je me trouve;
    mais mon bras (_ici un croqueton de ce bras_) n'a nullement faibli,
    et je travaille avec acharnement. Mon seul plaisir c'est de devenir
    un habile artiste.

Ici, sa lettre finie, il la date du dix-septime mois, et se reprsente,
dans un croquis microscopique, saluant humblement entre son chapeau et son
dessin poss  terre.

Mais Hokousa aime les _post-scriptum_, et la lettre continue:

    Je recommande au graveur de ne pas ajouter la paupire en dessous
    quand je ne la dessine pas; pour les nez, ces deux nez sont miens
    (_ici le dessin d'un nez de profil et de face_) et ceux qu'on a
    l'habitude de graver sont des nez d'Outagawa que je n'aime pas du tout,
    et qui sont contraires aux rgles du dessin. Il est aussi de mode de
    dessiner les yeux ainsi (_et ce sont des dessins d'yeux avec un point
    noir au milieu_), mais je n'aime pas plus ces yeux que les nez.

Hokousa termine sa lettre par cette phrase: _Comme ma vie, dans ce moment,
n'est pas au grand jour, je ne vous cris pas ici mon adresse_.

Enfin une lettre de 1842, adresse aux diteurs Hanabousa Heikiti et
Hanabouza Bounz, aprs son retour  Ydo o il continue  se tenir cach:

    Je vous remercie mille fois de votre dernire visite amicale, et aussi
    de ne pas abandonner le vieillard, et encore de vos bonnes trennes.
    Depuis le printemps dernier, mon dbauch de petit-fils a eu une
    conduite dplorable, et j'ai d, tous les jours, m'occuper  nettoyer
    les suites de sa sale vie, et j'tais au moment de le mettre  la
    porte. Mais il s'est trouv, comme toujours, des personnages bien trop
    indulgents qui m'ont fait patienter jusqu'au jour d'une dernire et
    plus grosse faute. Toutefois, au commencement de cette anne, j'ai d
    le faire prendre par son pre Yanagawa Shighenobou et conduire dans la
    province de Montzou (_une province du Nord_) mais il est bien capable
    de s'tre chapp en route. En attendant, a me donne  respirer un
    peu. Voici les raisons qui m'ont empch d'aller vous remercier du
    livre de SOGA MONOGATARI (_livre ancien prt_). Ce nouvel an, je n'ai
    ni sou ni vtement, et j'arrive seulement  me nourrir tant bien que
    mal, ne voyant mon vrai nouvel an de cette anne qu'au milieu de son
    second mois.

    Au deuxime mois de l'anne dernire, quand Yeiboun est venu me voir,
    j'avais dj deux volumes termins du SOUIKO (_roman en 90 volumes
    commenc en 1807_), mais je n'ai pu avancer davantage. En somme, j'ai
    perdu une anne tout entire grce  mon coquin de petit-fils, et je
    regrette cette prcieuse anne perdue.

    Je garde longtemps votre SOGA MONOGATARI, mais je vous prierai de
    me laisser jusqu'au second mois, o je vous rendrai visite. Autre
    recommandation. Envoyez-moi, le plus tt possible, la soie pour peindre
    la desse Daghinitn (_la desse reprsente monte sur un renard_)
    car le temps passe rapide comme la flche, et vous m'avez demand que
    cette peinture vous soit livre dans le second mois.

    Si le texte de GWADN est prt, envoyez-le-moi, et quand vous
    m'enverrez la soie, joignez-y le prix de l'illustration des deux
    volumes de GWADN. Quand vous viendrez, ne demandez pas Hokousa, on
    ne saurait pas vous rpondre, demandez le prtre qui dessine et qui
    est emmnag rcemment dans le btiment au propritaire Gorobei,
    dans la cour du Temple Mei--in, au milieu du buisson (_petit bois
    d'Asakousa_).




                                    XLIV


Tant de reprsentations de combats, de luttes corps  corps, de duels
hroques parpills dans tout l'oeuvre d'Hokousa, racontant le pass
militaire du Japon, ne satisfaisaient pas le matre. Sur la fin de sa vie,
il voulut des albums particuliers consacrs tout entiers  ces hommes de
guerre  la fois terribles et doux, dont les ANNALES DU JAPON nous
dcrivent le type dans ce portrait de Tamoura-maro:

C'tait un homme trs bien fait; il avait 5 pieds 8 pouces de haut, sa
poitrine tait large de 1 pied 2 pouces. Il avait les yeux comme un faucon
et la barbe couleur d'or. Quand il tait en colre, il effrayait les
oiseaux et les animaux par ses regards; mais, lorsqu'il badinait, les
enfants et les femmes riaient avec lui.

Oui, Hokousa voulut dessiner des albums montrant uniquement ces guerriers
arms de sabres au dire des lgendes coupant des boeufs en deux, sous des
masques de mtal, dans des cuirasses, des paulires, des brassards, des
gantelets, des jambires, comme fabriqus sur le moulage du corps et que
l'acier le plus souple uni  la soie la plus rsistante--et plus tard
les pices articules, sortant de l'atelier de la famille Mitchin,
--enfermaient dans un vtement de fer laissant aux membres toute la
libert des mouvements que jamais ne donna l'armure moyenageuse de
l'Europe.

Donc en 1835 Hokousa publia un premier album, bientt suivi de deux
autres, o la mythologie guerrire se mle  l'histoire batailleuse
des premires dynasties de la Chine et du Japon. Ce premier album a
pour titre: _Wakan Homar_, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON, et
devrait avoir en tte la curieuse prface que Hokousa a crite pour
l'ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODN, et que voici:

    Je trouve que dans toutes les reprsentations japonaises ou chinoises
    de la guerre, il manque la force, le mouvement, qui sont les caractres
    essentiels de ces reprsentations. Attrist de cette imperfection je
    me suis brl  y remdier et  y apporter ce qui manquait... Il y a
    indubitablement dans mes dessins des dfauts, des excs, mais tout de
    mme mes lves veulent s'en servir comme modles.

Sur la premire page des GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON est un Mars
bouddhique, aux cheveux droits sur la tte, aux sourcils et aux moustaches
colreusement retrousss, se dtachant d'un grand nimbe dans son armure
ornementale.

Puis se succdent les gravures d'Isanaghi, le premier homme de la terre du
Japon tuant Kagoutsouti, le mauvais gnie de la contre; de Foumeitchja,
mettant en fuite le renard  neuf queues; du soldat Sadayo, tout perc de
flches et mourant en enfonant des deux mains son sabre dans le corps
d'un ennemi tendu sous lui; du Dieu du tonnerre s'humiliant devant la
hache monstrueuse de Kintoki; de Yorimitsou, qui vient de trancher la tte
du gant de la montagne de Ohyyama: tte qui est en train de retomber
et d'aller se ficher sur les cornes du casque du jeune guerrier; de
l'intrpide explorateur qui entra le premier dans la grotte du Fouzi-yama
et que l'on voit la parcourir la torche  la main; du cavalier Ogouri
Hangwan, faisant assembler les quatre pieds de son cheval sur la tablette
d'un troit jeu de _go_; du gnral Yoshisada demandant au gnie de
l'Ocan, dans la logette faite par la courbe d'une vague, demandant de
retirer la mare pour laisser passer son arme.

Sur la dernire page se voit un peintre qui lve en l'air, d'une seule
main, une masse ficele de rouleaux de sapques au bout desquels est fich
son pinceau--une allusion d'Hokousa, je crois bien,  la force qu'il
dpense dans ses dessins.


L'anne suivante, en 1836, un jour de printemps... mais coutez Hokousa
lui-mme: _Pendant que je profitais d'un beau jour de printemps, dans
cette anne de tranquillit, pour me chauffer au soleil, j'eus la visite
de Souzambo_ (son diteur), _qui venait me demander de faire quelque chose
pour lui. Alors j'ai pens qu'il ne fallait pas oublier la gloire des
armes, surtout quand on vivait en paix et, malgr mon ge qui a dpass
soixante-dix ans, j'ai ramass du courage pour dessiner les anciens
hros qui ont t des modles de gloire_.

Le livre pour lequel Hokousa ramasse sa vieille nergie s'appelle
_Yhon Sakigak_, LES HROS.

Et tour  tour dfilent l'Hercule mythologique Tatikarao-no-mikoto,
portant un rocher sur sa tte; le premier Empereur du Japon regardant son
hritier dormant entour d'un norme dragon; le ministre Moriya, battant
un prtre bouddhique, aprs avoir jet  terre la table et les crits
religieux qu'elle portait; le guerrier Hira-no-Hsh tuant l'araigne
monstre ressemblant  une norme pieuvre; le guerrier Shki en train
d'trangler un diable; le mangeur d'enfants Mashukoub, tenant par les
pieds un enfant dont il ouvre le ventre au-dessus d'une marmite qui
recueille le sang; le guerrier Bnkei portant une cloche au haut de la
montagne Ishiyama; la divinit bouddhique Foud, symbolisant la fermet de
la conviction que ne peuvent branler ni le feu ni l'eau o son corps est
 la fois plong; la guerrire Hangakou qui crase un guerrier sous un
tronc d'arbre.

Une suite des HROS parat, la mme anne, 1836, sous le titre de: _Yhon
Mousashi Aboumi_; LES TRIERS DU SOLDAT, une suite o l'effort d'Hokousa
est d'tudier l'armure sur le corps du guerrier et de montrer la vie, le
mouvement, communiqus  cet habit de fer par l'attaque et la dfense de
la vie: conqute que se vantait d'avoir faite Hokousa dans le dessin.

Et rien, dans les TRIERS DU SOLDAT, que des hommes et des femmes sous
l'armure. C'est l'impratrice Jing, une tte coupe  ses pieds, en train
de tendre son formidable arc; c'est le prince Yamatodak qui vient de tuer
le chef ennemi sous un dguisement de femme; c'est un gnral japonais
bless par une flche qui est  ses pieds, et qui envoie dans le camp
ennemi,  celui qui l'a bless, un colossal _ta_ et une cruche
monumentale de sak: un acte de courtoisie militaire trs commune en
ces temps; et ce sont des combats o, sous le harnachement de fer des
cavaliers, se cabrent des chevaux hirsutes et chevels, aux yeux de feu,
 la robe toute noire, pareils  des coursiers de l'rbe.

 ces planches consacres  la guerre il faudrait encore ajouter cinq
feuilles de guerrier sur fond bleu, avec des verts, des rouges, des jaunes
un peu criards, sur les armures.

    Kamakoura Gongoro tuant Torino-oumi Yasabr.
    Watanab-no-Tsouna tuant Ynokouma ayemon.
    Kousounoki Tamomarou se battant avec Yaono Bett.
    Ohtomono Soukoun arrtant Ohtomono Mahtori.
    Onikojima Yatar disputant une cloche avec Sah-in.




                                     XLV


En 1835 Hokousa illustrait le _Yhon Snjimon_, MILLE LETTRES ILLUSTRES,
un ancien ouvrage chinois entr dans l'ducation japonaise et dont la
traduction japonaise est donne en regard du texte chinois.

Deux espces de jolis culs-de-lampe: des enfants, dont l'un est sur le dos
de sa mre, en contemplation devant les ombres chinoises d'une lanterne,
et deux enfants entrevus sur une barque  moiti cache par les nnuphars
d'un tang. A ct de ces culs-de-lampe, un beau dessin reprsente la
veuve de Kousounoki Masashigh, levant en l'air le rouleau o est le
testament de son mari et arrtant son fils au moment o il va se tuer.

En 1837, dans le _Nikk sanshi_, GUIDE DE NIKK, la montagne o sont
enterrs les premiers shgouns de Tokougawa, un recueil de 5 volumes dont
l'illustration est due  la collaboration de plusieurs artistes, Hokousa
publie deux paysages d'aprs la cascade de Ridzou (tte de dragon): deux
grandes planches, o la fuse blanche de l'armature des arbres se dtache,
d'une manire remarquable, sur le noir de la feuille.




                                     XLVI


Tous les arts descendant du dessin, Hokousa veut que son imagination
aille  ces arts, que son pinceau y touche, que sa main en donne des
modles. C'est ainsi qu'en 1836, le vieux peintre qui signe: _le vieillard
fou de dessin_, publie le _Shin-Hinagata_, NOUVEAUX MODLES DE DESSINS
D'ARCHITECTURE, et crit en tte cette prface:

    Depuis l'antiquit, l'homme a copi la forme des choses: ainsi dans le
    ciel il a pris le soleil, la lune et les toiles, et sur la terre les
    montagnes, les arbres, les poissons, et puis les maisons, les champs;
    et ces images simplifies, modifies, dnatures, sont devenues les
    caractres de l'criture. Mais celui qui se fait appeler un dessinateur
    doit respecter la forme originale des choses, et, ce dessinateur,
    quand il dessine les maisons, les palais, les temples, il est de toute
    ncessit qu'il sache comment les charpentes sont agences.

    Il existait un ouvrage fait par un architecte, sous ce titre: LES
    MODLES DE L'ARCHITECTURE, mon diteur m'a demand de dessiner le
    second volume. Le premier a t fait par un homme du mtier, avec des
    donnes techniques. Moi, ce que j'ai fait dans ce volume est plutt
    du domaine de l'art; toutefois si, grce  mon enseignement, les jeunes
    dessinateurs arrivent  ne pas faire un chat  la place d'un tigre,
    un tombi  la place d'un faucon, quoique mon travail ne soit qu'un
    caillou  ct d'une montagne, je serai glorieux de ce rsultat
    devant la postrit.

Et,  l'appui de la prface, aprs la reprsentation du fil  plomb,
ce sont des modles de constructions en bois  la lgre et lgante
menuiserie; ce sont des terrasses aux balcons compltement ajours, aux
escaliers ariens; ce sont des toits aux souplesses courbes d'une toile de
tente, avec de jolis auvents de bambous; ce sont des modles de cloches
pour bonzeries, au bronze sillonn de dragons fantastiques de la mer; ce
sont de riches frontons forms de deux normes _ta_ et affronts; ce sont
des ponts de cordage passant au-dessus des arbres; ce sont des lanternes
de jardin faites de la pyramide de trois enfants japonais monts l'un sur
l'autre; ce sont les dveloppements d'un temple bouddhique dans toute sa
hauteur:--dessins prcds de la figuration, en son riche et nobiliaire
costume, de l'architecte officiel du palais imprial et des charpentiers
travaillant sous ses ordres. Le volume grav par Ygawa, l'habile
graveur des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, eut une seconde dition, faite
postrieurement et teinte de rose. A la fin de l'dition en noir
l'diteur annonait la publication de trois volumes qui devaient suivre et
qui n'ont pas paru.

Dtail curieux, le professeur d'architecture d'Hokousa fut un des lves
de son atelier, nomm Hokou-oun, qui s'assimila tellement la manire de
son matre qu'il publia une MANGWA o des pages de croquis seraient
donnes par les plus fins connaisseurs  Hokousa.


Mais ce n'a pas t seulement de la forme et du contour de l'habitation
qu'a t proccupe la pense artistique d'Hokousa, il a donn des heures
de son pinceau  la dcoration des objets de la vie intime de son temps,
cherchant  faire, ainsi que cela a t dans notre socit du moyen ge,
un objet d'art de tout objet servant  la vie usuelle, et sur la pipe et
le peigne, ces deux choses o les Japonais ont dpens les plus jolies
imaginations et associ  leur ornementation les plus belles et dlicates
matires, il a laiss deux merveilleux petits livres sous le titre: _Imay
Koushi Kisrou Hinagata_, MODLES DES PEIGNES ET DES PIPES  LA MODE
D'AUJOURD'HUI. Trois volumes, dont deux consacrs aux peignes, avaient
paru en 1822, et dont le troisime, consacr aux pipes, paraissait en 1823.

Le volume des peignes, qui a pour frontispice une Japonaise en train de
polir des peignes sur une meule, contient les plus varis et les plus
divers motifs d'ornementation de ce joli objet de toilette o la laque,
l'ivoire, la nacre, l'caille, les pierres dures, se mlent et se marient
pour le dcor.

Et le got dpens sur ces peignes! Ici, ce semis de ptales de fleurs,
l, cette jonche d'iris, l, cet enguirlandement par un volubilis, l, ce
couronnement par une fleur de nnuphar. Et des envoles  tire d'aile de
grues, et des nages de canards mandarins, et des batailles de moineaux. Et
encore, en leur petitesse minuscule, des coins de village, des plages, des
aspects du Fouzi-yama, des vues panoramiques aux grands horizons. Et enfin
des choses qu'aucun peuple n'a fait servir  la dcoration des objets
usuels et familiers, comme les cassures du charbon de terre, le treillis
d'une vannerie, le fouillis enchevtr de clous, les crtes des vagues,
les rayures de la pluie.

 la suite de la prface, Hokousa crit ces quelques lignes.

    La fabrication des objets change selon le temps. Des objets qui
    taient carrs, on les fait ronds et le monde trouve cela plus beau:
    a s'appelle la mode. Tous les objets sont soumis  cette modification,
     plus forte raison les peignes et autres objets de toilette servant
    aux femmes dont les caprices se plaisent au changement. Si je ne
    dessinais que pour la mode prsente, mes dessins ne seraient d'aucune
    utilit pour les fabricants de l'avenir; donc les dessins de ce petit
    volume ont t faits avec l'ide de crer un dcor pouvant s'appliquer
     des formes variables. Ainsi, si la mode exige que les peignes
    soient pais, les artistes devront augmenter le dessin pour couvrir
    l'paisseur. Dans le cas contraire, ils n'ont, ce qui leur sera plus
    facile, qu' simplifier le dessin. Donc j'ai tch de prvoir, autant
    que possible, ces variations.

Et il signe: _Prcdemment Hokousa Katsoushika I-itsou_.

Le volume des pipes a, pour frontispice, un Coren qui fume une pipe
interminable; et commence une suite de petits carrs o se trouve le motif
dessin de la ciselure entre un fourneau et un tuyau de pipe: motif en
gnral excut sur une pipe toute en argent, ou sur une pipe en bambou
avec des revtements partiels en argent, ou sur une pipe en bronze avec
des parties en ivoire. Et les motifs reprsentent tout un monde: un tigre,
un ascte, une cascade, un enfant enlevant un cerf-volant, un Hotei, des
chauves-souris, le porteur du bton aux morceaux de bambous pour battre le
th, une biche, une branche de sapin, un acrobate, un Darma, une assemble
de renards au clair de la lune, une grenouille, une mouche, des flammes,
des bulles de savon.


De ces volumes sur l'architecture, sur les peignes et les pipes, on
pourrait rapprocher le _Shingata Komon-tch_, ALBUM DE PETITS DESSINS POUR
NOUVEAUTS, publi en 1824.

Une srie de planches o l'ingnieuse combinaison de l'enlacement, de
l'entre-croisement, de l'enchevtrement de carrs, de ronds, de losanges,
fait le dcor de robes, et qui devait tre suivi d'un autre volume
consacr aux broderies qui n'a pas paru.

En tte de ce volume, la prface de Tanhiko dit: Les artistes qui
dessinent librement sont d'ordinaire maladroits avec le compas et la
rgle, et ceux qui font des dessins gomtriques ne savent pas dessiner
librement. Hokousa, lui, fait tout bien, et il arrive  faire avec sa
rgle et son compas, non pas seulement des dessins artistiques, mais
encore des dessins d'une invention infinie.




                                   XLVII


 la suite de trois mauvaises rcoltes du riz, pendant les annes 1836,
1837, 1838, l'anne 1839 fut une anne de disette pendant laquelle les
Japonais restreignant leurs dpenses n'achetaient plus d'images, et o les
diteurs se refusaient  faire les frais de publication d'un livre, d'une
planche spare. En cette grve des diteurs, Hokousa comptant sur la
popularit de son nom, eut l'ide de composer des albums _au bout de son
pinceau_, et il trouva  vivre  peu prs cette anne de la vente de ces
dessins originaux vendus sans doute trs bon march.

Un de ces albums, compos de douze dessins, existe dans la collection de
M. Hayashi. Un demi-quarteron de lavis rapides, au coloriage brutal, lavis
o, sous le barbouillage htif, se sent le matre, dans la silhouette des
tres et des choses. C'est Foukorokou droulant un makimono sur lequel une
tortue vient se promener, c'est le diable dguis en prtre faisant sa
prire. Et ce sont aussi bon nombre de motifs dj publis par lui, et
qu'il rpte sans pudeur: ainsi le hoche-queue sur un rocher, qui revient
si souvent dans ses dessins, ainsi le Japonais regardant s'envoler des
papillons, du _Shas-hin gwafou_.

L'album est sign: _Gwaki rjin manji_ (vieillard fou de dessin  l'ge
de 80 ans).




                                   XLVIII


En cette mauvaise anne pour l'art, Hokousa a cependant la chance
de trouver un diteur pour une grande srie de planches spares, et
cette date de 1839 est non seulement appuye par la signature _Manji,
prcdemment Hokousa_, mais certifie par une lettre d'Hokousa, date de
cette anne, o il est question de la commande de cette srie faite par
l'diteur Yeijud, lettre que Hayashi aurait eue entre les mains, au
Japon.

Cette srie renfermant une suite de paysages en largeur, tirs en couleur,
de la mme facture que les TRENTE-SIX VUES DU FOUGAKOU est intitule:
_Hiakounin isshu Ouwaga Ytoki_, LES CENT POSIES EXPLIQUES PAR LA
NOURRICE.

Des 100 planches, qui devaient former la collection, 27 seulement ont paru.


1. _Posie de l'empereur Tenti_.
      La rcolte du riz.

2. _Posie de l'impratrice Jit_.
      Un bord de rivire l't, avec lavage de linge.

3. _Posie de Kakinomoto-no-Histomaro_.
      La nuit auprs d'un feu allum, des pcheurs tirant un filet.

4. _Posie de Yamab-no Akahito_.
      Le n 4 manque.

5. _Posie de Saroumarou Duy_.
       l'automne, retour de paysans de la cueillette, leurs pelles
      fourchues sur l'paule. Au haut d'une montagne, un cerf bramant,
      qui fait songer aux paysans  l'attente de leurs femmes.

6. _Yakamoti_.
      Un bateau  la forme de gondole, sur une rivire baignant une ville
      btie sur un rocher.

7. _Abno Nakamaro_.
      La lune rappelant en Chine au pote japonais son pays.

9. _Onono Komati_.
      Paysanne en train de nettoyer une toffe sur une porte dtache de
      ses gonds.

11. _Sanghi Takamoura_.
      Pcheuses de coquilles, appeles _awabi_.

12. _Sj Henj_.
      Danseuse de temple, dansant la nuit, en grand costume, les cheveux
      pars, un ventail  la main. Le pote dans la posie, en tte de
      la planche, dit au vent d'empcher les nuages de couvrir la lune.

17. _Ariwarano Narihira_ (aux environs de Kit).
      Gens traversant un pont sur une rivire dont les eaux roulent la
      pourpre de nombreuses feuilles de momiji.

18. _Foujiwara Toshiyuki_.
      Btiment de commerce japonais.

19. _Iss_ (une potesse).
      Sur l'avance d'une petite terrasse, deux femmes regardant la
      campagne.

20. _Motoyoshino Shinn_.
      Un boeuf charg de roseaux, au milieu de promeneurs autour d'une
      baie.

24. _Kwank_.
      Voiture aux roues normes, ayant l'air d'un temple portatif et 
      laquelle est attel un boeuf: voiture dans laquelle, seul, le
      souverain peut monter.

26. _Teijink_.
      Noble visitant le temple d'Ogouroyama, clbre pour ses momiji.

28. _Minamoto-no-Mounyuki_.
      Chasseurs faisant du feu dans la neige.

32. _Haroumiti-no-Tsouraki_.
      Scieurs de bois au bord d'une rivire.

36. _Kiyowarano Foukayabou_.
      Bateaux de promenades  Ydo, au milieu desquels un bateau-restaurant
      va de l'un  l'autre.

37. _Boun-yano Asayasou_.
      Sur un bateau, de jeunes garons de la noblesse cueillant des pousses
      de lotus: un mets dont les Japonais sont trs friands.

36. _Sanghi Hitoshi_.
      Un damio, accompagn de serviteurs, parcourant la campagne.

46. _Ohnakatomi Norinobou_.
      Serviteurs japonais attendant leur matre  la porte d'un jardin
      imprial.

50. _Foujiwarano Yoshitaka_.
      tablissement de bains o l'on voit des femmes en peignoir sur une
      terrasse d'o sort un jet de vapeur d'eau chaude.

52. _Foujiwarano Mitinobou_.
      Porteurs de cago descendant une route.

68. _Sanj-no-in_.
      L'intrieur d'un temple sinthoste.

71. _Dainagon Tsounnobou_.
      Fontaine o des femmes remplissent des baquets.

97. _Gontnagon Sada-iy_.
      Au bord de la mer, un four  sel.


Enfin,  cette srie il y aurait encore  rattacher la srie ayant pour
titre: _Stsouguekkwa_, NEIGE, LUNE ET FLEURS, compose de trois planches.

1. _La neige de la Soumida  Ydo_.

2. _La lune de Yodogawa_ (nom de rivire) _ Ohsaka_.

3. _Les Fleurs de Yoshino_ (nom d'une montagne toute rose de ses arbres
      en fleurs) _aux environs de Kito_.




                                     XLIX


Oui, cette anne 1839 o Hokousa au bout de ces quatre ans d'exil passs
 Ouraga revient  Ydo, est une anne vraiment malheureuse: une anne
fatale pour l'artiste. A peine s'est-il log, tabli  nouveau dans le
quartier Honj, le quartier campagnard, affectionn par le peintre, qu'un
incendie brle sa maison, dtruit un grand nombre de ses dessins, et les
esquisses et les croquis qu'il a pris tous les jours de sa vie,--et de la
maison o brle son oeuvre le peintre n'emporte que son pinceau.




                                       L


De 1840  1849, l'anne de sa mort, Hokousa illustre _Wakan Inshitsoudn_,
TRADITIONS CHINOISES ET JAPONAISES SUR LES CONSQUENCES DE LA CONDUITE
INVISIBLE (sur les bonnes ou mauvaises actions secrtes, non connues), et
o le bien et le mal se trouvent rcompenss dans la personne des gens
bons ou mauvais ou dans leurs descendants. Dans ce petit livre, chaque
personnage, dont on rapporte un acte de la vie, a son nom imprim prs de
la reprsentation de cette action.

Peut-tre cette anne ou une des annes suivantes, Hokousa illustre le
_Yhon Onna Imagawa_, le LIVRE ILLUSTR DE L'DUCATION DES FEMMES.

Dans les environs de l'anne 1840, Hokousa publie encore quatre estampes
en hauteur reprsentant le travail en paille expos dans la cour du temple
d'Asakousa.

Ces planches reprsentent les douze signes du zodiaque, les deux guerriers
Kmi et Schs, une femme sur un lphant blanc, une cage de grues, une
arme d'une longueur de 23 mtres.

Vers le mme moment parat encore _Shimpan Dad Zoui_, NOUVELLES PLANCHES
DES DESSINS SUR LA VOIE PUBLIQUE, une srie de douze feuilles en largeur.

Une srie d'un mouvement diabolique: un dfil de plerins sous des
masques de Tngous, de garons de marchands de sak ayant trop got 
leurs marchandises, de marchands de savon faisant des bulles au bout d'un
chalumeau, de forgerons d'ancres, d'aveugles masseurs, de mendiants criant,
chantant, dansant en brandissant des crans, menant une bacchanale folle,
pileptique, bras et jambes en l'air, et qui serait la fin des tudiants
paresseux de l-bas.

Sous la mme date, on classe aussi _Tiynooumi_, L'OCAN D'IDES, une
srie rarissime.

En 1843 Hokousa publie le _Shoshin gwakan_, ALBUM DE DESSINS POUR LES
COMMENANTS, un album qui a une certaine parent par le faire avec le
_Shashin gwafou_.

Des dessins de premier coup, de la brutalit la plus savante, faisant
mpriser le joli et le fini du petit art.

D'abord un dessin comique d'Hotei, le dieu des enfants, s'ouvrant de ses
deux mains la bouche jusqu'aux oreilles, avec devant lui un petit Japonais
qui lui tire la langue.

Puis des riens du tout, comme des champignons, comme un morceau de bambou,
etc., etc., des merveilles d'un rendu comme produit par la fivre du
dessin.

Et, au milieu de ces croquis, le dessin du dialogue d'un ministre retir
des affaires et d'un pcheur o, dans l'pine dorsale et la gesticulation
gouailleuse des mains de ce pcheur, est donn comme l'accent de la phrase
qu'il jette au ministre dmissionnaire, disant qu'il a quitt le ministre
parce que le monde a l'esprit  l'envers: N'est-ce pas vous qui tes 
l'envers? Moi, quand la rivire est trouble, je me lave les pieds dedans
et, quand elle est claire, je la bois!

Les gravures de cette publication ont t republies plus tard en couleur,
en mauvaise couleur, sous le titre de _Hokousa Gwayn_, LE JARDIN DES
DESSINS d'HOKOUSA.

En 1847, deux ans avant la mort de l'artiste, parat _Rtsoujo
Hiakouninsh_, CENT PENSES DE CENT FIDLES FEMMES, dont les cent figures
sont de Toyokouni, mais dont les dix premires pages sont d'Hokousa.

Il semble qu'alors l'artiste, qui a 87 ans, redoute la responsabilit de
l'illustration d'un livre tout entier, et il se contente d'une espce
d'introduction dessine, faite par de petits croquis jets dans un trait,
mais des plus spirituels.

En 1848, c'est _Shga hiakounin sh_, LES CENT POTES, publication due 
la collaboration de Kouniyoshi, Shighnobou, Yeisn, mais dont les dix
premires pages sont d'Hokousa.

Une planche d'un beau sentiment: un Empereur exil, regardant
mlancoliquement du bord de la mer une vole d'oiseaux se dirigeant vers
son pays.

Cette mme anne 1848, Hokousa donne une grande planche en largeur,
reprsentant une opration topographique faite avec nos instruments
d'arpentage et qui a presque le caractre d'un dessin europen. Elle est
signe: _Manji rjin  l'ge de 89 ans_.

Au printemps de 1849, l'anne de la mort d Hokousa, c'est _Yokou yeiy
hiakounin sh_, CENT POSIES DE HROS, illustration due  plusieurs
artistes, et o Hokousa a encore dix feuilles de dessins dont la premire
est une planche de dtails d'armures.




                                    LI


En 1848, un an avant sa mort, Hokousa publie _Yhon Sashiki-tsou_,
LE TRAIT DU COLORIS, sur la couverture duquel on voit Dakokou droulant
un kakmono o sont gravs le titre du volume et le nom de l'auteur, et
o la premire planche reprsente, au-dessus d'un petit rapin japonais
prparant l'encre de Chine, le peintre dans une espce de danse de
Saint-Guy picturale, peignant un pinceau dans la bouche, un pinceau dans
chaque main, un pinceau dans chaque pied.

Le trait qui est rdig par Hokousa, sous le nom d'Hatiymon, mrite
d'tre traduit dans quelques-unes de ses parties. Il commence ainsi:

    L'ignorant Hatiymon dit: J'ai fait ce petit volume pour apprendre aux
    enfants qui aiment  dessiner la manire facile de colorier... publiant
    ce petit volume  bon march, dans l'espoir que tout le monde pourra
    l'acheter et donner  la jeunesse l'exprience de mes quatre-vingt-huit
    ans.

    Ds l'ge de six ans, j'ai commenc  dessiner, et pendant
    quatre-vingt-quatre ans j'ai travaill dans l'indpendance des coles,
    ma pense, tout le temps, tourne vers le dessin. Or donc, comme il
    m'est impossible de tout exprimer en un si petit espace, je voudrais
    seulement apprendre que le vermillon n'est pas la laque carmine,
    que l'indigo n'est pas le vert, et aussi apprendre, d'une faon
    gnrale, le maniement du rond, du carr, et des lignes droites ou
    courbes; et si j'arrive, un jour,  donner une suite  ce volume,
    je mettrai les enfants en tat de rendre la violence de l'Ocan,
    la fuite des rapides, la tranquillit des tangs, et chez les vivants
    de la terre, leur tat de faiblesse ou de force. En effet, il y a des
    oiseaux qui ne volent pas trs haut, des arbres  fleurs qui ne
    produisent pas de fruits, et toutes ces conditions de la vie autour
    de nous mritent d'tre tudies  fond, et si j'arrive  persuader
    les artistes de cette vrit, j'aurai le premier _tran ma canne_ sur
    le chemin[20].

    [Note 20: J'aurai le premier indiqu le chemin.]

Puis, c'est un tableau d'une cinquantaine de couleurs employes par
le matre, et  la page suivante, au-dessus de deux mains qui tiennent
un pinceau pench, dlayant de la couleur dans une soucoupe, ces
recommandations:

    Les couleurs ne doivent tre ni trop paisses, ni trop claires, et le
    pinceau doit se tenir couch; autrement il produit des malproprets;
    --l'eau du coloriage plutt claire que fonce, parce qu'elle durcirait
    le ton;--le contour jamais trop net, mais trs dgrad;--n'employer la
    couleur que lorsqu'elle a repos et qu'on a rejet la poussire monte
     la surface;--la couleur fondue avec le doigt, et jamais avec le
    pinceau; ne passer la couleur que sur les lignes noires de l'ombre,
    o seulement la couleur peut se superposer.

Et ce sont les couleurs spciales qu'il faut employer pour colorier les
animaux et les plantes, reprsents en noir dans les planches qui se
succdent,--pour colorier le hoho, le coq, l'aigle, les canards, les
poissons.

Le noir lui fait dire:

    Il y a le noir antique et le noir frais, le noir brillant et le noir
    mat, le noir  la lumire et le noir dans l'ombre. Pour le noir
    antique, il faut y mler du rouge; pour le noir frais, c'est du bleu;
    pour le noir mat, c'est du blanc; pour le noir brillant, c'est une
    adjonction de colle; pour le noir dans la lumire, il faut le reflter
    de gris.

 propos de fleurs, Hokousa nous rvle un curieux ton de l'aquarelle de
l-bas: c'est le _ton du sourire_. Mais coutez le vieux matre:

    Ce ton appel le ton du sourire, Wara-gouma, est employ sur la figure
    des femmes pour leur donner l'incarnat de la vie, et aussi employ pour
    le coloriage des fleurs. Pour le fabriquer ce ton, voici le moyen:
    il faut prendre du rouge minral, _shyn-ji_, fondre ce rouge dans
    de l'eau bouillante, et laisser reposer la dissolution: c'est un secret
    que les peintres ne communiquent pas.

Hokousa ajoute:

    Pour les fleurs, on mle gnralement de l'alun  cette dissolution:
    mais ce mlange brunit le ton. Moi, j'emploie bien aussi l'alun, mais
    d'une manire diffrente, due  mon exprience. Je le bats longtemps
    dans un godet et le tourne sur un feu trs doux jusqu' ce que le
    liquide soit dessch compltement. Cette matire ainsi obtenue, on
    la conserve  sec, pour s'en servir, en la mlangeant avec du blanc.
    Et pour obtenir ce blanc teint d'un soupon de rouge, j'tends le
    blanc d'abord, et ensuite en dlayant le _shyn-ji_ dans beaucoup
    d'eau, et le laissant prcipiter au fond de cette eau  peine teinte,
    passe sur la gouache, j'obtiens la coloration voulue.

Ce qu'il y a de curieux dans le professorat d'art d'Hokousa, c'est
l'indpendance que prche  ses lves le matre indpendant, leur
dclarant _qu'ils n'aient pas  croire qu'il faut se soumettre servilement
aux rgles indiques, et que chacun, dans son travail, doit s'en tirer
selon son inspiration_.

La mme anne, il publie un second volume portant le mme titre, o il
dit: _Dans le premier volume, j'ai indiqu les couleurs  l'tat gnral,
dans celui-ci, je m'occupe des couleurs  l'tat liquide_; et ce sont des
procds, comme dans l'autre volume, pour peindre un lion de Core, un
sanglier, des lapins.

Dans le premier volume, un moment, il nous entretient du procd
hollandais de la peinture  l'huile de l'Europe, disant: Dans la peinture
japonaise, _on rend la forme et la couleur, sans chercher le relief, mais
dans le procd europen on recherche le relief et le trompe-l'oeil_, et
Hokousa conclut, sans parti-pris, qu'on peut admettre les deux procds.

Dans ce second volume, faisant sans doute allusion  des planches de
Rembrandt qu'un critique amricain l'accusera d'avoir transportes dans le
vieux sacro-saint dessin japonais, Hokousa parle du procd hollandais de
l'eau-forte, du procd qui consiste  dessiner sur le cuivre recouvert
d'un vernis, et annonce qu'il dvoilera ce procd dans le volume suivant.
Mais ce second volume du TRAIT DU COLORIS devait tre la dernire
publication du peintre.


Un second livre, o Hokousa professe longuement, est le _Riakougwa-haya
shinan_, LEON RAPIDE DE DESSIN ABRG, ouvrage paru en trois volumes, le
premier en 1812, le second en 1814, le troisime sans date.

Dans le premier volume, aux croquis assez brutaux, il y a une chose
curieuse: que chaque dessin soit un Darma, soit un scolopendre, il est
reproduit dans les contours de sa forme par les lignes courbes de moitis
de circonfrences, de quarts de circonfrences, et de temps en temps par
un carr.

Dans la prface[21], Hokousa blaguant les anciens, s'exprime ainsi:

    [Note 21: La prface est de Kirian, mais elle est rpte dans le
    _Shoshin Ydhon_, MODLES DE DESSINS POUR LES COMMENANTS, sous
    le nom d'Hokousa.]

    Les anciens ont dclar que la montagne se fait avec la hauteur de dix
    pieds, les arbres avec la hauteur d'un pied, le cheval avec la hauteur
    d'un pouce, l'homme avec la grosseur d'un haricot, et ils ont proclam
    que c'est la loi de la proportion dans le dessin. Non, les lignes du
    dessin, a consiste en des ronds et des carrs... Maintenant notre
    vieil Hokousa, lui, a pris une rgle et un compas, et c'est avec cela
    qu'il a dessin toutes les choses pour en bien dterminer la forme:
    un procd qui ressemble un peu  ce vieux moyen de ttonner avec le
    pinceau-charbon (_morceau de bois brl, du fusain_). Or, celui qui
    apprendra  bien manoeuvrer la rgle et le compas, il pourra arriver
     excuter les dessins les plus fins et les plus dlicats.

Et  la fin du volume, ces lignes sont encore d'Hokousa:

    Ce livre apprend la manire de dessiner au moyen du compas et de la
    rgle, et celui qui travaillera  l'aide de ce moyen apprendra par
    lui-mme la proportion des choses.

Dans le second volume, Hokousa se reprsente peignant avec la bouche, les
mains, les pieds, dessin que nous trouvons rpt en 1848 dans le TRAIT
DU COLORIS, et c'est une srie de dessins assez semblables aux dessins
gomtriques du premier volume, mais qui seraient inspirs par la
contexture des mots de la langue japonaise. Dans ce volume en une langue
impossible, aux localits invraisemblables, et sous des noms imaginaires,
moquant le style de rivaux et de concurrents, Hokousa plaisante ainsi:

    En aimant le style prtentieux de H-ma-mousho-Nid, le peintre
    Yama mizou Tngou, de Noshi-Koshi yama, s'est appropri l'art
    incomprhensible de ses dessins. Or, moi qui ai tudi ce style prs
    de cent ans, sans y rien comprendre plus que lui, il m'est cependant
    arriv ceci de curieux, c'est que je m'aperois que mes personnages,
    mes animaux, mes insectes, mes poissons ont l'air de se sauver du
    papier. Cela n'est-il pas vraiment extraordinaire? Et un diteur, qui
    a t inform de ce fait, a demand ces dessins de telle faon que je
    n'ai pu lui refuser. Heureusement que le graveur Koizoumi, trs habile
    coupeur de bois, s'est charg, avec son couteau si bien aiguis, de
    couper les veines et les nerfs des tres que j'ai dessins et a pu les
    priver de la libert de se sauver. Ce petit volume, je l'affirme, sera
    un bijoux prcieux pour la postrit, et les personnes entre les mains
    desquelles il se trouvera, doivent l'tudier avec toute confiance.

Et il signe: _Yamamizou Tngou Tngoudo Netttsou_ (fer chaud).

Dans le troisime volume, qui est toujours une suite de dessins cherchs
d'aprs la forme des mots, et o en haut des pages il y a la figuration de
ces mots au-dessus des sujets dessins, la premire image reprsente le
peintre qui a sign la prface du second volume Tngou Tngoudo,
prsentant un dessin  un Tngou,  un de ces gnies aux cheveux en poils
de bte, au nez en vrille[22], et Hokousa met en tte de ce volume:

    Ce livre apprend le dessin sans matre. On a emprunt les lettres,
    les caractres de la calligraphie pour faire l'tude plus facile 
    l'lve. Dans chaque dessin, la marche du pinceau est indique par le
    numrotage, afin que les enfants puissent retenir l'ordre de la marche.

    Mais ce livre n'est pas pour l'enfant seulement; les grandes personnes,
    les potes par exemple, qui veulent excuter un dessin rapide dans une
    socit, seront aides par ce livre. C'est donc les prliminaires du
    dessin cursif.

    [Note 22: La tte de Tngou est forme par les mots Yama (montagne)
    et Mizou (eau), et la tte du peintre par une runion de caractres
    faisant h-ma-mou-sho.]

 la fin du volume, Hokousa ajoute:

    L'ide qui m'a fait faire ce volume vient de ce que, un soir, chez moi,
    Y-y Kiwan _nom fantaisiste_ m'a demand: Comment peut-on apprendre 
    faire un dessin d'une manire rapide et facile? Je lui ai rpondu que
    le meilleur moyen tait un jeu qui consistait de chercher  former
    les dessins d'aprs les lettres, et j'ai pris mon pinceau, et lui ai
    montr comment on peut facilement dessiner. Quand j'ai eu excut deux
    ou trois dessins l'diteur Kshod, qui tait l, n'a pas voulu laisser
    perdre ces dessins, et il m'a fait dessiner tout un volume, qu'on doit
    regarder, au fond, comme une distraction, comme un amusement pour rire.


Autour de ces deux traits techniques crits par Hokousa, il n'est
peut-tre pas sans intrt de grouper les albums d'Hokousa traitant
spcialement du dessin et du coloris, dont les prfaciers ont t sans
doute inspirs dans leurs prfaces par les thories, les ides, les
ironies d'Hokousa.

Ainsi dans l'album intitul _Hokousa Sogwa_, DESSINS GROSSIERS D'HOKOUSA,
publi en 1806, et dont la premire planche reprsente le gnie
fantastique de l'encre de Chine, le prfacier Sakaud, se faisant
l'interprte des conversations du peintre, s'exprime dans ces termes:
Il n'est pas difficile de dessiner des monstres, des revenants, mais,
ce qu'il y a de difficile, c'est de dessiner un chien, un cheval, car ce
n'est qu' force d'observer, d'tudier les choses et les tres qui vous
entourent, qu'un peintre reprsente un oiseau qui a l'air de voler, un
homme qui a l'air de parler. Or, le talent extraordinaire du vieillard
Tat (Hokousa) n'est que le rsultat de ce travail, de cette observation
dans laquelle il a apport cette attention infatigable que j'ai toujours
admire et qui a fait de lui le grand artiste indpendant et le matre
unique.


Ainsi l'album _Shosin Ydhon_, MODLES DE DESSIN POUR LES COMMENANTS,
sans date (deux volumes dont le second est en couleur), o la succession
des coups de pinceau  donner est indique par un numrotage venant
d'Hokousa, et o, pour une tude de tte de profil, la marche du pinceau
est ainsi indique: 1, le front; 2, la ligne du nez; 3, la narine;
4, le dessus de la bouche en partie cache par la robe; 5, l'oeil;
6, le sourcil; 7, l'intrieur de l'oreille; 8, le contour, et les cheveux
de 9  16.

Ainsi le RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, sous le titre de _Yhon hayabiki_,
qui a suivi la LEON RAPIDE DE DESSIN ABRG, et qui a paru en deux
volumes publis en 1817 et 1819.

Ces albums, qui contiennent par page 50 ou 60 silhouettes humaines de la
grosseur d'un insecte, sont une sorte d'inventaire et de catalogue de tous
les motifs de dessin classs sous la premire lettre de leurs noms: le
premier volume commenant  la lettre i et le second finissant  la lettre
_sou_, la quarante-septime et dernire lettre de l'alphabet japonais.

Dans ce recueil, la tte est presque toujours indique seulement par le
contour de l'ovale. Et ce mode de dessin, adopt par Hokousa, vient 
la suite d'une discussion avec un ami du peintre, qui soutenait que la
physionomie d'un tre humain ne pouvait tre reproduite qu'avec le dessin
de ses yeux et de sa bouche: discussion dans laquelle Hokousa se fit fort
de rendre l'expression, la vie d'un visage, en ne les y dessinant pas[23].

    [Note 23: Le _Mousha Bouri_, RPERTOIRE DES GUERRIERS, est un
    recueil dans le mme genre que le RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, et
    qui donne la nomenclature des guerriers clbres. A la fin de ce
    volume, publi en 1841, Hokousa annonce qu'il prpare un volume sur
    les potes et les artistes clbres, mais ce volume n'a pas paru.]

Ainsi, dans l'album d'_Ippitzou gwafou_, LE DESSIN A UN COUP DE PINCEAU,
album publi en 1823, et o un seul coup de pinceau donne si curieusement
la silhouette d'oiseaux qui volent, de tortues qui nagent, de lapins qui
digrent, et de Japonais et de Japonaises dans toutes les actions de leur
vie. Ici, le prfacier avoue que ce mode de dessin n'a pas t invent par
Hokousa, qu'il est de l'invention de Foukouznsa de Nagoya, et que, dans
un sjour dans cette ville, Hokousa a t intress par ce procd de
dessin et, craignant qu'il ne se perdt, il a dessin diffrents sujets de
la mme faon, pour que, plus rpandu, il soit connu par la postrit[24].

    [Note 24: Un autre album, intitul _Shitsou gwafou_, ALBUM DE
    DESSIN CURSIF, publi par Hokousa en 1843, est fabriqu un peu dans
    le mme esprit de coloriage.]

Ainsi l'album intitul _Santa gwafou_, ALBUM DE TROIS DIFFRENTES SORTES
DE DESSINS, imprim en 1815, o Hokousa signe Tato, et dans lequel le
prfacier Shokousan-jn, traduisant la pense du peintre, dit: Dans
la calligraphie il y a trois formes, et ce n'est pas seulement dans la
calligraphie que ces trois formes existent, c'est dans tout ce que
l'oeil de l'homme observe. Ainsi, lorsqu'une fleur commence  s'panouir,
sa forme est, pour ainsi dire, une forme rigide; lorsqu'elle est
dfleurie, sa forme est comme nglige; lorsqu'elle tombe  terre, sa
forme est comme abandonne, dsordonne. Et au milieu de diffrentes
images, une planche d'orchide, trois fois rpte, est comme la
confirmation de l'ide un peu paradoxale du peintre.

Ainsi l'album _Hokousa Gwashiki_, MTHODE DE DESSIN D'HOKOUSA, publi
avec la collaboration de ses lves, d'Ohsaka, Snkwakou-te, Hokouy,
Sekkwatei, Hokouj, Shunyti, Hokkei, et o le prfacier fait ainsi
l'loge d'Hokousa: La peinture est un monde  part et celui qui veut y
russir doit connatre par coeur les diversits des quatre saisons et
avoir au bout des doigts l'habilet du crateur. Le Katsoushika Hokousa
de Ydo aima cet art ds l'enfance, eut pour unique matre la nature, et
il a pntr le mystre de l'art; enfin c'est l'unique grand peintre de la
peinture ancienne et de la peinture moderne. Depuis des annes il a donn
des albums pour servir aux lves, mais des albums insuffisants aux
demandes. Et aujourd'hui l'diteur Syeid a demand au matre un nouvel
et plus complet album qui servira de mthode pour la jeunesse.

Et  la fin de toutes ces rvlations sur l'art du matre, qu'elles
manent de ses amis ou de lui-mme, donnons la plus curieuse de toutes,
que Hokousa, en 1835, jeta en tte des CENT VUES DU FOUZI-YAMA:

    Depuis l'ge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des
    objets. Vers l'ge de cinquante ans, j'avais publi une infinit de
    dessins, mais tout ce que j'ai produit avant l'ge de soixante-dix ans
    ne vaut pas la peine d'tre compt. C'est  l'ge de soixante-treize
    ans que j'ai compris  peu prs la structure de la nature vraie,
    des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des
    insectes.


    Par consquent,  l'ge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus
    de progrs;  quatre-vingt-dix ans je pntrerai le mystre des choses;
     cent ans je serai dcidment parvenu  un degr de merveille, et
    quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne,
    tout sera vivant;

    Je demande  ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma
    parole.

    crit  l'ge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokousa,
    aujourd'hui Gwaki Rjin, le vieillard fou de dessin[25].

    [Note 25: _L'Art Japonais_, par Gonse. Quantin. 1883, t. I.]




                                  LII


 l'ge de 68 ou 69 ans, Hokousa avait eu une attaque d'apoplexie, dont
il s'tait tir en se traitant par la _pte de citron_, un remde de la
mdecine japonaise et dont la composition tait laisse par le peintre 
l'ami Tosaki, avec, dans la marge de l'ordonnance, des croquetons de la
main du peintre reprsentant le citron, le couteau  couper le citron, la
marmite o on le fait cuire.

Voici la composition de cette _pte de citron_:

Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient coules
depuis l'attaque, prenez un citron, dcoupez-le en petits morceaux, avec
un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron,
ainsi dcoup, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un _go_ (un quart de
litre) de sak extra bon, et laissez cuire au petit feu jusqu' ce que le
mlange devienne pais.

Alors il faut avaler, en deux fois, la pte de citron dont on a retir
les ppins, dans de l'eau chaude; et l'effet mdical se produit au bout de
vingt-quatre ou trente heures.

Ce remde avait compltement guri Hokousa et semble l'avoir men bien
portant jusqu'en 1849 o il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison
d'Asakousa, le _quatre-vingt-treizime_ logis de cette existence
vagabondante d'une habitation  l'autre.

C'est alors, sans doute, qu'il crivit  son vieil ami
Takaghi cette lettre ironiquement allusive:

    Le roi Yemma[26] est bien vieux et s'apprte  se retirer des affaires.
    Il s'est fait construire, dans ce but, une jolie maison  la campagne
    et il me demande d'aller lui peindre un kakmono. Je suis donc oblig
    de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi.
    J'irai louer un appartement au coin de la rue d'Enfer, o je serai
    heureux de vous recevoir, quand vous aurez occasion de passer par l.

                                                              HOKOUSA.

    [Note 26: Yemma, roi des Enfers, le Pluton japonais. Cette lettre
    a t publie par M. Morse, dans l'Art Review, et reproduite, par
    Gonse, dans l'_Art Japonais_.]


En cette dernire maladie o Hokousa eut les soins de sa fille Oyei,
qui avait divorc avec son mari et habitait avec son pre, et o il fut
entour de l'affection filiale de ses lves, la pense du mourant _fou de
dessin_, toujours toute  l'ajournement que le peintre sollicitait de la
Mort pour le perfectionnement de son talent, lui faisait rpter d'une
voix qui n'tait plus qu'un soupir: _Si le ciel me donnait encore dix
ans_... L, Hokousa s'interrompait, et aprs un silence: _Si le ciel me
donnait seulement encore cinq ans de vie... je pourrais devenir un vrai
grand peintre_[27].

    [Note 27: D'aprs la biographie de _Oukiyo y Ronik_, par Kidn,
    qui le fait mourir le 13 avril 1849, la posie de la dernire heure,
    que Hokousa aurait formule en mourant, est celle-ci:

      Oh! la libert, la belle libert, quand on va se promener aux champs
      d't, en me seule, dgage de son corps.]

Hokousa mourait  l'ge de 90 ans, le dix-huitime jour du quatrime mois
de la deuxime anne de Kay (le 10 mai 1849).

Un tombeau lui a t lev, par sa fille Shira Tati dans le jardin du
Temple Seikiji d'Asakousa,  ct de la pierre tombale de son pre,
Kawamoura Itiroymon.

On lit sur la face de la grande pierre tombale: _Gwakijin Manjino Haka_
(Tombeau de Manji, vieillard fou de dessin). Sur la base: _Kawamoura Ouji_
(Famille Kawamoura).

Sur le ct gauche de la pierre tombale, en hauteur, trois noms religieux:
1 _Nans-in kiyo Hokousa shinji_ (Le chevalier de la foi, Hokousa  la
gloire pittoresque), _Nans_ (religieux du sud de S)[28]; 2 _Seizen-in
H-okou Miju shin-nio_, un nom de femme morte en 1828, qui pourrait tre
sa seconde femme; 3 _J-oun Mishin Shin-nio_, un autre nom de femme
morte en 1821, qui serait celui d'une de ses filles.

    [Note 28: Le mot S est l'abrviation du mot Shimofousa, o se trouve
    Katsoushika.]




                                  LIII


Hokousa s'est mari deux fois, mais on ignore les noms de ses deux femmes;
on ne sait pas mme si la sparation avec chacune d'elles a t amene
par la mort ou le divorce; seulement on a la certitude que le peintre
vivait seul  partir de 52 ou 53 ans.

De sa premire femme Hokousa avait eu un fils et deux filles.

Le fils, c'est Tominosouk qui prit la succession de la maison du
miroitier Nakajima Iss, et qui mena une vie de dsordres, causant mille
ennuis  son pre.

Les filles, ce sont: Omiyo qui devint la femme de Yanagawa Shighnobou, le
peintre, morte quelque temps aprs son divorce, et qui avait mis au monde
ce petit-fils qui fut une source de tribulations pour son grand-pre; et
Ottsou, doue d'un vrai talent de peintre, qui mourut toute jeune.

De sa seconde femme Hokousa eut galement un fils et deux filles.

Le fils, c'est Takitiro, un petit fonctionnaire de Tokougawa, un peu pote,
devenu le fils adoptif de Kas Sakijiur, qui leva le tombeau d'Hokousa
et dont il prit le nom. Le petit-fils de Takitiro qui s'appelait Kas
Tchjir a t le camarade d'cole de Hayashi, en l'tude de la langue
franaise, dans la classe de M. Fontaine, actuellement maire d'Asnires.

Les filles, ce sont: Onao, qui mourut dans son enfance, et Oyei, qui se
maria avec un peintre nomm Tmei, mais divora et vcut, comme nous
l'avons dit, la fin de la vie d'Hokousa, avec son pre. C'tait un
artiste, qui fit l'illustration de _Onna tchhki_: un livre d'ducation
pour la femme, qui traite de la civilit.

Hokousa avait deux frres ans et une soeur cadette, tous morts dans
leur jeunesse.




                                    LIV


En l'anne 1850, l'anne qui suit la mort d'Hokousa, parat _Guirtsou
hiakoninshu_, CENT EXEMPLES DE COURAGE, une illustration due  plusieurs
artistes, mais o une planche d'Hokousa reprsentant une terrible tempte
nous montre Tatiwana-him, la femme du prince Yamatodak, se jetant dans
la mer pour apaiser les flots par le sacrifice de sa vie.

Trente ans aprs la mort d'Hokousa, en 1879, on a publi en deux volumes
d'aprs ses dessins, le _Yhon Tshisn Gogon-zekkou_, ILLUSTRATION DES
POSIES DES THANG, COMPOSES DE QUATRE VERS DE CINQ MOTS.

Les deux premires pages vous montrent: l'une, le pote crivant  main
leve, au pinceau, tandis qu'un enfant lui prpare l'encre de Chine;
l'autre, le peintre peignant  l'encre de Chine sur un kakmono des oies
sauvages, dans l'tonnement de ses disciples.

Aprs ces deux planches, les compositions les plus diverses: un homme qui
nettoie un miroir de bronze; une abandonne qui se dsole dans son lit;
une collation  la fin de laquelle l'amphitryon donne son sabre  son ami
qui part pour une expdition militaire; des cygnes nageant  l'ombre de
grands camlias.

Enfin, comme pendants aux deux premires planches, les deux dernires
reprsentant la fabrication de l'encre de Chine: le ramassement de la suie
dont elle est faite, et le moulage de cette suie en btons.




                                    LV

                       KAKMONOS--MAKIMONOS--PANNEAUX


Ici, sous ce titre qui comprend tout ce qui touche  l'encre de Chine ou
 l'aquarelle, la peinture japonaise de son pinceau, je vais essayer de
signaler, bien incompltement, les prcieux morceaux de papier ou de soie,
signs du glorieux matre, existant  l'heure prsente en Europe, en
Amrique, en Asie.


                                 KAKMONOS

Une carpe dont le milieu du corps est travers dans l'eau, o elle nage,
par un rayon lumineux.
      Sign: _Hokousa I-itsou manji_. (Hokousa  75 ans).
      H. 29.--L. 34.
      Collection Hayashi.


Shishin, l'un des 108 hros du roman de Souik.
      De profil, tourn  droite, la tte leve en l'air, tenant un bton
      d'une main rejete derrire le dos, Shishin est habill d'une robe
      de dessous bleue, sa robe de dessus tombe autour des reins; il a,
      aux pieds, des espces de bottes de cuir lui montant jusqu'aux
      genoux, et ses bras nus sont tatous de neuf dragons.

      Un dessin  l'aquarellage noy, mettant autour des contours et des
      plis des teintes dlaves, semblables  celles des bords de mers et
      d'ocans dans nos atlas.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin  80 ans_.
      H. 120.--L. 52.


Riki, un autre hros des 108, surnomm le _Tourbillon noir_,  cause de la
rapidit avec laquelle il faisait tourner sa hache.
      De face, debout, les traits farouches, le menton appuy sur sa
      main gauche, sa main droite tenant sa hache homicide. Une anatomie
      rocheuse, comme inspire par les statues de pierre des Ni  la
      porte des temples, avec des chairs couleur brique, et quelques
      touches de bleu dans le noir de l'encre de Chine des vtements.
      Mme signature et mme grandeur que le premier.
      Les deux pendants font partie de la collection Hayashi.


Un faisan, la tte retourne prs d'une tige de pissenlit.
      Sign: _Hokousa_ (de 1800  1806).
      H. 31.--L. 54.
      Un faisan.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin  80 ans_.
      H. 29.--L. 57.
      Ces deux dessins font partie de la collection de M. Hayashi.


Kwakou Shighi, le ministre populaire de la Chine, le ministre a la plus
nombreuse famille de tous les ministres de la terre, reprsent assis sur
une chaise tournante, la tte penche vers sa femme, et entour de plus de
vingt-quatre enfants.

Un kakmono d'une facture dure, mais avec un effort chez Hokousa de faire
plus portrait qu'il ne fait d'ordinaire, dans ces ttes d'enfants, au ton
rose de la pche, et avec des rehauts de blanc sur le nez et les paupires.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa chang de
      nom, vulgairement Nakashima Tetzouz Fouji-wa-no Tamkazou,  l'ge
      de 88 ans_.
      H. 100.--L. 43.

      Le mme sujet vers 1807, plus ancien de 40 ans.
      H. 61.--L. 55.


Ces deux compositions font partie de la collection Hayashi.


Le Lever. Femme habille d'une robe grise seme de fleurettes blanches,
tenant en main un _yut_, une cafetire en laque seme de ptales de
fleurs d'oranger, servant au transport de l'eau chaude, qu'elle s'apprte
 verser dans un bol de porcelaine dcor de paysages bleus, pos sur un
plateau  pied, prs d'une brosse  dents en bois.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 114.--L. 44.

Le Coucher. Femme qui va se coucher, en train de changer le papier de
son oreiller, sa tte sortant du rose de sa robe de dessous, et son corps
flottant dans les plis d'une robe de dessus d'un gris mauve, sillonn de
petits oiseaux de mer appels au Japon _miyakodori_.
      Mme signature et mme dimension que le _Lever_.

Ces deux kakmonos font partie de la collection de M. Hayashi.
Un troisime kakmono: la moustiquaire de cette srie, est chez M. Gonse.


Tchri, conseiller d'tat, rencontrant sur un pont Koskik, vieillard
mystrieux qui lui remet un rouleau avec l'tude duquel il met en tat le
prince, son matre, de renverser l'Empereur qui a fait la grande muraille
de la Chine.
      Dessin de premier jet, avec quelques lgres colorations dans le
      barbotage de l'encre de Chine.
      Sign: _Sur la demande de Yeisai Sosh; Hokousa Sri a fait ce
      dessin_. Le dessin n'est pas sign, mais porte un cachet o il y a
      le nom de _Tokimasa_ (vers 1798).
      H. 115.--L. 47.
      Collection Hayashi.


Sur un fond bruntre, une grande branche tortillarde de prunier en fleurs,
rien qu' l'encre de Chine avec les fleurs gouaches de blanc: un kakmono
d'un relief extraordinaire, o le noueux, l'excori, le ligeux d'un vieux
bois, sont rendus d'une manire miraculeuse.
      Sign: _Katsoushika Hokousa_ (1806-1807).
      H. 126.--L. 52.


Trois grandes lanternes poses l'une  ct de l'autre. De la peinture
dcorative enleve rapidement.
      Non sign.
      H. 118.--L. 51.


Ces deux kakmonos appartiennent  M. Hayashi. Ils faisaient partie d'un
paravent de six feuilles, dont deux maintenant sont en possession de M.
Vever, et deux en possession de M. Monnet, paysagiste.


Femme lisant une pice de thtre, dans un mouvement de tte abaisse, au
cou cass. Coloration de la figure avec le blanc d'une face de pierrot,
mais une robe aux tons changeants, sems de fleurettes de _lespedze_, sur
laquelle tranche le ton d'une ceinture verdtre aux dessins jaune d'or. Un
oiseau volant au-dessus de la tte de la liseuse.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 119.--L. 51.
      Collection Hayashi.


Femme de profil tourne  droite,  la tte de face surmonte de
l'toilement des pingles de sa chevelure, et avec le dlicat ovale de
sa figure sortant du rose d'une robe de dessous. Un dessin d'une grce
contourne charmante; la robe ayant aux paules comme le renflement d'un
dolman et se creusant  la rentre des reins sous la ceinture, toute
bouffante en avant et se rpandant et s'talant aux pieds en un large
ondoiement. Des colorations, comme si le papier _buvard_ sur lequel elles
sont poses trempait dans l'eau; et un noir assoupi des cheveux, et un
incarnat du visage, pour ainsi dire imperceptible, et un nuageux des
plis de la robe qui semble impossible  obtenir. Un des plus dsirables
kakmonos d'Hokousa.
      Sign: _Tato_ (1887).
      H. 107.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Handaka, un disciple de Bouddha, levant en l'air un bol d'o sort une
fume qui se change en dragon.
Dessin d'un dchiquetage personnel  Hokousa, et o les toffes ont
l'air de lanires volantes, comme si cette animation un peu exagre, que
l'artiste met dans les corps, il voulait la porter dans les toffes. Lavis
 l'encre de Chine sur un ton rostre.
      Sign: _Hokousa Tato_ (1815).
      H. 100.--L. 43.
      Collection Hayashi.


Un prtre shintoste tenant un arc auquel sont attaches des posies.
Facture tout  fait grossire, barbouillage inharmonique.
      Sign: _Manji, vieillard de 85 ans_ (1844).
      H. 95.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Un aigle, au moment o il se pose sur le rocher d'un cueil.
Un des kakmonos d'Hokousa,  la coloration la plus puissante, et qui
porte en haut cette curieuse note: L'anne dernire, le 28 du 11e mois,
l'oiseau tait vu  Kazousa et, le 18 du mois suivant, il fut pris 
Sounamoura, et l'ordre de le dessiner fut donn  Hokousa, 6e mois
1848.
      Sign: _Manji autrefois Hokousa, vieillard fou de dessin,
      vulgairement Nakashima Ttsouz_ (et en vrit) _Foujivara no
      Tamkazou,  l'ge de 88 ans_.
      H. 123.--L. 52.
      Collection Hayashi.


Kakmonos des six Potes, panneaux dtachs d'un paravent:

            Ariwara no Narihira,
            Ohtomo no Kouronoushi,
            Boun-ya no Yasouhid,
            Sj Hnj.

      Peintures dcoratives enleves d'un pinceau rapide.
      Sign _Katsoushika Hokousa_ (1806-1812).
      H. 130.--L. 53.
      Collection Hayashi.

            Omono Komati,
            Kisn Hosshi.

      Ces deux panneaux compltant les six Potes, et de la mme
      dimension, et portant la mme signature que les quatre autres,
      nous les retrouvons dans la collection de M. Vever.


Un _Katsouo_ (poisson ressemblant au maquereau), dont une tranche a t
enleve, pos sur une tige d'oeillet; un autre avec un navet: ce poisson
se mangeant avec du navet rp.
      Sign: _I-itsou Hokousa_ (vers 1823).
      H. 92.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Un vol de pluviers au-dessus d'un cours d'eau, par un jour de neige.
Kakmono d'une excution pousse au fini.
      Sign: _Hokousa Tokimasa_ (1799-1800).
      H. 110.--L. 26.
      Collection Hayashi.


Un shj, un petit gnie du sak,  la chevelure rouge envole derrire
lui, soulevant de ses deux bras en l'air un barillet de sak.
      Sign: _Hokousa, fou de dessin_ (1801-1805).
      H. 84.--L. 26.
      Collection Hayashi.


Apparition de monstres. Une tte norme,  ct d'une tte de vieille
femme, au long cou d'un serpent, sortant d'une bote.
      Non sign.
      H. 31.--L. 57.
      Collection Hayashi.


Apparition. Derrire une lanterne de tombeaux, dcore de feuilles de
nnuphar (un symbole bouddhique), une femme, d'une main appuye sur un
bton, la tte enveloppe d'une chevelure paisse, les yeux creux, le nez
dcharn, les dents se dtachant en blanc d'un trou noir, les chairs
livides claires par la blafarde lueur de la lanterne.
      Dessin fait pour une audition de Hayashiya Shz, conteur d'histoires
      de revenants, au moment o l'on teignait les lumires et o ne
      restait clair que le dessin d'pouvante.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin,  l'ge de 80 ans_ (1839).
      H. 56.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Deux ttes coupes, aux traits contracts, au blanc de l'oeil inject de
sang, attaches par une cordelette  une tige de bambou. Peinture qu'on
sent faite d'aprs nature, sur un morceau de soie entirement recouverte
de gouache, et qui joue la peinture  l'huile.
      Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847).
      H. 32.--L. 53.


Lanterne de cimetire avec la planchette de prire; un serpent sortant de
la lanterne renverse.
      Non sign.
      H. 32.--L. 53.


Ces deux kakmonos, qui appartiennent  Hayashi, faisaient partie d'un
paravent de 18 feuilles, que, sauf ces deux sujets, Hayashi a refus
d'acheter: les seize autres reprsentant des cadavres en liqufaction.


Femme habille d'une robe  l'imitation d'une queue de paon et sur
laquelle neige un prunier en fleurs.

Peinture  la gouache, jouant la peinture  l'huile, sur une planchette
destine  tre attache par un clou  un pilastre ou  une colonne.
      Non sign.
      Collection Hayashi.


Un homme, un masque de Tngou, sur la figure, dansant et chantant, mne le
branle de trois petits Japonais, aux joyeuses gambades.
      Dessin du faire le plus lger et le plus spirituel.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin_ (80 ans).
      H. 91.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Dakokou et Yebisou en voyage.
      Dessin caricatural en une aquarelle trs poche.
      Sign: _Hokousa, fou de dessin_.
      H. 75.--L. 28.
      Collection Hayashi.


Paysage reprsentant, trs modifie, la vue de Tsou-kouba du _Shashin_.
      Non sign, mais portant le cachet d'Hokousa.
      H. 29.--L. 45.
      Collection Hayashi.


Shki en marche, un chapeau-parasol sur son sombre visage, les mains
croises sous ses larges manches.
      Un dessin  l'encre de Chine sur un fond bruntre, qui a quelque
      chose de farouche dans sa noire tonalit.
      Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_.
      H. 67.--L. 26.
      Collection Hayashi.


La potesse Seishnagon, la premire romancire du roman d'amour au Japon,
et qui a crit, au VIIIe sicle, LE CAHIER DE L'OREILLER. Elle est
reprsente, ainsi que toutes les femmes de la noblesse dont sont sorties
les potesses, avec les deux mouches  l'encre de Chine sur le front,
appeles, je crois, _hshi_ et les cheveux pars sur le dos, lisant un
rouleau sur une petite table devant laquelle elle est accroupie.
      Sign: _Hokousa Tato_ (1817).
      H. 99.--L. 39.
      Collection Hayashi.


Ybisou rapportant un _ta_ dans un panier accroch derrire son dos.
      Dessin  l'encre de Chine avec quelques colorations rouges et bleues:
      gai dessin aux traits spirituels et au lavage lger.
      Sign: _Sri_ (1795-1798).
      H. 91.--L. 25.

Shki, en train de lire, derrire le dos d'une femme, la lettre qu'elle
vient de recevoir.
      Mme facture que le kakmono prcdent.
      H. 85.--L. 27.


Ces deux kakmonos font partie de la collection Hayashi.

Cascade de Nounobiki (de la Toile accroche), chute d'eau dont les ondes
ont les ondulations horizontales d'une toile mollement suspendue en l'air,
et qui sont dans le dessin rehausses de gouache, avec la poussire de
l'eau sur les rochers rendue dans une imitation parfaite par une poussire
de blanc d'argent.
      Sign: _Hokousa_ (1800).
      H. 102.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Une _gusha_ en promenade, de profil, tourne  gauche, une lanterne
derrire elle. Elle est habille d'une robe noire ocelle de plumes de
paon.
      Sign: _Gwakijin Hokousa_.
      H. 82.--L. 28.
      Collection Bing.


Une vieille blanchisseuse, son panier sous le bras. Lavis  l'encre de
Chine.
      H. 86.--L. 27.
      Collection Bing.


Un bord de rivire. Encre de Chine.
      Sign: _Hokousa_
      H. 34.--L. 56.
      Collection Bing.


Diable  la figure verte, accroupi devant une pipe et une tasse de sak.
Aquarelle.
      Sign: _Manji  88 ans_.
      H. 18.--L. 15.
      Collection Bing.


Une femme versant du sak  un vieillard.
Kakmono  la finesse d'un sourimono.
      Sign: _Gwakijin_.
      H. 38.--L. 38.
      Collection Bing.


Un Shski en pied, tout peint  l'encre rouge, sauf les yeux, et le trait
serpentant de la bouche. Ces peintures sont, je crois, considres au
Japon comme des prservatifs des maladies.
      Sign: _I-itsou  75 ans_.
      H. 64.--L. 27.
      Collection Bing.


Ouvrier nettoyant la neige sur un tonneau, se dtachant d'un ciel d'hiver,
tout _ouateux_ de neige[29].
    [Note 29: Kakmono qui a t reproduit dans une petite impression
    en couleur.]
      Sign: _Hokousa Tato_.
      H. 98.--L. 30.
      Collection Bing.


Runion d'une tortue de longvit, de la perle sacre, d'une lettre de
bonheur: dessin d'un groupement plein de style.
      Sign: _Manji_.
      H. 95.--L. 33.
      Collection Bing.


Le plerin Saghi, ayant quitt la cour, assis sur un tertre, et
contemplant la campagne avec des yeux contemplatifs d'ascte.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 64.--L. 27.
      Collection Bing.


Un prunier en fleurs, sous le clair de lune. Encre de Chine qui a
l'admirable papillotage de la lumire sur ces arbres, en leur floraison.
      H. 136.--L. 21.
      Collection Bing.


Une langouste dessine avec la science ichthyologique du Matre.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 85.--L. 29.
      Collection Bing.


Un vieillard, fait avec le lavage brutal des vieilles annes du peintre.
      Sign: _Hokousa_,--bien certainement une signature fausse sur un
      dessin vrai, mais du temps o Hokousa signe _Manji_.
      H. 74.--L. 20.
      Collection Bing.


_Gusha_, habille d'une robe noire, aux transparences de la plus grande
habilet, et marchant de profil tourne  gauche, ainsi que presque toutes
ses tudes de courtisanes.
      H. 119.--L. 29.
      Collection Bing.


Un kakmono, divis en trois compartiments. Entre une posie chinoise et
une posie japonaise, dans la bande troite du milieu, un paon, la tte
souleve pour attraper une araigne, pendant au bout d'un fil. Une
aquarelle extraordinaire, o le matre a rendu la vie remuante de la
plume: l'un des plus merveilleux kakmonos d'Hokousa que j'aie vus.
      Sign: _Gwakijin Hokousa_.
      Collection Bing.


Diables s'abritant sous le chapeau de Shki. Peinture aux anatomies
fragmentes, et aux colorations brutales non fondues, et ressemblant  des
morceaux de mosaque: peinture typique du _faire_ des dernires annes
d'Hokousa.
      Sign: _Manji_.
      H. 80.--L. 55.
      Collection Gonse.


Un faucon sur une branche de sapin. Aquarelle.
      Sign: _Manji_. Mais je crois le dessin antrieur  cette signature,
      qui y aurait t postrieurement appose.
      H. 68.--L. 21.
      Collection Gonse.


Un coq et une poule. Aquarelle de la plus grande intensit.
      Sign: _Gwaki rjin,  l'ge de 80 ans_.
      H. 36.--L. 56.
      Collection Gonse.


Hotei couch  terre, enfonant les mains dans son sac. Peinture d'un
grand relief, aux dlicats dtails du costume vert et bleu perdus dans
la masse, et aux belles lignes du sac.
      Non sign.
      H. 29.--L. 46.
      Collection Gonse.


Tige de bambou o vont se poser deux moineaux: la tige de bambou  l'encre
de Chine, les moineaux pochs de ces rougetres et bruntres taches
qui font des moineaux d'Hokousa de petites oeuvres de la plus grande
matrise.

Ce kakmono, qui vient de la vente de l'atelier de Kisa, et qui est
sign: _Katsoushika-tiymon,  l'ge de 85 ans_, a, en tte, une lettre
d'envoi autographe du peintre, avec un croqueton de salutation semblable
 ceux qu'il jette en tte de ses lettres  ses diteurs, et l'envoi est
fait  un ami habitant prs du pont de Nakabashi, qu'il appelle dans sa
lettre: _Fleur de Nakabashi_.
      H. 90.--L. 33.
      Collection Gonse.


Femmes ramassant des coquillages et les portant dans un bateau. Amusante
scne se dtachant de profonds lointains, mais d'un faire un peu miniatur,
un peu petit.
      Sign: _Hokousa Katsoushika_.
      H. 42.--L. 45.
      Collection Gonse.


Kiyomasa, en son costume de guerre prcieusement travaill, sous son
casque  cornes, se voit superbement pit, une main appuye sur le manche
de son sabre, dans l'enveloppement turgide de ses paulires.
      Sign: _Hokousa I-itsou_.
      H. 70.--L. 27.
      Collection Gonse.


Princesse dans une tempte de neige, au bord de la mer, suivie de deux
serviteurs, dont l'un tient un parapluie au-dessus de sa tte. Une magique
reprsentation du floconnement de la neige dans l'air avec, dans un coin
du ciel, la fonte lumineuse de fleurs roses de pruniers, sous cette tombe
de blancheur. Ce serait la mise en scne de la lgende de Komati rclamant
du ciel la pluie.
      Non sign.
      H. 79.--L. 27.
      Collection Gonse.


Un chasseur qui vient de tuer un sanglier, en train de le lier avec une
corde. Aquarelle au doux lavage, amorti, assoupi.
      H. 33.--L. 42.
      Collection Gonse


Gusha, la tte de trois quarts, baisse dans un penchement  gauche, et
habille d'une robe de soie noire brode de fleurettes aux transparences
rendues par la plus habile aquarelle.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 105.--L. 27.
      Collection Gonse.


Un prunier en fleurs. Lavis o l'arbuste est trait  l'encre de Chine, et
les fleurs gouaches de blanc, de la plus parfaite excution artistique.
      Sign: _Hokousa Sri_.
      H. 120.--L. 35.
      Collection Gonse.


Yoshitsoun, sous son casque  cornes, et revtu d'une armure rouge, que
dpassent derrire les flches de son carquois et le manche d'un de ses
deux sabres. Spcimen d'une des peintures les plus parfaites et les plus
travailles d'Hokousa.
      Non sign.
      H. 81.--L. 40.
      Collection de M. Gonse, qui a donn le pendant au Louvre, faisant
      partie d'un paravent compos de trois compartiments.


Blanchisseuse agenouille, battant le linge, dans un paysage montagneux.
      Sign: _Hokousa Sri_.
      H. 105.--L. 42.
      Collection Gonse.


Femme sous une moustiquaire, agenouille, et d'une main tendue en l'air en
train de brler, avec une petite mche enflamme, des moustiques, dans un
mouvement de grce qui dessine la molle et ressautante ligne de son dos.
Trs originale peinture o, dans la pnombre verdtre de la moustiquaire,
la femme en sa robe  fleurettes apparat, ainsi que dans la coloration
glauque d'un aquarium, au jour tombant, tandis que, comme opposition, se
voit tout lumineux un petit morceau de sa robe fleurie, sur laquelle est
releve la moustiquaire.
      Sign: _Hokousa Sri_.
      H. 122.--L. 43.
      Collection Gonse.

Ce kakmono est le complment du Lever et du Coucher, les deux
kakmonos en possession de M. Hayashi.


Tte de Darma. Lavis d'une beaut tout  fait singulire. Une noyade
d'encre de Chine o, dans le _flou_ du lavis, les traits du saint
apparaissent avec quelque chose de la solidit d'une sculpture qu'on
apercevrait au fond de l'eau.
      Non sign.
      H. 59.--L. 28.
      Collection Gonse.


La marchande de fagots. Un boeuf sur lequel est un abri en roseaux et que
conduit par la bride une femme fumant sa pipette. Une aquarelle o, sur la
massivit sombre de l'animal, se dtache l'clatant bariolage de la robe
de la conductrice.
      Sign: _Tato Hokousa, chang de nom_.
      H. 85.--L. 31.
      Collection Gillot.


Un vieux marchand d'cumoires en bambou pour la poudre de th, appeles en
japonais _tchasn_, accroupi  terre, au milieu de l'talage des objets de
sa vente. Un barbouillage d'encre de Chine, rehauss de blanc, avec un ton
de chair sur la figure et les mains; et o les petits yeux carquills, le
nez en point d'interrogation, la bouche gueule du marchand, montrent,
sous quatre coups de pinceau, toute la narquoiserie d'une physionomie
japonaise.
      Sign: _Katsoushika Mousn hshi, ou le prtre sans le sou de
      Katsoushika,  65 ans_ (1824).
      H. 65.--L. 35.
      Collection Gillot.


Sur un mortier du riz, un coq qui n'est pas l'ternel coq de profil
d'Hokousa, mais un coq de trois quarts, pit de ct dans une attitude
batailleuse; un coq au rouge vineux de sa crte s'enlevant sur le noir de
sa queue et de son poitrail: le coq le plus artistique des coqs du matre,
et dont la pochade prend,  distance, le trompe-l'oeil de l'aquarelle la
plus acheve.
      Sign: _Tato, autrefois Hokousa_.
      H. 80.--L. 29.
      Collection Gillot.


Un sanglier dtalant dans la neige. Une merveille que ce dboulement
galopant, o sont si bien dessines les dlicates pattes en mouvement, du
lourd animal.
      Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847).
      H. 32.--L. 32.
      Collection Gillot.


Le prtre Saguio, pote voyageur, regardant, sur un pont, une grue
volante dans le haut du ciel. L'homme, la main appuye sur un bton, est
pench  droite, la tte cache par son chapeau. Un dessin aux dessous
solides, ressentis, sous des colorations teintes, o se voient une besace
au vert joliment pass, une robe jauntre aux cassants des plis relevs de
files de gouache. Un des beaux kakmonos que j'aie vus et qui, excut
dans les dernires annes de sa vie, a le doux enveloppement du beau temps
de son talent.
      Sign: _Manji, vieux de 85 ans_.
      H. 95.--L. 28.
      Collection Gillot.


Deux canards mandarins  l'aquarelle: l'un, la tte leve, l'autre
fouillant la vase.
      Sign: _Manji_.
      H. 97.--L. 27.
      Collection Vever.


_Skizoro_. Trois danseurs du Jour de l'An, tenant dans chacune de leurs
mains un bton. Un dessin  l'habile groupement, et o un danseur de face
se voit entre deux danseurs de dos, comme dans une ascension pyramidale.
      Sign de la signature de ses derniers temps.
      H. 125.--L. 52.
      Collection Vever.


La potesse Ono Komati, avec ses deux mouches au front des femmes de la
noblesse et sa belle chevelure noire dpassant par derrire la trane de
sa robe, d'une main tenant un grand ventail qui lui masque la gorge et le
bas du visage. Elle est vtue d'une robe de dessous rouge, sur laquelle
est jete une robe de dessus  fleurettes.
      Non sign.
      H. 132.--L. 55.
      Collection Vever.


Le prtre Kisn. Il est vu de dos, avec sa calvitie au milieu de la
couronne de ses cheveux, et un bout de profil perdu qui ressemble  un
profil de gorille. Appuy sur un bton, il est habill d'une robe noire,
sur laquelle est jete comme une couverture  larges bandes, couleur de
rouille.
      Non sign.
      H. 132.--L. 55.
      Collection Vever.


Ces deux kakmonos de Komati et du prtre Kisn faisaient partie de la
collection des six Potes, dont quatre sont encore dans la collection de
M. Hayashi.

Une chute de cascade, dans laquelle remontent deux carpes, avec des
parties visibles et des parties noyes par la chute d'eau, dont le
rejaillissement de l'cume est fait,  s'y tromper, au moyen de
gouttelettes clates de gouache.
      Sign: _Gwakijin_.
      H. 109.--L. 48.
      Collection Vever.


Un pige  oiseau. Un baquet appuy sur un bout de bambou que le moindre
contact doit faire chuter et sous lequel il y a du grain. Vers le baquet
descend une vole de moineaux dont l'un, sur le bord du baquet, est prt
 s'y glisser. Facture large.
      Sign: _Gwakijin_.
      H. 125.--L. 52.
      Collection Vever.


Sur la nuit noire d'un ciel dans lequel un clair fait une claircie, le
terrible Yorimasa, le gnral de Minamoto, contorsionn dans un mouvement
de force qui dessine toute son anatomie herculenne, tend un gigantesque
arc dont la flche va tuer le Nouy, animal fantastique  la tte d'un
tigre, au corps d'un taureau,  la queue d'un serpent.
      Sign du cachet: _Svastica_[30].
      H. 100.--L.42.
      Collection Vever.

    [Note 30: Svastica, un mot qui viendrait du sanscrit, et dont le
    signe est la reprsentation, en forme de tourniquet, du croisement
    de deux morceaux de bois, l'un sur l'autre, par allusion au feu
    des temps primitifs. Ce signe exprimerait le nombre dix mille, ou
    plutt un nombre indfini, que les Japonais prononcent _man_ ou
    _manji_--et ce signe, Hokousa l'a adopt un temps pour sa
    signature.]


Au-dessus de feuilles de _momiji_, une thire suspendue au bout d'une
longue attache de fer passant sur une inscription contenue dans la
figuration d'une sorte de tablette appele, au Japon, papier  posie
(_tansakou_).

Voici ce que raconte cette thire  sak suspendue  un arbre. Sous
l'Empereur Takakoura (XIIe sicle), un souverain pote, dans le jardin
imprial, un jour de la fin d'automne, trois domestiques balayeurs
avaient fait chauffer du sak pour se mettre un peu de chaleur au corps.
L'Empereur, sorti de son palais pour admirer le coucher du soleil dans le
bois d'rable, alors tout rouge, arriva seul, l o se tenaient les trois
balayeurs. Le sans-gne de ces domestiques du palais valait leur renvoi
mais, avant que quelqu'un de sa suite pt les punir, l'Empereur s'cria
sur un ton de bonne humeur: Quel plaisir de voir ces pauvres gens
partager mon inspiration potique! Cela me rappelle la clbre ligne
ancienne qui dit: Dans ce bois chauffant le sak, en brlant les rouges
feuilles d'rable... Et les balayeurs furent pardonns. Gnralement le
sujet est reprsent avec les trois balayeurs habills en blanc et coiffs
de chapeaux noirs. Mais ici Hokousa supprime les personnages.


Le _tanzakou_, plac au milieu, porte: Le plaisir de la vie est d'admirer
les vues des quatre saisons, avec la lune, la neige, les fleurs, la
montagne verte, le bois  feuilles rouges, dont une partie tapisse la
terre.
      Sign: _Sajimoti_.
      Le papier en large, plac en tte du kakmono, est une lettre
      d'Hokousa qui recommande un lve au docteur Sanghino, lettre
      signe: _Le paysan Hatiymon, habitant en face de la pharmacie
      Jsa_. Date le 12e jour du 7e mois (probablement de la mme anne
      1843).
      H. 78.--L. 23.
      Collection Haviland.


Oiseaux sur un baquet renvers, prs d'un oeillet et de marguerites: les
marguerites gouaches de blanc avec un tel art qu'elles semblent brodes.
      Sign: _Katsouskika Hokousa_.
      H. 25.--L. 32.
      Collection Haviland.


 demi abrite par un paravent, une femme en train de se coiffer, les deux
mains leves au-dessus de sa tte, et soulevant par derrire sa natte 
l'aide d'une grosse pingle  cheveux. Accroupie dans un mouvement plein
de grce, son miroir, qu'on ne voit pas, est pos sur le genou d'une jambe
remonte; dans ce mouvement, un sein sort de sa robe et, sous la robe,
s'entrevoit un rien du dessous de la cuisse et du pied de la jambe qui
porte le miroir.

En ce kakmono, certainement un des plus soigns, et des plus parfaits du
matre, Hokousa a cherch une opposition entre la finesse de la linature,
pour ainsi dire graphique, faisant le contour des mains, du visage, du
sein, de la cuisse, du pied, et le ton neutre et le lavage un peu brutal
de la robe.
      Sign: _Gwakijin Hokousa_.
      H. 97.--L. 32.
      Collection Haviland.


Au-dessus d'une cascade, au milieu de fleurs de cerisier, un aigle, le
corps ramass, la tte tendue et projete en bas comme s'il s'apprtait 
fondre sur une proie. Peinture au cruel dessin de la tte, au solide noir
et au beau fauve de la plume hrisse, et comme souleve par l'instinct
carnassier. C'est la mme tude mais, je crois, plus pousse que celle de
l'aigle pris  Sounamoura, en 1848, et qui est dans la collection de M.
Hayashi.
      H. 106.--L. 54.
      Collection Manzi.


Sous la pleine lune, une courtisane en marche vers la droite; elle est
dans une robe de dessous jauntre toile de fleurs rouges, sur laquelle
est rabattue une robe de dessus bleutre dcore de glycines blanches.
      Sign: _Gwakijin Hokousa_ (1801-1805).
      H. 115.--L. 30
      Collection de Goncourt.


Une courtisane, vue de trois-quarts dans une robe dcore de branchettes
de sapin laves d'encre de Chine, sur lesquelles se dtachent des grues
volantes, gouaches de blanc.

En haut est jete cette posie, signe Mjiro Sanjin:

Le Bouddha exploita la loi religieuse. Le premier prtre exploita le
Bouddha, les prtres de la postrit continuent  exploiter leur ancien
matre, et toi tu exploites ton corps. Ton commerce consiste  calmer la
fivre des passions. Au fond la ralit c'est le nant, et le nant c'est
la ralit. Le feuillage offre sa verdure et la fleur sa couleur. La lune
se baigne dans le lac, mais ce n'est l que son image.
      Kakmono sign: _Gwakijin Hokousa_ (1801-1805).
      H. 115.--L. 30.
      Collection de Goncourt.


En Hollande, au muse ethnographique de Leyde, M. Gonse cite trois
kakmonos reprsentant des courtisanes, kakmonos non signs mais dignes
de lui tre attribus.

En Angleterre, au British Museum, venant de la collection Anderson,
un kakmono en couleur sur soie (Sise 21-5/8 x 32-3/8) reprsentant:
Tamtomo et les diables dans l'le des diables. Le hros est assis
sur un rocher, prs de trois diables qui essayent avec de grands efforts
son arc. M. Anderson dit dans son catalogue que c'est une peinture d'une
grande vigueur et trs expressive dans les figures: peinture excute dans
l'anne o Hokousa illustrait la sixime partie du CROISSANT DE L'ARC,
roman qui est l'histoire fabuleuse de Tamtomo.

Il est sign: _Katsoushika Hokousa_.

Ce dessin, en haut duquel est une posie de Bakin, l'auteur du roman, est
date: _Une nuit d'hiver de 1811_. La bote du kakmono porte une
inscription du petit-fils de Bakin, disant que cette peinture, conserve
dans sa famille, avait t excute au moment o Bakin crivait son roman.


Dans la collection de M. Ernest Hart,  Londres, se trouvent cinq
kakmonos:

1 Des oies sauvages: kakmono sign _Manji  88 ans_.

2 Okam lapidant un diable avec des haricots. Aquarelle cursive,
lgrement colore en rose et bleu. Ce kakmono, o l'opposition est
charmante entre la grce d'Okam et la hideur du diable pouvant, est
une des plus remarquables peintures du matre en Angleterre. Il est sign
_Manji_, et provient de l'ancienne collection Wakai.

3 Trois chiens jouant. Sign: _I-itsou_.

4 Guerrier chinois. Sign: _Gwaki-rjin Hokousa_.

5 Une Japonaise. Sign: _Hokousa Tat_.

Dans la collection de M. S. M. Samuel, un kakmono, que le propritaire
considre comme un chef-d'oeuvre.

Une femme debout s'habillant et se regardant dans un miroir: Sign:
_Hokousa_.


En Amrique, dans la collection de M. Morse de Boston, dit M. Gonse dans
son ART JAPONAIS, est conserv un kakmono (H. 17 pouces) reprsentant un
guerrier japonais au milieu d'un passage montagneux, qui serait d'une
harmonie exquise dans les rouges, les verts, les gris.

De nombreux kakmonos existeraient encore chez M. Fenellosa.


Enfin, voici plusieurs kakmonos d'Hokousa qui font partie de la riche
collection du Japonais Homma Ks,  Sakata, et dont les reproductions
photographiques ont t publies dans le _Magazine of Art Japanese_,
paraissant en japonais et en anglais,  Tki.

Le premier est un grand arbre pench sur les rapides d'une rivire, au
milieu duquel est assis un petit berger qui, de l, regarde le
Fouzi-yama.

Le second est une courtisane entre ses deux petites accompagnatrices,
appeles _Kamour_.

Les autres, au nombre de douze, et formant les panneaux d'un paravent, ont
pour titre: LES PEINTURES DES SIX TAMAGAWA (des six rivires du mme nom,
dans six provinces diffrentes).

1 Une cascade.

2 Un bcheron qui se repose sur son fagot.

3 Le pote N-in-hsshi s'inspirant de la nature.

4 Une envole de pluviers au-dessus d'un bord de rivire tout couvert de
   neige.

5 Un village de la province de Mousashi au bord de l'eau.

6 Des femmes blanchissant du linge.

7 Le cours d'une rivire de la province d'Ohmi, coup par le feuillage
   des arbres de la rive.

8 Un pote ancien en contemplation devant la lune.

9 Une carpe, traverse dans l'eau de la rivire de la province de Ki-i,
   par des rayons lumineux.

10 Un coin de jardinet de la province de Settsu, au milieu duquel est
    du linge  laver.

11 [La description n'est pas donne par l'auteur]

12 La princesse-potesse Sagami composant une posie.


Au Japon, Wakai possderait encore une dizaine de kakmonos et une
collection d'esquisses et d'tudes, parmi lesquelles un fragment d'un
dessin  moiti brl, peut-tre arrach  l'incendie de son atelier en
1839. Ce dessin excut au trait d'encre de Chine,  un _seul coup de
pinceau_, sur plusieurs morceaux de papier assembls, serait la _premire
pense_ du Bain et l'enfant tenu par sa mre aurait presque un tiers de
sa grandeur naturelle.

Wakai cite dans une lettre, comme collectionneurs d'Hokousa au Japon,
MM. Houki, Kaivasaki, Masouda; mais le Japonais n'aime pas la publicit
autour de ce qu'il possde, et le catalogue de l'oeuvre d'un peintre est
trs difficile  tablir en ce pays artistique.


                              MAKIMONOS[31]

    [Note 31: Rouleau de peinture qui, contrairement au kakmono, se
    droule dans sa largeur et contient un certain nombre de motifs.]


Makimono contenant:--une feuille de lotus et son bouton,--une branche
de pin,--un paysage par un jour de neige,--une feuille de _tnabasou_,
un potiron du Japon de la grosseur de nos melons,--un sanglier,--une
aubergine,--un renard habill en Japonais,--un morceau de saumon sal,
--un narcisse,--des poissons,--un rapide o flottent des fleurs de momiji,
--un bol,--une racine de lotus,--un chat,--une anguille,--une traverse de
renards sur la glace d'un lac: un dessin curieux, parce qu'il nous laisse
voir, sous l'aquarelle, les restes d'une esquisse au bois brl, au
charbon de polonia, le fusain du Japon, dont Hokousa se servait parfois,
et surtout quand il dessinait en prsence de quelqu'un.
      Ce makimono aux nombreux dessins est sign: _Manji, vieillard fou de
      dessin, g de 80 ans (hiver de Tempo X)_ (1839).
      Collection Hayashi.


Un autre makimono intressant, c'est un panorama des bords de la Soumida,
fait au temps de ses livres illustrs, avec des seconds plans qui son
des merveilles de dlicatesse, et o il y a une recherche du refltement
des choses dans l'eau, tout  fait nouvelle, et o, dans des arbres
d'un centimtre, sont des rserves pour les branches. Je n'ai jamais vu
d'Hokousa une aquarelle aussi travaille, aussi pousse au fini. Et la
dernire aquarelle est une assemble d'hommes et de femmes dans un salon.
      Ce makimono est sign: _Koukoushin Hokousa_ (1805) et avec la
      signature se trouve cette note: _En souvenir d'une promenade que
      Hokousa a faite avec ses amis sur la Soumida; et  la demande de
      Tausir Ymba_ (un lettr qui a fait le rcit de la promenade)
      _Hokousa a dessin sur place  Yoshiwara, ses amis avec les
      courtisanes d'une Maison Verte: quatrime mois_ (le mois de mai).

Et il est  croire que le buveur, au crne socratique, au petit nez relev,
aux yeux railleurs, habill d'une robe d'un brun fauve, et qui montre sa
coupe de sak vide, pour la faire remplir  nouveau, est Hokousa.
      Collection Hayashi.


Un autre makimono d'une grande beaut, provenant de la vente de l'atelier
de Kisa, et contenant 46 sujets, fait partie de la collection de
M. Gonse.

C'est une langouste pose sur un morceau de charbon, dessin symbolique des
cadeaux du Jour de l'An,--une envole de moineaux,--quatre croquetons de
potes, lisant  la lumire d'une lampe,--la jete, sur une page, d'une
tortue, d'un faisan, d'un crabe  l'encre de Chine, au milieu desquels est
un pigeon model entirement avec du blanc de gouache et dont le bec et
les pattes sont roses,--des processionnaires et des bgonias,--un rat
mangeant une tranche de pastque,--des plantes de mer et des coquillages,
--deux canards dormant, enlevs d'un coup de pinceau,  la faon des
dessins de l'album _Ippitzou_,--des fizalis et une pingle  cheveux,--une
poule d'eau,--un cyprin dans un vase de cristal,--une plieuse d'ventails,
--la _danse des moineaux_, avec une amusante et infinie perspective des
derniers petits danseurs, etc., etc.


            PANNEAUX, DESSINS ENCADRS ET FEUILLES DTACHES


Dans la collection Hayashi.


Un diable, lapid avec des pois, se met  l'abri sous le tableau de Shki.
Un barbouillage tout  fait lch.
      Non sign.
      H. 65.--L. 48.


Un guerrier tenant  la main une tte coupe.
      Non sign.
      H. 53--L. 26.

Un pigeon perch sur le haut d'un tori-i.
      Dessin de premier coup, fait avec un nuage d'aquarelle.
      Non sign, mais portant le cachet d'Hokousa.
      H. 29.--L. 27.

Sous un norme pot de sak, Hokousa et ses lves dguiss en _shj_, en
train de boire. Hokousa, au milieu, avec l'aspect d'un homme gris,  sa
droite Hokouga faisant de la musique avec un balai; et derrire Hokouga, 
la gauche d'Hokousa, Shinsha, la tte tombe dans ses mains; et, contre
le pot de sak, Hiromaro.
      Chaque peintre dessin et sign par lui.
      H. 38.--L. 39.


Une rptition de la Vague du Fouzi-yama, avec des pluviers volant
au-dessus.
      H. 30.--L. 52.


Enfant japonais ramassant des feuilles de pin.
      Sign: _Manji, vieillard de 85 ans_.
      H. 30.--L. 52.


Un tigre  la tte un peu humaine, comme les fait Hokousa, qui n'en avait
jamais vu.
      Une encre de Chine pleine de furie.
      Sign: _Hokousa_.
      H. 55.--L. 27.


Paysage, au lever du soleil clairant sur le premier plan un rocher dans
la mer, au fond de montagnes bleutres.
      Sign: _Hokousa, fou de dessin_.
      H. 26.--L. 28.


Cuvette de cuisine, dans laquelle est un pilon sur lequel est pos un
oiseau et, derrire la cuvette, une tige de cerisier fleuri.

La cuvette et le pilon lavs d'un ton rostre, l'oiseau et la tige de
l'arbuste  l'encre de Chine. Effet original.
      Non sign.
      H. 27.--L. 44.


Une oie sauvage fendant l'air.

Un dessin trs lgrement aquarell.
      Sign: _Manji, vieillard fou de dessin_.
      H. 29.--L. 56.


Une grenouille sur une feuille de lotus.
      Non sign.
      H. 20.--L. 26.

Deux enfants de paysans, dont l'un, couch sur le ventre, coute l'autre.
      Non sign.
      H. 26.--57.


Hotei mettant un petit Japonais dans son sac.
      Non sign.
      H. 27.--L. 42.


Dans la collection Bing.

Une tte coupe de femme, entoure d'un serpent.

Une encre de Chine trs dlave, avec dans des parties un ton rougetre,
et o le peintre a mis comme de la volupt dans le dessin des yeux
demi-ferms, de la bouche entr'ouverte.
      H. 20.--L. 22.


Un pigeon sur un perchoir fait en forme de racine d'arbre. Encre de Chine,
releve de blanc, et lave de rose au bec et aux pattes.
      Sign: _Gwakijin_.

Une perspective de sapins d'un lavis aux parties rserves dans les
parties lumineuses, d'un art stupfiant.
      H. 150.--L. 54.

Ce grand panneau aurait pour pendant un panneau d'gale grandeur,
reprsentant un paysan qui, la tte entre ses jambes, chercherait avoir
les feuilles en dessous.

Indpendamment de ces panneaux, M. Bing possde un certain nombre de
feuilles dtaches, dont je donne les feuilles principales.

Hotei, pour amuser les enfants, faisant danser un pantin attach par des
fils  un cran.

Des ttes de femmes publies dans le JAPON ARTISTIQUE.

Pcheur, un feu allum au bout d'une gaule pour attirer le poisson.

Un serpent s'enroulant autour d'une branche, dessin qui rend,  la fois,
et l'lasticit et la rigidit du reptile.

Une femme de profil, sur laquelle il y a un peu de bleu et de rose, comme
bu par un papier buvard, dessin d'une dlicatesse, d'une fluidit sans
pareille.

Une gusha accroupie, vue de dos, jouant du schamisn,  la riche coiffure
vue par derrire: dessin  la ligne sculpturale.

Un guerrier sur un cheval cabr, un de ces dessins o il y a comme
l'emportement d'un pinceau.

Un groupement de poissons.

Une femme surplombant un Tngou auquel elle indique quelque chose de la
main, dessin o la tte de la femme a une grce voluptueuse indicible.

Une tte de profil d'apparition, qui n'a pas t grave dans les CENT
CONTES.

Une belette guettant deux oiseaux perchs sur une branche.

Quatre femmes couches  terre, dans des allongements d'une lgance
adorable.

Une tude  l'aquarelle d'une tige de soleil.

Un cerf couch.

Une femme, avec, au bout du bras lev, une raquette.

Une promenade de femmes et d'enfants prpare pour la gravure, qui n'a pas
la scheresse habituelle de ces sortes de dessins.

Une femme qui fait sa toilette devant un miroir o se voit sa figure, et
dont le bras droit tient, derrire elle, un autre miroir o se reflte le
derrire de sa coiffure.


Dans la collection Gonse.

L'entre de la Soumida. Une double range de rochers mergeant de l'cume
des flots. Un des plus beaux et des plus importants paysages  l'aquarelle
d'Hokousa.
      H. 30.--L. 130.

Une tude de tte coupe de supplici, la bouche et les yeux entr'ouverts,
avec un filet de sang qui, semblable  un rameau de corail, se rpand de
l'oreille sur le ple visage.
      Sign: _Hokousa I-itsou_.


 ces deux dessins encadrs, il faut joindre trois feuilles dtaches,
trois merveilles provenant de la vente de l'atelier Kisa.

Skki jouant de la flte. Une tapageuse encre de Chine, avec coloration en
rouge de la tte et des mains.
      H. 40.--L. 28.

Deux canards mandarins, dans le sillage que leur nage met dans l'eau.
Aquarelle o la blancheur des deux canards se dtache, de la faon la plus
harmonieuse, sur le bleutre de l'eau.
      H. 40.--L. 39.

Un aveugle appuy sur un bton, son chapeau tomb sur le dos, traversant
un gu. L'encre de Chine la plus largement traite, et o est une tte du
dessin le plus savant.
      H. 38.--L. 28.


Dans la collection Vever.

Un grand dessin librement jet dans un trait reprsentant le viol d'une
femme, prise entre les jambes d'un homme, le haut du corps retomb de ct,
 d'une main repoussant la main qui veut s'introduire dans sa gorge, de
l'autre main gratignant la figure de l'homme.

Ce grand et ce trs beau dessin de la collection Vever (H. 30--L. 30) a
t reproduit, ainsi qu' peu prs tous les dessins d'Hokousa, en une
rduction de 10 centimtres en hauteur, dans une gravure publie parmi
l'illustration de SOUIK.


Dans la collection de M. Gillot.

La grande tude (H. 54--L. 53) de l'aigle, pris l'anne 1848, et dont il y
a un kakmono chez Hayashi, et un autre chez Manzi. Une tude de toute
beaut, o se voit la cruelle courbe de ce bec dchireur de chairs
palpitantes, et la grandeur morne de cette prunelle qui peut fixer le
soleil.

Et une tude curieuse, parce qu'elle vous rvle des procds d'aquarelle
pareils aux dessous que nous faisons en Europe  la peinture  l'huile,
dessous sur lesquels nous revenons avec des glacis, et nous avons ici,
avant que ces colorations soient perdues et peut-tre un peu assombries
dans les kakmonos, le bleu du tronc d'arbre, le rougetre des ailes,
enfin toute la varit des tonalits qui doivent dormir sous la couverte
dernire.

Une femme brandissant une branche de fleurs au-dessus d'un guerrier couch
 terre, sa hache entre les jambes.

Un certain nombre de paysages o, tout en haut d'une
colline dominant la mer, se voit un homme portant sur l'paule une perche
o sont attachs deux paquets d'herbes.

Une tte de supplici dans un plat. Un crne o le sommet se termine par
une grosse loupe, d'o pendent de longs cheveux mouills de sueur, des
paupires fermes, une bouche entr'ouverte dans un rictus sur lequel se
dtachent, dans une blancheur effrayante, les dents. La tte et le fond,
comme clairs par une lumire lunaire, o il tomberait de la neige.


Dans la collection Duret.

Deux aquarelles releves de gouache et signes (H. 40.--L. 120)
reprsentant des vues de la Soumida. Dans l'une, deux femmes, aux robes
souleves par le vent, font des signes au passeur dont le bateau est au
milieu de la rivire; dans l'autre, c'est la marche, le long de la rivire,
de cinq hommes et de deux femmes avec des enfants en promenade pour une
partie de campagne.

Dessins trs pousss, trs finis, et ayant le caractre de ses dessins
appliqus de la Soumida dans les dernires annes du sicle dernier.


Dans la collection Edmond de Goncourt.

Deux crevettes  l'encre de Chine, trois  l'encre carmine.
Dessin, dans son jet rapide, d'une science extraordinaire.
      Sign: _Katsoushika Hokousa_, avec le cachet de _Tokimasa_
      (vers 1812).
      H. 30.--L. 18.


La lune, vue au travers de deux branches d'un prunier. Grand effet de
cette ple lune sur le bleu nocturne d'o se dtachent les blanches fleurs
du prunier. Un dessin de pote.
      Non sign.
      H. 39.--L. 38.


En Angleterre, au British Museum, cinq croquis:

1. Un renard mtamorphos en prtre.

2. Une grenouille nageant au-dessus de l'eau.

3. Rats et piments.

4. Dcoration symbolique du Jour de l'An: sardine dessche, orange,
fougres, papier dcoup.

5. Kousounoki Masashig, le type du courage et de la loyaut, avant sa
dernire campagne, remettant  son fils le rouleau ancestral.

Croquis signs avec le Svastica, la marque adopte
par l'artiste en son vieil ge,--et des croquis n'ayant
pas la lourdeur des dessins de ce temps, et se rapprochant
du _faire_ des dessins de Korin.

Le British Museum possde encore un dessin en couleur sur soie, non mont
(17 5/8x24) reprsentant un oiseau.
      Sign: _Tame-ichi autrefois Hokousa_.


Chez M. S. M. Samuel.

Jeune femme portant une lanterne. Croquis  l'encre
de Chine.

Jardinier fumant sa pipette. Aquarelle.


Chez M. Anderson.

Un coq, aquarelle lave  grande eau de bleu et de
rouge, excute vers 1810.

Trois esquisses  l'encre de Chine. Deux dragons.--Un coq.--Un aigle.
Croquis dans le _faire_ du matre, vers 1840.


Chez M. Ernest Hart.

Deux dessins indits de la srie des CENT POTES RACONTS PAR LA NOURRICE,
dessins destins  tre gravs; quatorze dessins de la mme illustration,
venant de la vente de l'ancienne collection Hart, sont chez M. Samuel, et
un certain nombre encore chez M. Tomkinson[32].

    [Note 32: M. Anderson me signale encore des dessins d'Hokousa
    dans les collections de MM. Marcus, B. Hinsh, W.-C. Alexander,
    J.-M. Suran, du sir Frederic Leigton, de lord de Saumarez.]


En Allemagne, le Muse de Berlin, d'aprs M. Gonse, possderait deux
feuilles d'albums provenant de la collection Gierke. Ces dessins 
l'aquarelle reprsenteraient comiquement un moine mendiant volant des
pches, puis surpris par le propritaire au moment o il les cache dans
ses manches.

En outre le Cabinet des estampes de Berlin se serait enrichi de trois ou
quatre tudes  l'encre de Chine, rapportes par le prince Albert de
Prusse de son voyage au Japon.


En Amrique la collection de M. Morse de Boston, renfermerait,
indpendamment du kakmono dj cit, une feuille de croquis pleins de
mouvement, d'aprs la reproduction qu'en a fait L'ART JAPONAIS.




                                   LVI

                       VENTAILS, CRANS, PARAVENTS,
                          PEINTURES DE PARDESSUS


Un album de douze dessins d'ventails, dont quelques-uns sont des petites
merveilles. Je citerai des oiseaux, une sauterelle sur une lanterne aux
ombres chinoises, un champignon tomb sur des feuilles de momiji, etc.

Ces dessins d'ventails, portant la signature d'_Hokousa_, appartiennent
 M. Hayashi, qui en possde d'autres, comme:

Un marchand d'cumoirs de th en bambou. Sign: _Hokousa Tato_.

Un chrysanthme, large dessin, un peu lav de rose sur l'encre de Chine.
Sign: _I-itsou! Hokousa chang de nom_.

Deux moineaux. Sign: _Hokousa_.

Des maigres se grisant de sak. Dessin caricatural. Sign: _Tato_.

M. Bing possde galement une srie importante de dessins d'ventails:

Un oiseau et une araigne.

Une tige de nnuphar.

Un Japonais qui lit, couch  terre.

Des crevettes.

Une tortue et un poisson rouge dans un vase de cristal  la transparence
presque invisible.

Sur un papier crpon fait particulirement pour les ventails, un
hochequeue sur une pierre o, d'un ct est une fleurette bleue, et de
l'autre ct une tige de plante couverte de neige. ventail sign:
_Gwaki rjin Manji_ (Manji, vieillard fou de dessin), 1839-1840.

Cet ventail fait partie de ma collection.

Dans la collection Haviland se trouve un ventail reprsentant un coq qui
s'enlve de la manire la plus heureuse sur une poule blanche.

La collection Odon de Mussy contiendrait un certain nombre d'ventails.

Dans la collection de M. Ernest Hart,  Londres, le possesseur me signale
un ventail sur lequel est peint  la spia un faisan, de la facture la
plus artistique.


Il est aussi pass, entre les mains de MM. Hayashi et Bing, un certain
nombre de dessins d'crans, aujourd'hui disperss et passs dans des
collections inconnues. Je citerai cependant chez M. Gillot un cran o se
voit le Fouzi-yama derrire un saule pleureur, et coup par les mailles
de filets de pche mis  scher.


Parmi les paravents, je n'en citerai qu'un, qui est de la plus belle
qualit, et form de deux panneaux (H. 170.--L. 80). Il reprsente, sur
le panneau de droite, la desse Bntn planant au milieu des nuages; un
dessin trs lgrement lav d'aquarelle; sur le panneau de gauche, un
dragon largement enlev  l'encre de Chine.

Ce paravent aux panneaux sur papier fait partie de la collection Blasini,
qui contiendrait des kakmonos et des makimonos intressants.


Enfin, comme destination originale, le dessin d'une courtisane en train
d'arracher les cheveux blancs d'un Darma dont la tte fumante est
recouverte d'un mouchoir mouill.

Kakmono ironique, enlev par les rapides coups d'un pinceau charg
d'encre de Chine, avec quelques tons de chair dans la tte du Darma.
      Sign _Katsoushika Hokousa Tato_ (vers 1817).
      H. 39.--L. 68.


Sait-on d'o vient cette curieuse pochade? De l'entre-deux d'paules,
enlev d'un pardessus appel _haori_ au Japon, o l'on aime  avoir la
peinture d'un homme clbre dans le dos, et qui se voit seulement au
moment o on le donne aux servantes pour l'accrocher?

Ce dessin, mont en kakmono, est possd par M. Hayashi.




                                    LVII

                    ALBUMS DES PREMIRES PENSES D'HOKOUSA


Mais, mieux encore que ces kakmonos, que ces makimonos, que ces panneaux,
des documents plus rvlateurs pour tudier Hokousa, pour se rendre
compte de ses procds, pour pntrer le secret de son art, se trouvent
dans trois ou quatre albums appartenant  Hayashi, et renfermant les
projets, les croquis, les esquisses de ses dessins termins--de tout cela,
que le XVIIIe sicle franais appelait les _premires penses_ d'un
peintre.

Voici, dans un album, des tudes de femmes ressemblant  nos _griffonnis_
 la plume et,  ct d'une petite femme  peine formule, sa reprise au
carreau en grand, avec des parties laves  l'encre de Chine. Quelques
croquis, au contour lgrement vermillonn, prennent l'aspect de dessins
aux dessous de sanguine. Ici un _repentir_, montrant sur le haut d'un
temple de Ydo un petit morceau de papier sur lequel le peintre a ajout
des grues. Comme Watteau, comme Gavarni, Hokousa fait de nombreuses
tudes de mains, de mains en toute l'nergie de leurs mouvements. Il a
aussi des tudes de jambes, o il cherche le carr des muscles  l'instar
de Bandinelli, ne faisant jamais rond, mais voulant toujours dans son
dessin l'accentuation et le ressaut du muscle, ayant mme une tendance 
mettre dans l'anatomie du corps humain les reliefs plats et les lignes
casses de la sculpture. Et toujours des dessins o, dans le premier jet,
il saisit la mimique d'un corps qui danse, la gesticulation de bras et de
jambes qui bataillent, et jusqu' la gymnastique plongeante d'une pcheuse
de coquilles au fond de la mer. Et vraiment, en la verve et la fivre de
ce dessin, vous avez de ce cheval, le cabrement, de cet oiseau, l'envole,
de ce singe, le prenant et l'agrippement de la patte.

Voil un autre album presque tout rempli de projets de titres de livres
faits de kakmonos que droulent des femmes, des enfants, Foukorokou et
Ybisou. A la suite de ces projets, des dhanchements d'hommes prts 
donner un coup de sabre, des indications de vtements de Shki, qui sont
comme les vagues d'une tempte; et, mls  ces croquis de la force et
du mouvement, des pivoines doucement laves d'une eau rose, et un dessin
rotique reprsentant le dieu du Tonnerre violant une danseuse vierge
d'un temple, mais de l'rotisme se passant, comme disent les Japonais,
_dans le nuage_.

Puis, c'est encore des dessins de grande proportion (H. 39--L. 28), des
dessins o, au milieu d'claboussures de l'encre de Chine, quelques
contours dlicats sont finement tracs comme avec une encre pourpre. Et
beaucoup de dessins,  la plus grande partie au trait, avec un morceau
termin, ainsi que dans ce coq et cette poule, o seulement la queue du
coq est lave. Et des chevaux galopants qui ont l'air de licornes
volantes.

Un album trs curieux et un album contenant presque toutes les esquisses
des impressions en couleur du SHASHIN GWAFOU, comme le faisan dor, les
canards mandarins, la tige de navet, l'homme en contemplation devant le
vol de deux papillons, et encore les esquisses de la caverne du Fouzi-yama,
des pcheuses d'_awabi_ du _Fougakou_, et l'esquisse du grand faucon sur
son perchoir.

Enfin un album qui est, pour ainsi dire, la reprsentation hroque des
guerriers en lutte, en _empoignade_ de corps: dessins au trait avec,
par-ci par-l, dans les violences des membres, quelques crasements
rageurs de pinceaux. Et des pilepsies d'ivrognes et des dsarticulations
d'acrobates: des anatomies admirables de vie vivante. Et des tudes de
jambes et de pieds en marche qui donnent l'illusion de leur avancement sur
le papier, et des physionomies faites de rien,--comme dessin des yeux,
du nez, de la bouche,--et ayant, je ne sais comment, l'expression de la
passion humaine, ou gaie, ou triste, ou colre.


M. Bing possde, ainsi que Hayashi, quelques albums de croquis, trs
rvlateurs des procds du Matre.

Un album, form par Isa, renfermant des _premires penses_ de ses
illustrations de Bouddha, des romans chinois: dessins au premier coup,
tout pleins de repentirs, d'effacements, de raturages: croquis dans
lesquels, aux larges traits du pinceau cras, sont opposs des traits
d'une finesse,  croire qu'ils sont tracs avec une plume de corbeau. Une
feuille d'un grand caractre: l'exposition d'une tte coupe, regarde par
toute une foule.

Un album trs curieux, dont les dessins n'ont pas t gravs, et qui
reprsentent huit vues (H. 28--L. 40) de la Soumida, aux rives peuples de
diffrents corps d'ouvriers en leur travail du bord de l'eau: de larges et
puissants croquis  l'encre de Chine, dont un seul est lav d'un rien de
teinte bleue.

Un album presque entirement consacr  des personnages mythologiques, 
des guerriers, aux lavages  grande eau, aux beaux noirs d'encre de Chine,
dans lequel est un musicien qui fait danser un crapaud, d'un velout
extraordinaire. A la fin de cet album est une lettre d'Hokousa signe:
_Gwakijin_.

Un album ayant une parent avec la varit des dessins de SHASHIN GWAKIO,
et o M. Bing faisait remarquer justement l'art particulier avec lequel le
pinceau d'Hokousa reprsentait la matire de l'objet dessin: le duveteux
de la plume d'un oiseau, le soyeux d'une toffe, la transparence du verre,
le tiquet d'un fruit.

Un autre album de croquis, et des plus dsirables, est aujourd'hui en
la possession de M. Gillot. C'est une srie de ces tourdissants lavis 
l'encre de Chine, sabrs de gouache, parmi lesquels est un danseur, 
la tte baisse que masque son chapeau, aux mains tressautantes au bout
de ses bras tendus dans l'espace, un pied lev devant lui  la hauteur
de la poitrine, dans le plus savant raccourci: le danseur le plus
extraordinairement dansant qui se puisse voir. Puis,  ct de ces oeuvres
 l'encre de Chine, des aquarelles de premier coup, grandes ou petites,
d'un _faire_ inimitable, comme ce papillon bleu dont les ailes ont l'air
d'tre faites avec l'azur qui habille les papillons du Brsil, et une
grappe de raisin o le safranement de l'automne est en germe dans l'encre
de Chine des feuilles, et o les grains de la grappe semblent des bulles
de cristal contenant l'eau bleutre du raisin noir, et des tortues qui
ont cette couleur qui leur est propre, la couleur de la patine de vieux
bronzes. Et, au milieu de ces petits chefs-d'oeuvre sems sur les
feuillets qu'on retourne, une grande grue qui mriterait d'tre encadre,
une grue lave de teintes verdtres et bleutres, impossibles  dcrire
dans leur charme harmonique,--et cet au-del de la couleur qui met un peu
du rve dans une reproduction, par la peinture, d'un tre.

 Londres, chez M. S. M. Samuel, il y aurait un album de croquis d'Hokousa
consacrs uniquement  la reprsentation du Yoshiwara, du quartier de la
prostitution.

 ct de ces albums de _premires penses_ de l'artiste, donnons
l'indication d'un album de dessins termins, de dessins pour la gravure,
faisant partie de ma collection.

Runion de cinquante dessins  l'encre de Chine (H. 14--L. 14), dont la
plupart sont rehausss d'une petite teinte rose, pour tre excuts en
gravure, comme les impressions de la Mangwa et autres livres gravs.
Quelques-uns de ces dessins sont, avec des changements, des reproductions
de compositions publies ailleurs.

Tous ces dessins auraient t faits au temps o il signe Katsoushika Tato
(vers 1816) et sont enferms dans une double circonfrence forme par
l'allongement des deux caractres _Hokou_ avec deux cartouches sur les
cts, contenant, rpt, le caractre sa.

L'OUKIY Y ROUIK, par Kidn, en clbrant le talent d'Hokousa, parle
de l'adresse de sa main, s'tend sur le _virtuosisme_ de l'artiste,
qualit apprcie au Japon o l'on tient compte du dessin fait sans la
reprise d'un trait, sans _repentir_, du dessin fait dans un temps donn.
Et Kidn affirme que Hokousa peignait admirablement bien avec sa main
gauche, et de bas en haut. Il ajoute: Et sa peinture, au moyen de ses
ongles, tait tout  fait tonnante et, quant  ce faire particulier,
il fallait tre tmoin soi-mme du travail de l'artiste, sans quoi on
et pris sa peinture  l'ongle pour de la peinture avec un pinceau.
J'avoue que j'avais une certaine dfiance  l'endroit de ces tours de
force, et j'avais tort cependant. Je trouve d'abord, dans la collection
d'Hayashi, un panneau (H. 44--L. 19) reprsentant un danseur, qui a t
dessin de manire que la personne qui regardait le peintre dessiner le
vt dans son sens. En effet il est sign: _Dessin dans le sens inverse
par Hokousa_.--Et un kakmono (H. 26--L. 25) reprsentant, dans un
aquarellage lger et trs large, un pigeon sur une branche de saule
pleureur, est sign: _Hokousa a fait ce dessin avec l'ongle_.




                                  LVIII

            LES GRANDES COLLECTIONS DE SOURIMONOS ET D'ESTAMPES
                     EN NOIR ET EN COULEUR DE HOKOUSA


Aprs les collections dont j'ai cit des preuves remarquables dans
l'numration des sourimonos, des planches spares, des illustrations de
livres, il faut citer les trois collections de MM. Camondo, Koechlin,
Rouart, comme renfermant des preuves de premier tirage hors ligne.

En outre Hayashi me signale comme d'importantes et intressantes
collections d'estampes et de livres les collections suivantes:


                                EN FRANCE:

Les collections de MM. Blasini, Odon de Mussy, Georges Hugo, Bermond,
Jacquin, Blondeau, Raphal Collin, Glis Didot, Gallimard, Grasset,
Houdard, Migeon, Isaac, Vian, Paul Schmidt.

Et, parmi les collections publiques, la collection Guimet, et la
collection commence du Louvre, avec les dons des collectionneurs.


                                L'TRANGER

Les collections, en Belgique, de Mmes Michotte, de Pachtre et de
M. Van den Brock, de Bruxelles; en Allemagne, de Mme Meyer de Presburg,
de M. Oeder de Dusseldorf, du Dr Brinckmann, directeur du Muse de
Hambourg; en Espagne, de MM. Mausana de Barcelone, et Aspeztenia de Cuba;
en Amrique, de MM. Havemeyer, Dana, Laffin, Baumgarten, Weir, Herter,
Wason, Lafarge, tous collectionneurs de New-York et de MM. Nickerson et de
Gonkin de Chicago.

En outre, le muse de Chicago, indpendamment de peintures originales,
renferme une nombreuse runion de livres et d'estampes provenant de la
collection faite par M. Gavard au Japon.




                                   LIX


C'est vraiment curieux, dans la vie d'un peintre japonais, les changements
de noms et de signatures, et je crois qu'il est de toute ncessit, pour
l'tude de l'oeuvre d'Hokousa, chez lequel ces changements sont plus
frquents que chez tout autre peintre du Japon, de les indiquer, de les
signaler.

De 1778  1785, Hokousa, alors dit Ttzouz, signe ses compositions du
nom de _Katsoukawo Shunr_ ou simplement _Shunr_.

En 1785, il signe un des deux livres, qu'il publie dans l'anne:
_Goummatei_.

En 1786,  la sortie de l'atelier Shunsh, il abandonne compltement la
signature _Katsoukawa Shunr_, pour prendre la signature _Mougoura Shunr_,
faisant comprendre par le nom de Mougoura (buisson) qu'il est indpendant
de toute cole. Il signe ainsi jusqu'en 1795.

En 1795 il signe _Hishikawa Sri_ ou simplement _Sri_. Mais, avant
d'adopter le nom de Hokousa pour plusieurs annes, un grand diptyque
en couleur reprsentant un dfil d'hommes, de femmes, d'enfants, se
promenant devant le temple d'Asakousa: planche qui est un mlange de
Kiyonaga et d'Outamaro, nous le montre signant, peut-tre quelques
semaines: _Tsh Shunr, chang de nom_.

En 1796 il signe: 1 _Hishihawa Sri_; 2 _Sri_ tout court; 3 _Hokousa
Sri_; 4 _Hokousa_.

C'est donc  partir peut-tre des derniers mois de l'anne 1795, mais
bien positivement  partir du Jour de l'An de 1796, qu'il prend le nom
d'Hokousa (l'atelier du Nord) entreml d'autres noms.

En 1797 il signe: 1 _Hishikaw Sri_; 2 _Sri_; 3 _Hokousa Sri_.

En 1798 il signe: 1 _Sri_; 2 _Hokousa Sri_; 3 _Hokousa_.

Cette anne, il donne son nom de _Sri_  son lve _Sji_, et il signe:
_Sri chang en Hokousa_.

En 1799 il signe: _Sri chang en Hokousa_ et _Hokousa_.

En 1800 il signe: _Hokousa, prcdemment Sri_, et _Gwakijin Hokousa_
(_Hokousa fou de dessin_) pour la premire fois.

La mme anne il signe le COUP D'OEIL SUR LES DEUX BORDS DE LA SOUMIDA
et le COUP D'OEIL SUR LES ENDROITS CLBRES DE YDO, et les POSIES
ILLUSTRES SUR LES RLES DES RNINS, publies en 1802: _Hokousa Tokimasa_.

En 1801, 1802, 1803, 1804, il signe: _Gwakijin Hokousa_ (_Hokousa fou
de dessin_).

Il y a vers ce temps des estampes signes de lui _Kak_, signature qu'il
a mise au bas de sa prose, signant _Tokitaro Hak_ la TACTIQUE DU GNRAL
FOURNEAU et autres livres jaunes.

En 1805 il signe: _Koukoushin Hokousa Gwakijin Hokousa_.

En 1806 il signe: _Gwakijin Hokousa, Katsoushika Hokousa_.

En 1807 il signe: _Katsoushika Hokousa_. Ce nom, il le prend par amour
pour ce quartier campagnard qu'il habita une partie de sa vie et qui le
faisait se faire annoncer chez ses amis comme le paysan de Katsoushika.

En 1808 il signe: _Hokousa_ (tout court).

En 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, peut-tre 1814 et 1815, il signe:
_Katsoushika Hokousa_.

En ces annes, quand il peint  Rigokou un formidable Hotei, il signe:
_Kintasha Hokousa_ (Kintasha voulant dire la maison au sac de brocart,
qui est une allusion au sac de toile d'Hotei).

En 1816 il change de nom et signe: _Hokousa, chang en Tato_.

En 1817, sur la rsistance du public  accepter le nom de Tato, il signe:
_Hokousa Tato_, dans les premiers mois de l'anne: _Tato, prcdemment
Hokousa_.

En 1818 et 1819 il continue  signer: _Tato, prcdemment Hokousa_.

En 1820 il change encore de nom, et signe: _Katsoushika I-itsou,
changement du nom de Hokousa Tato_.

En 1821 il signe: _Katsoushika I-itsou_ (celui qui ne fait qu'une chose),
comme s'il voulait exprimer le regret de n'avoir fait que de la peinture
depuis sa jeunesse; il signe encore: _Guetti rjin I-itsou_ (I-itsou
vieillard fou de la lune).

En 1822 il signe: _Fouznkio I-itsou_ (I-itsou, celui qui ne fait qu'une
chose, sans se laisser influencer par les autres).

En 1823 il signe: _I-itsou_. Hayashi dit que Hokousa, voulait qu'on
pronont ce mot _Tamekazou_ ou _I-itsou_, et que c'est une erreur de
prononcer _Tam-itchi_.

En 1824 il signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika_, et le _vieux
fou I-itsou_.

En 1826 il signe: _le vieillard de Katsoushika I-itsou_.

En 1829 il signe: _le vieillard I-itsou_, et cependant comme le public a
l'habitude de son ancien nom, il signe cette anne, les HROS DE SOUIKO:
_le vieillard I-itsou de Katsoushika, prcdemment Hokousa_.

En 1834 il change une dernire fois de nom et signe: _Manji changement de
nom de Hokousa_, et _Svastica_ [Symbol: svastika], le signe de _Man_
(dix mille).

En 1835 il signe: _Manji_.

 partir de 1836, jusqu' sa mort, il signe: _Manji vieillard fou de
dessin_.

Hokousa a us encore d'autres signatures; de 1799  1800 il a sign:
_Shinsai_, nom qu'il a quitt pour le donner  son lve Hanji, et encore
vers 1800 il a sign: _Rato_ et _Rashin_, le mot tonnerre,  la suite
d'un terrible coup de tonnerre qui l'avait fait tomber de la chausse dans
une rivire.

Enfin, ainsi que l'annonce l'Oukiyo-y Rouik de Kidn, a-t-il sign des
DESSINS D'AMOUR du nom de _Goumma_ ou _Gounmatei_?




                                     LX


Une tude sur Hokousa serait incomplte sans une brve numration de
ses lves, qui sont:

TODOYA HOKKEI, vulgairement Iwakoubo Kinymon, et sortant d'une maison
qui avait le privilge de fournir le poisson aux damios. De l, le nom
de _Todoya_ (marchand de poissons). Il porte aussi les noms Aohiga-oka,
Kisa.

C'est l'lve au talent le plus inspir par le matre, et qui parfois
l'imite si bien, que le _Dtchgwafou_, ALBUM DE DESSINS DE VOYAGE, par
Hokousa, lui a t attribu par quelques-uns.

Il est l'auteur d'une Mangwa publie vers 1830, o il y a des compositions
dignes de son matre. De charmants et spirituels livres d'Hokkei sont:
_Foujin gwa zo shou_, PORTRAITS DES FEMMES POTES DU JAPON, ACCOMPAGNES
D'UN CHOIX DE LEURS POSIES RUNIES, PAR GWURIUYN, publis en 1806.
_Kioka Santo Meish zouy_, LES ENDROITS CLBRES DES TROIS CAPITALES AVEC
LES POSIES, publies en 1812; _Tto jnikei Kikash_, POSIES SUR LES
DOUZE VUES DE YDO, publies en 1819; _Fs meish, Kioka-sh_, POSIES
SUR LES ENDROITS CLBRES DE FUSO (nom potique du Japon), publies en
1824; _Gakoumen Kika Si_, LES POSIES DANS DES CADRES ORNEMENTS,
publies en 1826. Un des beaux et rares livres d'Hokkei est le _Shkokou
Meish_, LES ENDROITS CLBRES DES CONTRES DU JAPON, et encore _Yoshiwara
juninotoki_, LES DOUZE HEURES DU YOSHIWARA, et encore: _Kika Sonikodei_,
trois volumes en couleur.

Indpendamment des livres, il a publi nombre de sourimonos de la plus
belle couleur.

Deux cahiers d'esquisses au trait, que Duret a acquis  Londres, et un
certain nombre de croquis du cabinet d'estampes de Berlin, montrent
l'habile dessinateur qu'il tait.

On n'a aucun dtail sur la vie de cet artiste qui aurait t un
littrateur distingu. La date de sa mort est ignore et, si M. Gonse
n'avait eu la bonne fortune de dcouvrir dans l'exemplaire de
_Rokoujouyn_, POSIES ET PORTRAITS DE 120 POTES MODERNES, ayant
appartenu  Hokkei, une note indiquant qu'il avait 31 ans en 1811,
nous ne saurions pas qu'il est n en 1780.

GAKOUTEI, l'admirable artiste des sourimonos, le dessinateur de la femme
de l'aristocratie, de la femme  l'aspect sacerdotal, et qui, dans un
petit livre intitul: _Itir Gwafou_, ALBUM DES DESSINS D'UN VIEILLARD, a
un paysage dans le brouillard, merveilleux de vrit. Indpendamment de la
signature Gakoutei Harounobou, il se servait de la signature Sada-oka ou
Teik.

Gakoutei serait un littrateur qui aurait traduit du chinois les 75
volumes du _Sangokoushi_, HISTOIRE DES TROIS ROYAUMES, un littrateur
donnant ses inspirations  Hokousa et qui,  la fin, fut si charm, si
sduit par son talent, qu'il devint peintre, et se fit son lve.

TEISAI HOKOUBA. Son nom vulgaire est Arisaka Gorohati. Il signifie
quelquefois Shushunsa. Il se reconnat  la grce contourne de ses
femmes. M. Anderson donne comme son oeuvre principale _Hoshi-zoukiyo
Knkwarokou_, OMBRES ET LUEURS DES ASTRES DE LA NUIT, publi en 28
volumes  Ydo, en 1809. Hokouba avait la rputation de dessiner aussi
bien de la main gauche que de la main droite.

SHINSHA. Son nom vulgaire est Hanjiro, propritaire  Kanda. Il signe
quelquefois Ririki. Il travaillait en 1800 et 1810.

KATSOUSHIKA TATO. Ce nom, port par Hokousa pendant cinq ans, de 1815
 1819, il le donna  un lve nomm Kameya Kisabro, d'une habilet hors
ligne. Les biographies disent que ce nom a t cd par Hokousa  Kameya
en 1816, mais il y a une erreur, car en 1819, le Matre signe encore Tato
dans le second volume d'_Hayabiki_, o Ikkou, un ami d'Hokousa, parle
dans sa prface du talent du vieux Tato; ce n'est donc qu'en 1819 ou 1820
qu'a eu lieu cette cession, car c'est  l'automne de l'anne 1820 que
Hokousa signe: _I-itsou autrefois Hokousa_.

Le Hokousa Tato a illustr des livres et publi des estampes en un assez
grand nombre, mais sa signature est toujours accompagne soit d'un cachet,
soit d'un autre nom et, pour viter la confusion avec le matre, voici ses
noms: Gunrisai, Beikwa, Kankwan, Foumi Yatikou, Shzan.

Son excution ressemble tellement  son matre qu'il est de toute
ncessit d'tudier la signature si l'on ne veut pas se tromper. C'est
ainsi que, parmi ses estampes, on a pris pour des Hokousa les pices
suivantes:

1 La carpe dans l'eau; 2 Deux cigognes et deux pins; 3 Femme en
promenade, dans le format en hauteur, et dans les autres formats des
fleurs et oiseaux, des paysages, des personnages, et un paysage de nuit o
il y a un pont clair par la lune.

HOKOUSN, qui signe Toynr, et qui collabora  la Mangwa.

HOKOUSOU, qui signe aussi Souiteisa ou Kankanr, ou Ransa, et qui
illustra des romans entre 1804 et 1805.

HOKOUJU, signant aussi Shte, et qui publia des paysages dits _de l'cole
hollandaise_.

HOKOU-OUN, qui signe au-dessus de son nom: Tonas, et passe pour avoir
beaucoup aid Hokousa dans la Mangwa. De son premier tat architecte; il
apprit l'architecture  Hokousa.

BOKOUSN portait aussi les noms de Hokoute, Quekkte, Hiakousa, Tokr,
etc. C'tait l'artiste de Nagoya chez lequel descendit Hokousa, quand il
se rendit dans cette ville, et ce fut chez lui que le premier volume de la
Mangwa fut dessin. On a de lui _Hokousn sogwa_, un recueil de planches
en couleur publies en 1815.

SJ, qui signa successivement Tawarayo, Hishikawa, et en 1799 Sri, le
nom qu'avait port un moment son matre, et qu'il lui abandonna. Il est
clbre par ses fleurs, ses oiseaux, ses paysages, dessins  l'encre de
Chine.

HOKOUTA, signant Yeisa, Hokouta, et qui illustra quelques romans aux
environs de 1805.

HTEI HOKOUGA, un illustrateur de livres.

KODA, un fabricant de sak de la province de Shinano, en mme temps qu'un
artiste. Hukousa resta chez lui plus d'un an.

YANAGWA SHIGHNOBOU, n vers 1778 et mort en 1832. Il signa d'abord Rato,
nom que lui donna Hokousa dont il devint le gendre, ayant pous sa fille
Omiyo qui divora et mourut assez jeune.  la suite d'une dispute avec son
matre et son beau-pre, il abandonna son _faire_ et imita Toyokouni.

Il a collabor avec Sadahid et Keisa Yeisn  l'illustration de _Satomi
Hakkendn_, et a publi en 1821 deux albums: le _Risn gwa-j_ et le
_Risn gwa-fou_.

Les autres lves sont:

Rashi,--Rasn,--Hokouga (autre que Htei Hokouga),--Hokoumokou,
--Hokoushi,--Hokonyn--Hokouguiou,--Katsoushika Hokouriou,--Hokouitsou,
--Hokoumei,--Hokoud,--Hkk,--Hokouy (Faucon du Nord),--Hokouyei,
Hokouy (Ocan du Nord),--Hokoji,--Hokoushi (Nord distingu),
--Hokkei--(Nord respectueux; ne pas le confondre avec celui du mme nom,
Todoya Hokkei),--Hokousn,--Hokou-i,--Tagakou,--Ta-itsou,--Shimrei,
--Hakouyei,--Raijin,--Tas,--Isa,--Masahisa,--Guessa Outamasa,
--Gwasanjin.

On remarquera l'appropriation que les lves d'Hokousa ont faite du
premier caractre de son nom, le caractre _Hokou_.




                              BIBLIOGRAPHIE


M. Hayashi auquel je dois la traduction des prfaces d'Hokousa, et la
documentation de ce volume, a bien voulu rdiger la bibliographie des
livres et des albums du grand peintre japonais[33].

    [Note 33: La difficult de traduire en langue franaise la pense
    japonaise a parfois amen quelques diffrences entre la traduction
    des titres des livres et romans, improvise dans le travail du
    tte--tte et la traduction longtemps rflchie du travail
    solitaire.]




                CATALOGUE DES LIVRES ET ALBUMS DE HOKOUSA


                             Livres jaunes.

Petits volumes de 17 centimtres de hauteur sur 12 centimtres et demi
de largeur, avec texte et dessins. Chaque volume est gnralement de 5
feuilles. On les a ainsi appels  cause du ton de la couverture jaune:
_Kibishion Aohon_.

_Arigata Tsouno Itiji_, GRCE  UN MOT GALANT.--Texte de Korwasa
(pseudonyme de Hokousa). 2 vol. 1781.

_Kamakoura Tsoushindn_, LES COURRIERS DE KAMAKOURA.--Texte de Guioboutsou
(pseudonyme de Hokousa) et dessins de Shunr (ancien nom de Hokousa).
2 vol., 1782.

_Shitnn Datsou-jitat_, LES QUATRE HROS ANCIENS (COMPARS AUX ROIS
DES POINTS CARDINAUX) HABILLS  LA DERNIRE MODE. Texte de Korwasa et
dessins de Shunr. 2 vol., 1782.

_Nitirn Itidaki_, LA VIE DE NITIREN.--Texte de Mariko et dessins de
Katsoukawa Shunr. 2 vol., 1782.

_Ka-oun Ohghino Hanaka_, PARFUMS DES FLEURS DE L'VENTAIL.--Dessins de
Shunr. 2 vol., 1784.

_Nozoki-Karakouri Yoshitsoun Yama-iri_, EXPDITION DANS LA MONTAGNE DE
YOSHITSOUN VUE DANS UNE BOTE  SPECTACLE.--Texte d'Ikoujimona
(pseudonyme probable de Hokousa) et dessin de Katsoukawa Shunr. 2 vol.,
1784.

_Onnn Oujino Hotaroubi_, LA HAINE TRANSFORME EN FEU LES LUCIOLES
D'OUJI.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1785.

_Oyayuzouri Hanano Kmy_, LA GLOIRE DU NEZ VENANT DE L'HRITAGE D'UN
PARENT.--Dessin de Goummatei, Shunr chang de nom. 3 vol., 1785.

_Ni-iti tnsakou Nisshinno isshin_, LA DIVISION DE L'ARITHMTIQUE.--Texte
de Tsoush et dessins de Shunr. 3 vol., 1786.

_Znzn Taheiki_, HISTOIRE ANTRIEURE  L'HISTOIRE DE LA PAIX. (La paix
qui a suivi la lutte des Taira et Minamoto.)--Texte d'Ounobor-Sanjin et
dessins de Shunr. 4 vol., 1786.

_Waga-iy rakouno Kamakoura-Yama_, MON INSOUCIANCE  MA MAISON DE CAMPAGNE
DE KAMAKOURA.--Texte de Goummatei. 2 vol., 1786.

_Jiwara-mompino Nakanotch_, LA RUE DU MILIEU AUX JOURS DE GRANDES
TOILETTES.--Texte de Hakousek et dessins de Goummatei. 3 vol., 1786.

_Jhinkki Nihiki Moutsouzouki_, LES DEUX RATS DANS LE PREMIER MOIS D'APRS
L'ARITHMTIQUE POPULAIRE, LE JHINKKI.--Texte de Tsoush et dessins de
Goummatei, nombre de volumes inconnu, 1788.

_Foukou kitarou War Kadomatson_, LE PIN  LA PORTE DU VISAGE SOURIANT O
ARRIVE LE BONHEUR.--Texte de Tsoush et dessins de Shunr, 2 vol., 1789.

_Kousakimo Nabikou shirikourab_, L'ODEUR ALLCHANTE DU CONCOURS DES
FESSES.--Texte de Knt et dessins de Shunr. 2 vol., 1789.

_Rekkasn Kiojitson Tnzan_, LE CALCUL DES VRITS ET DES MENSONGES
DES SIX POTES.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1789.

_Rgou sndakou Banashi_, CONTE D'UNE BLANCHISSEUSE DU PALAIS DES DRAGONS.
--Dessins de Shunr, 2 vol., 1791.

_Mibouri kawaro Nadano Fourisod_, L'IMITATION DE LA VOIX ET DES GESTES
D'UN CLBRE ACTEUR EN SA BELLE ROBE.--Texte de Shink et dessins de
Shunr. 2 vol., 1791.

_Nouy Yorimasa Meikano Shiba_, LA POPULARIT DE LA POSIE SUR LA LGENDE
DU GUERRIER YORIMASA ET DU MONSTRE NOUY.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1792.

_Moukashi-moukashi Momotaro Banashi_, L'ORIGINE DU CONTE DE MOMOTARO.
--Texte de Kidn et dessins de Shunr. 3 vol., 1792.

_Himpoukou Foutamata Dtch-no Ki_, CONTE DU VOYAGE DES DEUX ROUTES DE LA
PAUVRET ET DE LA RICHESSE.--Texte de Kidn et dessins de Shunr, 3 vol.,
1793.

_Ti-y shida Hakon-zoum_, AVEC L'INTELLIGENCE ON SURMONTE LES
DIFFICULTS DE LA PASSE DE HAKON.--Texte de Haroumitino Kousaki et
dessins de Shunr. Nombre de volumes inconnu, 1793.

_Azouma Daboutsou Momiji Meisho_, LA CLBRIT DE L'RABLE ET DU GRAND
BOUDDHA DE YDO.--Texte et dessins de Hakousanjin Kak (pseudonyme et
autre nom de Hokousa)... vol., 1793.

_Foukouju-Ka Mourino Shinadama_, UNE TOILE DE L'OCAN DU BONHEUR ET DE
LA LONGVIT SANS LIMITE.--Texte de Bakin et dessins de Shunr. 3 vol.,
1794.

_Nozokimi Tatoyno Foushi-ana_, LES PROVERBES VUS  TRAVERS UN TROU DE
MUR.--Texte de Tsoubohira et dessin de Shunr. 2 vol., 1794.

_Mousoumno Tomozouna_, LE CORDON D'UNE FILLE.--Texte de Kiorori et
dessins de Tokitar Kak (Tokitar, prnom de jeunesse de Hokousa).
2 vol., 1794.

_Asahina Ohighno-tiri_, LA POUSSIRE DE LA BARBE D'AHAHINA.--Texte de
Jihinari et dessins de Hokousa... vol., 1796.

_Bakmono Yamito Honz_, HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES DU JAPON.
--Texte de Kidn et dessins de Kak. 3 vol., 1798.

_Kamado Shgoun Kanriakou no-maki_. LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU.
--Texte et dessins de Tokitar Kak. 3 vol., 1800.

_Gukano baka Hanano-ouy Oiti-Tngou_, TNGOU TOMB DU HAUT DE SON NEZ
DANS LE MONDE BTE D'ICI-BAS.--Texte de Jakousei et dessins de Goummatei,
Shunr chang de nom. 3 vol., 1801.

_Tigo Monju Osana-kikoum_, L'DUCATION DES ENFANTS D'APRS L'ENFANCE DE
BODHI-SATTAWA MONJU.--Textes et dessins de Kak. 3 vol., 1801.

_Mouna zanny Ousono Tana-oroshi_, L'INVENTAIRE DES MENSONGES DRESS PAR LE
COEUR.--Texte et dessins de Tokitar Kak. 3 vol., 1803.

_Boutchh Sokouski riri_, LA CUISINE AU HASARD.--Texte et dessins de
Tokitar Kak. 3 vol., 1803.

_Sangokou Wakaran Zatsouwa_, LA CONVERSATION INCOMPRHENSIBLE EN TROIS
LANGUES (japonais, chinois et hollandais).--Texte de Onitak et dessins de
Kak. 2 vol., 1803.

_Ahah Shinkir_, LE PALAIS DU MIRAGE OU LES VICISSITUDES HUMAINES.
--Texte et dessins de Kak. 3 vol., 1803.

_On-a Sarouno Ada-outi_, LA VENGEANCE D'UN SINGE AFFECTIONN.--2 vol.,
dont le premier dessin par Toyokouni et le second par Kak; texte de
Kiorori, 1804.

_Ouwaki-zshi_. LE ROMAN DES CAPRICES AMOUREUX.--Texte de Ran-i et dessins
de Hokousa. 3 vol., 1806.

_Ykoun misao Rnrino Motibana_, LA FLEUR DE FIDLIT D'UNE COURTISANE
ENVERS SON AMANT.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 2 vol., 1807.

_Kataki-outi Migawari Mig_, LA VENGEANCE ACHEVE GRCE  UNE PROTECTION
MYSTRIEUSE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808.

_Yriakou Onna Kikoun_, L'DUCATION DE LA FEMME DANS L'HROSME.--Texte
de Ikkou et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Kataki-outi Moukouhino Aoyaghi_, LE SAULE PLEUREUR DANS UNE HISTOIRE DE
VENGEANCE.--Auteur inconnu et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808.

_Shimpn Tsoukino Koumasaka Banashi_, NOUVEAU CONTE SUR KOUMASAKA, BRIGAND
DE LA LUNE.--Texte et dessins de Tokitar Kak... vol., 1811.

_Tamakoushigh Ishidmarou Monogatari_, CONTE SUR ISHID-MAROU OU LA BOITE
AU PEIGNE DE JADE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 3 vol., sans
date.

_Tokoymou_ (nom d'un personnage de ce roman, dont le titre, le nombre de
volumes et la date sont inconnus).--Texte de Tsoush et dessins de
Shunr.


                             Romans illustrs.

Le format de 23 centimtres de hauteur sur 16 centimtres de largeur.
Chaque volume contient de 30  40 pages, et de 3  5 dessins en planches
doubles, sauf le 1er volume toujours embelli de 4 ou 5 planches extra,
tires avec soin sur papier de luxe.

_Yhon Azouma foutaba nishiki_, LE BROCART DES DEUX POUSSES D'UNE PLANTE
DE L'EST.--Texte de Kobda Shighrou et dessins de Hokousa, fou de
dessin, 5 vol., 1805.

_Shimpn Souiko Gwadn_, LA NOUVELLE TRADUCTION DE SOUIKO-DN AVEC
ILLUSTRATIONS.--Ouvrage en 90 vol., paru dans l'ordre suivant:

1e section, 10 vol. traduits par Kiokoutei Bakin et illustrs par
Katsoushika Hokousa, 5 vol. en 1805 et 5 autres en 1807.

2e section, 10 vol. traduits par Taka Ranzan et illustrs par Hokousa,
parus seulement en 1829.

3e  9e sections; sections galement traduites par Taka Ranzan et
illustres par Hokousa, parues successivement par srie de 10 vol. la
section, mais nous n'avons pas les dates.

_Tamano Otiho_, L'PI DE PERLES TOMB.--Texte de Hohda Shighrou et
dessins de Hokousa. 10 vol. dont 5 parus en 1806, et 5 en 1808.

_Kataki-outi Ourami Kouzounoha_, LA VENGEANCE D'UNE RENARDE HAINEUSE OU LA
LGENDE DE KOUZOUNOHA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 5 vol.,
1807.

_Sonono Yuki_, LA NEIGE DU JARDIN.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa.
5 vol., 1807.

_Soumidagawa Bar Shinsho_, LE PRUNIER ET LE SAULE PLEUREUR DE LA RIVIRE
SOUMIDA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 6 vol., 1807.

_Tchinstsou Yamihari Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU
CAMLIA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 28 volumes en 5 sections
dont la 1re, 6 vol, en 1807; les 2e et 3e, 6 vol. de chaque, en 1808;
les 4e et 5e, 5 vol. de chaque, en 1811.

_Shin Kasan Gudatsou Monogatari_, LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE
KASAN.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 5 vol., 1807.

_Sanshiti Zndn Nankano Yum_, LE RVE DU CAMPHRIER DU SUD OU L'HISTOIRE
DE SANKATSOU ET HANSHITI.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 16
volumes en 3 sections: la 1e, 6 vol., 1808; les 2e et 3e, 10 vol. ont paru
en 1811, sous le nouveau titre de _Nanka Kki_, LE CONTE SUPPLMENTAIRE DU
RVE DU CAMPHRIER DU SUD.

_Rag-Ajari Kwaso-dn_, LE RAT MONSTRE DU PRTRE RAGO.--Texte de Bakin
et dessins de Hokousa. 8 vol. en 2 sections. 1808.

_Yuriwaka Nozouyno Taka_, LE FAUCON DE YURIWAHA.--Texte de Mantei Sba et
dessins de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Awano Narouto_, LES GOUFFRES D'AWA.--Texte de Rtei Tanhiko et dessins
de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Shimoyono Hoshi_. LES TOILES D'UNE NUIT O IL GLE.--Texte de Tanhiko
et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Ounamoji Nouy Monogatari_, LE CONTE SUR NOUY, crit en lettres de
femme.--Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Kanadhon Gonitino Bounsh_, L'HISTOIRE DES FIDLES VASSAUX APRS LA
VENGEANCE.--Texte de Tatkawa Ymba et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808.

_Hidano Takoumi Monogatari_, L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTE DE HIDA.--Texte de
Rokoujuyn et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808.

_Foutatsou Tchtcho Shirato Zshi_, LES DEUX PAPILLONS ET LA SOIE BLANCHE
OU LES DEUX LUTTEURS. Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousa
Tokimasa (un des prnoms de Hokousa). 5 vol., 1809.

_Nourghinou Zshi_, LE ROMAN D'UNE ROBE MOUILLE.
--Texte de Shakou-yakoutei et dessins de Hokousa.
--Le nombre de volumes et la date inconnus.

_Kohino Oukihashi_, LE PONT IMAGINAIRE DE L'AMOUR.--Texte de
Rakou-rakou-an Tyei et dessins de Hokousa, 1re section, 3 vol., 1809.

_On-y Imos-yama_, LES FIANCS ISOLS SUR DEUX MONTAGNES EN
FACE.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousa. 6 vol., 1810.

_Tiyosaki-him Shitihngh Monogatari_, LES SEPT TRANSFIGURATIONS DE LA
PRINCESSE TIYOSAKI.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousa. 5 vol.,
sans date.

_Stano-Hashi Rijo Hondji_, LA FEMME-DRAGON DU PONT DE STA ou _Tawara
tda Rkoden_, LE VIEUX RENARD DU GUERRIER TAWARA TDA.--Texte de Rtei
Tanhiko et dessins de Hokousa. 3 vol., 1811.

_Hokou-itsou Kidan_, LES LGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE
YTIGO.--Texte et dessins de Tatibana Shighyo, augment des dessins de
Hokousa Rashin (un des noms ports par Hokousa), 6 vol., 1811.

_Matsouw Monogatari_, L'HISTOIRE DE MATSOUW.--Texte de Kohda Shigrou
et dessins de Hokousa. 6 vol., 1812.

_Aoto Foujitsouna Mori-an_, LES DESSINS DU JUGE AOTO.--Texte de Bakin et
dessins de Hokousa Rashin. 10 vol., en 2 sections, 1812.

_Ogouri Gwadn_, LA LGENDE SUR LE PRINCE OGOURI.--Texte de Kohda
Shighrou et dessins de Hokousa. 5 vol., 1814.

_Beibei Kidan_, LE CONTE VILLAGROIS DES DEUX ASSIETTES.--Texte de Bakin
et dessins de Tato, prcdemment Hokousa. 8 vol., 1815.

_Tk Tchrai Foushi_, LA MORALIT DES CHANSONNETTES ITAKO-BOUSHI.--Texte
de Ymba et dessins de Hokousa. 5 vol., 1817.

_Shakouson Itidaki Zouy_, LA VIE DE AKIAMOUNI.--Texte de Yamada Isa
et dessins de Hokousa. 6 vol., 1839. Cet ouvrage est d'un format de 18
centimtres de largeur sur 25 centimtres de hauteur.

_Yhon Kan-So Goundan_, LA GUERRE DES DEUX ROYAUMES DE KAN ET DE SO.
--Texte de Shri Sadataka et dessins de Katsoushika I-itsou Manjirjin
(Le vieillard Manji ou Katsoushika I-itsou noms divers de Hokousa).
20 vol., en 2 sections. 1845.

_Gunji Ittshi_, LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO.
--Texte de Shtei Kinsoui et dessins du vieillard Hatiymon, Hokousa
I-itsou. 5 vol., 1846.

Sanshoday, nom du personnage du roman pris pour le titre.--Texte de
Oumbori Kokouga et dessins Hokousa.--Le nombre de volumes et la date
d'dition sont inconnus. L'auteur a crit autour de 1800.


                           Livres de dessins.

Les _Yhon_, littrairement _livres de dessins_, ainsi appels  cause de
la reliure semblable aux livres ordinaires, et par opposition aux _J_,
albums faits avec du beau papier repli dans une couverture de luxe.

Il y a 3 formats dans les livres de dessins:

1 Le _grand_ ou _Oh-hon_, 26 centimtres de haut sur 18 de large.

2 Le _moyen_ ou _Tchhon_, 23 centimtres de haut sur 16 de large.

3 Le _petit_ ou _Kohon_, 18 centimtres de haut sur 13 de large.


LIVRES DU GRAND FORMAT.

_Yhon Rihitsou_, LE LIVRE DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Les paysages
et les plantes par Rikkosa de Ohsaka, les personnages et animaux par
Hokousa Tato de Ydo. 1 vol., 1817.

_Rihitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Le titre
donn aux seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus.

_Hokousa Gwaki_, LE MIROIR DU DESSIN DE HOKOUSA--1 vol., 1818, sign:
Katsoushika Tato.

_Dnshin Gwaki_. LA TRANSMISSION DE L'ESPRIT DU DESSIN QUI EST LE REFLET
DU COEUR.--Sign: Katsoushika Tato, autrefois Hokousa. Titre du second
tirage, dans la mme anne, de l'ouvrage ci-dessus.

_Shywa Itiran_, UN COUP D'OEIL SUR LES DESSINS REMARQUABLES.--Titre que
porte le tirage en couleurs, du Hokousa Gwaki, tirage trs postrieur
dans lequel on supprima 4 folios (18  21).

_Hokousa Gwashiki_, LA MTHODE DU DESSIN DU HOKOUSA.--Sign:
Katsoushika Tato, ci-devant Hokousa. 1 vol., 1819.

_Hokousa Sogwa_, LES DESSINS GROSSIERS DE HOKOUSA.--Sign: Katsoushika
Tato. 1 vol., 1820.


LIVRES DU FORMAT MOYEN.

_Hokousa Mangwa_. LES TUDES LIBRALES DE HOKOUSA--15 vol., parus dans
l'ordre suivant:

1er vol., 1812; 2e vol., 1814; 3e vol., 1815; 4e vol., 1816; 5e vol., 1816;
6e vol., 1817; 7e vol., 1817; 8e vol., 1818; 9e vol., 1819; 10e vol., 1819;
11e vol., 1834; 12e vol., 1834; 13e vol., 1849; 14e vol., 1875; 15e vol.,
1879.

_Odori Hitori Keiko_, LA LEON DE DANSE PAR SOI-MME.--Invention et
dessins par Katsoushika Hokousa, et revus et corrigs par Foujima
Shinzabro, matre de danse. 1 vol., 1815. Il y a le tirage de 1835 en 2
vol.

_Santa Gwafou_, LES TROIS FORMES DE DESSIN.--Sign: Tat, Hokousa
chang de nom. 1 vol., 1816.

_Ippitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS  UN SEUL COUP DE PINCEAU.
--Invention de Foukouznsa et l'ide continue par Hokousa Tato,
1 vol., 1823.

_T'chgki souikodn Yhon_, LES PERSONNAGES DE SOUIKODEN.--Sign: I-itsou,
autrefois Hokousa. 1 vol., 1829.

_Dtch Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DU VOYAGE (de Ydo  Kito).
--Sign: I-itsou, autrefois, Hokousa. 1 vol., 1830.

_Feugakou Hiakkei_, LES CENT VUES DE FOUZI-YAMA.--Sign: Manji, vieillard
fou de dessin. 3 vol., la 1re, 1834; la 2e. 1835, et la 3e, sans date.

_Shin Hinagata_, LE NOUVEAU MODLE POUR LES OUVRIERS.--Sign: Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1836.

_Yhon Sakigak_, LES HROS DE LA CHINE ET DU JAPON.--Sign: Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1836.

_Yhon Mousashi Aboumi_, LES TRIERS DU SOLDAT ou le _2e volume de
Sakigak_.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa.
1 vol., 1836.

Yhon Wakan Homar, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON.--Sign: Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1850.

_Manjiw Shitson Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS CURSIFS DU VIEILLARD
MANJI.--Sign: Le vieillard Manji, autrefois Hokousa. 1 vol., 1843.
Ce volume a t dessin en 1833, et porte une prface de 1834; mais on ne
connat que l'dition de 1843.

_Shoshin Gwakan_, LES MODLES DE DESSINS POUR LES COMMENANTS.--1 vol.
Le titre qui porte le retirage du _Shitsou Gwafou_ ci-dessus avec huit
dessins de moins.

_Hokousa Mangwa Sohitsouno-bou_, LA PARTIE DIT PINCEAU CURSIF DE LA
MANGWA DE HOKOUSA.--Le titre que porte un autre retirage trs postrieur
de _Shitsou Gwafou_. Les sept dessins y manquent galement. Le tirage est
colori mdiocrement.

_Hokousa Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DE HOKOUSA.--3 vol., 1849.

Cet ouvrage n'est qu'une rimpression, en format rduit, de _Hokousa
Gwashiki_ et de _Hokousa Sogwa_, avec un dessin de moins, et quatorze de
plus.

_Hokousa Gwayn_, LE JARDIN DES DESSINS DE HOKOUSA.--3 vol.

Ces 3 volumes ne sont qu'une rimpression tout  fait moderne
de diverses pages des livres de Hokousa, de Hokkei,
de Hokou-oun, de Hiroshigh, de Keisa-Yoisen, etc.


LIVRES DU PETIT FORMAT.

_Imay Kouishi Kisrou Hinagata_, MODLES DE PEIGNES ET DE PIPES  LA
MODE.--Sign: Katsoushika, I-itsou, autrefois Hokousa. 3 vol. dont 2 de
peignes, 1822 et 1 de pipes, 1823. Ces volumes sont en largeur.

_Riakougwa Haya Shinan_, LEON RAPIDE DU DESSIN CURSIF.--Sign:
Katsoushika Tato, prcdemment Hokousa. 2 vol., 1812 et 1814.

_Gwad Hitori Keiho_, LEON DE DESSIN PAR SOI-MME.--1 vol. 1815. Ce
volume fait le 3e du _Haya Shinan_.

_Yhon Hayabiki_, RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN.--Sign: Tato, autrefois
Hokousa. 2 vol., 1816 et 1819. Ces deux volumes constituent les 4e et 5e
vol. de _Hayashinan_.

_Nagashira Moushabouroui_, RPERTOIRE DES SUJETS GUERRIERS.--Sign
I-itsou autrefois Hokousa. 1 vol., 1841. Ce vol. fait le 3e vol. de
_Hayabiki_ et 6e vol. de _Hayashinan_.

_Hokousa Mangwa Hayashinan_, LEON RAPIDE DU DESSIN ARBITRAIRE DE
HOKOUSA.--Titre que porte un retirage d'un certain nombre de pages des 3
premiers volumes de _Hayashinan_. 1 vol.

_Shingata Komantch_, NOUVEAUX DESSINS POUR LES IMPRESSIONS D'TOFFE.
--Sign: Hatsoushika I-itsou. 1 vol., 1824.

_Hokousa Moy Gwafou_, RECUEIL DES DESSINS D'TOFFE DE HOKOUSA.--Titre
port par un retirage moderne de l'ouvrage ci-dessus.

_Yhon Sashiki-tsou_, TRAIT DU COLORIS.--Sign: Manji, vieillard fou de
dessin. 2 vol., 1848.

_Soshin Ydhon_, MODLES DE DESSIN POUR LES TOUT COMMENANTS.--Non sign
et sans date. 1 vol.

Ce petit volume est en forme d'album, et imprim en couleur. D'aprs le
style, il parat avoir t fait en 1812, comme supplment du 1er volume de
_Hayashinan_.


                  Ouvrages divers illustrs par Hokousa.

_Adadhon Tsoushin Mouda_, ALLUSION  L'PISODE DES 47 RNINS.--Texte de
Kogan Atsoumarou et dessins de Hokousa. 1 vol. (format petit), 1803.
Le second volume de cet ouvrage annonc n'a pas paru.

_Jdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DES DEUX SOEURS.--Texte de Jippnsha
Ikkou. 2 vol., petit format: le premier illustr par Hokousou et le
deuxime par Hokousa, 1811.

_Jrouri Zekkou_, PRINCIPAUX SUJETS DES DRAMES.--Auteur inconnu et dessins
de Hokousa, avec collaboration de Bokousn. 1 vol., format moyen, 1815.

_Yhon Teikin Ohra_, L'DUCATION DANS LA FAMILLE SOUS FORME DE
CORRESPONDANCE.--Ouvrage ancien, aux dessins signs: I-itsou, autrefois
Hokousa. 3 vol., format moyen, le premier 1828, le deuxime 1848, et le
troisime sans date.

_Tshisen Yhon_, LES POSIES DES THANG ILLUSTRS.--Commentaire par Taka
Ranzan. 10 vol. en deux sections: les premiers 5 vol. signs: I-itsou
autrefois Hokousa, format moyen, 1833; les deuximes 5 vol. signs:
Man-, le vieillard fou de dessin, 1836.

_Yhon Tshisen Gogon-zkkou_, ILLUSTRATION DES POSIES DES THANG, _partie
de cinq caractres par ligne_.--2 vol., format moyen, sign: I-itsou,
autrefois Hokousa (signature de 1883), publi en 1880.

_Yhon Koboun Kki_, LA PITI FILIALE ILLUSTRE.--Texte en chinois
ancien et dessins du vieillard Manji, autrefois Hokousa, 2 vol., format
moyen, 1835.

_Ykon Tchki_, ILLUSTRATION DE LA FIDLIT ENVERS LE MATRE.--Ouvrage
chinois, 1 vol., format moyen, 1834. Dessins de Manji, autrefois
Hokousa.

_Yhon Snjimon_, LE POME EN MILLE CARACTRES DIFFRENTS.--Ouvrage
chinois illustr par Katsoushika I-itsou autrefois Hokousa. 1 vol.,
format moyen, 1834.

_Wakan Inshitsoudn_, EXEMPLES CHINOIS ET JAPONAIS DES CONSQUENCES DES
BONNES OU MAUVAISES ACTIONS INAPERUES.--Texte de Fouji-i Rasa et
dessins de Manji le vieillard fou de dessin. 1 vol., format moyen, 1840.

_Yhon Onna Imagawa_, L'ILLUSTRATION DE IMAGAWA POUR L'USAGE DES
FEMMES.--Exemplaire o la signature et la date manquent. 1 vol., format
moyen (1844?).


        Ouvrages divers renfermant un ou deux dessins de Hokousa.

_Hitori Bokkou_, RECUEIL D'AUTOGRAPHES ET DE DESSINS.--Une planche de
Hokousa, fou de dessin dans le second volume. 2 vol., grand format,
1801.

_Katsoushika Zoushi Tgouri-boun_, LE PAYS DE KATSOUSHIKA.--Un dessin de
Hokousa.--1 vol., format moyen, 1813.

_Hwankon Shiri_, PAPIERS JETS.--Texte de Tanhiko avec quelques dessins
et fac-simil de I-itsou. 2 vol., grand format, 1826.

_Bongwa Hitori Keiko_, LEON DU DESSIN AU SABLE.--Texte de Mme Tsouskihana
Yei, avec un dessin de I-itsou. 1 vol., petit format en largeur, 1828.

_Nikk Sanshi_, DESCRIPTION DE LA MONTAGNE DE NIKK.--Au quatrime vol.
2 planches de cascades par Manji, vieillard, fou de dessin. 5 vol.,
grand format, 1837.

_Rtsoujo Hiakounin Isshu_, CENT POTESSES.--Portraits par Toyokouni et
petits dessins par le vieillard Manji de Katsoushika. 1 vol., petit
format, 1847.

_Shga Hiakounin Isshu_, CENT POTES ARTISTES.--Les dix premiers folios
par Manji le vieillard de 88 ans. 1 vol. petit format, 1848.

_Zokou Yeigu Hiakounin Isshu_, CENT POTES GUERRIERS.--Les quinze premiers
folios par le vieillard Manji autrefois Hokousa. 1 vol., petit format,
1849.

_Guirtsou Hiakounin Isshu_, CENT POTES HROS.--15 dessins du vieillard
Manji. 1 vol. petit format, 1850.

_Kwatch Fougatsow_, RECUEIL DES POSIES KIKA SUR LES FLEURS, LES
OISEAUX, L'AIR ET LA LUNE.--Ouvrage illustr par Hokousn avec quelques
dessins de Hokousa. 1 vol., format moyen, 1824.

_Ressn Gwazsh_, POTES COMPARS AUX HERMITES.--Recueil des posies
Kika, avec dessins de I-itsou, autrefois Hokousa 3 vol., format moyen,
1829.


                      Livres de dessins en couleur.

_Tto Meisho Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES VUES CLBRES DE YDO, par
Hokousa Tokimasa. 2 vol., grand format, 1808.

_Tto Shkei Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES BELLES VUES DE YDO, titre que
portent les seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus. 2 vol., grand format,
avec la mme date.

_Yhon Azouma Asobi_, PROMENADE DE YDO.--Hokousa. 2 vol., grand format,
1802.

Cet ouvrage n'est autre que le tirage en couleur des dessins seuls du
_Azouma Asobi_, imprim en noir, en 1800, avec beaucoup de posies, et
formant un seul volume.

_Yama Mata Yama_, MONTAGNES ET MONTAGNES.--Hokousa. 3 vol. grand format,
1804.

_Soumidagawa Rigan Itiran_, COUP D'OEIL DES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA.
--3 vol. grand format, 1806.

_Isosouzou-gawa Kika gourouma_, CINQUANTE POTES DE KIKA, par Hokousa
Tokimasa.--1 vol. grand format, 1802.

_Shgwa Itiran_, COLLECTION DE BEAUX DESSINS, titre que porte le tirage en
couleur et postrieur de _Hokousa Gwaki_, avec 8 pages de moins.

_Itakouboushi ou Tchra-zekkou_, CHANSONNETTES SUR L'AIR DU BATELIER.
--2 vol. petit format, 1801.

_Yhon Tchshin goura_, MAGASIN DES VASSAUX FIDLES, par Hokousa
Tokimasa.--2 vol. moyen format, 1802.

_Misoka Kouzoukago_, PANIER  PAPIER, AU 30 DU MOIS.--Recueil de posies
et de dessins, dont 4 par Hokousa, fou de dessin. 1 petit vol. mince,
1804.

_Kika Mouma Zoukoushi_, POSIES POPULAIRES SUR LES CHEVAUX.--Recueil de
Kika, avec un dessin de I-itsou, le vieillard fou de la lune. 1 petit
vol. mince, 1822.

_Onna Itida Yeigwash_, AGRMENTS DE LA VIE DES FEMMES.--Recueil de
posies, avec deux planches de I-itsou, autrefois Hokousa, et g de 72
ans. 1 vol. format moyen, 1831.


          Albums de posies Kika avec des planches en couleur.

                     Ces albums sont du grand format.

_Shunkijo_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, 2 vol., 1791 et 1798.--Un dessin
par volume sign: Sri et Hokousa Sri.

_Hatsou Wakana_, LE PREMIER LGUME VERT.--1 vol. Une planche de Hokousa,
Sri chang de nom, 1798.

_Sandara Kasoumi_, BRUME DE SANDARA.--1 planche de Hokousa Sri. 1 vol.,
1797.

_Yanaghino Ito_, CORDELETTES DE SAULE PLEUREUR.--1 planche de Hokousa
Sri. 1 vol., 1797.

_Dantka_, CHANT DE DANSE D'HOMME.--1 planche de Hokousa Sri. 1 vol.,
1798.

_Haka Shijikou zshi_, CAHIER DES QUATRE SAISONS.--1 planche de
Hokousa Tokimasa, Sri chang de nom. 1 vol., 1798.

_Hananoy_, L'ANE DES FLEURS.--2 planches signes: Hokousa, Sri
chang et Hokousa Tokimasa. 1 vol., 1798.

_Onna Sanj Rokkasn_, TRENTE-SIX POTESSES, par Yeishi, et une
composition par Hokousa, fou de dessin. 1 vol., 1801.

_Harouno Fouji_, FOUZI-YAMA AU PRINTEMPS.--Recueil de Kika, dont le
titre est perdu, mais parat, selon le texte, porter ce nom. 2 dessins
de Hokousa, fou de dessin. 1 vol. 1803.


                            Albums de dessins.

_Hokousa Shashin Gwafou_, ALBUM DES TUDES D'APRS NATURE DE HOKOUSA.
--15 planches en largeur. 1 vol. grand format, 1814.


                Albums de dessins originaux avec titre imprim
                      et vendus chez les libraires.

_Nikoushitsou Gwaj_, ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX ou _Zn Hokousa Manji-
Nikoushitsou Gwaj_ ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX DU VIEILLARD MANJI,
AUTREFOIS HOKOUSA.--Sign: Manji, le vieillard fou de dessin, g de 80
ans. Format en largeur. 29 centimtres de largeur sur 19 1 2 de hauteur,
1 vol. renfermant 12 dessins cursifs, coloris lger, 1839.

Cet ouvrage a t invent, excut et vendu par Hokousa,  la suite des
annes de famine.


                 Albums et livres de dessins du printemps.

_Kinohno Komatsou_, JEUNES POUSSES DE PINS.--Livres en couleur de format
moyen, 3 vol.

_Tsouma Kasan_, DOUBLE OCCUPATION.--Livres en format moyen, 3 vol.

_Foukoutokou Wagjin_, LES DEUX DIEUX D'UNION ET DE BONHEUR.--Livres en
couleur du format moyen, 3 vol.

SANS TITRE.--Album  couverture aux planches de bois laqu noir et dessin
or. 12 grandes feuilles en largeur, plies en deux, grands dessins tirs
sur un fond micac et coloris  la main, 1 vol.

NOTA.--Les autres albums ou livres rotiques attribus  Hokousa, sont de
ses lves.


                             Albums d'amateurs.

Il existe nombre d'albums faits par des amateurs, avec des estampes, ou
des sourimonos parus par srie, tels que les Potes, les Attributs du
Cheval, les Scnes des rnins, les Tkado, les 36 Vues de Fouzi-yama, les
Ponts clbres, les 8 Vues de Liou-Kiou, les cent Posies expliques par
la nourrice, les Fleurs, les Fleurs et Oiseaux, les Caricatures,
etc.

Ces dessins n'ayant pas t dits en albums, ils entrent dans la
classification des estampes et des sourimonos.

Les noms arbitrairement donns  ces albums, ne sont pas accepts par nous.


                            Livres parus ou non,
      mais dont on ne connat que le titre annonc dans des ouvrages.

_Gwatstsou_, ESTHTIQUE DU DESSIN, 1 vol.

_Hokousa Ringwa_, LE CALQUE, 1 vol.

_Hokousa Zank_, LA COMPOSITION ET LE DESSIN, 1 vol.

_Hokousa Gwakau_, MODLES DE DESSINS DE HOKOUSA. 3 vol.

_I-tsou gwafou_, ALBUM DE DESSINS D'I-ITSOU.

_Shnin Kagami_, ENCYCLOPDIE DES COMMENANTS. 3 vol.

_Meizan Shokei Shinzou_, PAYSAGES VRAIS DES MONTAGNES CLBRES. 1 vol.

_Ydou Hakkei Shinzou_, VRAIS DESSINS DES HUIT VUES DE YDO. 1 vol.

_Mitino Shiori_, INDICATEUR DU CHEMIN DES BEAUX PAYSAGES. 1 vol.

_Azouma Hiakounin Isshu Tamazousa_, LETTRES DES CENT POTES DE YDO. 1 vol.

_Manda Hiakounin Isshu Misao Bounsh_, EXPLICATION DES CENT POSIES.
1 vol.

_Tasei Hiakounin Tiykagami_, L'ESPRIT DE CENT PERSONNES. 1 vol.

_Risand Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX ROUTES DES MONTAGNES. 3 vol.

_Tchshingoura Jnidan_, LES DOUZE TABLEAUX DES SCNES DES RNINS.
1 vol.

_Yhon Katsoushika-bouri_, LE FAIRE DES DESSINS DE KATSOUSHIKA.

_Kigwa Katsoushika-bouri_, DESSINS COMIQUES A LA MANIRE DE KATSOUSHIKA.

_Yhon Nakout Nanakous_, LES SEPT MANIES DE LA PERSONNE QUI N'EN A PAS.

_Riakougwa Mousha Kagami_, DESSINS CURSIFS DES GUERRIERS.

_Noui-moy Tbikino Ito_, DESSINS DE BRODERIE.

_Yhon Tokibano Matsou_, LE PIN TOUJOURS VERT.

_Yhon Tiyno Ita_, LE JEU DES PLANCHES GOMTRIQUES.

_Yhon Irohagoura_, MAGASIN DE L'ALPHABET.

_Yhon Hitori Anna_, GUIDE POUR SOI-MME.

_Iitsou Sensei Keirokou Gwafou_, ALBUM DE DESSINS DU MATRE I-TSOU.

_Fougakou Hatta_, HUIT TATS DU FOUZI-YAMA.

_Gwato Fou-ou Sesshn_, DESSINS DU VENT, DE LA PLUIE, DE LA GELE ET DE
LA NEIGE.

_Yhon Oyakogousa_, MRES ET ENFANTS.

_Katsoushika Gwariba_, LA STRUCTURE DU DESSIN.

_Yhon Kounizoukoushi_, GOGRAPHIE DES PROVINCES.

_Yhon Hana-shikishi_, FLEURS DES QUATRE SAISONS.

_Ys Hiakkwasn_, CENT FLEURS D'HERBES.

_Hiakka Hijitsou_, ART PITTORESQUE DES CENT MATRES.

_Kigwa Sshitsou Hiakouyan_, DESSINS COMIQUES ET CURSIFS DE CENT YEUX.

_Hiakouju Hiakoufoukou_, CENT LONGVITS ET CENT BONHEURS.

_Onsn Hiakkei_, CENT VUES THERMALES.

_Ippiakou Jinn-zouy_, CENT DESSINS VENUS TOUT SEULS.

_Hiakouba Hiakouguiou_, CENT CHEVAUX ET CENT BOEUFS.

_Hiakkin Hikouj_, CENT ANIMAUX ET CENT OISEAUX.

_Guioka Hiakkei_, CENT VUES DES VILLAGES DE PCHEURS.

_Yhon Katsoushika Bounko_, LA MALLE DE PAPIERS DE KATSOUSHIKA.

_Yhon Gwadn_, LES TRADITIONS.

_Hankomi Ousou-zashiki_, LE COLORIS CLAIR.

_Gokou Soshitsou_, DESSIN EXTRMEMENT CURSIF.

_Jinboutsou Dompitsou_, DESSIN NGLIG DES PERSONNAGES.

Livres et Albums sont illustrs de planches en couleur ou en noir, mais
trs souvent les tirages en noir sont harmoniss  l'aide d'une teinte
grise, d'une teinte rose.




                                 POSTFACE

                            Par Lon Hennique


Qui remarque une paille dans l'oeil d'autrui n'aperoit pas toujours la
poutre qui crve le sien. Nous allons le montrer une fois de plus. J'ai
entre les mains (_Feuilles de Momidzi_, page 287) une vieille tude de
M. Lon de Rosny: Un mot aux amateurs de Japoniaiseries, tude o, aprs
avoir dclar qu'il se refuse  crire un article sur _Hokousa_, le
nouveau livre d'Edmond de Goncourt, il en crit un, dsagrable, avec
tranquillit; tude o il accuse pdantesquement ledit Edmond de Goncourt
d'avoir appel un pote chinois Lihacou, lorsqu'il se nomme Li-Ta-peh.

Le terrible empereur Tsin-chi Hoang-ti, ajoute M. de Rosny, qui fit
construire la grande muraille et brla les livres et les lettrs de son
heureux pays, lui aussi est cit par M. de Goncourt sous le nom de Shiko!

Il n'y a point  barguigner, je suis tenu de dcouvrir la paille dans
l'oeil du yamatophile incrimin. Yamatophile signifie, parat-il, amoureux
du Japon. Comment Edmond de Goncourt et son habituel conseiller, le
Japonais Hayashi, ont-ils pu se tromper de la sorte?... Coupables, oui,
plaidons coupables, je ne demande pas mieux... Cependant, pourquoi, en
mme temps, vois-je l-bas, au diable, malgr moi, un M. de Rosny coiff
d'un bicorne, et, le coupe-chou au poing, veillant sur ce qu'il croyait
tre son domaine?...

M. de Rosny fut un galant homme et un ethnographe. De son vivant, il
dchiffrait assez bien trois langues: la chinoise, la japonaise et la
corenne. Elles se ressemblent comme trois soeurs, du reste. Je consulte
quelquefois ses livres, quelquefois seulement, parce que les savants tels
que lui sont des rocs abrupts, lourds, ennuyeux, et que, pauvre ignorant,
j'aime  rencontrer  droite et  gauche, au cours de mes lectures,
les simples, les jolies fleurettes d'une rhtorique choisie; mais j'ai
consult ses livres, je les consulterai peut-tre derechef, tout est
possible... Et cela est un pont de M. de Rosny  ma personne; et cela
m'autorise  le joindre dans l'Empyre, une minute, et  lui affirmer, en
mon nom et en d'autres noms, que, s'il s'agit de l'art ou d'un artiste, ce
n'est, le cas chant, ni  lui, qui n'est pas artiste, ni  son rudition
que nous nous adresserons. Ce sera, de prfrence,  Edmond de Goncourt,
plus averti, plus affin, ou  Philippe Burty,  Thodore Duret, Henri
Vever, Gustave Geffroy, ou  MM. Revon, Focillon Louis Aubert, au groupe
serr de nos peintres et de nos dessinateurs. Car, vis--vis de la paille
dvolue  M. de Goncourt, voici la poutre que je trouve aux yeux de
M. de Rosny--va pour les  peu prs mdiocres,-- la fin de l'tude
Un mot aux amateurs de Japoniaiseries,--poutre devant craser net
l'illustre Hokousa et ses thurifraires. Nous en sommes.

Je cite, textuellement:

      Qu'on me permette un mot sur ce fameux Hok'sa, le peintre japonais
      fou de dessin dont M. de Goncourt est le pangyriste enthousiaste
      et au char de triomphe duquel il espre atteler le public amateur
      des grandes cocasseries artistiques.

Ouf!... Rcitons:

      J'aurais sans doute mauvaise grce, moi qui ai dit plus d'une fois,
      comme saint Franois Xavier, que les Japonais taient les dlices
      de mon coeur, de mdire sur n'importe lequel de leurs artistes et
      surtout sur ce brave Hok'sa dont j'ai le premier fait une courte
      mention dans la biographie gnrale de Firmin Didot, il y a une
      vingtaine d'annes...

Oh! si courte, si incomplte, la mention, M. de Rosny! Poursuivons:

      Hok'sa est,  coup sr, caricaturiste drle par moments, bizarre
      presque toujours. Ses nombreuses charges  outrance amusent un
      instant. On s'arrte quelques minutes avec plaisir sur les premiers
      cahiers de la Mangwa, on parcourt les autres un peu plus vite, on
      examine les derniers avec le pouce...

On, c'est M. de Rosny. Poursuivons encore:

      Je n'ignore pas qu'une telle dclaration est de nature  arracher
      des cris d'horreur  certains bibliophiles, et, pour cause,  un bon
      nombre de marchands de curiosits. Aussi bien qu'eux tous, j'apprcie
      parfois l'ancien art japonais, mais je juge qu'on a beaucoup surfait,
      chez nous, quelques-uns de ses choryphes... Mais, en feuilletant les
      oeuvres d'Hok'sa, on a parfois la vellit de dire qu'il a ralis
      l'idal du grotesque. Hok'sa, d'ailleurs, n'est devenu un artiste
      hors ligne aux yeux de ses compatriotes que depuis le jour o nous
      nous sommes aviss _de rire un peu, pas bien longtemps_, de ses
      croquis fantaisistes et ensuite de les admirer _par genre, sans
      mesure et  tort et  travers_.

Halte! Brisons-l cette mauvaise humeur, l'pilogue ne nous apprendrait
rien de neuf. On a lu et on a dj hauss les paules. De quel ct
sont l'ignorance et la niaiserie? Du ct des Japonisants ou du ct de
l'ethnographe?... Je me demande, pour ma part, si, lorsqu'il voulut crire
son tude, M. de Rosny, traducteur d'un trait sur l'ducation des vers 
soie, connaissait  fond Katsushika Hokousa. Et je me hte de rpondre:
non, puisqu'il ne s'occupa que du moindre aspect de ce Prote, _du
caricaturiste qui le faisait rire un peu, pas bien longtemps_. Ce _bon_
M. de Rosny n'a donc pas l'air de se douter que le _brave_ Hokousa est
l'inventeur d'une oeuvre immense, qu'il a tout essay et tout russi sous
des appellations diverses: Shiunr, Tokitaro, Tokimasa, Seshin, Tato,
Katsushikano, Iitsou et Manrdjin, le vieillard fou de dessin. Il n'a
pas l'air de savoir davantage que nos impressionnistes ont enrichi leur
technique de celle que nous apportrent les artistes nippons,  commencer
par Hokousa.

Je n'ai pas l'intention de narrer l'existence de ce grand homme; maints
critiques l'ont raconte avec ferveur, avec talent. Edmond de Goncourt
les prcda, fut disert et renseign autant qu'il pouvait l'tre en 1896.
Mentionnons nanmoins qu'Hokousa, nou  un labeur formidable jusqu'au
terme de sa trs longue carrire, fut une sorte de nomade archimconnu par
les plus titrs, les plus magnifiques de ses contemporains, regard par
les autres comme un matre sans doute, mais comme un matre adonn  un
petit art,  l'art _vulgaire_, indigne de l'art noble et de l'Histoire,
ce jardin o s'taient panouis les rosiers de Tosa et de Kano. Grave
injustice  l'gard d'un semblable historien, d'un peintre aussi
parfaitement distingu de la femme, de l'oiseau, de la fleur et du
paysage! C'est elle qu'avait enfourche M. de Rosny lorqu'il s'avisa de
vilipender Hokousa. Au nom de qui, au nom de quoi osa-t-il tre plus
Japonais que les Japonais d' prsent? Eux, ont oubli les prventions de
nagure, de l'poque o leur archipel tait clos de fils barbels, et ils
admirent comme nous Franais, Anglais, Hollandais.

Hokousa illustra seul plus de cent vingt ouvrages, dont l'un, le
_Souiko-Gwaden_, compte quatre-vingt-dix tomes; il a collabor  une
trentaine de volumes. Le tas se forme avec les livres jaunes, livres
populaires; le tas grossit avec des promenades orientales et occidentales,
des coups d'oeil aux lieux clbres, des manuels pratiques pour
dcorateurs et artisans, une vie de akiamouni, une conqute de la Core,
des contes, des lgendes, des romans, des biographies de hros, d'hrones,
des trente-six et des cent potes, avec des recueils de chansons; et
le fate se couronne par de multiples albums d'oiseaux, de plantes, de
patrons  la mode nouvelle, par des livres d'ducation, de morale,
d'anecdotes, de croquis fantaisistes ou d'aprs nature, etc... etc...
Hokousa a tout abord, tout russi, je le rpte. Il fut abondant, vari,
gnial, n'en dplaise  M. de Rosny; il accumula dessins sur dessins,
estampes sur estampes, nous y enseigna ses compatriotes, leurs travaux
et leurs plaisirs, le peuple de la rue, celui des champs et de la mer.
Il nous mena des brillantes courtisanes, soies et broderies,  large noeud
de ceinture tal contre la poitrine et le ventre, au loqueteux sordide,
estropi; puis vers des apparitions, des imaginations fantastiques, les
plus terribles et les plus mouvantes que je sache. Le meilleur, selon moi,
des Tchou-Chin-Goura, srie de planches o l'on assiste  la vengeance
et au triomphe des quarante-sept fidles Ronins, est de lui. Quel pieux
hommage il rendit  la montagne sacre du Japon, au Fuji, par le moyen
du livre et de la gravure! J'ai vu d'Hokousa quantit de sourimonos
charmants, gaufrs, rehausss d'ors et d'argentures, nombre d'ventails
fragiles et dlicieux, de kakmonos pleins de grce ou d'une puissance
inattaquable. L'un d'eux nous prsentait Yama-Uba, mre de Kentoki,
l'enfant rouge, une Yama-Uba chevele, bleue et verte, rayon de soleil,
joie du regard et de l'esprit. L'autre, chez Octave Mirbeau, figurait un
aigle robuste, fauve, l'oeil implacable. Debout sur un pic, la bte avait
mine d'empereur, inspectait l'horizon; elle attendait; elle tait prte
 jaillir,  dchirer et  dvorer toute proie. Je me souviens en outre
d'avoir vu, du mme Hokousa, encadres d'une toffe rostre, deux ttes
frachement coupes. La premire, celle d'un barbon, gisait blafarde,
ruisselante de sang, et la deuxime tait celle d'un jeune homme, les
paupires fermes, la mchoire  peine tache de pourpre, une mchoire sur
laquelle un petit lzard avait lu domicile, se complaisait  la dernire
tideur du mort. Je jure aux mnes de M. de Rosny que ces trois pices ne
sentaient point la caricature, le grotesque, ne dilataient aucune rate,
pas plus que les prcdentes.

Pour comprendre d'ailleurs, l'art d'un peuple lointain, trs particulier,
il ne suffit gure d'apprendre plus ou moins bien la langue de ce peuple:
il faut avoir pntr son me, son got; il faut s'tre fait l'colier
docile de cette me et de ce got. Quelques privilgis, par hasard, don
naturel, ont eu la chance d'viter l'cole, mais ils sont rares. Aux gens
que hante le Japon et qui le recherchent, je conseillerai, s'ils veulent
aller vite, de lire d'abord les oeuvres de Lafcadio Hearn, ce professeur
anglais chou, un matin, aux rivages du Soleil Levant, ce vigoureux
observateur qui, frapp d'admiration pour la force et le vouloir japonais,
devint Japonais, puis pousa une indigne. La lecture termine,--nul ne
s'y morfondra une seconde,--on peut frquenter les artistes du prcieux
empire, les anciens  l'aveuglette et les quasi-modernes avec prudence.
On y constatera qu'ils abandonnrent tout  coup leurs initiateurs, les
Chinois. La raison de cette volte-face?... L'amour, l'extase profonde
qu'ils ressentirent  exprimer la patrie. Ils l'ont aime passionnment;
ils ont chri sa beaut, sa clart, ils se sont ingnis  reproduire
sa vie par le coeur--l'expression est de Toriyama Sekiyen, au sujet des
_Insectes_ d'Outamaro;--ils ont peint leur Japon quand il pleut, quand il
vente, quand il neige, lorsqu'il s'veille ds l'aube, ou s'agite ivre de
lumire, ou dort gav de nuit noire et au clair de lune. Les cerisiers y
dressent perptuellement leurs bouquets radieux, les pins et les bambous y
foisonnent sous la brise ou dans la tempte. Affection heureuse, travail
incessant! Hokousa est le rsum d'une foule. On me dsignera des
peintres plus lgants, plus coloristes: il n'en est pas un de plus mle,
ayant mieux accompli ce qu'il jugea utile de nous offrir.

Pour quel but, avec, derrire eux, de tels guides, certains Japonais
modernes s'acharnent-ils  nous imiter,  copier notre manire et notre
plastique?... Artistes ns au pays de Krin et de Sharakou, gardez-vous
ferme de vos cosmopolites: ils en sont  fabriquer des portraits de jolies
mondaines et de messieurs tout-le-monde; ils suivent d'un pas lger les
moindres de nos fabricants habituels. Ne les cultivez point: vous perdriez
le contact des anctres, vous ne seriez plus qu'une filiation btarde.
Visitez-nous, parbleu! continuez  nous visiter! Nonobstant, la visite
bcle, dpchez-vous de regagner le Japon; persistez, en vue de l'effet,
 ne vous servir que du trait ncessaire,  ne flanquer d'ombres ni vos
personnages, ni vos maisons, ni vos arbres. Ils n'en ont pas plus besoin
aujourd'hui qu'hier: absurde est le progrs qui dpouille les tres
de leurs origines. Apprciez plutt, apprciez comme se conduisent
actuellement beaucoup de vos nationaux, malgr leurs marins, leurs soldats
 l'europenne, malgr leurs nouveaux riches, leurs automobiles. Le soir
tomb, rentrs au logis, en famille,  la lueur des douces lanternes
de chez vous, des lanternes polychromes, ne reprennent-ils point les
traditions, les moeurs et les costumes d'antan?... Demeurer soi, ne
demeurer que soi, pas d'idal suprieur  cet idal.

Artistes japonais, je vous souhaite de rester vous-mmes. Et c'est encore,
je pense, la grce que vous souhaiterait Edmond de Goncourt, s'il devait
revivre, Edmond de Goncourt, un de vos plus indubitables, de vos plus
vieux amis, en France.

                                                 LON HENNIQUE,
                                            de l'Acadmie Goncourt.

_Ce livre parut en mars 1896 dans la "Bibliothque Charpentier".
Il en fut tir 30 exemplaires sur japon et 25 sur hollande._--N. D. E.




                          TABLE DES PARAGRAPHES


                                     I

La msestime des Japonais pour le fondateur de _l'cole Vulgaire_.


                                     II

La naissance d'Hokousa (5 mars 1760).--Son entre comme commis dans une
librairie. Son renvoi.--Il prend l'tat de graveur.


                                    III

Hokousa abandonne la gravure pour la peinture.--Ses premires
illustrations, sous le nom de Shunr, des Livres Jaunes, dont le premier
est: _Grce  un mot galant_.--Puis il illustre les _Courriers de
Kamakoura. Les quatre Rois clestes des points cardinaux, habills  la
dernire mode; Les parfums des fleurs d'ventail; Expdition dans la
montagne de Yoshitsoun, vue dans une bote  spectacle_, etc.


                                    IV

Hokousa,  la suite d'une affiche, qu'il avait faite pour un marchand
d'estampes, dchire par un camarade de l'atelier Shunsh, quitte
l'atelier et signe sous le nom de Mougoura des compositions tout  fait
indpendantes du style des anciennes coles.


                                     V

De 1786  1794, Hokousa illustre un _Fragment de l'Histoire de Minamoto,
un Conte pour les enfants, Conte du voyage des deux routes de la Richesse
et de la Pauvret, le Cordon d'une fille, la Fte improvise au quartier
des Maisons vertes_.


                                    VI

Les Sourimonos d'Hokousa de 1793  1804, dans lesquels apparat pour la
premire fois seulement en 1798, le nom d'_Hokousa_.


                                   VII

En 1797 Hokousa publie: les _Primeurs des lgumes verts_, les
_Cordelettes du saule pleureur_, la _Distraction du Printemps_, la
_Brume de la Campagne_.


                                  VIII

En 1798 Hokousa publie: _Chansons de danse pour hommes, Histoire
naturelle des Monstres du Japon_.


                                   IX

Vente par Hokousa de deux makimonos au capitaine de vaisseau hollandais,
Isbert Hemmel.


                                    X

Le prix pay au matre pour ses dessins par les diteurs japonais.


                                   XI

En 1799 Hokousa illustre: _Promenade de la capitale de l'Est_ (Ydo).


                                  XII

Feuilles spares, publies depuis 1778 jusqu' la fin du sicle.


                                  XIII

En 1780, publication de la _Tactique du Gnral Fourneau_, avec
l'illustration, le texte, et la prface d'Hokousa.


                                  XIV

_Coup d'oeil sur les deux rives de la Soumida_.


                                  XV

En 1801, publication du _Tngou, tomb du haut de son nez dans le monde
bte d'ici-bas_, les _Trente-six potesses_, _Chacun une pense_.

                                  XVI

En 1802, publication des: _Cinquante potes modernes_, _Magasin des
fidles vassaux_, _Chansonnettes d'Hakoboushi_.


                                  XVII

En 1803, publication de la _Cuisine au hasard_, de _l'Inventaire
des Mensonges_.


                                 XVIII

En 1804, _Montagnes et Montagnes_, et le _Panier  papier_.


                                  XIX

Le caractre fantasque d'Hokousa.


                                  XX

L'illustration des romans japonais de Bakin, de Shighrou, de Tanhiko,
de Shakougakoudei, Mandei-Ssa, Shtei-Kinsoui, etc., de 1805,  1846.


                                  XXI

La _Mangwa_.


                                 XXII

Peinture d'Hokousa excute sous les yeux du Shgoun de Tokougawa.


                                XXIII

En 1811, publication de _l'Ivresse de deux jours_, _des Lgendes
fantastiques de la province de Ytigo_, etc.


                                XXIV

En 1814, le _Shashin Gwafou_.

                                 XXV

En 1815 Hokousa illustre les _Morceaux de drames_ et les _Leons de danse
par soi-mme_.


                                XXVI

La peinture du Darma de 194 mtres, excute  Nagoya, en prsence de
toute la ville, et peinture du cheval colossal  Honj, et de l'Hote
gant  Rigokou.


                                XXVII

En 1818: _Le Miroir des dessins qui viennent de l'me_.


                               XXVIII

En 1819: _Mthode de dessin_.


                                XXIX

En 1822: _Posies sur les chevaux_, et en 1826: les _Vieux papiers jets_.


                                XXX

Les feuilles spares d'impressions, publies de 1800  1826.


                                XXXI

Hokousa, prsident de la Socit des potes appels les _socitaires de
Katsoushika_.


                               XXXII

Les _Trente-six vues du Fouzi-yama_, les _Cascades_, les _Ponts_.


                               XXXIII

Les Peintures _du printemps_ d'Hokousa.


                               XXXIV

En 1828: _Correspondances traitant du Jardin de famille_, et _Leon du
dessin au sable_.


                               XXXV

En 1830, les cinq apparitions des _Cent Contes_.


                               XXXVI

_Image des Potes_.


                              XXXVII

Les cinq grandes planches des Grues dans la neige, du Faucon sur
son perchoir, des trois Tortues, des deux Carpes dans la Cascade,
des deux Chevaux et du poulain et les autres grandes planches des
collections particulires.


                             XXXVIII

Les sourimonos d'Hokousa de 1805  1835.


                              XXXIX

Les portraits d'Hokousa.


                               XL

_Posies de la dynastie des Thang_.


                               XLI

En 1834: _La Fidlit envers le matre_ et la _Pit filiale illustre_.


                               XLII

Les _Cent vues du Fouzi-Yama_.

                               XLIII

La retraite d'Hokousa  Ouraga. Ses lettres: lettres o il fait ses
recommandations aux diteurs pour la gravure de ses dessins, et o il se
plaint des coquineries de son petit-fils.


                               XLIV

Les albums guerriers: _Les gloires de la Chine et du Japon_, et les
_Hros_ et les _triers du Soldat_.


                                XLV

En 1835: _Mille lettres illustres_, et en 1837: _Guide de Nikko_.


                                XLVI

_Nouveaux modles d'architecture_, _Modles des peignes et des pipes  la
mode d'aujourd'hui_, _Album de petits dessins pour nouveauts_.


                                XLVII

 la suite de trois annes de mauvaises rcoltes du riz, en 1839, Hokousa,
sans diteurs, oblig de vivre de la vente d'albums de dessins rapidement
jets _au bout de son pinceau_.

                                XLVIII

Les: _Cent posies expliques par la nourrice_.


                                 XLIX

Incendie de la maison d'Hokousa et de ses dessins.


                                   L

De 1840  1849 Hokousa illustre: _Traditions chinoises et japonaises
sur les consquences de la conduite invisible_, le _Livre illustr de
l'ducation des Femmes_, les _Nouvelles planches de dessins sur la voie
publique_, et _l'Ocan d'ides_, et encore: _Cent penses de cent fidles
femmes_, etc.


                                   LI

Les albums de professorat sur le dessin et la peinture: le _Trait du
coloris_, _Leon rapide de dessin abrg_, _Dessins grossiers d'Hokousa_,
_Modles de dessins pour les commenants_, _Rpertoire de dessins_,
_le Dessin  un coup de pinceau_, _Album de trois diffrentes sortes de
dessins_, _Mthode de dessins d'Hokousa_.


                                   LII

Attaque d'apoplexie d'Hokousa  68 ans. La _Pte de citron_. Son
rtablissement. Nouvelle maladie  90 ans. Sa mort (le 10 mars 1849).
Le tombeau lev par sa petite-fille Shira Tati, dans le jardin du temple
Seikiji d'Asakousa.


                                   LIII

Les deux mariages d'Hokousa, et les enfants ns de ces mariages.


                                   LIV

Livres publis aprs la mort d'Hokousa, et o il y a des planches de lui:
_Cent exemples de courage, Illustration des posies des Thang, composes
de quatre vers de cinq mots_.


                                    LV

Kakmonos, Makimonos, et dessins monts ou non monts en France, des
collections de MM. Hayashi, Bing, Gonse, Gillot, Vever, Haviland, Manzi,
de Goncourt; en Hollande, du Muse de Leyde; en Angleterre, du British
Museum, et de MM. Hart, Samuel; en Prusse, du Muse de Berlin; en Amrique,
de MM. Morse de Boston et Fenellosa; au Japon, de M. Homma Kos de Sakata,
de Wakai.


                                    LVI

ventails, crans, Paravents, Peintures de pardessus, des collections de
MM. Hayashi, Bing, Haviland, de Goncourt, Hart.


                                    LVII

Albums des _Premires Penses_ d'Hokousa, des collections de MM. Hayashi,
Bing, Gillot, de Goncourt. Samuel. Les dessins _faits  l'ongle_ par
Hokousa.


                                    LVIII

Les grandes collections de sourimonos, d'estampes en couleur et en noir,
et de livres illustrs.


                                     LIX

Changements de noms et de signatures d'Hokousa, tablissant la date de
ses dessins.


                                      LX

Liste des lves d'Hokousa.


BIBLIOGRAPHIE.

POSTFACE.


VREUX, IMPRIMERIE CH. HRISSEY. 414

5857.--Paris.--Imp. Hemmerl, Petit et Cie. 12-22






End of the Project Gutenberg EBook of Hokousa, by Edmond de Goncourt

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Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
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page at http://pglaf.org

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     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
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