The Project Gutenberg EBook of Le Kama Soutra, by Vatsyayana

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Title: Le Kama Soutra
       Regles de l'amour de Vatsyayana (morale des brahmanes)

Author: Vatsyayana

Release Date: January 5, 2005 [EBook #14609]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE KAMA SOUTRA ***




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                    THOLOGIE HINDOUE


                           LE
                       KAMA SOUTRA

                   RGLES DE L'AMOUR
                     DE VATSYAYANA
                (MORALE DES BRAHMANES)



              TRADUIT PAR E. LAMAIRESSE

               ANCIEN INGNIEUR EN CHEF
       DES TABLISSEMENTS FRANAIS DANS L'INDE
       Traducteur de la Morale du Divin Pariah




                      INTRODUCTION

Les principes sur le juste et l'injuste sont les mmes en tout temps et
en tout lieu, ils constituent la morale absolue; mais les principes sur
les moeurs varient avec les ges et les pays. Depuis la promiscuit sans
limites des tribus sauvages jusqu' la prohibition absolue de l'oeuvre
de chair en dehors du mariage, que de degrs divers dans la libert
accorde aux rapports sexuels par l'opinion publique et par la loi
sociale et religieuse! A l'exception des Iraniens et des Juifs, toute
l'antiquit a considr l'acte charnel comme permis, toutes les fois
qu'il ne blesse pas le droit d'autrui, comme par exemple le commerce
avec une veuve ou toute autre femme compltement matresse de sa
personne. Toutefois la Chine, la Grce et Rome ont honor les vierges,
et l'Inde les asctes vous  la continence  titre de sacrifice.

Au point de vue de la raison seule et d'une conscience goste, la
tolrance des Indiens et des paens parait naturelle et la rgle svre
des Iraniens semble dicte par l'intrt social ou politique; aussi
cette rgle n'a-t-elle t impose qu'au nom d'une rvlation par
Zoroastre et par Mose.

De l deux grandes divisions entre les peuples sous le rapport des
moeurs; chez les uns la monogamie est obligatoire, chez les autres la
polygamie est permise sous toutes les formes qu'elle peut revtir, y
compris le concubinage et la fornication passagre. Dans l'antiquit on
doit, entre les peuples qui n'admettent pas de rvlation, distinguer
sous le rapport des moeurs: d'une part, les Ariahs de l'Inde chez
lesquels la religion et la superstition se mlent intimement et
activement  tout ce qui concerne les moeurs, dans un intrt politique,
avec absence de gnie artistique; et d'autre part, les Ariahs
d'Occident, c'est--dire les Grecs et les Romains chez lesquels ce culte
a t seulement la manifestation extrieure des moeurs, sans direction
ni action marque sur elles, et o le gnie artistique a tout idalis
et tout domin.

Ainsi le naturalisme des Brahmes, l'antiquit payenne et les principes
de l'Iran ou d'Isral, dont a hrit le Christianisme, forment trois
sujets d'tudes de moeurs  rapprocher et  faire ressortir par leurs
contrastes. La matire se trouve: pour le premier sujet, dans les
scholiastes et les potes du brahmanisme; pour le second, dans la
littrature classique, principalement dans les potes latins sous les
douze Csars; pour le troisime, dans les auteurs modernes sur les
moeurs, savants et thologiens. Ces auteurs sont universellement connus
et il suffira d'en citer quelques extraits. Mais il est ncessaire de
donner, dans cette introduction, d'abord des renseignements sommaires
sur les Iraniens, puis des dtails plus complets sur les Brahmes.

LES IRANIENS.--Il parat tabli que le Mazdisme est postrieur au
XIXe sicle avant Jsus-Christ, poque o commence l're vdique, et
antrieure au VIIIe sicle avant Jsus-Christ; d'o l'on conclut
que l'auteur de l'Avesta a prcd la loi de Manou et n'a pu tre
contemporain de Pythagore comme l'affirment quelques historiens grecs.
Peut-tre d'ailleurs Zoroastre est-il un nom gnrique (comme l'ont
t probablement ceux de Manou et de Bouddha) qui dsigne une srie de
lgislateurs dont le dernier serait celui que Pythagore aurait connu 
Babylone et  Balk o il tenait cole.

L'antique Iran tait  l'est du grand dsert sal de Khaver, autrefois
mer intrieure; son centre tait Merv et Balk. Tout prs tait, sinon
le berceau de la race Aryenne, au moins sa dernire station, avant la
sparation de ses deux branches asiatiques.

On s'accorde  reconnatre dans Zoroastre un rformateur qui voulut
relever son pays succombant  l'exploitation des Mages (magiciens) et 
l'inertie, et le rgnrer par le travail, surtout agricole, et par le
dveloppement de la population fond sur le mariage, les bonnes moeurs
et les ides de puret. Voici ses deux prceptes essentiels que nous
retrouvons dans la loi de Mose:

Eviter et purifier les souillures physiques et morales; avoir des moeurs
pures pour augmenter la population. Zoroastre recommande l'art de gurir
et proscrit la magie, son code n'est qu'une thrapeutique morale et
physique.

Il peut, ainsi que quelques-uns le prtendent de Mose, avoir emprunt
 l'gypte une grande partie de ses prceptes sur les souillures et les
purifications.

Ce qui domine dans la morale de Zoroastre, c'est l'horreur du mensonge;
ce trait ne se trouve dans aucune des religions de l'Orient ni dans le
caractre d'aucune de ses races, sauf les Iraniens et les Bod (anciens
Scythes).

Comme principe, il parat driver de la quasi-adoration de la lumire,
qui fait le fond du Mazdisme. On doit certainement aussi en faire
honneur  la droiture et  l'lvation de caractre de son fondateur.

Les aspirations morales du Mazden, sa conception de la vie, du devoir
et de la destine humaine, sont exprimes dans la prire suivante:

Je vous demanderai,  Ozmuzd, les plaisirs, la puret, la saintet.
Accordez-moi une vie longue et bien remplie. Donnez aux hommes des
plaisirs purs et saints, qu'ils soient _toujours engendrant, toujours
dans les plaisirs_.

Dfendez le sincre et le vridique contre le menteur et _versez la
lumire_.

Aprs le mensonge, le plus grand des crimes, aux yeux de Zoroastre, est
le libertinage, tant sous la forme d'onanisme ou d'amour strile que
sous celle d'amour illgitime et dsordonn.

La perte des germes fcondants est la plus grande faute aux yeux de la
socit et de Dieu.

L'Iranien sans femme est dit _au dessous de tout_.

Le pre dispose de sa fille et le frre de sa soeur.

La jeune fille doit tre vierge. Le prtre dit au pre: Vous donnez
cette vierge pour la rjouissance de la terre et du ciel, pour tre
matresse de maison et gouverner un lieu.

L'acte conjugal doit tre sanctifi par une prire: Je vous confie
cette semence,  Sapondamad (la fille d'Ozmuzd).

Chaque matin, le mari doit invoquer Oschen (qui donne abondamment les
germes).

Si l'amant se drobe, la femme qu'il a rendue mre a le droit de le
tuer.

L'infanticide et le concubinage sont punis de mort, mais la loi n'dicte
rien contre les femmes publiquement amoureuses, gaies et contentes, qui
se tiennent par les chemins et se nourrissent au hasard de ce qu'on leur
donne. Cette tolrance est une sorte de soupape ouverte aux passions
pour empcher le concubinage et l'adultre.

Zoroastre recommande aussi l'accouplement des bestiaux.

Il prescrit de traiter les chiens presque aussi bien que les hommes;
sera damn celui qui frappera une chienne mre. Dans tout l'Orient on ne
retrouve qu'au Thibet ce soin presque pieux pour les chiens. Outre les
prceptes sur le mariage et les souillures, il y a beaucoup d'autres
points de ressemblance entre l'Avesta et la Bible. M. Renan en a conclu
qu'il y a eu certainement un croisement entre le dveloppement iranien
et le dveloppement juif. M. de Bunsen a publi un livre pour dmontrer
que le Christianisme n'est autre chose que la doctrine de Zoroastre,
transmise par un certain nombre d'intermdiaires jusqu' saint Jean dont
l'vangile est, selon quelques uns, l'expression de la doctrine secrte
de Jsus, de sa mtaphysique. Il soutient que la formule je crois au
pre, au fils et  l'esprit  laquelle se rduisait, d'aprs M. Michel
Nicolas, le _Credo_ des premiers chrtiens, n'est pas juive, mais
qu'elle vient de Zoroastre.

Il n'est point surprenant qu'un homme d'imagination identifie ainsi deux
doctrines qui se rapprochent beaucoup par leur puret.

M. Emile Burnouf, de son ct, pense que ce _Credo_ tait aussi celui
des Ariahs dans l'Ariavarta, ce qui peut se concilier avec la thse de
Mr de Bunsen.

Le mme auteur fait driver la symbolique chrtienne du culte primitif
des Ariahs.

Ce sont l de brillants aperus plutt que des faits rigoureusement
acquis  la science. Ce qui n'est point contest, c'est l'identit
presque parfaite des rgles sur les moeurs chez les Iraniens et chez les
juifs, et par suite chez les chrtiens. Pour qu'on en soit frapp, il
suffit de rappeler:

1 Les prceptes du Dcalogue: VIe Tu ne forniqueras point; IXe Tu ne
dsireras pas la femme de ton prochain; ou bien le 6e commandement de
Dieu: L'oeuvre de chair tu ne feras, qu'en mariage seulement, et le 9e
Luxurieux point ne seras, de corps ni de consentement.

2 La doctrine de l'Eglise sur l'Onanisme (Pre Gury, thologie morale).

La pollution consiste  rpandre sa semence sans avoir commerce avec
un autre; la pollution directe parfaitement volontaire est toujours un
pch mortel.

Toute effusion de semence, faite de propos dlibr, si faible qu'elle
soit, est une pollution et par suite un pch mortel.


DE L'ONANISME EN PARTICULIER

L'onanisme tire son nom d'Onam, second fils du patriarche Juda, qui
aprs la mort de son frre Her, fut forc, selon la coutume, d'pouser
sa soeur Thamar pour donner une postrit  son frre. Mais,
s'approchant de l'pouse de son frre, il rpandait sa semence  terre
pour que des enfants ne naquissent pas sous le nom de son frre. Aussi
le Seigneur le frappa parce qu'il faisait une chose abominable (Gense
XXXVIII, 9 et 10).

922.--L'onanisme volontaire est toujours un pch mortel en tant que
contraire  la nature; aussi il ne peut jamais tre permis aux poux,
parce que:

1 Il est contraire  la fin principale du mariage et tend en principe 
l'extinction de la socit et par consquent renverse l'ordre naturel;

2 Parce qu'il a t dfendu strictement par le lgislateur suprme et
crateur, comme il rsulte du texte prcit de la Gense.


L'INDE.--Dans l'Inde la morale se confond avec la religion, et la
religion avec les Brahmes. Ce sont trois termes qu'on ne peut sparer
dans un expos. Nous nous tendrons donc quelque peu sur les Brahmes.

Les moeurs des Ariahs paraissent avoir t pures dans l'Aria-Varta,
berceau commun des Ariahs asiatiques, et dans le Septa Sindou leur
premire conqute dans l'Inde, entre la valle dlicieuse de Caboul et
la Serasvati.

L'pouse tait une compagne aussi respecte que dvoue.

Le culte tait priv, le pre de famille pouvait, mme sans le pote ou
barde de la tribu, consommer le sacrifice; mais bientt le pote imposa
sa prsence et il devint prtre.

Dans le principe rien ne distinguait les prtres du corps des Ariahs ou
Vishas, pasteurs; ils taient, comme les autres membres de la tribu,
pasteurs, agriculteurs, guerriers, souvent les trois  la fois.

A la fin de la seconde priode vdique (la seconde srie des hymnes), le
sacerdoce s'tablit avec le culte public.

On adore Indra soleil, qu'on agrandit pour en faire Vichnou soleil.

Des hymnes font de Roudra un dieu en deux personnes.

C'est le souffle impur lorsqu'il vient des marais sub-himmalayens, le
dieu purificateur quand il chasse l'air empest des bas-fonds et des
jungles.

Quand la conqute embrasse tout le pays entre la Srasvati et la
Jumma, l'aristocratie guerrire se forme en mme temps que la caste
sacerdotale.

Les Ariahs ont  combattre les _Daysous noirs_ habitants des montagnes
et les _Daysous jaunes_ (sans doute de la race mongole) qui occupent les
plaines; ces derniers sont avancs dans la civilisation, combattent sur
des chars, ont des villes avec enceintes. Quand ils sont assujettis, les
Brahmes leur empruntent le culte des gnies qui tait leur religion.

Dans la valle du Gange, les Ariahs se civilisent et se corrompent; les
Brahmes favorisent l'tablissement de petites monarchies pour tenir en
bride les guerriers (Kchattrias) et parmi les comptiteurs ils appuient
ceux qui les soutiennent.

Quelques-uns sont guerriers et rois.

Ils se font les gourous (directeurs de Conscience) et les pourohitas
(officiants) des rajahs.

Pour acqurir un grand prestige, ils tablissent le noviciat des jeunes
Brahmes et l'asctisme des vieillards.

Jouissant de la paix par la protection des Radjas (princes guerriers),
les Brahmes se divisent en deux camps; les uns n'admettent comme
efficaces pour le salut que la foi et la prire (la backti), les autres
proclament la souverainet de la boddhi ([Grec: sorich] des Grecs, la
connaissance).

A la priode vdique succde la priode hroque, l'Inde des Kchattrias,
qui dure plusieurs sicles pendant lesquels les Ariahs s'emparent:
d'abord du cours infrieur du Gange, puis du reste de la pninsule.

Pendant que les guerriers achvent la conqute, les trois classes se
distinguent et se sparent de plus en plus, les Brahmes s'emparent de
tous les pouvoirs civils et judiciaires.

Les Brahmes et les Kchattrias se disputent le pouvoir; les premiers,
pour flatter la foule, adoptent ses superstitions et ses dieux, ils font
appel aux races non-aryennes et principalement aux peuplades guerrires
 peine soumises; avec leur aide et celle de quelques rois qui se
dclarent pour eux, ils exterminent les Kchattrias dans le sud et ne
leur laissent ailleurs qu'un rle subordonn.

Ils composent alors une srie d'ouvrages thologiques qui change la
religion et qui leur donne la possession exclusive de tout ce qui touche
au culte. Le couronnement de l'oeuvre est la loi de Manou qui consacre
leur suprmatie sur tous et en toute chose et achve l'abaissement
physique et moral des classes serviles voues, mme  leurs propres
yeux, par la doctrine de la mtempsycose,  une dchance irrmdiable.

C'est ainsi que les Pariahs se croient eux-mmes infrieurs  beaucoup
d'animaux. Par la peur, par la corruption, par le dogme de l'obissance
aveugle  la coutume immuable, l'institution de Manou a vcu plus
qu'aucune autre et on ne saurait en prvoir la fin. Jamais et nulle part
on n'a pouss aussi loin que les Brahmes l'habilet thocratique pour
l'asservissement.

Ce qui tait rest des Kchattrias et la caste entire des Vessiahs
(Vishas) supportaient avec impatience l'arrogance et les privilges
exorbitants des Brahmes.

Les thosophes et les asctes, en dehors de leur caste, les combattaient
dans le champ de la spculation.

Tous ces adversaires se runirent dans le Bouddhisme; il eut une telle
faveur que tout ce qui avait une certaine valeur morale entrait dans les
couvents bouddhiques: les Brahmes dlaisss et rduits  leurs propres
ressources vcurent de leurs biens et des mtiers que Manou leur permet
en temps de dtresse. Mais ils n'abandonnrent point la partie. Tandis
que le clibat bouddhique dvorait les hautes castes qui leur taient
opposes et ne laissait rien pour le recrutement du corps religieux,
les brahmes se maintenaient par l'esprit de famille, et  force de
persvrance, de talents, d'habilet et d'astuce, ils parvenaient 
supprimer le bouddhisme.

Par une srie de transformations, les Brahmes ont fait de la
divinisation de la vie et de la gnration, l'essence mme de la
religion. Aujourd'hui les Hindous se divisent en deux grandes
sectes:--les adorateurs de Siva, autrefois Roudra, qui portent au
bras gauche un anneau dans lequel est renferm le lingam-yoni, sorte
d'amulette figurant l'accouplement des organes des deux sexes, (verenda
utriusque sexus in actu copulationis),--et ceux de Vishnou qui portent
au front le Nahman. C'est une sorte de trident trac  partir de
l'origine du nez. La ligne verticale du milieu est rouge et reprsente
le flux menstruel; les lignes droites latrales sont d'un gris cendr et
figurent la semence virile.

En introduisant la sensualit dans tout ce qui touche  la religion, les
Brahmes avaient eu deux objectifs.

Arracher au Bouddhisme et captiver par des images de leur got grossier
les Hindous, surtout ceux de la caste servile incapables d'atteindre aux
dlicatesses du sentiment et de l'idal. C'tait avec la reprsentation
sculpturale des scnes mythologiques qui avait un certain mrite, non de
forme, mais de mouvement, le moyen le plus facile et peut-tre unique
de plaire aux yeux; c'tait aussi une concession aux cultes locaux
antrieurs  la conqute, qui purent ainsi se continuer dans le sein du
Panthisme.

Le second objectif des Brahmes, celui-l fondamental et non point
seulement une arme et un expdient de circonstance, nous est indiqu par
la prescription de Manou: chacun doit acquitter la dette des anctres
(avoir au moins un fils pour lui fermer les yeux).

Le but tait d'empcher la diminution numrique et par suite
l'effacement de la race des Ariahs, aujourd'hui reprsente uniquement
par les Brahmes, et aussi de dvelopper la population servile dont
le travail tait la source principale de la richesse publique. Le
lgislateur pensait sans doute qu'il fallait exciter les passions chez
un peuple physiquement assez faible, d'un temprament lymphatique,
dispos  l'anmie par l'insuffisance d'une alimentation exclusivement
vgtale et par l'accablement du climat.

La religion naturaliste ou rotique de l'Inde a commenc par l'adoration
de Siva, confondu d'abord avec le ftiche du membre viril, le linga.
Le linga, qu'on rencontre partout dans l'Inde, sur les routes, aux
carrefours et places-publiques, dans les champs n'est point ce qu'tait
dans l'antiquit payenne le phallus, une image obscne et quelquefois un
objet d'art. Si on n'tait point averti, on le prendrait pour une borne
presque cylindrique, c'est--dire un peu plus large  la base qu'au
sommet, laquelle se termine par une calotte sphrique fort aplatie et ne
prsentant aucune saillie sur le ft. Celui que j'ai rapport de l'Inde
avait une hauteur d'un mtre, un diamtre moyen de 0,25  0,30 m. et
reposait sur une base galement en granit d'un mtre et demi de ct,
clans laquelle tait creuse au pied du ft une sorte de rainure
circulaire reprsentant le pli du yoni (partie sexuelle de la femme)
figur par la base, ainsi que cela a lieu gnralement.

Ainsi, mme aujourd'hui, aprs trente sicles peut-tre, le linga et
l'yoni ne sont point des images qui parlent aux sens, ce sont des corps
gomtriques servant de symboles, des ftiches.

Comme il ne s'est trouv aucune trace de ftichisme chez les Ariahs
de l'poque vdique, ni aucun autre ftiche dans le culte brahmanique
postrieur, il faut penser que le linga est le ftiche probablement trs
ancien d'une race assujettie, peut-tre les Daysous noirs, et que les
Brahmes, pour s'attacher cette race, adoptrent Siva et le linga,
en confondant  dessein Siva avec Roudra, le dieu vdique qui s'en
rapprochait le plus par ses attributs: Siva tait sans doute le dieu
national d'une partie notable de l'Inde avant la conqute Aryenne; car,
ds le commencement, il a reu la qualification d'Issouara, l'tre
suprme.

Le linga n'avait point pntr dans la religion vdique, o il n'y a
point de culte du phallus. Stevenson et Lassen lui attribuent, avec
beaucoup de preuves  l'appui de leur opinion, une origine dravidienne
(la langue dravinienne, aujourd'hui le tamoul, est en usage dans tout le
sud de la pninsule).

Le linga apparat dans la religion des Brahmes en mme temps que le
Sivasme, et celui-ci s'y montre immdiatement aprs la priode des
hymnes; quelques morceaux du yagur-vda (vda du crmonial) supposent
un tat dj avanc de la religion sivaste.

Le temple d'Issouara (Siva, tre suprme)  Benars parat avoir t
trs ancien; il tait dans toute sa splendeur lors de la visite du
plerin chinois Fa-Hien.

Encore aujourd'hui, c'est le sivasme qui domine  Benars, la ville
sainte et savante par excellence.

Plusieurs passages du Mahabarata ont trait au culte de Siva et du
linga; les popes, bien que Vichnouistes, supposent une prpondrance
antrieure du culte de Mahadva (le grand dieu, Siva, l'tre existant
par lui-mme).

Dans les premires lgendes bouddhistes, le Lalita-Vistara, par exemple,
Siva vient immdiatement aprs Brahma et akra (Indra). On sait qu'il
y a toujours eu grande sympathie et nombreux rapprochements entre le
bouddhisme et le sivasme, sans doute parce que ce dernier tait trs
rationnaliste et presque monothiste, tandis que le vishnouvisme
reprsentait le panthisme et l'idoltrie. Le sivasme est rest
longtemps la religion professionnelle des Brahmes lettrs.

Il y a maintenant dans le sud de l'Inde une secte spiritualiste qui
prtend professer le sivasme primitif. Elle a eu pour interprte
Senathi Radja dans son livre: le sivasme dans l'Inde mridionale.

Le sivasme, dit l'auteur, parat tre la plus ancienne des religions;
l'ancienne littrature dravidienne est entirement sivaste. Agastia est
le premier sage qui a enseign le monothisme sivaste, bien avant les
six systmes de philosophie hindoue, en le fondant  la fois sur les
Vedas et sur les Agamas, crits qui n'ont jamais t traduits dans
aucune langue europenne. Voici le rsum de la doctrine monothiste:

Tout est compris dans les trois termes: Dieu, l'me, la matire.

Issouara ou Siva ou Dieu est la cause efficiente de l'univers, son
crateur et sa providence.

Siva est immuable, omnipotent, omniscient et misricordieux, il remplit
l'univers et pourtant il en diffre.

Il est en union intime avec l'me humaine immortelle, mais il se
distingue des mes individuelles qui sont infrieures d'un degr 
son essence. Son union avec une me devient manifeste quand celle-ci
s'affranchit du joug des sens, ce qu'elle ne peut faire sans la grce
dont Siva est le dispensateur.

La matire est ternelle et passive, c'est Siva qui la meut; il est
l'poux de la nature entire qu'il fconde par son action universelle.

Il n'y a qu'un dieu, ceux qui disent qu'il y a plusieurs dieux seront
vous au feu infernal.

La rvlation de Dieu est une, la destine finale est une, la voie
morale pour l'humanit tout entire est une.

De l vient sans doute le renseignement suivant, donn par l'abb
Dubois: chaque Brahmane dirait  son fils au moment de l'initiation:
Souviens-toi qu'il n'y a qu'un seul Dieu; mais c'est un dogme qu'il ne
faut point rvler parce qu'il ne serait point compris.

Siva est le dieu de l'Inde qui a le plus de sanctuaires et le linga est
le symbole le plus rpandu. On le trouve  profusion au Cambodge o,
tous les ans,  la fte du renouveau, on promne dans les rues en
procession un immense linga creux dans lequel se tient un jeune garon
qui en forme la tte panouie.

Chose curieuse! Le linga est la matire d'un ex-voto trs commun pour
les asctes au Cambodge. Voici, un peu abrge, la ddicace d'un linga
par l'un d'eux (_Journal de la Socit asiatique_).

Om, adoration  Siva.

1.--2.--3.--Formules prliminaires d'adoration  Siva.

4. Le linga rig par l'ascte Djana-Priga dans le temps de l're aka
exprime par le chiffre 6, les nuages 7 et les ouvertures du corps
9, soit le nombre 976; respectez-le, habitants des cavernes (ermites
asctes) vous  la mditation de Siva qui a rsid en lui.

5. Rfugi auprs de tous ceux qui ont pour occupation la science du
matre des matres du monde (Siva), il l'a donn (le linga)  tous pour
protger le sattra (le soma offert en sacrifice comme symbole de la
semence divine de Siva) de ces asctes aux mrites excellents, l'ayant
tir des entrailles de son corps.

6. C'est le Seigneur en personne (le linga est Siva lui-mme), se
disaient tous ceux qui ont des mrites excellents (les asctes). Aussi
vourent-ils une affection ternelle  ce yoghi aspirant  la dlivrance
(celui qui avait donn le linga).

7. Pour lui, abattus par des haches telles que celles de Matri, et
prcipits dans cet ocan qu'on appelle la qualit de bont (la qualit
de bont embrassait tout ce qui est excellent et saint), _les arbres
qu'on appelle les six ennemis_ (les six sens) ne porteront plus aucun
fruit.

8. Sorti d'une race pure, il a accompli les oeuvres viriles qu'il avait
 accomplir. Et maintenant, son me purifie a en partage la batitude
suprme (mme avant la mort dans sa retraite, etc.).

9. On voit par cette ddicace que le voeu ou la conscration d'un linga
tait un acte d'austrit et que le linga, comme Siva, avait un culte
plutt svre qu'aimable.

Le culte de Priape, en Grce, parat avoir eu  peu prs le mme
caractre. C'tait une divinit rurale dont le dlicieux roman de
Daphnis et Chlo nous donne une ide respectable et sympathique,
nullement licencieuse. Ce caractre parat avoir chang  Rome par
l'effet du progrs de l'rotisme dans toutes les religions de l'Inde.
D'aprs Richard Payne, auteur du _Culte de Priape_, Priape y avait un
temple, des prtres, des oies sacres. On lui amenait pour victimes de
belles filles qui venaient de perdre leur virginit.

La haute antiquit du culte du linga dans l'Inde et la certitude
aujourd'hui acquise d'une expansion ou ruption de l'hindouisme vers
l'Occident, antrieur aux sept sages de la Grce, rendent trs probable
l'opinion que c'est de l'Inde qu'est venu le culte phallique; d'abord
associ sans doute  celui des divinits assyriennes et phniciennes
dont l'une a pu reprsenter Siva, il s'tablit ensuite avec clat dans
l'le de Chypre qui lui fut consacre tout entire. Il passa de l dans
l'Asie Mineure, en Grce et en Italie.

Rien de surprenant que, dans ces contres o l'art tait tout, le linga,
encore ftiche  Paphos, se soit transform en une image que les ides
des anciens sur les nudits, absolument diffrentes des ntres, ne
faisaient point considrer comme obscne et que la sculpture s'effort
de rendre aussi belle et aussi gracieuse qu'aucune autre partie du corps
humain. C'est ce que l'on voit dans la statue de l'Hercule phallophore
qui porte une corne d'abondance remplie de phallus, et dans un grand
nombre de cames antiques. Sans doute on mit beaucoup de lingas ou
priapes pour servir de dlimitation ou de repre dans les champs et les
jardins. De l l'origine du dieu champtre Priape. C'est la prdominance
primitive de l'nergie mle qui se continua dans la Grce, tandis que,
peu  peu, dans l'Inde, l'nergie femelle prenait le dessus. Chez les
potes anciens jusqu' Lucrce, Vnus est la desse de la beaut, de
la volupt, des amours faciles, des jeux et des ris plutt que de la
fcondit. Junon avait pour les pouses ce dernier caractre plus
peut-tre que Vnus; et une autre desse, Lucine, prsidait aux
accouchements. Ce fut probablement par l'effet de la pntration des
ides indiennes transformes, au sujet des nergies femelles, et
peut-tre aussi par un progrs naturel, que les potes philosophes tels
que Lucrce clbrrent Vnus comme la _mre universelle: Venus omnium
parens_.

Le culte de Vnus dans l'le de Chypre runit beaucoup de traits du
culte naturaliste de l'Inde  la prostitution sacre des religions
assyriennes et phniciennes, le tout relev par l'arc grec.

Le temple de Paphos dessinait un rectangle (forme des temples indiens et
grecs) de dix-huit mtres de longueur sur neuf mtres de largeur. Sous
le pristyle, un phallus d'un mtre de hauteur, rig sur un pidestal,
annonait l'objet du culte. Au milieu du temple se dressait un cne d'un
mtre de hauteur (forme du linga), symbole de l'organe gnrateur.

Tout autour du cne taient ranges de nombreuses desses dans des
poses appropries au culte du temple (comme les gopies autour du dieu
Krishna).

La statue de la desse place dans le sanctuaire a l'index de la main
droite dirig vers le pubis (Latchoumy, la desse de la fcondit,
figure dans les bas-reliefs des pagodes avec un doigt plac
immdiatement au-dessous du pubis).

Le bras gauche s'arrondit  la hauteur de la poitrine et l'index de la
main gauche est dirig vers le mamelon du sein droit; on se demande si
c'est un appel  la volupt ou l'indication de l'allaitement.

Cette statue, oeuvre admirable de Praxitle, est surtout gracieuse et
dlicate; c'est la volupt idalise (voir  ce sujet le chapitre des
amours de Lucien).

L'aphrodite phnicienne est au contraire un type raliste; elle a les
formes massives, les flancs larges et robustes, la poitrine rebondie,
les hanches et le bassin largement dvelopps; tout en elle respire la
luxure.

A l'entre de tous les temples naturalistes de Chypre, de la Phnicie,
se dressent des colonnes de formes diverses, symboles de l'organe mle.
Il y avait toujours deux de ces symboles, colonnes ou oblisques, devant
les temples construits par les Phniciens, y compris celui de Jrusalem.

Des rudits attribuent cette origine, comme emprunt fait au temple de
Jrusalem, aux deux tours ou flches de nos cathdrales gothiques;
l'auteur du _Gnie du christianisme_ ne s'en doutait gure! Et cependant
les menhirs de la Basse-Bretagne, tout  fait semblables  ceux d'une
grande rgion du Dcan, paraissent avoir appartenu au mme culte
naturaliste[1].

Remarquons que les Sivastes et les Phniciens, ceux-ci comme Smites,
avaient, outre les mmes symboles, les mmes croyances monothistes.

Ce qu'on adorait  Paphos et dans les autres temples naturalistes,
c'tait la volupt souveraine par l'union des sexes, l'amour universel
dans le monde, la force productrice chez les tres anims.

[Note 1: Mgr Laounan.--Les monuments celtiques sont trs communs dans
l'Inde; dans les plaines rocheuses qui s'tendent parmi les massifs des
gates orientales jusqu' la Nerbudda et aux monts Vindhyas, on rencontre
 chaque pas pour ainsi dire des constructions identiques  celles qui
existent au nord et  l'ouest de l'Europe. D'aprs la tradition locale
ou l'opinion des habitants intelligents, les menhirs reprsentent le
linga. Les tymologies appuient cette opinion.]

Dans les ftes d'Adonis dont la lgende est un mythe solaire, on
clbrait le retour du soleil et de l'amour universel par des transports
de joie, des chants et des danses orgiaques (comme dans le culte de
Krishna, incarnation de Vishnou-Soleil).

Alors avaient lieu les prostitutions sacres considres comme des
sacrifices (elles ont de l'analogie avec les Sakty pudja, sacrifices de
la Sackty, que nous verrons plus loin s'tablir dans le Sivasme).

Sous de lgers berceaux de myrthe et de laurier, sous des tentes
enguirlandes de fleurs, se tenaient les Hriodules, prtresses de la
desse, jeunes et belles esclaves grecques ou syriennes; elles taient
couvertes de bijoux, vtues de riches toffes, coiffes d'une mitre
enrichie de pierreries, de laquelle s'chappaient les longues tresses
de leurs noires chevelures entremles de guirlandes de fleurs dans
lesquelles se jouait une charpe carlate. Sur leurs poitrines aux
seins fermes et arrondis, que protgeait une gaze lgre, pendaient
des colliers d'or, d'ambre et de perles ou de verre chatoyant, comme
insignes de leur office religieux; elles tenaient  la main un rameau de
myrthe et la colombe, l'oiseau de Vnus.

Ainsi pares, elles attendaient souriantes et toujours prtes  clbrer
le doux sacrifice en l'honneur de la desse avec tous ceux qui les en
priaient.

Partout o domine le culte du Linga ou de ses quivalents, on est oblig
de voir une manation du Sivasme primitif, divinisation du pouvoir
rnovateur, avec un rle secondaire pour la desse de la beaut (dans
l'Inde, Parvati, la femme de Siva).

Dans cette priode recule, Siva est la cause efficiente qui, par son
nergie ou sa sakti comme instrument, produit ou dtruit le monde qui
a pour matrice la prakrite ou la matire universelle (voir, pour la
dfinition de la prakriti, le sankya comment par M. Barthlemy de
Saint-Hilaire). La sakty d'un dieu forme avec lui un seul tre  double
face. Peu  peu, par la prdominance de la sakty, le rle de l'lment
mle diminua, puis s'effaa, mais ce fut assez tard. La prdominance de
la sakty de Siva ne s'affirme que dans les derniers Pouranas et dans la
littrature des Tantras qui commence au IVe sicle de notre re.

Le culte des saktis, tel qu'il est dcrit dans les _Tantras_, forme une
religion  part, celle des Saktas, qui se divise en plusieurs branches
et qui a sa mythologie spciale. La divinit dominante est Mahadeva
(Siva). Selon le Vayou Pourana, non-seulement Siva avait une double
nature mle et femelle, mais sa nature femelle se divisa en deux
moitis, l'une blanche et l'autre noire, cette dernire sans doute
imagine pour la satisfaction des castes des Soudras (noirs). A la
nature blanche, ou qualit de bont, on rattacha les Saktys ou desses
bienfaisantes, telles que Latchoumy, Seravasti, pouses de Vischnou et
de Brahma;  la nature noire Dourga, Candi, Cananda, toutes les saktys
ou desses redoutes. Mahadvi ou la sakty de Siva, qu'on suppose une
transformation de Maya, le principe fminin des Vedas, se dveloppa dans
une infinit de manifestations ou de personnifications de toutes les
forces physiques, physiologiques, morales et intellectuelles, qui eurent
chacune leurs dvots et leur culte. Comme plusieurs de ces desses
sont notoirement des divinits aborignes, il est vraisemblable que
l'ensemble fut constitu par le groupement des divinits femelles des
cultes aborignes pour former une sorte de polythisme fminin que les
Brahmes acceptrent comme une religion populaire en y introduisant au
dernier degr les femmes mortelles, depuis les Brahmines.

Pour creuser une sparation plus profonde entre le Bouddhisme et la
religion populaire, les Brahmes avaient dvelopp jusqu' la fausser
la Bakti, l'ancienne doctrine du salut par la foi et la dvotion ou
la grce, oppose  celle du salut par la boddhi (la connaissance),
doctrine de l'ancienne thsophie, du sankia, du bouddhisme et de
l'orthodoxie brahmanique moderne formule par Canara, le rsurrecteur
du Brahmanisme presque tu par le Bouddhisme. La backti s'adresse,
dans chaque secte,  la manifestation du dieu la plus rapproche, par
exemple, chez les Vichnouvistes, non  Vishnou, mais  Krishna, le dieu
fait homme; il y rpond par sa grce. La dvotion au dieu de la secte
supplait  tout,  la morale, aux oeuvres,  l'asctisme,  la
contemplation. Cette doctrine est pleinement dveloppe dans le chant
du _Bien Heureux_ et systmatise par Sandilya dans ses _Sutras de
la Bakti_, d'o Nagardjuna les a introduits dans le grand vhicule
bouddhiste. Par elle la religion, jusque-l drobe aux masses dans son
essence, devient un fait de sentiment que le sensualisme hindou change
bien vite en un fait de passion.

En resserrant la dvotion sectaire sur une divinit trs prcise, la
bakti a pouss  l'idoltrie; elle a confondu d'abord le dieu avec son
image, puis distingu entre les sanctuaires d'un mme dieu. De l une
subdivision  l'infini des sectes et des cultes.

La Bakti embrasse tout le vichnouvisme et une partie seulement du
sivasme.

Les bakta ou sectateurs de la Bakti se divisrent en: _main droite_, qui
s'en tient aux Pouranas et  la dvotion pour leurs dieux et desses
mythologiques (les Pouranas sont la mythologie populaire recueillie
officiellement par les Brahmes), et _main gauche_, qui fait du Kaulo
Upanishad et des Tantras une sorte de veda particulier, adressant
de prfrence sa dvotion aux nergies et divinits femelles et
principalement  l'union des sexes et aux pouvoirs magiques. Les Tantras
sont des livres d'rotisme et de magie.

Les rites de la main gauche unissent les deux sexes en supprimant toute
distinction de caste. Dans des runions qui ne sont point publiques, les
affilis, gorgs de viandes et de spiritueux, adorent la sakti sous la
forme d'une femme, le plus souvent celle de l'un d'eux; elle est place
toute nue sur une sorte de pidestal et un initi consomme le sacrifice
par l'acte charnel. La crmonie se termine par l'accouplement gnral
de tous, chaque couple reprsentant Siva et sa Sakty et devenant
identique avec eux. C'est absorb dans la pense de la divinit et sans
chercher la satisfaction des sens que le fidle doit accomplir ces
actes. Les catchismes qui enseignent ces pratiques sont remplis de
hautes thories morales et mme d'asctisme, mais en ralit, les
membres de ces runions ne sont que des libertins hypocrites. On prtend
que beaucoup de brahmes en font secrtement partie bien que publiquement
ils affectent de les blmer, parce que toutes ces pratiques sont
contraires aux rgles sur les castes et les souillures.

Ce fait n'est qu'une application particulire de la politique gnrale
des Brahmes qui partout ont flatt les passions et sem la corruption,
pour dtacher du bouddhisme les populations qu'il avait d'abord
conquises.

C'est dans cette mme pense qu'ils ont constitu la grande secte
essentiellement panthiste de Vichnou, et principalement le culte de
Krichna. Bien mieux encore que le Sivasme, le Vischnouvisme, par sa
thorie des incarnations et de l'action continue de Vischnou pour la
conversion du monde et par la divination de la vie dans toutes ses
manifestations, se prtait  l'adoption de toutes les divinits, de tous
les cultes, de toutes les superstitions aborignes. Actuellement l'Inde
compte plus de 20,000 dieux, la plupart anciennes divinits locales qui
sont adores par les vishnouvistes, en mme temps que Vichnou dans ses
principales incarnations de Rama et de Krischna et dans ses attributs
essentiels de dieu soleil, tel que le conoivent une grande partie des
Hindous, surtout les plus instruits.

Krishna fut un prince, ou chef indigne (le mot krishna veut dire noir),
guerrier habile et heureux, qui rendit aux Brahmes des services signals
dans le cours de leurs luttes contre les Kchattrias, et dont les
premiers, en rcompense, firent une incarnation de Vichnou. Son culte
et ses lgendes, notamment celles de ses amours avec Radha, furent, ds
l'origine, trs licencieux, et Krishna fut sans doute tout d'abord le
dieu du plaisir. Le _Lalita-Vistara_ (vie potique de Bouddha) confond
Krishna avec Marah, le tentateur, le dieu de la concupiscence. Pour les
besoins de leur lutte contre le bouddhisme, les Brahmes relevrent le
culte de Krishna, fort got du sensualisme hindou; ils lui laissrent
probablement toute la licence de ses pratiques pour le bas peuple, mais
en mme temps ils s'efforcrent de l'entourer aux yeux des classes
leves d'une aurole de mysticisme. Krishna s'lve  une grande
hauteur de philosophie religieuse dans le chant du _Bien Heureux_; soit
rencontre fortuite, soit emprunt du philosophe grec, la thorie des
divinits secondaires, ministres du dieu principal, est la mme dans
Platon et dans le pote hindou. On a comment les amours de Krishna avec
Rhada, comme une allgorie figurant le commerce de l'me avec Dieu.
Mais, de mme que nous l'avons vu tout  l'heure pour les Tantras et
les catchismes de la Sakty, il faut penser que ce prtendu amour divin
n'existait que pour des asctes, et que, au fond, c'tait pour les
Brahmes une manire de couvrir d'une apparence de pit l'rotisme du
culte.

A mesure que la Bakti s'accentue dans le vichnouvisme et que les mrites
de la dvotion sont de plus en plus considrs comme dispensant de
tous les autres, la religion de Krishna plonge de plus en plus dans
l'rotisme et fait parler davantage  l'amour divin le langage de la
passion. Cette tendance se montre avec un clat incomparable dans le
Baghavata pourana et avec plus d'intensit encore dans les remaniements
populaires de cet ouvrage rpandus dans toute l'Inde, notamment dans le
Premsagar Indi (l'Ocan d'amour).

Le Baghavata Pourana donne des descriptions trs lascives des amours de
Krishna avec les gopies (bergres).

Le pome lyrique de _Gita Govinda_ (le Chant du ptre, Krishna) rappelle
le Cantique des Cantiques et Lassen ne l'a traduit qu'en latin. Il
n'a t dpass en verve rotique que par l'ode  Priape de Piron.
L'rotisme a infect tous le vichnouvisme; M. Thodore Pavie a vu 
Ceylan des scnes rpugnantes jusqu'au dgot. Dans la province de
Bombay et au Bengale, les dvots de Krishna, surtout dans les campagnes,
ont des runions de nuit o, en imitation des jeux de Krishna et des
Gopies, ils s'exaltent en commun jusqu' un paroxysme frntique et une
licence sans bornes.

Krishna est le vritable dieu de l'amour pour les Hindous. Quant au dieu
Kama, le Cupidon indien, c'est videmment un emprunt fait aux Grecs. Le
mot Kama signifie le plaisir charnel et il est employ dans ce sens par
les plus anciens auteurs, en mme temps que le Darma (devoir religieux)
et I'Artha (la science de la richesse). Ces trois mots forment la
trilogie hindoue des mobiles de nos actions. Comme les Hindous sont fort
imitateurs, ils ont adopt le Cupidon des Grecs, aprs l'tablissement
de ceux-ci dans une partie du Punjab, et lui ont donn le nom dj
bien ancien de Kama. Il figure seulement dans une lgende sans doute
relativement rcente des Pouranas[2].

[Note 2: Le baron d'Ekstein dit: Les Ariabs ont emprunt aux Cephens,
leurs prdcesseurs dans l'Inde, le dieu Kama, _pareil  l'Eros des
Grecs_; ils l'ont embelli, _bien qu'il n'appartienne pas dans son
principe  leur pense cosmologique et ils l'ont _postrieurement_
reproduit dans le Vda comme il est dcrit par Hosunt.]

Les bayadres ne sont pas, comme on pourrait le croire, consacres au
dieu Kama; elles sont les pouses de Soubramaniar, le dieu de la guerre.

Aprs avoir reu du paganisme Cupidon, sous le nom de Kama, l'Inde, 
son tour, semble lui avoir donn, comme imitation ou importation de ses
pratiques de plus en plus corrompues, surtout de celles des saktis de
la main gauche, le culte de plus en plus corrompu de Priape, dont le
chevalier Richard Payne nous a donn une histoire. En voici quelques
traits essentiels.

Avant la clbration d'un mariage, on plaait la fiance sur la statue
du dieu, le phallus, pour qu'elle ft rendue fconde par le principe
divin. Dans un pome ancien sur Priape (_Priapi Carmen_) on voit une
dame prsentant au dieu les peintures d'lphantis et lui demandant
gravement de jouir des plaisirs auxquels il prside, dans toutes les
attitudes dcrites par ce trait.

Lorsqu'une femme avait rempli le rle de victime dans le sacrifice
 Priape, elle exprimait sa gratitude par des prsents dposs sur
l'autel, des phallus en nombre gal  celui des officiants du sacrifice.
Quelquefois ce nombre tait grand et prouvait que la victime n'avait pas
t nglige.

Ces sacrifices se faisaient dans des ftes de nuit, aussi bien que tous
ceux offerts aux divinits qui prsidaient  la gnration. Les dvots
 ces divinits s'enfermaient dans les temples et y vivaient dans la
promiscuit. Il y avait aussi des inities dont Ptrone a peint les
moeurs dans quelques pages que nous avons rsumes.

A Corinthe et  Ereix, ville de Sicile, il y avait des temples consacrs
 la prostitution.

Selon l'rudit Larcher, Vnus tait la desse qui possdait le plus
grand nombre de temples dans les deux Grces; on en comptait une
centaine. Plusieurs villes de la Grce, mais surtout Athnes et
Corinthe, clbraient ses ftes avec un nombre de belles femmes qu'on ne
pourrait runir aujourd'hui. Elle tait encore plus en honneur  Rome
dont elle tait considre comme la mre. Jamais peuple ne porta
la sensualit plus loin que les Romains; hommes et femmes de toute
condition et de tout rang se livraient avec fureur  tous les
dbordements.

LITTRATURE ROTIQUE DE L'INDE.--SON RLE RELIGIEUX ET POLITIQUE.--LE
KAMA-SOUTRA OU L'ART D'AIMER DE VATSYAYANA.--PLAN DE CET OUVRAGE.

Nous avons vu les Brahmes introduire l'rotisme le plus raliste dans
le culte, dans la religion et dans les livres qui en font partie
intgrante, comme les Pouranas, les Tantras, les catchismes des Saktis,
etc. Ils s'en taient servi, bien avant la venue de Bouddha, pour
captiver les populations sujettes et les rallier  leur cause dans
leurs luttes contre les Kchattrias. Le bouddhisme conquit l'Inde si
compltement que les Brahmes presque partout furent dlaisss; la
plupart durent, pour vivre, recourir  tous les mtiers que Manou leur
permet _dans les temps de dtresse_. Mais ils avaient la persistance
et l'habilet des aristocraties hrditaires. Gens essentiellement
pratiques et aptes aux affaires, juristes, financiers, administrateurs,
diplomates, au besoin soldats et gnraux, dialecticiens vigoureux,
subtils, polmistes sans scrupules, potes lgants, ingnieux et
quelquefois pleins d'clat et de gnie, ils se rendirent indispensables
aux princes et aux grands par les services qu'eux seuls savaient leur
rendre, et gagnrent leur faveur par l'agrment de leur esprit et de
leurs talents et par la souplesse de leur caractre. En mme temps
qu'ils dveloppaient dans les masses le vichnouvisme ou plutt la
religion de Krishna que le Bouddha avait condamne, ils produisaient
beaucoup d'oeuvres remarquables. Ils ennoblissaient par de grandes
popes et popularisaient par des lgendes crites les dieux et les
hros. Rests les seuls hritiers du genre Aryen dans l'Inde et
possdant dans la langue sanscrite un admirable instrument pour la
posie et la philosophie[3], ils renouvelrent tout: hymnes, pomes
piques, systmes thosophiques, codes de lois. Ce fut une vritable
renaissance. Des rois, amis de l'ancienne littrature, tinrent  leur
cour des Acadmies de potes aimables et de beaux esprits qu'ils
payaient fort cher. On y improvisait des vers et jusqu' des madrigaux
et des pigrammes. Parmi ces potes, on cite Kalidaa, l'auteur du drame
si admir de _akountala_. Commenc avant l're chrtienne, ce mouvement
littraire se continua jusqu' la conqute musulmane. Cette littrature
des Brahmes plaisait beaucoup plus que la soporifique et nuageuse
mtaphysique des Bouddhistes. La faveur des princes les aidait  craser
leurs adversaires. Ils achevrent de se la concilier en ayant pour leur
usage et pour celui de ce qu'on appellerait aujourd'hui la haute socit
et la bonne compagnie et pour eux-mmes, en ce qui concerne les plaisirs
charnels, une morale des plus faciles. Les rgles ont t traces par
Vatsyayana dans le _Kama-Soutra_ ou trait de l'amour (art d'aimer), qui
est considr comme le chef-d'oeuvre et le code sur la Matire.

[Note 3: Ce mouvement extraordinaire suivit de prs l'invention et
l'adoption de l'criture sanscrite qui servirent  la fois au Bouddhisme
et  la renaissance brahmanique, de mme que la dcouverte de
l'imprimerie favorisa le dveloppement de le Rforme et de la
Renaissance.]

Ce livre doit tre rattach  la renaissance brahmanique; il a t crit
pendant la lutte entre les brahmes et les bouddhistes, puisqu'il dfend
aux pouses de frquenter les _mendiantes bouddhistes_ (on sait que les
religieuses bouddhistes taient mendiantes).

L'Inde a plusieurs autres livres rotiques fort rpandus, la plupart
postrieurs au _Kama-Soutra._ On se procure facilement les suivants,
crits en sanscrit:

1 Le _Ratira hasya_, ou les Secrets de l'Amour, par le pote Koka. Il a
t traduit dans tous les dialectes de l'Inde et est fort rpandu
sous le nom de _Koka-Shastra_; il se compose de 800 vers, formant dix
chapitres appels Pachivdas. Il parat postrieur au _Kama-Soutra_ et
contient la dfinition des quatre classes de femmes: Padmini, Chitrini,
Hastini et Sankini (voir l'appendice du chapitre II du titre I).

Il indique les jours et les heures auxquels chacun de ces types fminins
est plus particulirement port  l'amour. L'auteur cite des crits
qu'il a consults et qui ne sont point parvenus jusqu' nous.

2 _Les Cinq flches de l'Amour_, par Djyotiricha, grand pote et grand
musicien; 600 vers, formant cinq chapitres dont chacun porte le nom
d'une fleur qui forme la flche.

3 _Le Flambeau de l'Amour_, par le fameux pote Djayadva, qui se vante
d'avoir crit sur tout.

4 _La Poupe de l'Amour_, par le pote Thamoudatta, brahmane; trois
chapitres.

5 _L'Anourga Rounga_, ou le Thtre de l'Amour, appel encore: _Le
Navire sur l'Ocan de l'Amour_, compos par le pote Koullianmoull, vers
la fin du XVe sicle. Il traite trente-trois sujets diffrents et donne
130 recettes ou prescriptions _ad hoc_. Voici les principales:

1re Recette pour hter le spasme de la femme;

2e Pour retarder celui de l'homme;

3e Les aphrodisiaques;

4e Moyens pour rtrcir le yoni, pour le parfumer;

7e L'art d'piler le corps et les parties sexuelles;

8e Recette pour faciliter l'coulement mensuel de la femme;

9e Pour empcher les hmorragies;

10e Pour purifier et assainir la matrice;

11e Pour assurer l'enfantement et protger la grossesse;

12e Pour prvenir les avortements;

13e Pour rendre l'accouchement facile et la dlivrance prompte;

14e Pour limiter le nombre des enfants;

21e Pour faire grossir les seins;

22e Pour les affermir et les relever;

23e, 24e, 25e Pour parfumer le corps; faire disparatre l'odeur forte de
la transpiration; oindre le corps aprs le bain;

26e Parfumer l'haleine, en faire disparatre la mauvaise odeur;

27e Pour provoquer, charmer, fasciner, subjuguer les femmes et les
hommes;

28e Moyens pour gagner et conserver le coeur de son mari;

29e Collyre magique pour assurer l'amour et l'amiti;

30e Moyen pour triompher d'un rival;

31e Filtres et autres moyens de captiver;

32e Encens pour fasciner, fumigations excitant la gnsique;

33e Vers magiques qui fascinent.

Etc. etc.

Il est vident que ce livre fourmille d'erreurs; selon toute
probabilit, il ne dit rien qui ne soit acquis  la science moderne.

_L'Art d'Aimer_, de Vatsyayana, se distingue de tous ces crits par son
caractre et sa forme exclusivement didactiques. Chacune de ses parties
forme un catchisme: catchisme des rapports sexuels sous toutes les
formes et du fleurtage pour les deux sexes; catchisme des pouses et du
harem; de la sduction et du courtage d'amour; et enfin catchisme des
courtisanes. C'est un document historique prcieux, car il nous initie
de la manire la plus intime aux moeurs de la haute socit hindoue de
l'poque (il y a environ 2,000 ans) et aux conseils de plaisir et de
duplicit des Brahmes.

La curiosit qu'veille le fonds ne suffirait peut tre pas  faire
supporter la scheresse de la forme, si le lecteur tait strictement
limit aux leons de Vatsyayana; pour viter cet cueil on a mis  la
suite de chacune d'elles, dans un appendice au chapitre qui la contient,
les quivalents ou les correspondants de la morale payenne qui se
trouvent dans les potes, les seuls docteurs s-moeurs de l'antiquit
payenne; on a cit aussi quelques potes hindous et deux morceaux
concernant les Chinois. On a complt chaque appendice par la morale
Iranienne, soit la morale chrtienne emprunte  la _Thologie morale_
du pre Gury, en se bornant  un petit nombre d'articles accompagns
quelquefois de renseignements physiologiques.

Ce rapprochement des textes divers se rapportant respectivement  chaque
sujet, permet au lecteur de se faire une ide relative trs exacte des
trois morales sur chaque point trait.

Celle que notre raison prfre est videmment la morale Iranienne
socialement le plus recommandable, source des plaisirs les plus purs et,
par cela mme, peut-tre les plus grands, parce que le coeur y entre
pour une forte part.

La morale du Paganisme nous sduit par sa facilit, par l'art et la
posie qui l'accompagnent; mais,  la rflexion, nous sommes frapps
d'une supriorit de _l'Art d'Aimer_ de Vatsyayana sur celui des potes
latins. Ceux-ci ne chantent que la volupt, le plaisir goste, et
souvent le libertinage grossier d'une jeunesse habitue  la brutalit
des camps. Vatsyayana donne pour but aux efforts de l'homme la
satisfaction de la femme. C'est dj, indpendamment mme de la
procration, un point de vue altruiste par comparaison avec celui
auquel se plaaient les rudes enfants de Romulus, tels que nous les ont
dpeints Catulle, Tibulle et Juvnal. On sait que ce dernier commence sa
satyre sur les femmes de son temps par le conseil de prendre un mignon
plutt qu'une pouse pour laquelle il faudrait se fatiguer les flancs.
La philopdie ([Grec: philopaidia]) tait plus en honneur  Rome que le
mariage; elle tait inconnue  l'Inde brahmanique; Vatsyayana n'en fait
mme pas mention.

Un autre avantage des Indiens sur les Romains, c'tait la dcence
extrieure dans les rapports entre les deux sexes. Les bonnes castes de
l'Inde n'ont jamais rien connu qui ressemble  l'orgie romaine sous les
Csars et au cynisme de Caligula.

Dans l'antiquit, une intrigue amoureuse n'tait point une affaire de
coeur. Pas plus chez les Indiens que chez les Romains, on ne trouve dans
l'amour ce que nous appelons la tendresse; c'est l un sentiment tout
moderne et qui prte  nos potes lgiaques, tels que Parny, Andr
Chnier, etc., un charme que n'ont point les Latins. Properce est le
seul qui approche de la dlicatesse moderne.

Mais la duret romaine se retrouvait jusque dans la galanterie.
Les jeunes Romains maltraitaient leurs matresses. Au cirque, on
reprsentait des scnes mythologiques o le meurtre, non point simul,
mais bien rel, se mlait  l'amour quelquefois bestial, et o souvent
ont figur Tibre et Nron.

Au contraire, l'Inde obit  ce prcepte: Ne frappez point une femme,
mme avec une fleur.

Nous rappellerons enfin que, dans l'Inde, l'amour est au service de la
religion, tandis qu' Rome la religion (le culte de Vnus par exemple)
tait au service de l'amour comme de la politique.

L'rotisme joue un grand rle dans toutes les ftes religieuses des
Hindous, il en est pour eux le principal attrait.

Tels sont les contrastes que notre travail fait ressortir et ils ne sont
pas sans intrt pour la science des religions.




                             L'ART D'AIMER




                          TITRE I GNRALITS



CHAPITRE I

Invocation.

Au commencement, le Seigneur des cratures[4] donna aux hommes et
aux femmes, dans cent mille chapitres, les rgles  suivre pour leur
existence, en ce qui concerne:

Le Dharma ou devoir religieux[5];

L'Artha ou la richesse;

Le Kama ou l'amour.

La dure de la vie humaine, quand elle n'est point abrge par des
accidents, est d'un sicle.

On doit la partager entre le Dharma, l'Artha et le Kama, de telle sorte
qu'ils n'empitent point l'un sur l'autre; l'enfance doit tre
consacre  l'tude; la jeunesse et l'ge mr,  l'Artha et au Kama;
la vieillesse, au Dharma qui procure  l'homme la dlivrance finale,
c'est--dire la fin des transmigrations.

[Note 4: Le Seigneur des cratures est une qualification souvent donne
 Siva. Vatsyayana tait donc Sivaste comme tous les brahmes de son
temps.]

[Note 5: Pour les Brahmes, le Dharma est le rite religieux, le
sacrifice, l'offrande, le culte, l'obissance  la coutume. Pour les
Bouddhistes, c'est la rgle morale, le devoir philosophique.]

Le Dharma est l'accomplissement de certains actes, comme les sacrifices
qu'on omet parce qu'on n'en aperoit pas le rsultat dans ce monde, et
l'abstention de certains autres, comme de manger de la viande, que l'on
accomplit parce qu'on en prouve un bon effet.

L'Artha comprend l'industrie, l'agriculture, le commerce, les relations
sociales et de famille; c'est l'conomie politique que doivent apprendre
les fonctionnaires et les ngociants.

Le Kama est la jouissance, au moyen des cinq sens; il est enseign par
le Kama Soutra et la pratique.

Quand le Dharma, l'Artha et le Kama se prsentent en concurrence, le
Dharma est gnralement prfr  l'Artha et l'Artha au Kama. Mais pour
le roi, l'Artha occupe le premier rang, parce qu'il assure les moyens de
subsistance.

Toute une cole, trs nombreuse, fait passer l'Artha avant tout, parce
que, avant tout, il faut assurer les besoins de la vie.

En pratique, toutes les classes qui vivent de leur travail, et tous les
hommes qui convoitent la richesse, suivent le sentiment de cette cole.

Les Lokayatikas prtendent qu'il n'y a pas lieu d'observer le Dharma,
parce qu'il n'a en vue que la vie future dans laquelle on ignore s'il
portera ou non son fruit.

Selon eux, c'est sottise que de remettre en d'autres mains ce que l'on
tient. En outre, il vaut mieux avoir un pigeon aujourd'hui qu'un coq de
paon demain, et une pice de cuivre que l'on donne vaut mieux qu'une
pice d'or que l'on promet.

Rponse  l'objection:

1 Le livre saint qui prescrit les pratiques du Dharma ne laisse place
 aucun doute.

2 Nous voyons par exprience que les sacrifices offerts pour obtenir la
destruction de nos ennemis ou la chute de la pluie portent leur fruit.

3 Le soleil, la lune, les toiles et les autres corps clestes
paraissent travailler avec intrt pour le bien du monde.

4 Le monde ne se maintient que par l'observance des rgles concernant
les quatre castes et les quatre priodes de la vie.

5 On sme dans l'esprance de rcolter.

On ne doit point sacrifier le Kama  l'Artha parce que le plaisir est
aussi ncessaire que la nourriture. Modr et prudent, il s'associe au
Dharma et  l'Artha. Celui qui pratique les trois est heureux dans cette
vie et dans la vie future. Tout acte qui se lie  la fois aux trois ou
seulement  deux ou mme  un seul des trois peut tre accompli. Tout
acte qui, pour satisfaire l'un des trois, sacrifie les deux autres,
_doit tre vit_ (par exemple, un homme qui se ruine par la dvotion ou
le libertinage est insens et coupable)[6].

[Note 6: Au temps de Vatsyayana, la philosophie Sankia et le Bouddhisme
avaient compltement discrdit, au moins dans les hautes castes,
les pratiques du Dharma brahmanique; ce n'tait plus gure qu'une
superstition populaire. On s'en aperoit  la pauvret des arguments que
Vatsyayana oppose aux Lokayatikas.

On voit que le Dharma, I'Artha et le Kama avaient chacun des partisans
exclusifs dont les prfrences dpendaient de leur situation:
quelques-uns choisissaient seulement deux de ces trois termes.
Barthriari dit (_Amour_, stance 53): Les hommes ont  choisir ici-bas
entre deux cultes: celui des belles qui n'aspirent qu' jeux et plaisirs
toujours renouvels, ou celui qu'on rend dans la fort  l'Etre
absolu.]

Une partie des cent mille commandements, particulirement ceux qui se
rapportent au Dharma, forment la loi de Svayambha. Ceux relatifs 
l'Artha ont t compils par Brihaspati, et ceux qui concernent le Kama
ou l'amour ont t exposs dans mille chapitres par Nandi, de la secte
de Mahadva ou Civa[7].

[Note 7: Vatsyayana, on le voit par les mots en italique, prtend qu'il
se borne  reproduire des prceptes dicts par la divinit depuis
l'origine des choses et par consquent obligatoires.]

Les Kama Shastras (codes de l'amour) de Nandi furent successivement
abrgs par divers auteurs, puis rpartis entre six traits composs par
des auteurs diffrents, dont l'un, Dattaka, crivit le sien  la requte
des femmes publiques de Patalipoutra; c'est le Shastra ou Catchisme des
courtisanes[8].

[Note 8: De mme que le Shastra des courtisanes de l'Inde a t crit 
leur requte, le 3e livre de _l'Art d'aimer_ a t compos par Ovide, 
la demande des femmes galantes de Rome: Voici que les jeunes beauts,
 leur tour, me prient de leur donner des leons. Je vais apprendre aux
femmes comment elles se feront aimer. L'homme trompe souvent, la femme
est bien moins trompeuse. La desse de Cythre m'a apparu et m'a dit:
Qu'ont donc fait les malheureuses femmes pour tre livres sans dfense
comme de faibles troupeaux  des hommes bien arms. Deux chants de tes
posies ont rendu ceux-ci habiles aux combats de l'amour. Il faut aussi
que tu donnes des leons  l'autre sexe. Tes belles colires, comme
leurs jeunes amants, inscriront sur leurs trophes: Ovide fut notre
matre.]

Aprs avoir lu et _mdit_ les crits de Babhravya et d'autres auteurs
anciens, et avoir tudi les motifs des rgles qu'ils ont traces,
Vatsyayana, pendant qu'il tait tudiant en religion (comme en Europe
tudiant en thologie), entirement livr  la contemplation de la
divinit, a compos le Kama-Sutra, rsum des six Shastra susdits,
conformment aux prceptes du saint Livre, pour le bien du monde. Cet
crit n'est point destin uniquement  servir nos dsirs charnels. Celui
qui possde les principes de la science du Kama et qui, en mme temps,
observe le Dharma et l'Artha, est sr de matriser ses sens.


APPENDICE AU CHAPITRE I

Si, au lieu d'tre simplement un casuiste, Vatsyayana avait eu le gnie
lyrique, il aurait commenc par un hymne au dieu Kama, tel que celui
ci-aprs (traduction de M. Chezy).

HYMNE A KAMA

Quelle est cette divinit puissante qui, des bocages situs  l'Orient
d'Agra, s'lance dans les airs o se rpand la lumire la plus pure,
tandis que de toute part les tiges languissantes des fleurs, ranimes
aux premiers rayons du soleil, s'entrelacent en berceaux, doux asiles de
l'harmonie, et que les zphirs lgers leur drobent, en se jouant, les
plus ravissants parfums?

Salut, puissance inconnue!... Car au seul signe de ta tte gracieuse,
les valles et les bois s'empressent de parer leurs seins odorants, et
chaque fleur panouie suspend, en souriant,  ses tresses de musc, les
perles clatantes de la rose.

Je sens, oui, je sens ton feu divin pntrer mon coeur, je t'adore et je
baise, avec transport, tes autels.

Et pourrais-tu me mconnatre?

Non, fils de May, non, je connais tes flches armes de fleurs, la
canne redoutable qui compose ton arc, ton tendard o brillent les
cailles nacres, tes armes mystrieuses.

J'ai ressenti toutes tes peines, j'ai savour tous tes plaisirs.

Tout-puissant Km, ou, si tu le prfres, clatant Smara, Ananya
majestueux!

Quel que soit le sige de la gloire, sous tel nom que l'on t'invoque,
les mers, la terre et l'air proclament ta puissance; tous t'apportent
leur tribut, tous reconnaissent en toi le roi de l'Univers.

Ta jeune compagne, la Volupt, sourit  ton ct. Elle est  peine
voile de sa robe clatante.

A sa suite, douze jeunes filles,  la taille charmante, lance,
s'avancent avec grce; leurs doigts dlicats se promnent avec lgret
sur des cordes d'or, et leurs bras arrondis s'entrelacent dans une danse
voluptueuse.

Sur leurs cous lgants, elles disposent des perles plus brillantes que
les pleurs de l'aurore.

Ton tendard de pourpre, ondoyant devant elles, fait tinceler dans la
vote azure des cieux des astres nouveaux[9].

[Note 9: Allusion aux cailles brillantes du poisson qui couronne
l'tendard de l'amour indien.]

Dieu aux flches fleuries,  l'arc plein de douceur, dlices de la terre
et des cieux! Ton compagnon insparable, nomm Vasanta chez les Dieux,
aimable printemps sur la terre, tend sous tes pieds dlicats un doux
et tendre tapis de verdure, lve sur ta tte enfantine des arceaux
impntrables aux feux brlants du midi. C'est lui qui, pour te
rafrachir, fait descendre des nuages une rose de parfums, qui remplit
de flches nouvelles ton carquois rendu plus redoutable, prsent bien
cher d'un ami plus cher encore.

A son ordre, doux et caressant, mille oiseaux amoureux, par le charme
ravissant de leurs tendres modulations, arrachent  ses liens la fleur
encore captive.

Sa main amicale courbe avec adresse la canne savoureuse, y dispose, pour
corde, une guirlande d'abeilles dont le miel parfum est si doux, mais
dont l'aiguillon, hlas! cause de si vives douleurs.

C'est encore lui qui arme la pointe acre de tes traits qui jamais ne
reposent et blessent par tous les sens le coeur et y portent le dlire
de cinq fleurs:

Le Tchampaca pntrant, semblable  l'or parfum;

Le chaud Amra rempli d'une ambroisie cleste;

Le desschant Kssara au feuillage argent;

Le brlant Ktaa qui jette le trouble dans les sens;

L'clatant Bilva qui verse dans les veines une ardeur dvorante.

Quel mortel, Dieu puissant, pourrait rsister  ton pouvoir, lorsque
Krischna lui-mme est ton esclave? Krischna qui, sans cesse enivr de
dlices dans les plaines fortunes du Malhoura, fait rsonner sous ses
doigts divins la flte pastorale, et aux accords mlodieux d'une cleste
harmonie, forme avec le choeur des Gopis prises de ses charmes, des
danses voluptueuses  la douce clart de Lunus, le mystrieux flambeau
des nuits.

O toi, Dieu charmant! dont la naissance a prcd la cration et dont la
jeunesse est ternelle! Que le chant de ton brahmane asservi  tes lois
puisse,  jamais, retentir sur les bords sacrs du Gange! Et  l'heure
o ton oiseau favori, dployant ses ailes d'meraude, te fait franchir
l'espace dans son vol rapide; lorsqu'au milieu de la nuit silencieuse,
les rayons tremblants de Ma (la lune) glissent sur la retraite
mystrieuse des amants favoriss ou malheureux, que la plus douce
influence soit le partage de ton chantre dvou, et que, sans le
consumer, ton feu divin chauffe voluptueusement son coeur!


Il est intressant de rapprocher de cette invocation celle de Lucrce 
Vnus.

INVOCATION

  Douce et sainte Vnus, mre de nos Romains,
  Suprme volupt des Dieux et des humains
  Qui, sous la vote immense o dorment les toiles,
  Peuples les champs fconds, l'onde o courent les voiles,
  Par toi tout vit, respire, clos sous ton amour
  Et monte, heureux de natre, aux rivages du jour.
  Aussi, devant tes pas, le vent fuit; les nuages,
  A ta divine approche, emportent les orages;
  Pour toi, la terre pand ses parfums et ses fleurs;
  Le ciel s'panouit et se fond en lumire.
  Car sitt qu'il revt sa splendeur printanire,
  Et que, par les hivers, le zphir arrt
  Reprend enfin sa course et sa fcondit,
  Les oiseaux, les premiers frapps par ta puissance,
  O charmante Desse, annoncent ta prsence;
  Le lourd troupeau bondit dans les prs renaissants,
  Et, plein de toi, se jette  travers les torrents:
  Sensibles  tes feux, sduites par tes grces
  Ainsi des animaux les innombrables races,
  Dans le transport errant des amoureux bats,
  O tu veux les mener s'lancent sur tes pas.
  Enfin, au fond des mers, sur les rudes montagnes,
  Dans les fleuves fougueux, dans les jeunes campagnes,
  Dans les nids des oiseaux et leurs asiles verts,
  Soumis  ton pouvoir, tous les tres divers,
  Le coeur bless d'amour, frissonnants de caresses,
  Brlent de propager leur race et leurs espces.

L'invocation qui nous parat avoir le plus de charme est celle de l'_Art
d'aimer_ d'Ovide.

    Romains, s'il est quelqu'un parmi vous  qui l'art d'aimer soit
    inconnu, qu'il lise mes vers, qu'il s'instruise et qu'il aime!
    N'est-ce pas l'art qui fait voguer les vaisseaux rapides  l'aide de
    la voile et de la rame? qui guide dans la course les chars lgers?
    L'art doit aussi gouverner l'amour.

    Loin d'ici, bandelettes lgres, ornement de la pudeur et vous
    longues robes qui descendez jusqu'aux pieds! Je chanterai les ruses
    et les larcins innocents d'un amour qui ne craint rien, et mes vers
    n'offriront rien de rprhensible.

L'auteur de la _Callipdie_, pome latin du moyen ge, s'est inspir
d'Ovide dans l'invocation qui suit:

    O vous, Grces, modles divins, et toi, Vnus, mre des amours et de
    tout ce qui nous charme, toi que Pris, sur le mont Ida, a justement
    proclame la plus belle, inspirez moi des chants dignes des
    sanctuaires d'Idalie, afin que ma muse ne dpare point un si beau
    sujet et apprenne  tout le genre humain un art sans prix.



CHAPITRE II

De la possession des soixante-quatre arts libraux

Il y a soixante-quatre arts libraux qu'il convient d'apprendre en mme
temps que ceux enseigns dans le Kama Soutra.

Leur liste comprend, outre les talents d'agrment, les arts utiles tels
que l'architecture, les armes, la stratgie, la cuisine, le moyen
de s'approprier le bien d'autrui par des mantras (prires) et des
incantations, etc.; en un mot, tous les arts libraux de l'poque.

Une courtisane qui a en partage l'esprit, la beaut et les autres
attraits et qui, en outre, connat les soixante-quatre arts libraux,
obtient le titre de Ganika ou courtisane de haut rang, et occupe une
place d'honneur dans les runions d'hommes. Les respects du roi et les
louanges des savants lui sont acquis; tous recherchent sa faveur et lui
rendent des hommages.

Si la fille d'un roi ou d'un ministre possde ces talents, elle est
toujours la favorite, la premire pouse, quand bien mme son mari
aurait des milliers d'autres femmes[10].

[Note 10: On voit par ce qui prcde que les courtisanes et les filles
des grands taient les seules femmes auxquelles il fut permis d'acqurir
des talents.]

Une femme spare de son mari ou tombe dans le dnment, peut vivre de
ces talents, mme en pays tranger.

Leur possession seule donne beaucoup d'attraits  une femme, lors mme
que les circonstances ne lui permettent point de les appliquer. Un homme
qui en est muni et qui en mme temps est loquent et galant, fait de
rapides conqutes. En voici la nomenclature:

1. Le chant.

2. La musique instrumentale.

3. La danse.

4. L'union des trois arts prcdents.

5. L'criture et le dessin.

6. Le tatouement.

7. L'art d'habiller une idole et de l'orner avec du riz et des fleurs.

8. tendre et arranger des lits ou couches de fleurs ou bien rpandre
des fleurs sur le sol.

9. Application de couleurs aux dents, aux habits, aux cheveux, aux
ongles et au corps, c'est--dire y faire des mouchetures et des dessins,
les teindre et les peindre.

10. Fixer les verres coloris dans un parquet.

11. La confection des lits, des tapis et des coussins de repos.

12. Faire une musique avec des verres remplis d'eau.

13. Amasser de l'eau dans des aqueducs, des citernes et des rservoirs.

14. La peinture, l'ornementation et la dcoration des coffres et des
coffrets.

15. La confection des chapelets, des colliers, des guirlandes et des
tresses.

16. L'arrangement des turbans, des couronnes, des aigrettes et des
tresses de fleurs au sommet de la tte.

17. Les reprsentations thtrales, le jeu scnique.

18. L'art de faire des ornements d'oreilles.

19. La prparation des odeurs et des parfums.

20. L'art de placer les bijoux et les ornements dans l'habillement.

21. La magie et la sorcellerie.

22. L'adresse des mains.

23. La cuisine.

24. La prparation des boissons acidules, parfumes, des limonades, des
sorbets et des extraits liquoreux et spiritueux agrables au got et 
la vue.

25. La couture et la taille des vtements.

26. La tapisserie, la broderie en laine ou en fil, des perroquets, des
fleurs; faire des aigrettes, des glands, des panaches, des bouquets, des
boutons, des broderies en relief.

27. Rsoudre des nigmes, des phrases  double sens, des jeux de mots et
des charades.

28. Le jeu des vers; ainsi, une personne dit des vers, la suivante les
continue par d'autres, qui doivent commencer par la dernire lettre du
dernier vers rcit; si la personne qui donne la rplique ne russit
pas, elle paie une amende ou donne un gage.

29. La mimique ou l'imitation.

30. La dclamation et la rcitation.

31. La prononciation des phrases difficiles; c'est un jeu entre femmes
ou enfants; quand les phrases sont rptes vite, il y a souvent des
mots tronqus, transposs, mal commencs, qui prtent  l'quivoque et au
rire.

32. L'escrime aux armes, au bton; l'exercice de l'arc en lanant des
flches sur un but mobile et immobile.

33. La dialectique.

34. L'architecture.

35. La charpente.

36. La connaissance des titres de l'or et de l'argent, des marques sur
les bijoux et les pierres prcieuses.

37. La chimie et la minralogie.

38. La coloration des bijoux, des pierres prcieuses et des perles.

39. L'exploitation des mines et des carrires.

40. Le jardinage, le traitement des maladies des arbres et des plantes,
leur entretien et la dtermination de leur ge.

41. Les combats de coqs, de cailles et de pigeons.

42. L'art d'apprendre  parler aux perroquets et aux sansonnets.

43. L'art de parfumer le corps et les cheveux, de tresser et arranger
ceux-ci.

44. L'art de dchiffrer les critures o les mots sont disposs d'une
certaine manire particulire.

43. L'art de parler en changeant la forme des mots; les uns changent
le commencement et la fin des mots; d'autres introduisent des lettres
particulires entre les syllabes, etc.

46. Connaissance des langues et des patois.

47. L'art de faire des voitures avec des fleurs.

48. La composition des diagrammes mystiques, des sorts et des charmes,
l'art d'attacher des anneaux.

49. Jeux d'esprit: comme complter des vers et des stances inacheves ou
remplir par des vers des intervalles laisss entre d'autres vers qui ne
sont lis par aucun sens, de manire  donner un sens  l'ensemble;
ou bien arranger les lettres d'un mot qu'on a mal crit  dessein, en
sparant les voyelles des consonnes, ou mettant ensemble toutes les
voyelles; mettre en vers ou en prose des stances reprsentes par des
lignes ou des symboles (logogriphes); et autres jeux semblables.

50. La composition des pomes[11].

51. La composition des dictionnaires, lexiques, vocabulaires.

52. L'art de se dguiser et de dguiser les autres.

53. L'art de changer les apparences des objets, par exemple donner au
carton l'apparence de la soie, faire paratre belles et prcieuses des
choses communes et grossires.

54. Les jeux d'argent.

55. L'art de s'emparer du bien d'autrui par des mantras et des
incantations, l'insensibilisation et l'enchantement.

56. L'habilet dans les jeux et exercices d'adresse (pour les jeunes
gens).

57. La connaissance du monde, des respects, gards et compliments dus 
chacun selon son rang, son ge.

58. L'art de la guerre, la stratgie, le maniement des armes.

59. La gymnastique du corps.

60. L'art de reconnatre le caractre des personnes  l'inspection de
leur physionomie.

61. La versification.

62. L'arithmtique et la rsolution des problmes.

63. L'art de faire des fleurs artificielles.

64. L'art de faire avec de l'argile des figures en relief, des statues
(cramique).

[Note 11: A cette poque la posie tait fort en honneur  la cour des
rois indiens. On payait des sommes considrables un sonnet ou pigramme
qui avait plu.

(Thodore Pavie, la Renaissance du Brahmanisme. _R. des Deux-Mondes_).
Ces pigrammes devaient surtout tre fines, telle que celle adresse 
Baour de Lormiau, par un acadmicien qu'il avait raill lourdement sur
sa florissante sant:

  De gloire Baour se nourrit
  Aussi voyez comme il maigrit!
  (Baour tait toujours siffl au thtre).]


APPENDICE AU CHAPITRE II

N 1.--Liste des talents exigs d'un homme d'aprs le Lalita-Vistara.

Telle est la liste officielle des soixante-quatre arts libraux
que devait possder toute personne minente dans la civilisation
brahmanique. Ils sont mentionns dans beaucoup de livres religieux de
l'Inde, comme obligatoires pour les grands, les Gourous et pour tous les
savants, notamment les Brahmanes de distinction. C'est pourquoi nous
avons d en reproduire la liste, un peu fastidieuse  cause de sa
longueur, mais certainement intressante comme document historique.

Le Lalita-Vistara donne,  l'occasion des preuves et examens subis par
le Bouddha-Gautama, pour pouser la belle Gopa, une liste semblable mais
non identique.

En runissant ces deux listes, on a une nomenclature complte de tous
les arts et mtiers de cette poque; chacun d'eux tait l'objet de
traits spciaux.

Inutile d'ajouter que personne ne possdait srieusement toutes ces
connaissances, bien qu'elles fussent considres comme obligatoires.

Liste d'aprs la traduction de M. Foucault.

Le saut, la science de l'criture, des sceaux, du calcul, de
l'arithmtique, de la lutte, de l'arc, de la course, la natation, l'art
de lancer les flches, de conduire un lphant en montant sur son cou,
l'quitation, l'art de conduire les chars; la fermet, la force, le
courage, l'effort des bras dans la conduite de l'lphant avec le
crochet, avec le lien; dans l'action de se lever, de sortir, de
descendre; dans la ligature des poings, des pieds, des mches de
cheveux; dans l'action de couper, de fendre, de traverser, de secouer,
de percer ce qui n'est pas entam, de percer le joint, de percer ce qui
rsonne, dans l'action de frapper fortement.

L'habilet au jeu de ds, dans la posie, la grammaire, la composition
des livres, la peinture, le drame, l'action dramatique, la lecture
attentive, l'entretien du feu sacr, l'art de jouer de la Vin, la
musique instrumentale, la danse, le chant, la lecture, la dclamation,
l'criture, la plaisanterie, l'union de la danse et de la musique,
la danse thtrale, la mimique, la disposition des guirlandes, dans
l'action de rafrachir avec l'ventail, dans la teinture des pierres
prcieuses, la teinture des vtements, dans l'oeuvre de la magie,
l'explication des songes, celle du langage des oiseaux; l'art de
connatre les signes des femmes, les signes des lphants, des chevaux,
des taureaux, des chvres, des bliers, des chiens.

La composition des vocabulaires, l'criture sainte, les Pouranas, les
Ilihsas, le Vda, la grammaire, le Niroukta, l'art de prononcer la
posie, les rites du sacrifice.

Dans l'astronomie, le yoga, les crmonies religieuses, la mthode
des Vacchikas, la connaissance des richesses, la morale, l'tat de
prcepteur, l'tat Asoura, le langage des oiseaux et des animaux.

La science des causes, l'arrangement des filets, les ouvrages de cire,
la couture, la ciselure, la dcoupure des feuilles, le mlange des
parfums. Dans ces arts et tous ceux qui sont pratiqus dans ce monde, le
Bouddha excellait.

N 2--Quatre classes de femmes, qualits qui leur sont propres.

On peut considrer comme rentrant, mieux que les arts libraux, dans le
sujet trait par Vatsyayana, la description des qualits qui distinguent
les femmes entre elles.

En gnral, les auteurs indiens divisent les femmes en quatre classes
d'aprs leurs caractres physiques et moraux.

Le type parfait est la Padmini, ou la femme Lotus; il n'est sorte
d'avantages qu'on ne lui attribue. En voici le rsum.

Elle est belle comme un bouton de Lotus, comme Rathi (la volupt). Sa
taille svelte contraste heureusement avec l'amplitude de ses flancs;
elle a le port du cygne, elle marche doucement et avec grce.

Son corps souple et lgant a le parfum du sandal; il est naturellement
droit et lanc comme l'arbre de Ciricha, lustr comme la tige du
Mirobolam.

Sa peau lisse, tendre, est douce au toucher comme la trompe d'un jeune
lphant. Elle a la couleur de l'or et elle tincelle comme l'clair.

Sa voix est le chant du Kokila mle captivant sa femelle; sa parole est
de l'ambroisie.

Sa sueur a l'odeur du musc. Elle exhale naturellement plus de parfums
qu'aucune autre femme; l'abeille la suit comme une fleur au doux parfum
de miel.

Ses cheveux soyeux, longs et boucls, odorants par eux-mmes, noirs
comme les abeilles, encadrent dlicieusement son visage semblable au
disque de la pleine lune et retombent en torsades de jais sur ses riches
paules.

Son front est pur: ses sourcils bien arqus sont deux croissants;
lgrement agits par l'motion, ils l'emportent sur l'arc de Kama.

Ses yeux bien fendus sont brillants, doux et timides comme ceux de la
gazelle et rouges aux coins. Aussi noirs que la nuit au fond de leurs
orbites, leurs prunelles tincellent comme des toiles dans un ciel
sombre. Ses cils longs et soyeux donnent  son regard une douceur qui
fascine.

Son nez pareil au bouton du sezame est droit, puis s'arrondit comme un
bec de perroquet.

Ses lvres voluptueuses sont roses comme un bouton de fleur qui
s'panouit ou rouges comme les fruits du bimba et le corail.

Ses dents blanches comme le jasmin d'Arabie ont l'clat poli de
l'ivoire; quand elle sourit, elles se montrent comme un chapelet de
perles montes sur corail.

Son cou rond et poli ressemble  une tour d'or pur. Ses paules s'y
joignent par de fines attaches, ainsi qu' ses bras bien models,
semblables  la tige du manguier et qui se terminent par deux mains
dlicates pareilles chacune  un rameau de l'arbre Aoka.

Ses seins amples et fermes ressemblent aux fruits du Vilva; ils se
dressent comme deux coupes d'or renverses et surmontes du bouton de la
fleur du grenadier.

Ses reins bien cambrs ont la souplesse du serpent; ils se fondent
harmonieusement avec ses fesses et ses larges hanches qui ressemblent au
corsage de la colombe verte.

Sonjadgana, pur et dlicatement arrondi, laisse apercevoir un ombilic
profond et luisant comme une baie mure. Trois plis gracieux s'accusent 
sa taille comme une ceinture au-dessus de ses hanches.

Ses fesses sont merveilleuses; c'est une Nitambini (Callipige,
Sakountala tait une Nitambini).

Comme le Lotus panoui  l'ombre d'une tendre motte d'herbe Kusha (herbe
sacre par excellence), son yoni petit s'ouvre mystrieusement sous le
pubis ombrag par un voile velu large de six pouces.

Sa semence d'amour est parfume comme le lys qui vient d'clore, ses
cuisses rondes, fermes, poteles, ressemblent  la tige polie d'un jeune
bananier.

Ses pieds petits et mignons se joignent finement  ses jambes, on dirait
deux Lotus.

Quand elle se baigne dans un tang sacr, par toutes sortes de jeux elle
rveille l'amour, les dieux se troubleraient  la voir se jouer dans
l'eau.

Des perles tremblent  ses oreilles; sur son sein repose un collier de
pierres prcieuses; elle a, mais en petit nombre, des ornements aux bras
et au bas des jambes.

Elle aime les vtements blancs, les blanches fleurs, les beaux bijoux et
les riches costumes. Elle porte un triple vtement de mousseline raye.

Dlicate comme la feuille du bthel, elle aime les aliments doux, purs,
lgers; elle mange peu et dort d'un sommeil lger.

Elle connat bien les trente-deux modes musicaux de Radha; aussi bien
que l'amante de Krishna, elle chante harmonieusement en s'accompagnant
de la vina qu'elle touche avec grce de ses doigts effils et agiles.

Quand elle danse, ses bras aux mouvements souples et harmonieux
s'arrondissent en courbes gracieuses et semblent parfois vouloir drober
aux regards ses merveilleux appts, car sa pudeur est extrme (dans
I'Inde une femme danse toujours seule).

Elle a une conversation agrable, son sourire rpand la batitude; elle
est espigle et foltre, pleine d'enjouement dans les plaisirs.

Elle excelle dans les oeuvres qui lui sont propres.

Elle fuit la socit des malhonntes gens et accomplit scrupuleusement
ses devoirs; le mensonge lui est inconnu.

Incessamment, elle vnre et adore les brahmanes, son pre et les dieux;
elle recherche la socit et la conversation des brahmanes; elle est
librale envers eux et charitable aux pauvres. Pour ceux-ci elle
puiserait le trsor de son mari.

Elle se plat avec son poux et sait exciter ses dsirs par des
caresses.

Le dieu d'amour trouverait un superbe plaisir  reposer prs d'elle.

Son affection pour son poux est extrme et elle n'aura peur aucun autre
une pareille tendresse. Elle est affectueuse dans toutes ses paroles et
absolument dvoue  son mari. Elle est parfaite en tout point.

Ajoutez  ce portrait dj si flatteur une foule d'exclamations que les
potes poussent en l'honneur de la Padmini.

Trsor d'amour! tendresse sans bornes! femme qui aime et qui n'prouve
aucun dsir! femme dont le bonheur est manifeste; femme pareille  Rathi
(la volupt), pouse d'Ananya (l'amour), qui plies sous le poids de tes
seins fermes et arrondis! femme dont l'amour enivre!

Aprs la Padmini, vient la Chitrini ou la femme habile.

La Chitrini a l'esprit mobile, l'humeur lgre et essentiellement
foltre! son oeil ressemble au Lotus, sa gorge est ferme: ses cheveux
tresss en une seule natte retombent sur ses riches paules comme de
noirs serpents; sa voix a la douceur de l'ambroisie; ses hanches sont
minces, ses cuisses douces et polies ont la rondeur de la tige du
bananier; sa dmarche est celle d'un lphant en gait; elle aime le
plaisir, sait le faire natre et le varier.

La Hastini (nom de la femelle de l'lphant) occupe le troisime rang.

La Hastini a une abondante chevelure qui brille et se droule en longues
boucles soyeuses, son regard troublerait le dieu d'amour et ferait
rougir les bergeronnettes. Le corps de cette femme gracieuse ressemble 
une liane d'or, ses pendants d'oreilles sont garnis de pierreries et
ses vtements sont chargs de fleurs. Ses seins fermes et rebondis
ressemblent  un couple de vases d'or.

Le dernier type est la Sankhini (la truie).

Ses cheveux sont natts et rouls sur sa tte; sa face qui exprime la
passion est difforme; son corps ressemble  celui d'un porc. On la
dirait toujours en colre, toujours elle gronde et grogne.

Ses seins et son ventre exhalent l'odeur du poisson.

Elle est malpropre de sa personne; elle mange de tout et dort  l'excs.
Ses yeux ternes sont toujours chassieux.

On a mis en regard les traits distinctifs des quatre classes dans le
tableau suivant:


  ----------------------------------------------------------------------
  DSIGNATION | Padmini     | Chitrini   | Hastini       | Sankhini
              |             |            |               |
  FIGURE      | comme la    | parfaite   | de lotus      | d'oie
              | lune        |            |               |
              |             |            |               |
  ODEUR       | du lotus    | des fleurs | du vin        | du poisson
              |             |            |               |
  CHEVELURE   | fine et     | longue et  | bouclant      | comme des
              | soyeuse     | flottante  | naturellement | soies de
              |             |            |               | sanglier
              |             |            |               |
  VOIX        | harmonieuse | du kokila  | bramement de  | croassement
              | comme un    |            | l'lphant    | du corbeau
              | luth        |            |               |
              |             |            |               |
  GOT        | le bthel   | les dons   | les plaisirs  | les querelles
  DOMINANT    |             |            | varis        |
  ----------------------------------------------------------------------

Quatre sortes d'hommes correspondent comme amants ou poux  ces quatre
sortes de femmes.

A la Padmini, l'homme _livre_, c'est--dire actif, vif et veill.

A la Chitrini, l'homme _cerf_, celui qui recherche l'affection dans le
commerce amoureux.

A la Hastini, l'homme _taureau_, c'est--dire qui a la force et le
temprament de cet animal.

A la Sankhini, l'homme _cheval_, celui qui a la vigueur et la fougue de
l'talon.

Il existe, disent les potes, une Padmini sur dix millions de femmes,
une Chitrini sur dix mille, une Hastini sur mille; la Sankhini se trouve
partout.

Cette proportion n'est point flatteuse pour le beau sexe dans l'Inde;
heureusement, elle n'est point exacte. En gnral les Hindous, hommes
et femmes, mme dans les castes serviles, ont de trs grands soins de
propret. La femme malpropre, la Sankhini, ne se trouve que dans la
classe infime et hors caste, et chez les Pariahs des campagnes.



CHAPITRE III

De la possession des soixante-quatre talents ou arts de volupt
enseigns par le Kama Soutra.

L'homme doit tudier le Kama Soutra aprs le Dharma et l'Artha, et la
jeune fille elle-mme doit en apprendre les pratiques; d'abord avant son
mariage, et, ensuite, aprs, avec la permission de son mari[12].

[Note 12: Dans les pays musulmans, les femmes sont duques en vue
d'exciter les sens par la danse et la mimique, etc.]

On objecte  cela que les femmes, n'ayant point  tudier les sciences,
ne doivent point non plus tudier le Kama Soutra.

A cela, Vatsyayana rpond: Que les femmes peuvent, sans tudier le
trait et ses explications, en connatre la pratique, puisqu'elle
est tire du Kama-Schastra (ou les Rgles de l'Amour) qu'on apprend
exprimentalement, soit par soi-mme, soit par des intimes. C'est ainsi
que le Kama-Schastra est familier  un certain nombre de femmes, telles
que les filles des princes et de leurs ministres.

Il convient donc qu'une jaune fille soit initie aux principes du Kama
Soutra par une femme marie, par exemple sa soeur de lait, ou bien une
amie de la maison prouve sous tous les rapports, o une tante, une
vieille servante, ou une mendiante qui a vcu autrefois dans la famille,
ou une soeur (voir Appendice, n 1 et 2).

Ces pratiques du Kama-Soutra sont empruntes  la partie du Kama-Shastra
qui a rapport  l'union sexuelle, et que Babhravia intitule aussi les
soixante-quatre arts, comme les soixante-quatre arts libraux dont la
nomenclature a t donne ci-dessus.

Pour arriver  ce nombre de (soixante-quatre), on a divis ce qui a
rapport au rapprochement des sexes, c'est--dire le Kama-Shastra,
en huit parties ou sujets; et dans chaque partie on a fait huit
subdivisions principales. Il en a t de mme dans le Kama-Soutra[13].

[Note 13: videmment, pour les divisions, le chiffre de soixante-quatre
est cher aux crivains de l'poque; selon les anciens commentateurs, il
est consacr par les Vdas.]

L'homme auquel sont familiers les (soixante-quatre) moyens de plaisir
indiqus par Babhravya, atteint le but de son dsir, et possde la femme
la plus enviable.

Celui qui parle bien sur les autres sujets, mais ne connat pas les
(soixante-quatre) volupts du Kama-Soutra, n'est point cout avec
faveur dans une runion de savants.

Celui qui, au contraire, les possde toutes, quoique n'ayant pas d'autre
science, prend la tte de la conversation dans toutes les socits
d'hommes et de femmes.

En raison de leur prestige et de leur charme, les Acharyas, ou auteurs
anciens, les plus recommandables, qualifient de _chers aux femmes_ les
soixante-quatre talents voluptueux.

L'homme, en effet, qui y est exerc, gagne le coeur de sa propre femme
et celui des femmes des autres hommes et des courtisanes.


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1.--Il y a dans le Kama-Soutra mille choses qui peuvent dpraver une
jeune fille, et que, consquemment, elle doit ignorer, lors mme qu'elle
est marie aussitt qu'elle a atteint l'ge de pubert, comme il est
d'usage dans l'Inde.

Dans cette contre, tout est fait pour provoquer les dsirs charnels,
mme chez les jeunes enfants des deux sexes.

Les chars sacrs sur lesquels on promne les images des Dieux, dans les
grandes ftes publiques, sont chargs de peintures et de sculptures
d'une obscnit indescriptible, publiquement exposes  tous les
regards, sans que personne songe  en loigner les enfants.

A la jeune fille indienne s'appliquent pleinement les vers d'Horace:

  .......Incestos amores
  A tenere meditatur ungui.

Ds la plus tendre enfance, elle rve d'impudiques amours.

N 2.--Sauf quelques sculptures d'un naturalisme naf dans des
cathdrales du moyen ge et quelques pratiques quivoques, restes du
paganisme qui lui ont survcu, on ne trouve rien de pareil chez les
chrtiens d'aucune confession.

On lit dans le P. Gury (traduction P. Bert):

417.--Les regards jets sans raison sur des choses honteuses
constituent des pchs graves ou lgers, suivant l'intention de la
personne, le degr de turpitude et le danger de consentement  la
dbauche.

En pratique, on excuserait difficilement d'un pch mortel un homme qui
regarderait les parties honteuses d'une femme peinte, parce qu'il ne
pourrait gure viter d'y prendre un plaisir.

420.--1 _C'est un pch grave, en gnral, de parler, mme par
lgret, de l'acte conjugal, de ce qui est permis ou dfendu entre
poux_, des moyens d'empcher la conception, de procurer la pollution;
surtout, si c'est entre jeunes gens de sexes diffrents.

2 Il y a grave pch  dire des choses honteuses par le seul plaisir
qu'on trouve  y penser.

Le confesseur ne recommande  de jeunes poux que l'abstention de ce
qui pourrait aller contre le but du mariage, la procration.

Ainsi, la morale chrtienne est trs svre pour tout ce qui concerne la
puret.

N 3.--L'ducation des belles par Ovide.

Les listes des (soixante-quatre) arts libraux et des (soixante-quatre)
talents de volupts, avec les portraits de la Padmini et de la Citrini,
nous donnent l'ide de l'ducation fminine dans l'Inde  l'poque de
Vatsyayana; il est trs intressant de la rapprocher de celle qu'Ovide
trace pour les Romaines dans son _Art d'aimer,_ livre III.

O femmes! ne ngligez aucun soin de votre personne!

La figure s'embellit si on la soigne; sans soins, le plus beau visage
perd sa fracheur, ft-il comparable  celui de la desse du mont Ida.

Ne chargez point vos oreilles de perles de grand prix, et votre corps
de vtements tout pesants d'or. Une lgante propret nous charme bien
davantage. Choisissez la manire d'arranger votre chevelure qui vous
sied le mieux. Un visage un peu allong demande de simples bandeaux; une
figure arrondie un noeud lger sur le sommet de la tte et qui laisse
les oreilles dcouvertes.

Celle-ci laissera flotter ses cheveux sur ses deux paules; celle-l
les relvera  la manire de Diane chasseresse.

Tandis que vous travaillez  votre toilette, laissez croire que vous
tes encore au lit; vous paratrez avec plus d'avantages quand vous y
aurez mis la dernire main. Vous pouvez toutefois faire peigner vos
cheveux devant nous.

Apprenez  rire avec grce. Ouvrez modrment la bouche; formez sur
l'une et l'autre joue deux petites fossettes et couvrez avec la lvre
infrieure l'extrmit des dents suprieures. Ne vous fatiguez point les
flancs par des clats continuels, que votre rire ait quelque chose de
doux et d'agrable  l'oreille.

Les femmes apprennent aussi  pleurer d'une manire  la fois gracieuse
et intressante; elles pleurent quand elles veulent.

Apprenez galement  marcher, la dmarche sduit ou fait fuir un homme
qui ne vous connat pas.

Il est des femmes qui, par un mouvement de hanches tudi, font
flotter leur robe au gr des vents; elles s'avancent firement d'un pas
majestueux. D'autres marchent  grands pas et d'un air effront. vitez
que la premire de ces dmarches soit prtentieuse et que la dernire
soit rustique. Cependant, laissez  dcouvert l'avant-bras depuis le
coude jusqu'au poignet, si vous avez la peau d'une blancheur sans tache.
Combien de fois j'ai t tent de baiser un bras d'albtre!

Que les jeunes filles apprennent  chanter. Plusieurs ont trouv dans
leur voix un ddommagement  leur figure.

La femme qui veut plaire doit s'appliquer  manier l'archet de la main
droite et  pincer de la harpe de la main gauche.

_Apprenez par coeur Sapho; rien de plus voluptueux que ses vers;_ lisez
les posies du tendre Properce et celles de mon cher Tibulle, l'Enede
et _mme mes Amours._

Je voudrais encore qu'une belle st danser (on ne dansait  Rome qu'au
thtre), qu'elle fut habile aussi aux jeux des osselets, des ds et des
checs. Apprenez mille jeux; souvent,  la faveur du jeu, l'amour se
glisse dans les coeurs.

Qu'une belle s'occupe de tout ce qui peut augmenter ses charmes; qu'elle
se donne en spectacle  la foule; que partout elle soit empresse de
plaire; qu'elle ait toujours l'hameon prt; dans l'endroit qu'elle
souponne le moins, elle trouvera du poisson qui viendra y mordre.

Les funrailles d'un poux sont souvent une occasion d'en trouver un
autre. Il convient alors de paratre chevele et de donner un libre
cours  vos pleurs.

Pour garder la puret de vos traits, vitez la colre, partage farouche
des btes froces; elle enfle le visage et fait noircir les veines o le
sang s'accumule.

vitez aussi un air de fiert. Un regard doux et gracieux captive
l'amour. Nous hassons aussi la tristesse; c'est la gaiet qui nous
charme dans une femme.

Ne venez aux festins que tard, lorsque les flambeaux sont allums, vous
paratrez toujours belle aux yeux troubls par le vin et la nuit voilera
vos imperfections.

Prenez les mets du bout des doigts (les Romains d'alors, comme
aujourd'hui encore les Indiens, mangeaient avec les doigts); n'allez pas
porter  votre bouche une main mal assure; ne vous gorgez pas de mets
pour les vomir chez vous (usage des Romains), et mangez un peu moins que
votre apptit. Il sied mieux qu'une jeune belle se permette quelques
excs dans le boire. Toutefois ne vous laissez point  table aller 
l'ivresse ou au sommeil, qui vous livreraient sans dfense  toutes les
entreprises des pires dbauchs.




                           TITRE II

     LA VIE LGANTE.--DIVERSES SORTES D'UNIONS SEXUELLES

              L'AMOUR PERMIS ET L'AMOUR DFENDU




CHAPITRE I

La vie lgante ou d'un homme fortun.

SECTION 1.--INTRIEUR (_at home_).

L'habitation doit tre bien situe, au bord d'une eau pure, dans une
ville ou une bourgade, ou un lieu de plaisir.

Les appartements intrieurs sont sur les derrires, ceux de rception
sur le devant, tous sont meubls confortablement et orns avec got.

SOINS D'HYGINE.--Chaque jour le bain et le frottement du corps avec de
l'huile; tous les trois jours, application de laque  tout le corps;
tous les quatre jours, raser la tte entire; et tous les cinq ou dix
jours, tout le corps.

EMPLOI DU TEMPS.--Trois repas par jour, le matin,  midi et la nuit;
le bain, la sieste; des vtements blancs et lgants; des fleurs, une
volire; le matin, quelques jeux et divertissements avec des parasites,
et aprs midi avec des amis.

Aprs le djeuner, leon pour parler donne aux perroquets et autres
oiseaux, puis combats de coqs, de cailles et de pigeons.

Dans la soire, le chant; ensuite le matre de maison, avec ses amis,
attend, dans la salle de rception bien orne et parfume d'essences,
l'arrive de sa matresse; celle-ci, quand elle se prsente, est reue
avec les compliments d'usage; elle tient avec tous une conversation
aimable et tendre.

Lorsqu'elle doit passer toute la nuit chez son amant, elle y vient
baigne, parfume et pare; son amant lui offre des rafrachissements;
il la fait asseoir  sa gauche, lui prend les cheveux entre ses mains,
touche aussi le bout et le noeud de son vtement du bas et l'entoure
doucement de son bras droit. Alors s'engage une conversation lgre
et varie; on tient des propos lestes et joyeux; on traite des sujets
graveleux ou galants. Puis on chante avec ou sans gestes; on fait de la
musique, on boit en s'excitant  boire.

Enfin, quand la femme, chauffe par ces provocations  l'amour, trahit
ses dsirs, le matre congdie tous ceux qui sont prs de lui en leur
donnant des fleurs, des bouquets et des feuilles de bthel[14].

[Note 14: Dans les usages de l'Inde, c'est le matre de maison, celui
auquel on fait visite, qui donne le signal du dpart au visiteur.]

Les deux amants restent seuls. Aprs avoir got le plaisir  leur gr,
ils se lvent pudiquement et, sans se regarder, s'en vont, sparment,
au cabinet de toilette qui est, dans l'Inde, la salle du bain.

Ils reviennent ensuite s'asseoir l'un prs de l'autre et mchent
quelques feuilles de bthel. Puis l'homme, de sa propre main, frotte le
corps de la femme avec un onguent de pur bois de sandal, ou une autre
essence odorante; ensuite il l'enlace dans son bras gauche, et tout en
lui tenant de doux propos, il lui fait boire, dans une coupe qu'il
tient de la main droite, une boisson excitante et parfume; ils mangent
ensemble des gteaux et des sucreries, prennent des consomms et de la
soupe de gruau, boivent du lait de coco frais, des sorbets, du jus de
mangues et de citron sucr; enfin, ils savourent ainsi, dans l'intimit,
tout ce que le pays produit d'agrable, de doux et de pur.

Souvent aussi, les deux amants montent sur la terrasse de la maison pour
jouir du clair de lune et causer agrablement. A ce moment, pendant que
la femme est sur ses genoux la face tourne vers la lune, l'amant lui
dsigne de la main les diverses plantes, l'toile du matin, l'toile
polaire, les constellations[15].

[Note 15: Les magnifiques nuits de l'Inde donnent  ce passe temps un
grand charme.]


APPENDICE

A LA PREMIRE SECTION DU CHAPITRE I

Compltons par des emprunts aux potes les indications trop sommaires de
Vatsyayana.

N 1.--Barthriari a dcrit l'amour selon les saisons (trad. Regnaud).

(St. 39).--Bouquets odorants, couronnes dont l'aspect rjouit le coeur,
zphir qu'agit l'ventail, rayon de la lune, parfum des fleurs, lac
frais, poudre de sandal, vin clair, terrasse bien blanche, vtements
trs lgers, femmes aux yeux de lotus, tels sont les agrments que les
heureux ont ici en partage, l't.

En hiver, les heureux reposent voluptueusement dans une chambre,
couverts de vlements rouges, enlaant dans leurs bras leurs bien-aimes
aux seins opulents, mchant  pleine bouche des feuilles et des noix de
bthel.

(St. 44).--Les clairs serpentent dans le Ciel pareils  des lianes, le
tonnerre clate au sein des nuages amoncels; on entend les cris confus
des paons qui se livrent  leurs jeux; les averses tombent comme des
torrents; la belle, aux yeux allongs, qui tremble d'effroi, se serre
troitement dans les bras du bien-aim dont elle ne peut quitter
la maison; puis s'lvent des vents chargs de pluie glaciale qui
renouvellent la vigueur des amants.

(St. 49 et 50.)--Ils embrassent les fossettes de leurs joues; ils font
entrechoquer bruyamment leurs lvres en jouant dans les boucles qui
encadrent leur visage; ils mettent en dsordre leur chevelure et leur
font cligner les yeux; ils chiffonnent avec violence leurs vtements,
arrachent de leur poitrine leur corset et bouleversent leurs seins;
ils font grelotter leurs cuisses et dtachent le pagne qui ceint leurs
larges hanches.

On connat le distique de Catulle:

  Quam juvat immites ventos audire cubantem
  Et dominant tenero delinuisse sinu

Quel plaisir d'entendre, de sa couche, rugir la tempte, en pressant sa
matresse sur son sein.

N 2.--Visite de Corine  Ovide.

Il est intressant de rapprocher la visite d'une matresse indienne 
son amant de celle de Corine  Ovide (_Les Amours_, liv. 1er, lgie 5).

Vers midi, lorsque j'tais sur mon lit pour me reposer dans un
demi-jour mystrieux, Corine entra dans ma chambre, la tunique releve,
les cheveux tombant sur sa gorge nue, plus blanche que la neige,
semblable  la charmante Las quand elle recevait ses amants.

Je lui tai d'abord sa tunique dont le tissu transparent tait  peine
un obstacle. Elle faisait quelque rsistance  paratre nue; mais on
voyait bien qu'elle ne voulait pas vaincre.

Quand elle fut devant moi sans vtement, je ne vis pas une tache sur
tout son corps. O quelles paules,  quels bras j'eus le plaisir de voir
et de toucher! Que sa gorge tait faite  souhait! Quelle peau douce et
unie! Quelle taille superbe et quelles cuisses fermes!

Mais pourquoi entrer dans ces dtails? Je n'ai vu que des choses
parfaites, et il n'y avait point de voile entre ce beau corps et le
mien!

Le reste est facile  deviner. Enfin, aprs une fatigue mutuelle, nous
reposmes tous deux.

Ce petit morceau nous charme autant, mais d'une autre manire que les
potes Hindous.

Ce qu'Ovide laisse  deviner, Properce le dit dans l'lgie v du livre
II.

Une nuit de Cynthe donne  Properce.

O nuit fortune! Que de mots changs  la clart de la lampe! Et la
lumire teinte, quels bats!

Tantt elle lutte contre moi, le sein dcouvert; tantt  mon ardeur
elle opposait sa tunique. Puis, quand le soleil eut vaincu mes
paupires, c'est elle qui me rveilla en les pressant de ses lvres.

Est-ce donc ainsi, me dit-elle, que tu dors nonchalamment?

Comme nos bras s'enlaaient en mille noeuds divers!

Mais l'obscurit nuit aux jeux de l'amour.

Les yeux sont les guides de nos transports.

Endymion, par sa nudit, charme la chaste Diane qui vient, nue, reposer
prs d'un mortel.

Cesse de voiler tes attraits sur ta couche ou bien je dchirerai ce lin
odieux; et mme, si la colre m'emporte, ta mre en verra les traces sur
tes bras.

Livre-moi ces globes charmants qui se soutiennent d'eux-mmes; que mes
yeux se rassasient tandis que les destins le permettent. Vivant ou mort,
c'est  toi que j'appartiens pour toujours.

Si tu m'accordes encore de semblables nuits, une anne sera pour moi
plus qu'une vie.

Prodigue-les-moi, ces nuits, et je deviens immortel dans tes bras.

Une seule nuit de toi peut, du dernier des hommes, faire un dieu.



SECTION II.--L'EXTRIEUR.

 I.--_Ftes religieuses._

A certains jours propices (fastes) une socit d'amateurs s'assemble
dans le temple de la desse Sarasvati (desse des beaux-arts).

L, on essaie les chanteurs rcemment arrivs dans la localit. Le
lendemain on leur donne quelque gratification et l'on retient ceux qui
ont plu.

Les membres de cette socit agissent ainsi dans les temps de dtresse
comme dans ceux qui sont prospres.

Ils exercent l'hospitalit envers les trangers qui sont venus  la
runion.

Ils agissent de mme lors des autres ftes en l'honneur de quelque
divinit.

 2.--_Promenades aux jardins et aux bains publics._

Les hommes s'y rendent lgamment vtus en compagnie de courtisanes et
avec une suite nombreuse de serviteurs.

Trois sortes d'hommes, dans ces circonstances, prtent leurs bons
offices aux personnes riches et aux courtisanes, ce sont:

1 Le Pithamarda, qui ne possde rien que son talent  tout faire et 
tout montrer (magister).

2 Le Vita est celui qui, ayant perdu sa fortune, est,  cause de cela,
de son ancienne ducation et de ses anciennes relations d'amiti dans la
localit, admis chez les riches et les courtisanes et vit de ce qu'il en
peut tirer.

C'est le parasite officieux.

3 Le Vidashka est une sorte de bouffon, d'utilit, toujours un
brahmane, que tout le monde accueille pour sa bonne humeur et ses
spirituelles saillies[16].

[Note 16: C'est le fou du moyen ge dont Walter Scott nous a donn le
type dans le personnage de Wamba (roman d'_Ivanho_).]

Ces trois sortes de personnages sont ordinairement employes pour oprer
les rconciliations entre les hommes riches et les courtisanes.

On emploie galement les femmes mendiantes, celles qui ont la tte rase
(les veuves) et les anciennes courtisanes qui possdent des talents
appropris.



SECTION III

 3.--_Runions de socits._

Des hommes de mme ge, de mmes gots, de mme ducation, se runissent
en socit, soit chez des courtisanes en renom et en leur compagnie,
soit dans la demeure de l'un d'eux, pour converser, composer des vers et
se les Communiquer. Dans ce dernier cas, les femmes distingues par leur
beaut, et qui ont des gots et des talents semblables, peuvent tre
admises et recevoir des hommages.

Souvent les conversations taient une joute d'improvisations potiques
et de citations opposes de divers potes.

Pour en donner une ide, nous avons arrang le dialogue suivant avec des
citations de potes:

UN BRAHMANE SAVANT.--Par qui a t fabriqu ce ddale d'incertitude, ce
temple d'immodesties, ce rceptacle de fautes, ce champ sem de mille
fourberies, cette barrire de la porte du Ciel, cette bouche de la cit
infernale, cette corbeille remplie de tous les artifices, ce poison qui
ressemble  l'ambroisie, cette corde qui attache les mortels au monde
d'ici-bas, la femme en un mot?

UNE COURTISANE.--Le faux sage qui mdit des femmes trompe lui-mme et
les autres; car le fruit de la pnitence est le _Ciel_ et le Ciel offre
les Apsaras  ceux qui l'obtiennent.

LE BRAHMANE.--Les femmes ont du miel dans leurs paroles et du poison
dans le coeur, aussi leur suce-t-on les lvres, tandis qu'on leur frappe
la poitrine avec le revers de la main[17].

[Note 17: Ptrone a dit:

  Toute femme, en soi, cache un venin corrupteur,
  Le miel est sur sa lvre, et le fiel dans son coeur.]

LA COURTISANE.--Les fous qui fuient les femmes n'obtiennent que des
fruits amers; leur sottise et le dieu d'amour les chtient cruellement.
Le jour o des hommes honorables parviendront  matriser leurs sens,
les monts Vindhyas traverseront l'Ocan  la nage.

LE BRAHMANE.--Il n'est ici-bas qu'un jardin rempli de fleurs
pernicieuses, c'est la jeunesse; elle est le foyer de la passion, la
cause de peines plus cuisantes que n'en feraient endurer cent enfers,
le germe de la folie, le rideau de nuages qui couvre la lumire de la
science, la seule arme du Dieu de l'amour, la chane de fautes de toute
nature.

LA COURTISANE.--Un vieux chien borgne, boiteux, galeux, n'ayant que la
peau et les os et dont la gueule est dchire par les tessons qu'il
ronge, poursuit encore les chiennes; le Dieu de l'amour tourmente
jusqu'aux mourants. Quand l'arbre Aoka est touch du pied d'une belle,
ses fleurs s'panouissent de suite[18].

[Note 18: Jolie lgende indienne.]

Les femmes voluptueuses enflamment tous les coeurs de leurs grces
lascives; elles babillent avec l'un, envoient  un autre des oeillades
provocatrices, un troisime occupe leur coeur.

LE BRAHMANE.--Celui qui, matrisant ses sens, a confondu son
intelligence dans l'me-suprme, qu'a-t-il  faire des causeries des
bien-aimes, du miel de leurs lvres, de la lune de leur visage, des
jeux d'amour accompagns de soupirs dans lesquels on presse leurs seins
arrondis?

LA COURTISANE.--Les Docteurs ayant sans cesse  la bouche les saints
crits, sont les seuls qui parlent, et seulement du bout des lvres, de
renoncer  l'amour.

Qui pourrait fuir les hanches des belles jeunes filles ornes de
ceintures bruyantes, auxquelles pendent des perles rouges?

Ce que femme entreprend dans sa passion, Brahma lui-mme n'a pas le
courage d'y mettre obstacle[19].

[Note 19: Nous disons dans le mme sens: Ce que femme veut, Dieu le
veut.]

UN HOMME MUR.--L'homme n'est sr de son honneur, de sa vertu, de sa
sagesse, que quand son coeur et ses fermes rsolutions ont rsist
victorieusement  la corruption par les femmes.

Combien ont succomb par elles, que tout l'or du monde n'aurait pu
acheter!

UN JEUNE HOMME.--Quel est le plus beau des spectacles? Le visage
respirant l'amour d'une fille. Quel est le plus suave des parfums?
Son haleine douce. Quel est le plus agrable des sons? la voix de la
bien-aime.

Quelle est la plus exquise des saveurs? La rose qui humecte ses lvres.

Quel est le plus doux des contacts?

Celui de son corps.

Quelle est l'image la plus agrable sur laquelle la pense puisse
s'arrter? Ses charmes.

Tout dans la jeune fille aime est plein d'attraits.

UN JEUNE POTE.--La jeune vierge est semblable au tendre bouton de la
rose non encore panouie; dans toute sa puret, elle crot en paix 
l'ombre du bosquet tutlaire,  l'abri de tout outrage; mais lorsque son
sein dvoil s'est prt aux baisers du rossignol sducteur, bientt
spare de sa tige maternelle et indignement associe  l'herbe que
foule un pied vulgaire, on l'expose aux passants sur la place publique,
et fltrie alors par mille baisers impurs on chercherait en vain sa
fracheur virginale (voir l'Appendice).

AUTRE JEUNE HOMME.--Lger sourire sur les lvres, regards  la fois
hardis et timides, babil enjou, fuite, retour prcipit, amusements
foltres et continuels, tout n'est-il pas ravissant chez les jeunes
femmes aux yeux de gazelle?

Quand elles sont absentes, nous aspirons  les voir.

Quand nous les voyons nous n'avons qu'un dsir, jouir de leur treinte.

Quand nous sommes dans leurs bras, nous ne pouvons plus nous en
arracher.

LE JEUNE POTE.--A quel mortel est destine cette beaut ravissante
semblable dans sa fracheur  une fleur dont on n'a pas encore respir
le parfum, touch le fin duvet;  un tendre bourgeon qu'un ongle profane
n'a point os sparer de sa tige,  une perle encore pure au sein de la
nacre protectrice o elle a pris naissance?


APPENDICE

A LA IIIe SECTION DU CHAPITRE I.

Le pote Catulle a exprim la mme pense que le jeune pote indien dans
les beaux vers que nous traduisons:

La fleur que la haie d'un jardin protge contre les troupeaux et le
tranchant du soc, crot mystrieusement caresse par le zphyr, colore
par le soleil, nourrie par la pluie, recherche des jeunes beauts et
des amants; mais sitt qu'un ongle lger l'a cueillie, elle n'inspire
plus que le ddain. De mme une vierge reste chre  tous tant qu'elle
reste pure; mais si elle perd sa fleur d'innocence, les jeunes gens lui
retirent leur amour et les jeunes filles leur amiti.

L'Arioste a presque traduit Catulle dans la plainte de Sacripant contre
Anglique (_Rolland furieux_).

  La Verginella  simile alla rosa;
  Che in bel jardin sulla uativa spina
  Mentre sola et sicura si reposa,
  Ne grege ne pastor de le avvicina;
  L'aura suave e l'alba rugiadosa
  L'Aqua, la terra al suo amor s'inchina,
  Giovani vaghi e donne innamorate
  Amano averne i seni e le tempie ornate.
  Ma non si tosto dal materno stelo
  Rimossa viene dal suo ceppo verde,
  Che quanto avea dagli uomini e dal cielo
  Favor grazia e bellezza, tutto perde.
  La vergine che il fior di che piu zelo
  Che degli occhi et della vita aver dei
  Lascia altrui corre, il pregio che aveva innanzi
  Perde nel cor di tutti gli altri amanti.

La vierge est comme la rose sur sa tige naissante dans un beau jardin;
tant qu'elle reste dans la solitude et la paix, elle n'a rien  craindre
du troupeau ni du berger.

Le doux zphir, l'aube humide de rose, la terre et l'onde lui
prodiguent leurs caresses et leurs trsors; les jeunes gens qui
soupirent et les belles namoures se plaisent  orner de ses boutons
leurs cheveux et leurs seins.

A peine spare de la branche maternelle, de ses vertes pines, elle
perd et la faveur des hommes et les dons du ciel, la grce et la beaut.

Ainsi quand une jeune fille a laiss cueillir la fleur qu'elle devait
dfendre plus que ses yeux et que sa vie, elle est avilie aux yeux de
tous les autres amants.

Nos navets gauloises sont plus brves et presque aussi expressives:

  La pucelle est comme la rose
  Dans sa primeur  peine close;
  Chacun s'empresse  les cueillir.
  Vienne la rose  se fltrir,
  Vienne la fille  se donner,
  Plus un ne veut les ramasser.



CHAPITRE II

Diffrentes sortes d'unions sexuelles.

Il y a sept sortes d'unions:

L'UNION SPONTANE.--Deux personnes s'aiment et s'unissent par sympathie
et par got mutuel. Cette union a lieu entre deux amants de mme
naissance.

Les jeux d'amour avec une femme de bonne naissance, dit Barthriari, sont
remplis de charme. D'abord, l'amante dit: non, non! et semble ddaigner
les caresses; puis les dsirs naissent, sans que la pudeur disparaisse;
ensuite, la rsistance se relche et la fermet est abandonne; enfin,
elle ressent vivement le secret plaisir des ardeurs amoureuses; laissant
alors de ct toute retenue, elle gote un bonheur inexprimable qui lui
fait crisper les membres.

L'UNION DE L'AMOUR ARDENT.--L'homme et la femme s'aiment depuis quelque
temps, et ont eu beaucoup de peine  se runir; ou bien, l'un d'eux
revient de voyage, ou bien, deux amants se rconcilient aprs s'tre
querells.

Dans ces cas, les deux amants brlent de s'unir et se donnent
mutuellement une complte satisfaction.

L'UNION POUR L'AMOUR A VENIR--Entre deux personnes dont l'amour n'est
encore qu'en germe.

L'UNION DE L'AMOUR ARTIFICIEL.--L'homme n'opre la connexion qu'en
s'excitant par les moyens accessoires qu'indique le Kama Soutra, les
baisers, les embrassements, ou bien l'homme et la femme s'unissent sans
amour, le coeur de chacun d'eux tant ailleurs. Dans ce cas, il faut
qu'ils emploient tous les moyens d'excitation enseigns par le Kama
Shastra (Appendice, n 1).

L'UNION DE L'AMOUR TRANSMIS.--L'un des deux acteurs, pendant toute la
dure de la connexion, s'imagine qu'il est dans les bras d'une autre
personne qu'il aime rellement (Appendice, n 2).

L'UNION DITE DES EUNUQUES.--La femme est une porteuse d'eau [20] ou une
domestique de caste infrieure  celle de l'homme; la conjonction dure
seulement le temps ncessaire pour teindre le dsir de l'homme. Dans ce
cas, il n'y a point d'actes accessoires ou prliminaires.

[Note 20: La porteuse d'eau est ordinairement attache  une maison et y
fait le service de propret.]

L'UNION TROMPEUSE.--Entre une courtisane et un paysan, ou entre un homme
de bonne ducation et une paysanne; elle se borne  un acte brutal, 
moins que la femme ne soit trs belle.


APPENDICE AU CHAPITRE II

N 1.--L'Union artificielle est blme par les potes.

Bhartrihari (stance 29 _l'Amour_) dit: En ce monde, l'amour a pour effet
d'unir deux coeurs en une mme pense.

Quand les sentiments des amants ne sont pas confondus, c'est comme
l'union de deux cadavres.

Le mariage sans l'amour est un corps sans me, dit Tirouvallouvao (le
divin Pariah).

N 2.--Le Pre Gury, _Thologie morale _(908). L'usage du mariage est
gravement illicite s'il a lieu dans un esprit d'adultre, de telle sorte
qu'en approchant de son pouse, on se figure que c'est une autre femme.

Cet avis est videmment celui de tous les thologiens.

G. Sand, dans _Mademoiselle de la Quintinie, _dcrit une union de ce
genre.



CHAPITRE III

Des cas ou le Kama est permis ou dfendu

Le Kama, quand il est pratiqu dans le mariage contract selon les
rgles traces par Manou, entre personnes de mme caste, donne une
progniture lgitime et la considration gnrale.

Il est dfendu avec des femmes de caste suprieure ou bien de mme
caste, mais ayant dj appartenu  d'autres.

Le Kama n'est ni ordonn ni dfendu avec des femmes, de castes
infrieures ou dchues de leur caste, avec les courtisanes et avec les
femmes divorces.

Avec toutes ces femmes, la pratique du Kama n'a pas d'autre but que le
plaisir.

On appelle Nayikas les femmes auxquelles on peut s'unir sans pch;
telles sont les filles qui ne dpendent de personne, les courtisanes et
les femmes qui ont t maries deux fois (N 1 Appendice).

Vatsyayana rattache  ces trois catgories les veuves, les filles des
courtisanes, les servantes qui sont encore vierges, et mme toute femme
de caste qui a dpass l'ge de pubert, sans se marier.

Ganikapati pense qu'il existe des circonstances ou des considrations
particulires qui autorisent la connexion avec les femmes des autres.
Par exemple, on peut se faire, selon les cas, les raisonnements
suivants;

--Cette femme veut se donner  moi, et dj s'est livre  beaucoup
d'autres auparavant; quoi qu'elle soit d'une caste suprieure, elle est
dans la circulation comme une courtisane; je puis donc m'unir  elle
sans pcher.

--Cette femme exerce un grand empire sur son mari qui est un homme
puissant et ami de mon ennemi. En devenant son amant, j'enlverai  mon
ennemi l'appui de son mari.

--J'ai un ennemi qui peut me nuire beaucoup; si sa femme devient ma
matresse, elle changera ses dispositions malveillantes  mon gard.

--Avec l'aide de telle femme, si je suis son amant, j'assurerai le
triomphe de mon ami ou la ruine de mon ennemi, ou la russite de
quelqu'autre entreprise fort difficile.

--En m'unissant  telle femme, je pourrai tuer son mari et m'approprier
ses biens.

--Je suis sans ressources et sans moyens d'en acqurir, l'union avec
telle femme me procurera la richesse sans me faire courir aucun danger.

--Telle femme m'aime ardemment et connat tous mes secrets, toutes mes
faiblesses et,  cause de cela, peut me nuire infiniment, si je ne suis
point son amant.

--Un mari a sduit ma femme, je dois le payer de retour (peine du
talion).

--Devenu l'amant de telle femme, je tuerai un ennemi du roi, proscrit
par celui-ci et auquel elle a donn asile.

--J'aime une femme place sous la surveillance d'une autre; par celle-ci
j'arriverai  possder celle que j'aime.

--C'est par cette femme seulement que je puis pouser une jeune fille
riche et belle que je recherche; si je deviens son amant, elle me fera
atteindre mon but.

Pour ces motifs et d'autres semblables, il est permis d'avoir des
rapports avec des femmes maries; mais il est bien entendu que c'est
seulement dans un but particulier, et jamais en vue du seul plaisir,
autrement il y aurait faute et pch [21].

[Note 21: Il est  peine besoin de faire remarquer que cette morale
n'est admise que par les brahmanes; on n'en trouve trace nulle part
ailleurs que dans leurs crits, quelle qu'ait pu tre la subtilit des
casuistes.]

L'cole de Babhravya professe qu'il est permis de jouir de toute femme
qui a eu cinq amants; mais Ganakipoutra pense que, mme dans ce cas, il
doit y avoir des exceptions pour les femmes d'un parent, d'un brahmane
savant et du roi. Vatsyayana dit que peu de femmes rsistent  un homme
bien second (N 2, Appendice).

Il est dfendu de s'unir aux femmes numres ci-aprs:

Lpreuses, lunatiques, rejetes de la caste, ne sachant pas garder les
secrets, exprimant publiquement leur dsir charnel, (N 3, Appendice),
atteintes d'albinisme (elles sont impures), et celles dont la peau, d'un
noir intense, a mauvaise odeur.

Femmes amies [22], Femmes de la parent (N 4, Appendice); femmes
asctes avec lesquelles l'union sexuelle est interdite.

[Note 22: Ce respect pour les amies dont la liste est assez longue ainsi
que celle de leurs qualits, honore les Hindous. Nous ne retrouvons pas
ce scrupule louable au mme degr en Europe o beaucoup de gens ont
peine  croire  une amiti platonique entre personnes de sexes
diffrents.]

Sont rputes femmes amies avec lesquelles l'union sexuelle est
interdite:

Celles avec lesquelles nous avons jou dans la poussire (amies
d'enfance), auxquelles nous sommes lis d'obligation pour services
rendus.

Celles qui ont nos gots et notre humeur.

Celles qui ont t nos compagnes d'tudes.

Celles qui connaissent nos secrets et nos dfauts comme nous connaissons
les leurs.

Nos soeurs de lait et les jeunes filles leves avec nous; les amies
hrditaires, c'est--dire appartenant  des familles unies par une
amiti hrditaire.

Ces amies doivent possder les qualits suivantes: la sincrit, la
constance, le dvouement, la fermet, l'exemption de convoitise,
l'incorruptibilit, une fidlit  toute preuve pour garder nos
secrets.


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1.--Sans doute les femmes maries qui ont un amant, celles qui sont
spares de leur mari et les veuves. Celles-ci, en grand nombre dans
l'Inde, et dans la force de l'ge, sont obliges d'avoir recours 
l'avortement pour cacher les consquences de leur inconduite qui, si
elle tait connue, serait punie par l'exclusion de la caste.

Toutes connaissent les drogues qui font avorter.

Quand la potion n'a pas produit l'effet voulu, quelques-unes ont recours
 des moyens mcaniques qui, souvent, mettent leurs jours en danger.

Ce fait nous a t rvl par des mdecins europens qui, dans des cas
pareils, avaient t appels par des femmes indignes.

Lorsqu'aucun des moyens n'a russi, les veuves enceintes prtextent un
voyage ou un plerinage et s'en vont au loin faire leurs couches.

L'avortement tait une pratique usuelle chez les femmes galantes de
Rome, au temps d'Ovide. Ce pote consacre la 14e lgie du Livre II _des
Amours_  reprocher ce crime  sa matresse, Corine.

Quoi, dit-il, de peur que les rides de ton ventre ne t'accusent, il
faudra porter le ravage sur le triste champ o tu livras le combat!
Femmes, pourquoi portez-vous dans vos entrailles des engins homicides?
Les tigresses ne sont pas si cruelles dans les antres de l'Hircanie,
et jamais la lionne n'osa se faire avorter; et ce sont de faibles et
tendres beauts qui commettent ce crime, non pas toutefois impunment.
Souvent celle qui touffe son enfant dans son sein prit elle-mme;
et, quand on emporte son cadavre encore tout chevel, les spectateurs
s'crient: Elle a bien mrit son sort.

N 2.--_Art d'aimer, _Livre I. Ne doutez point que vous ne puissiez
triompher de toutes les jeunes beauts;  peine sur mille en trouverez
vous une qui vous rsistera. Celle qui se rend aisment, comme celle qui
se dfend, aiment galement  tre pries.

Si vous chouez, qu'avez-vous  craindre? Mais pourquoi choueriez-vous?
On se laisse prendre aux attraits d'un plaisir nouveau, et le bien
d'autrui nous parat toujours prfrable au ntre.

Vous verrez plutt les oiseaux se taire au printemps, et les cigales en
t, qu'une femme rsister aux tendres sollicitations d'un jeune homme
caressant. Celle mme qui parat insensible brle de secrets dsirs.

Si les hommes s'entendaient pour ne pas faire les premires avances, les
femmes se jetteraient dans leurs bras toutes pmes.

Entendez dans les molles prairies la gnisse qui mugit d'amour pour le
taureau, et la jument qui hennit  l'aspect de l'talon vigoureux.

N 3.--Dans l'Inde, la dcence extrieure est toujours observe entre
les deux sexes, au point qu'il ne vient  la pense de personne d'y
manquer.

Quand on chemine en troupe, les hommes marchent en avant des femmes,
et les attendent aux passages des gus, pour leur tendre la main par
derrire. Les femmes se troussent alors jusqu'aux dessus des hanches, et
jamais un homme ne se retourne pour regarder (abb Dubois).

Toute provocation en public d'un sexe  l'autre, et mme toute
galanterie, sont absolument inconnues.

Une femme se croirait insulte par un homme qui lui tmoignerait, au
dehors, des attentions particulires.

On verra plus loin que, quand un homme veut courtiser une femme,
il procde toujours par des voies indirectes, par des insinuations
dtournes, des propos  double sens qui semblent s'adresser  une autre
personne.

Mais, dans le particulier, les femmes indiennes, habitues  se
considrer comme uniquement faites pour le plaisir de l'homme, ne savent
rien refuser aux sollicitations dont elles sont l'objet, lors mme
qu'elles manquent de temprament et d'imagination, ce qui est le cas le
plus ordinaire dans les pays Dravidiens (Sud de l'Inde).

N 4.--Empchement  l'union, doctrine de l'Eglise.

La Pre Gury (Traduction P. Bert.)

Les casuistes hindous, on le voit, vont beaucoup plus loin que
les chrtiens dans les incompatibilits pour l'acte sexuel; ils
l'interdisent entre personnes dont les familles sont lies par une
amiti hrditaire et  fortiori entre tous les parents  tous les
degrs.

Dans sa thologie morale, le P. Gury dfend l'inceste, l'union sexuelle
avec des parents ou des allis  des degrs prohibs par l'Eglise; au
sujet de l'empchement du mariage par l'alliance, il s'exprime ainsi:

810.--L'alliance est un lien qui s'tablit avec les parents de la
personne avec laquelle on a un commerce charnel; ou encore, un lien
provenant d'un commerce charnel entre l'un et les parents de l'autre.
Il y a donc alliance entre le mari et les cousins de la femme, et
rciproquement.

L'alliance vient soit d'un commerce licite ou conjugal, soit d'un
commerce illicite, fornication, adultre, inceste.

811.--L'alliance venant d'un commerce licite empche le mariage jusqu'au
4 degr inclusivement; venant d'un commerce illicite, seulement
jusqu'au 2 degr.

(On sait que l'autorit ecclsiastique accorde beaucoup de dispenses 
cet empchement).

Une alliance n'est contracte que par un acte sexuel accompli et
consomm, de telle sorte que la gnration puisse en rsulter.

812.--Celui qui a pch avec les deux soeurs ou les deux cousines
germaines, ou la mre ou la fille, ne peut pouser aucune des deux.

L'homme qui a pch avec la soeur, la cousine ou la tante de son pouse,
est tenu de rendre, mais ne peut demander le devoir conjugal: parce
que, comme il s'agit d'une loi purement prohibitive, l'innocent ne peut
souffrir de la faute du coupable.

On n'est pas priv du droit de demander le devoir conjugal, pour avoir
pch avec ses propres cousines, parce qu'on ne contracte par l aucune
alliance avec son pouse.

(Mais c'est seulement quand ce pch a t commis avant le mariage, car
l'adultre prive le coupable de son droit).

L'amiti, surtout hrditaire, la parent et le rejet de la caste sont
pour le brahmane les seuls empchements rigoureux  l'acte sexuel; nous
venons de voir qu'ils autorisent toujours la fornication et qu'ils
excusent presque toujours l'adultre. Le Dcalogue les interdit
absolument et,  cet gard, le P. Gury n'est que l'interprte de la
morale chrtienne dans les textes suivants:

411.--La luxure est un apptit drgl dans l'amour et consiste dans un
plaisir charnel (delectatio venerea) got volontairement en dehors du
mariage. Or ce plaisir vient de l'excitation des esprits destins  la
gnration et ne doit pas tre confondu avec un plaisir purement sensuel
qui provient de l'action d'un objet sensible sur quelque sens, par
exemple d'un objet visible sur la vue. Autre est donc l'objet de la
luxure, autre l'objet de la sensualit. Un plaisir sensuel, ou n'est pas
coupable, ou n'excde pas la plupart du temps, en principe, un pch
vniel.

412.--La luxure dans tous ses genres, dans toutes ses espces, est,
en principe, un pch grave. La luxure directement volontaire n'admet
jamais matire lgre.

_IX Commandement de Dieu: _Luxurieux tu ne seras de fait ni de
consentement.

C'est, avec un peu plus de rigueur, la morale de Zoroastre et des
Iraniens.

Le Bouddha ne l'a adopt que pour ses religieux.

Il a permis aux laques tout ce qui n'est pas compris dans la
prohibition: Le bien d'autrui ne prendras, en considrant comme _bien
d'autrui _toute femme qui dpend d'un mari, ou de ses parents et tuteurs
ou d'un matre.




                               TITRE III

                     DES CARESSES ET MIGNARDISES
            QUI PRCDENT OU ACCOMPAGNENT L'ACTE SEXUEL



CHAPITRE I

Des baisers.

On conseille de ne point, dans les premiers rendez-vous, multiplier les
baisers, les treintes et autres accessoires de l'union sexuelle; mais
on pourra en tre prodigue dans les rencontres qui suivront (Ap. N 1).

On baise le front, les yeux, les joues, la gorge, la poitrine, les
seins, les lvres et l'intrieur de la bouche (Ap. N 2).

Les habitants de l'Est baisent aussi la femme aux jointures des cuisses,
sur les bras et le nombril.

Avec une jeune fille, il y a trois sortes de baisers:

Le nominal, le mouvant et le touchant.

Le nominal est le simple baiser sur la bouche, par l'apposition des
lvres des deux amants.

Dans le baiser mouvant, la jeune fille presse entre ses lvres la
lvre infrieure de son amant; elle l'introduit dans sa bouche en lui
imprimant un mouvement de succion.

Dans le baiser touchant, elle touche avec sa langue la lvre de son
amant, en fermant les yeux, et place ses deux mains dans les siennes.

Les auteurs distinguent encore quatre sortes de baisers:

Le droit, le pench, le tourn, le press.

Dans le baiser droit, les deux lvres s'appliquent directement, celles
de l'amant sur celles de l'amante.

Dans le baiser pench, les deux amants, la tte penche, tendent leurs
lvres l'un vers l'autre.

Dans le baiser tourn, l'un des amants tourne vers lui, avec la main, la
tte de l'autre, et, de l'autre main, lui prend le menton.

Le baiser est dit press lorsque l'un des deux amants presse fortement
avec ses lvres la lvre infrieure de l'autre. Il est trs press,
lorsqu'aprs avoir pris la lvre entre deux doigts on la touche avec la
langue et la presse fortement avec une lvre.

Entre amants, on parie  qui saisira le premier, avec ses lvres,
la lvre infrieure de l'autre. Si la femme perd, elle doit crier,
repousser son amant en battant des mains, le quereller et exiger un
autre pari. Si elle perd une seconde fois, elle doit montrer encore plus
de dpit, et saisir le moment o son amant n'est pas sur ses gardes,
ou bien dort, pour prendre entre les dents sa lvre infrieure, et la
serrer assez fort pour qu'il ne puisse la dgager; cela fait, elle se
met  rire, fait beaucoup de bruit et se moque de son amant; elle danse
et s'agite devant lui, et lui dit, en plaisantant, tout ce qui lui passe
par l'esprit; elle fronce ses sourcils en lui roulant de gros yeux.

Tels sont les jeux et les paris de deux amants  l'occasion des baisers.

Les amants trs passionns en usent de mme pour les autres mignardises
que nous verrons plus loin.

Quand l'homme baise la lvre suprieure de la femme pendant que
celle-ci, en retour, lui baise la lvre infrieure, c'est l le baiser
de la lvre suprieure.

Quand l'un des amants prend avec ses lvres les lvres de l'autre, c'est
l le baiser agrafe.

Quand, dans ce baiser, il touche avec la langue les dents et le palais
de l'autre, c'est l le combat de la langue.

Le baiser doit tre modr, serr, press ou doux, selon la partie du
corps  laquelle il est appliqu.

On peut encore ranger parmi les baisers la succion du bouton ou du
mamelon des seins qui, dans les chants des Bayadres du Sud de l'Inde,
est mentionne comme un des prliminaires naturels de la connexion[23].

[Note 23: D'aprs le docteur Jules Guyot (_Brviaire de l'amour
exprimental_), cette succion doit tre forte pour produire l'effet
voulu (v. App.)]

Quand une femme baise au visage son amant endormi, cet appel est le
_baiser qui allume l'amour_.

Quand une femme baise son amant qui est distrait ou affair, ou bien le
querelle, c'est le _baiser qui dtourne_.

Quand l'amant attard trouve l'amante couche, et la baise dans son
sommeil pour lui manifester son dsir, c'est le _baiser d'veil_. En
pareil cas, la femme peut faire semblant de dormir  l'arrive de son
amant pour provoquer ce baiser.

Quand on baise l'image d'une personne rflchie dans un miroir ou
dans l'eau, ou bien son ombre porte sur un mur, c'est le _baiser de
dclaration_.

Quand on baise un enfant que l'on tient sur ses genoux, ou une image, ou
une statue, en prsence de la personne aime, c'est le _baiser que l'on
transmet_.

Quand la nuit, au thtre ou dans une assemble d'hommes de caste, un
homme s'approche d'une femme et lui baise un doigt de la main, si elle
se tient debout, ou un doigt de pied, si elle est assise; ou bien quand
une femme, en massant le corps de son amant, pose la figure sur sa
cuisse, comme si elle voulait s'en faire un coussin pour dormir de
manire  allumer son dsir et lui baise la cuisse ou le gros doigt du
pied, c'est le _baiser de provocation_.

Au sujet de ces baisers on cite les vers suivants:

Quelque chose que l'un des amants fasse  l'autre, celui-ci doit lui
rendre la pareille: baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour
coup.


APPENDICE AU CHAPITRE I

N 1.--Bharlrihari (_l'Amour_, stance 26). Heureux ceux qui baisent le
miel des lvres des jeunes filles couches dans leurs bras, la chevelure
dnoue, les yeux langoureux et  demi-clos, et les joues mouilles de
la sueur qu'a provoque la fatigue des plaisirs d'amour.

N 2.--Les caresses et mignardises prcdemment dcrites sont
considres par les Hindous, par les potes latins et par beaucoup
d'auteurs modernes, comme les excitants les plus efficaces  l'amour
charnel.

Le docteur Gauthier pense, au contraire, que l'homme doit agir sur le
coeur et sur l'imagination bien plutt que sur les sens pour prparer la
femme  l'union ou augmenter son amour. Il a sans doute raison quand il
s'agit de la gnralit des femmes honntes; en tout cas, il est bon de
ne recourir aux moyens physiques qu'aprs avoir puis tous ceux qui
mnagent la pudeur et la dlicatesse.

N 3.--De tous les thologiens catholiques, les Jsuites sont, on le
sait, les plus indulgents; il suffit donc de citer le P. Gury pour
comparer, sur les sujets semblables, les casuistes brahmaniques et
catholiques.

_Thologie morale_, 413.--Les baisers et les attouchements sur les
parties honntes ou peu honntes constituent des pchs mortels, si on y
cherche le plaisir charnel; vniels, s'il n'y a que de la lgret, de
la plaisanterie, de la curiosit, etc.

Ils ne sont pas coupables, si c'est la coutume ou si l'on agit par
politesse ou par bienveillance.

415. no 4.--Mais doivent tre considrs comme pchs mortels les
baisers et attouchements sur les autres parties du corps que la dcence
et la pudeur prescrivent de voiler; tels, par exemple, que les baisers
sur les seins, surtout entre personnes de sexes diffrents et aussi les
baisers prolongs sur la bouche, notamment si on y introduit la langue.

416.--Les attouchements sur les parties honteuses ou qui y confinent,
mme lorsqu'ils ont lieu pardessus le vtement, constituent, en
gnral, un pch grave,  moins qu'on ne le fasse par ptulance, par
plaisanterie, par lgret ou en passant.

A plus forte raison, en dehors du cas de force majeure, il y a pch
mortel toutes les fois qu'on touche pour le plaisir les parties
honteuses de sexes diffrents.

418.--Regarder les parties honteuses ou les parties avoisinantes d'une
personne d'un autre sexe constitue un pch mortel,  moins que ce ne
soit de loin ou pendant fort peu de temps.

918 P. Gury. _Thologie morale_.--Tout ce qui est ncessaire pour
accomplir l'acte conjugal ou pour le rendre plus facile, plus prompt ou
plus parfait, est absolument permis aux poux, parce que si l'on permet
la chose principale on perme aussi la chose accessoire ou le moyen qui y
conduit.

Tout ce qui est pour la gnration est permis, tout ce qui est contre
est pch mortel. Tout ce qui est en dehors est pch vniel, ou bien
est permis.

919.--Il n'y a pas faute dans les baisers honntes, dans les
attouchements sur les parties honntes ou moins honntes destines 
montrer l'affection conjugale ou  entretenir l'amour; parce que toute
marque honnte d'amour, mme tendre, est permise  ceux qui, d'aprs le
lien du mariage, ne doivent faire qu'un seul coeur, une seule chair.

Il n'y a pas faute _en principe_ dans les attouchements et les regards
peu honntes s'ils visent _immdiatement_  l'acte sexuel.

Il en est de mme s'ils sont _simplement_ dshonntes, mais ncessaires
ou utiles pour exciter la nature; car alors ils sont comme une
prparation  l'acte, comme des prliminaires.

Il y a pch vniel dans les attouchements, les regards et les propos
honteux qui ne visent pas _immdiatement_ l'acte conjugal et n'ont
pas pour but d'entretenir l'amour lgitime d'une manire modre et
raisonnable.



CHAPITRE II

Des embrassements ou treintes.

Les embrassements pour se tmoigner un amour rciproque, sont de quatre
sortes: par le toucher, par la pntration, par le frottement ou la
friction, par la pression.

Le premier a lieu lorsqu'un homme, sous un prtexte quelconque, se place
 ct ou en face d'une femme, de telle sorte que les deux corps se
touchent.

L'embrassement par pntration se produit lorsque, dans un lieu
solitaire, une femme se penche pour prendre quelque objet, et pntre,
pour ainsi dire, de ses seins l'homme qui,  son tour, la saisit et la
presse[24].

[Note 24: Ce passage fait supposer qu' l'poque o crivait Vatsyayana
les femmes allaient le sein nu, comme cela a lieu encore aujourd'hui
dans quelques basses castes et pour les Pariahs. Dans certaines
peintures ou sculptures trs anciennes, on voit les femmes, mme celle
du roi, avec la gorge dcouverte.]

Ces deux premires sortes d'embrassement se font entre personnes qui ne
peuvent se voir et se parler librement.

Le troisime embrassement a lieu quand deux personnes qui se promnent
lentement, dans l'obscurit, ou dans un lieu solitaire, frottent leurs
corps l'un contre l'autre.

Lorsque, dans les mmes circonstances, l'un des amants presse fortement
le corps de l'autre contre un mur ou un pilier, c'est de l'embrassement
par pression.

Ces deux derniers contacts se font d'un accord commun.

Dans un rendez-vous, on se livre aux embrassements partiels, visage
contre visage, sein contre sein, Jadgana contre Jadgana (partie du corps
comprise entre le nombril et les cuisses), cuisses contre cuisses, et
aux treintes de tout le corps, avec toutes sortes de mignardises, la
femme laissant flotter ses cheveux pars.

Ces treintes portent les noms suivants: 1 celle du lierre; 2 celle
du grimpeur  l'arbre; 3 le mlange du ssame avec le riz; 4 celui du
lait et de l'eau.

Dans les deux premires, l'homme se tient debout; les deux dernires
font partie de la connection.

1 La femme enserre l'homme comme le lierre l'arbre; elle penche la tte
sur la sienne pour le baiser en poussant de petits cris: sut, sut; elle
l'enlace et le regarde amoureusement.

2 La femme met un pied sur le pied de l'homme et l'autre sur sa cuisse,
elle passe un de ses bras autour de son dos et l'autre sur ses paules,
elle chante et roucoule doucement, et semble vouloir grimper pour
cueillir un baiser.

3 Contact: l'homme et la femme sont couchs et s'treignent si
troitement que les cuisses et les bras s'entrelacent comme deux lianes
et se frottent pour ainsi dire.

4 L'homme et la femme oublient tout dans leur transport; ils ne
craignent et ne sentent ni douleur, ni blessures; se pntrant
mutuellement, ils ne forment plus qu'un seul corps, une seule chair,
soit que l'homme tienne la femme assise sur ses genoux, ou de ct, ou
en face, ou bien sur un lit.

Un pote a formul cet aphorisme sur le sujet:

Il est bon de s'instruire et de converser sur les embrassements, car
c'est un moyen de faire natre le dsir; mais, dans la connexion, il
faut se livrer mme  ceux que le Kama Shastra ne mentionne pas, s'ils
accroissent l'amour et la passion.

On observe les rgles du Shastra tant que la passion est modre; mais
quand une fois la roue de l'amour tourne, il n'y a plus ni Shastra ni
ordre  suivre.



CHAPITRE III

Des pressions et frictions (App 1), gratignures, marques faites avec
les ongles.

Gnralement, les marques avec les ongles s'impriment sur les aisselles,
la gorge, les seins, les lvres, le Djadgana ou milieu du corps, et les
cuisses.

Ce sont, aussi bien que les morsures, des tmoignages d'amour
singuliers, souvent affects, entre amants trs passionns; ils se les
donnent au premier rendez-vous, au dpart pour un voyage, au retour,
lors d'une rconciliation, enfin quand la femme est dans une ivresse
quelconque.

On fait avec les ongles huit marques, par gratignures ou pressions: la
sonore, la demi-lune, le cercle, le trait de l'ongle ou la griffe du
tigre, la patte de paon, le saut du livre, la feuille de lotus bleu.

La sonore se fait en pressant le menton, les seins, la lvre infrieure
ou le Djadgana, assez doucement pour ne faire aucune marque ou
gratignure, et seulement pour que les poils se hrissent au contact des
ongles dont on entend le grattement.

Un amant en use ainsi avec une jeune fille, lorsqu'il la masse ou lui
gratigne lgrement la tte et s'amuse  la troubler en l'effrayant.

La demi-lune: la courbe d'un seul ongle que l'on imprime sur le cou ou
les seins.

Le cercle: l'ensemble de deux demi-lunes opposes. Cette marque se fait
ordinairement sur le nombril, dans les petits creux qui se forment
autour des fesses dans la station droite, aux anes.

Le trait: un petit trait d'ongle que l'on imprime sur une partie
quelconque du corps.

La griffe de tigre: ligne courbe trace sur le sein.

La patte de paon: courbe semblablement trace sur le sein avec les cinq
ongles; celui qui la russit est considr comme un artiste.

Le saut du livre: la marque des cinq ongles est faite prs d'un bouton
du sein.

La feuille de lotus bleu: marques faites sur les seins ou les hanches en
forme de feuilles de lotus.

Il existe encore d'autres marques et mme en nombre illimit; car, dit
un auteur ancien: l'art d'imprimer les marques d'amour est familier 
tous. (App. n2).

Vatsyayana ajoute: De mme que la varit est ncessaire dans l'amour,
la varit,  son tour, engendre l'amour.

C'est pourquoi les courtisanes, qui n'ignorent rien de ce qui concerne
l'amour, sont si dsirables.

On ne fait point de marques avec les ongles sur les femmes maries; mais
on peut faire des marques particulires sur les parties caches de leur
corps, comme souvenir et pour accrotre l'amour.

Les marques des ongles mme anciennes et presque effaces rappellent 
une femme et rveillent son amour qui, sans cela, pourrait se perdre
tout  fait.

Une jeune femme sur les seins de laquelle apparaissent ces empreintes
impressionne mme un tranger qui les aperoit  distance.

Un homme qui porte des marques d'ongles et de dents russit auprs des
femmes, mme celles qui sont rebelles  l'amour.


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1. Ovide, _Art d'aimer_, liv. II.--Au lit, les amants ne garderont
pas leurs mains immobiles; leurs doigts sauront s'exercer dans le
mystrieux asile o l'amour aime  pntrer en secret.

Quand vous aurez trouv ces endroits qu'une femme aime  sentir
toucher, qu'une sotte pudeur ne vous empche pas d'y porter la main.

Vous verrez briller dans ses yeux une mobile clart, comme les rayons
du soleil se rflchissent dans l'onde limpide.

Elle fera entendre des plaintes, d'agrables paroles, des soupirs
d'amour, de tendres gmissements.

N 2.--Les gratignures avec les ongles sont choses malsaines, surtout
dans les pays trs chauds, comme l'Inde, o les plaies se gurissent
difficilement. On sait que l'acide unguique contenu dans la corne de
l'ongle est un poison des plus violents. Il suffit de rper l'ongle 
forte dose, dans une boisson, pour qu'elle devienne mortelle. Selon
quelques auteurs, ce fut ainsi que Thmistocle exil se donna la mort.



CHAPITRE IV

Des morsures.

On peut mordre toutes les parties du corps que l'on baise, except la
lvre infrieure, l'intrieur de la bouche et les yeux.

Les qualits des dents sont: l'clat, l'galit entre elles, les
proportions convenables, l'acuit aux extrmits.

Leurs dfauts sont d'tre rudes, molles, grandes et branlantes.

On distingue plusieurs sortes de morsures: celles non apparentes, ne
laissant sur la peau qu'une rougeur momentane;

La morsure gonfle: la peau a t saisie et tire comme avec une
tenaille;

Le point: une trs petite portion de peau a t saisie par deux dents
seulement;

Corail et joyau: la peau est presse  la fois par les dents (les
bijoux) et les lvres (le corail);

La ligne de joyaux: la morsure est faite avec toutes les dents;

Le nuage bris: ligne brise forme de points sortant et rentrant par
rapport  un arc de courbe,  cause de l'intervalle entre les dents;

La morsure du verrat: sur les seins et les paules, deux lignes de dents
marques les unes au-dessus des autres, avec un intervalle rouge.

Les trois premires morsures se font sur la lvre infrieure; la ligne
de points et celle des joyaux, sur la gorge, la fossette du cou et aux
anes.

La ligne de points seule s'imprime sur le front et les cuisses.

La morsure gonfle, et celle dite corail et joyau, se font toujours sur
la joue gauche dont les traces d'ongles et de dents sont considres
comme les ornements.

On tmoigne  une femme qu'on la dsire en faisant, avec les ongles et
les dents, des marques sur les objets suivants qu'elle porte ou qui
lui appartiennent: un ornement du front ou des oreilles, un bouquet de
fleurs, une feuille de bthel ou de tamala.

Voici  ce sujet quelques vers:

Quand un amant mord bien fort sa matresse, celle-ci doit, d'une feinte
colre, le mordre deux fois plus fort.

Ainsi, pour un point, elle rendra une ligne de points; pour une ligne de
points, un nuage bris.

Si elle est trs exalte, et si, dans l'exaltation de ses transports
passionns, elle engage une sorte de combat, alors elle prend son amant
par les cheveux, attire  elle sa tte, lui baise la lvre infrieure;
puis, dans son dlire, elle le mord par tout le corps, en fermant les
yeux.

Et mme le jour et en public, quand son amant lui montre quelque marque
qu'elle lui a faite, elle doit sourire  cette vue, tourner la tte de
son ct comme si elle voulait le gronder, lui montre  son tour, d'un
air irrit, les marques que lui-mme lui a faites.

Quand deux amants en usent ainsi, leur passion dure des sicles sans
diminuer.


APPENDICE AU CHAPITRE IV

Ovide ne parle gure des mignardises que dans la XIVe lgie du livre
III, _Des Amours._

Non, je ne te dfends pas quelques faiblesses, puisque tu es belle.

Il est un lieu fait pour la dbauche; l, ne rougis point de te
dpouiller de la tunique lgre qui voile tes charmes et de soutenir sur
ta cuisse celle de ton amant; l, qu'il glisse entre tes lvres de rose,
sa langue jusqu'au fond de ta bouche, et que l'amour varie en mille
manires les jeux de Vnus. L, n'pargne ni les douces paroles, ni les
caresses provocantes, et fais trembler ta couche par des mouvements
lascifs. Mais fais au moins que je l'ignore; que je ne voie pas tes
cheveux en dsordre et la trace d'une dent marque sur ton cou.

Si je venais  te surprendre nue dans les bras d'un autre, j'en
croirais plutt la bouche que mes yeux.

Properce, livre III, lgie VIII.


Morsures entre amants.

  Quelle douce querelle tu me fis hier aux flambeaux!
  Avec quel plaisir j'ai vu tes clats, entendu tes maldictions!

chauffe par le vin, tu repousses ta table et tu me lances, d'une
main gare, des coupes encore pleines. Eh bien, poursuis, saisis mes
cheveux, dchire ma figure, menace mes yeux, arrache mes vtements et
mets  nu ma poitrine, voil des marques certaines de tendresse.

Jamais de colre furieuse chez une femme sans un violent amour.

Quand une belle s'emporte aux amours, qu'elle parcourt les rues comme
une bacchante, que de vains songes l'pouvantent souvent ou qu'elle
s'meut  la vue d'une jeune fille, ces marques trahissent un amour
rel; pour croire  la fidlit, il faut qu'elle se montre par des
injures.

Dieu de Cythre, donne  mes ennemis une amante insensible.

Que mes rivaux comptent sur mon sein les dents de ma matresse.

Que des traces bleutres montrent  tous que je l'aime prs de moi.

Je veux me plaindre d'elle ou entendre ses plaintes.

Je serai,  Cynthie, toujours en guerre avec toi ou pour toi avec mes
rivaux.

Je t'aime trop pour vouloir quelque trve; jouis du plaisir de n'avoir
point d'gale en beaut.



CHAPITRE V

Des diverses manires de frapper et des petits cris qui leur rpondent.

Les coups sont une sorte de mignardise.

On assimile l'union sexuelle  une dispute,  cause des mille
contrarits qui surgissent entre amants et de leur disposition  se
quereller.

Les parties du corps que l'on frappe par passion sont: les paules, la
tte, la poitrine entre les seins, le dos, le Jadgana, les hanches et
les flancs.

On frappe avec le dos de la main, avec les doigts runis en tampon, avec
la paume de la main, le poing.

Lorsque la femme reoit un coup, elle fait entendre divers sifflements
et huit sortes de petits cris:

Phra! Phat! Sout et Plat; le cri tonnant, le roucoulant, le pleureur.

Le son Phat imite le son du bambou que l'on fend.

Le son Phut, celui que fait un objet qui tombe dans l'eau.

Les femmes prononcent aussi certains mots, tels que:

Mre, Pre, etc.

Quelquefois ce sont des cris ou des paroles qui expriment la dfense, le
dsir de la sparation, la douleur ou l'approbation.

On peut ajouter  ces exclamations diverses l'imitation du bourdonnement
des abeilles, le roucoulement de la colombe et du coucou, le cri du
perroquet, le piaillement du moineau, le sifflement du canard, la
cascadette de la caille et le gloussement du paon.

Les coups de poing se donnent sur le dos de la femme pendant qu'elle est
assise sur les genoux de l'homme; elle doit riposter en feignant d'tre
fche et en poussant le cri roucoulant et le pleureur.

Pendant la connexion, on donne entre les deux seins, avec le revers de
la main, des petits coups qui vont en se multipliant et s'acclrant 
mesure que l'excitation augmente, jusqu' la fin de l'union;  ce moment
on prononce le son Hin rpt, ou d'autres alternativement, ou ceux que
l'on prfre dans ce cas.

Quand l'homme frappe la tte de la femme avec le bout de ses doigts
runis, il prononce le son Phat et la femme le son roucoulant, et ceux
Phat et Phut.

Quand on commence les baisers et autres mignardises, la femme doit
toujours siffler.

Pendant l'excitation, quand la femme n'est pas habitue aux coups, elle
prononce continuellement les mots: assez, assez, finissez et aussi ceux
de pre, mre, mls de cris et de gmissements, les sons tonnants et
pleureurs.

Vers la fin de l'union, on presse fortement avec la paume des mains les
seins, le Jadgana ou les flancs de la femme et celle-ci fait entendre
alors le sifflement de l'oie, ou la cascadette de la caille.

On peut compter parmi les modes de frapper l'usage de quelques
instruments particuliers  certaines contres de l'Inde, principalement
 celles du sud:

Le coin entre les seins, les ciseaux pour la tte, les peroirs des
joues (sans doute des aiguilles trs fines). Vatsyayana condamne cet
usage comme barbare et dangereux, et il cite des accidents graves et
mme mortels qu'il a occasionns.


APPENDICE AU CHAPITRE V

N 1. Contenance des femmes pendant l'union.

Toutes ces pratiques et mignardises sont plutt de convention que
naturelles, comme tout ce que font les Hindous.

Une Bayadre gare dans Paris et qui en voudrait faire usage, serait
une curiosit si extraordinaire qu'elle aurait certainement un succs de
vogue pour rire.

La contenance que les femmes d'Europe ont naturellement, ou prennent
pendant l'union, est trs variable; les trois types les plus saillants
sont: celles qui gardent le silence et ferment les yeux;

Celles qui font beaucoup d'exclamations et de dmonstrations;

Enfin, celles qui, comme prises d'attaques de nerfs, se pment ou
s'vanouissent.

N 2.--A Rome, les coups entre amants n'taient pas seulement des
mignardises, bien qu'ils pussent tre du got des belles, comme ils
l'taient de celui de la mnagre de Colin, chante par Branger, et de
la fille de faubourgs de Jules Barbier, qui voulait un amant:

Qui la batte et la fouaille depuis le soir jusqu'au matin.

Tous les potes lgiaques latins se reprochent d'avoir battu et
maltrait leurs matresses, ou se louent d'avoir t frapps par elles.

Ovide, _Les Amours, _livre I, Elgie VII.

Ma matresse pleure des coups que je lui ai donns dans mon dlire.
N'tait-ce point assez de l'intimider par mes cris, par mes menaces, de
lui arracher ses vtements jusqu' la ceinture! J'ai eu la cruaut de la
traner par les cheveux et de lui sillonner les joues de mes ongles.

Puis, honteux de ma stupide barbarie, j'ai implor son pardon. Ne
crains pas, lui disais-je, d'imprimer tes ongles sur mon visage,
n'pargne ni mes yeux ni ma chevelure, que la colre aide tes faibles
mains.

Tibulle, livre I, lgie X.

La guerre s'allume entre les amants; la jeune fille accable de
reproches le cruel qui a enfonc sa porte et lui a arrach les cheveux.
Ses joues meurtries sont baignes de larmes; mais le vainqueur pleure 
son tour de ce que son bras a trop bien servi sa colre.

Il faut tre de pierre ou d'acier pour frapper la beaut qu'on aime.

C'est assez de dchirer sa tunique lgre, de briser les liens qui
retiennent ses cheveux, de faire couler ses larmes.

Heureux celui qui, dans sa colre, peut voir pleurer une jeune fille;
mais celui qui frappe n'est bon qu' porter le bouclier et le pieu;
qu'il s'loigne de la douce Vnus.

Les jeux des filles de Sparte.

Les jeux des filles de Sparte qui avaient un but srieux au temps
de l'indpendance de cette Rpublique, n'taient plus, aprs son
asservissement, qu'un spectacle licencieux que Properce a dcrit dans
l'lgie XIV du livre III.

Heureuse Lacdmone, nous admirons les jeux o se forment les jeunes
filles. Sans honte, elles paraissent nues au milieu des lutteurs. Tour 
tour, on les voit, couvertes de poussire, attendre l'heure de la lice
et recevoir les rudes coups du pancrace.

Elles attachent le ceste  leurs bras, lancent le disque, ou bien elles
font dcrire un cercle  un coursier rapide, ceignent d'un glaive leurs
flancs d'albtre et couvrent d'un casque leur tte virginale.

D'autres fois, les cheveux couverts de frimas, elles pressent sur les
longs sommets du Taygte le chien de _Laconie_.

La loi de Sparte dfend le mystre aux amants et on peut se montrer
partout en public aux cts de la femme qu'on aime. On n'a point 
redouter la vengeance d'un mari, on n'emploie pas d'intermdiaire pour
dclarer ses feux, et si l'on est repouss, on n'a point  subir de
longs dlais. Le regard errant  l'aventure n'est point tromp par la
pourpre de Tyr, ou intercept par un nombreux cortge d'esclaves.

La description que, dans son chapitre XLII, Lucien donne de la lutte
amoureuse entre Lucius et Palestra lui a peut-tre t suggre par les
jeux de Sparte:

Nue et droite Palestra commande:

Frotte-toi d'huile, embrasse ton adversaire, renverse-le d'un croc en
jambe, tiens-le sous toi, glisse; un cart, qu'on se fende, serre bien;
prpare ton arme en avant; frappe, blesse, pntre jusqu' ce que tu
sois las. De la force dans les reins! allonge maintenant ton arme,
pousse-l par en bas; de la vigueur; vise au mur, frappe; ds que tu
sens mollir, vite un dgagement et une treinte; tiens ferme, pas tant
de prcipitation; un temps d'arrt! Allons! au but! Te voil quitte.

Une pose, maintenant, dit Palestra, la lutte  genoux! et elle
tombe-sur ses genoux au milieu du lit. Te voil au milieu, beau lutteur!
serre ton adversaire comme un noeud; penche-le ensuite et fonds sur lui
avec ton trait acr, saisis-le de prs et ne laisse aucun intervalle
entre vous. S'il commence  lcher prise, enlve-le sans perdre un
instant, tiens-le en l'air, frappe-le en dessous et ne recule pas sans
en avoir reu l'ordre; fais-le coucher, contiens-le, donne-lui de
nouveau un croc-en-jambe afin qu'il ne t'chappe pas; tiens-le bien et
presse ton mouvement; lche-le, le voil terrass, il est tout en nage.



CHAPITRE VI

Querelles entre amants.

On peut considrer les querelles entre amants comme une sorte de
mignardise ou de moyen d'excitation.

Une femme qui aime beaucoup un homme ne souffre pas qu'il parle devant
elle d'une rivale, ni que, par mgarde, il l'appelle du nom d'une autre
femme. Quand cela arrive, il en rsulte une grosse querelle; la femme
se fche, crie, dnoue ses cheveux et les laisse tomber en dsordre,
se jette  bas de son lit ou de son sige, lance loin d'elle ses
guirlandes, ses ornements et se roule  terre.

L'amant s'efforce alors de l'apaiser par de bonnes paroles; il la relve
et la replace avec prcaution sur son lit ou sige; mais elle, sans rien
rpondre, se fche plus fort encore et le repousse; le tirant par les
cheveux, elle lui abaisse la tte, puis elle lui donne des coups de pied
dans les jambes, dans la poitrine et dans le dos; elle se dirige vers
la porte de la chambre comme pour sortir, mais elle ne sort pas; elle
s'arrte prs de la porte et fond en larmes.

Au bout de quelques moments, quand elle juge que son amant a fait par
ses paroles et ses actes tout ce qu'il pouvait pour se rconcilier,
elle doit se montrer satisfaite en le serrant dans ses bras et en
lui tmoignant son dsir de s'unir  lui pour tout oublier; alors la
rconciliation est parfaite.

Quand la femme a sa demeure spare et que les deux amants se sont
quitts en querelle, la femme signifie  son amant que tout est rompu
entre eux; alors celui-ci envoie successivement vers elle, pour
l'apaiser: le Pitkamarda, le Vita et le Vidashaka.

Elle se rend enfin, elle revient chez son amant et passe la nuit avec
lui.

Voici deux aphorismes au sujet des mignardises qui accompagnent l'union.

Lorsque la connexion est commence, la passion dtermine seule tous les
actes des deux amants.

Toutefois l'homme doit s'tudier, pour reconnatre la manire de
procder qui lui donne le plus de ressources dans la connection.

Il doit aussi tudier la femme avec laquelle il a des rapports suivis
pour se comporter avec elle de la faon qui lui procure le plus de
plaisir.

La femme doit aussi faire sur elle-mme et sur son amant les mmes
observations, afin de pouvoir seconder son bon vouloir dans la
connection.

Le propre de l'homme est la rudesse et l'imptuosit, celui de la femme,
la dlicatesse, la tendresse, l'impressionnabilit, la rpugnance pour
les choses naturellement dplaisantes.

L'excitation et l'habitude peuvent produire des effets contraires 
la nature de chaque sexe; mais ils ne sont que passagers, et celle-ci
revient toujours.


APPENDICE AU CHAPITRE VI

Art d'aimer (Ovide, livre II).

Je ne vous condamne pas  la fidlit, mais tenez secrets vos larcins
d'amour.

Ne faites point  une femme de prsents qui puissent tre reconnus par
un autre [25].

[Note 25: Le gnral Lecourbe s'amusa  faire cadeau du mme costume
pour la fte patronale  une douzaine de paysannes qu'il avait pour
matresses dans le bourg qu'il habitait dans le dpartement de l'Ain; ce
n'est pas l le plus beau de ses exploits.]

Si votre matresse dcouvre une infidlit, ne craignez pas de nier;
n'en soyez ni plus soumis, ni plus caressant que de coutume; ce serait
vous avouer coupable, mais prouvez lui par votre vigueur que vous tes
tout  elle.

Mais si votre, amante se refroidit, laissez-lui croire  une
infidlit. Heureux celui dont la matresse offense s'vanouit,  qui
elle arrache les cheveux, meurtrit le visage de ses ongles, qu'elle ne
voit qu'en versant des larmes, et sans lequel elle voudrait, mais ne
peut vivre.

Htez-vous toutefois de mettre fin  sa dsolation, sa colre pourrait
s'aigrir en se prolongeant.

Signez la paix dans son lit: c'est l que naquirent ces deux jumeaux,
le pardon et la rconciliation.

Voyez ces colombes qui viennent de se battre, elles se bqutent
tendrement, elles se caressent et s'expriment leur amour par de doux
roucoulements.

L'Infidlit (Properce, livre IV, lgie VIII).

La querelle de Properce avec Cynthie est le modle du genre.

Un lgant attelage avait conduit  Lavinium ma Cynthie pour y faire 
Vnus quelques sacrifices.

Irrit de ses infidlits, je voulus changer de couche. J'invite une
certaine Phillis peu sduisante  jeun, mais en qui tout plat quand
elle est ivre; et, avec elle Thia, femme aimable, mais  qui, dans le
vin, un seul homme ne suffit pas.

Je voulais passer la nuit avec elles, pour oublier mes chagrins et
rveiller mes sens par la nouveaut.

Un seul lit fut dress pour nous trois, sur un gazon  l'cart.

J'tais entre Thia et Phillis, Lydgamus nous versait  boire un vin
grec de Mtymne le plus exquis.

Un gyptien jouait de la flte, Phillis des castagnettes, et la rose
pleuvait au hasard sur nos ttes, tandis qu'un nain ramass dans sa
courte grosseur agitait ses petits bras au son des instruments.

Cependant nos lampes puises ne donnaient qu'une faible lueur. La
table s'tait renverse; les ds ne m'apportaient que des coups du plus
triste augure.

En vain Thia et Phillis chantaient et se dcouvraient le sein; j'tais
sourd et aveugle, ou plutt j'tais tout seul aux portes de Lanuvium.

Soudain, ma porte crie sur ses gonds et j'entends  l'entre un lger
bruit.

Bientt, Cynthie rejette le battant avec violence; son regard nous
foudroie; c'est toute la fureur d'une femme; c'est le spectacle d'une
ville prise d'assaut.

Dans son courroux, Cynthie jette ses ongles au visage de Phillis; et
Thia, saisie d'effroi, appelle au feu le voisinage qui s'veille, et
les lumires brillent; dans la rue, s'lve un affreux tumulte; les deux
femmes, les cheveux pars, se rfugient dans la premire taverne qui
s'ouvre.

Cynthie, toute fire de sa victoire, revient alors prs de moi, me
frappe, au visage sans piti, imprime ses ongles dans ma poitrine, me
mord et veut m'aveugler.

Lasse enfin de me frapper, elle saisit Lygdamus, cach dans la ruelle
du lit et qui implore  genoux ma protection.

Enfin, moi-mme j'implore mon pardon  ses pieds; si tu veux, dit-elle,
que j'oublie ta faute, jamais  l'avenir n'tale une vaine parure, ni au
portique de Pompe, ni aux yeux licencieux du Forum; tu ne t'arrteras
jamais devant une litire entr'ouverte.

J'accuse surtout Lygdamus de mes chagrins; qu'il soit vendu, et qu'il
trane  ses pieds une double chane.

Ensuite, elle purifie la place que Phillis et Thia avaient touche;
elle me fait changer compltement de vtements; et trois fois elle
promne au bord de ma tte le souffle enflamm; aprs qu'on eut chang
le lin de ma couche, nous cimentmes la paix par d'ardentes caresses.



CHAPITRE VII

Des gots sexuels des femmes des diverses rgions de l'Inde.

L'auteur donne sur les femmes des diffrentes contres de l'Inde des
renseignements qu'il destine aux hommes pour qu'au besoin ils sachent en
faire usage.

Les femmes du centre, entre le Gange et la Jumma, ont des sentiments
levs et ne se laissent point faire de marques avec les ongles ni avec
les dents.

Les femmes d'Avantika ont le got des plaisirs bas et des manires
grossires.

Les femmes du Maharashtra aiment les soixante-quatre sortes de volupts.
Elles se plaisent aux propos obscnes et sont ardentes au plaisir.

Les femmes de Patalipoutra (aujourd'hui Pathna) ont les mmes ardeurs
que les prcdentes, mais ne les manifestent point publiquement.

Les femmes Dravidiennes, malgr les caresses de toutes sortes,
s'chauffent difficilement et n'arrivent que lentement au spasme
gnsique.

Les femmes de Vanavasi sont assez froides et peu sensibles aux caresses
et aux attouchements et ne souffrent point de propos obscnes.

Les femmes d'Avanti aiment l'union sous toutes ses formes, mais 
l'exclusion des caresses accessoires.

Les femmes de Malva aiment les baisers, les embrassements et surtout les
coups, mais non les gratignures et les morsures.

Les femmes de Punjab sont folles de l'auparishtaka (caresses avec la
langue, plaisir lesbien)[26].

[Note 26: Plaisir lesbien ou saphisme, titillation ou succion du
clitoris ou de la vulve ou de tous les deux avec la langue. Aujourd'hui
le saphisme a remplac gnralement la tribadie.]

Les femmes d'Aparatika et de Lat sont trs passionnes et poussent
doucement le cri: Sit!

Les femmes de l'Oude ont les dsirs les plus imptueux, leur semence
coule avec abondance et elles y aident par des mdicaments.

Les femmes du pays d'Audhra ont des membres dlicats et sont trs
voluptueuses.

Les femmes de Ganda sont douces de corps et de langage.


APPENDICE AU CHAPITRE VII

Note I.--Les femmes du centre et du nord-ouest de l'Inde sont grandes et
fortes, mais beaucoup moins dlicates que celles du sud.

Ces dernires, d'une taille plutt au-dessous qu'au-dessus de la
moyenne, ont les membres trs dlicats et les attaches trs fines. Elles
ont toutes de belles dents, de beaux yeux et de beaux cheveux trs noirs
et trs lisses, qu'elles ont soin d'oindre frquemment d'huile; elles
les roulent par derrire, en un chignon fix  ct de l'oreille droite;
elles les ornent de fleurs jaunes, et, quand elles le peuvent, elles y
ajoutent des bijoux d'or placs au sommet de la tte ou  l'extrmit du
chignon.

Les indiennes recherches dans leur toilette se jaunissent, avec
du safran, toutes les parties du corps qui se laissent voir, et se
noircissent, avec une solution d'antimoine, le bord des paupires.

Selon leurs moyens, elles se parent de bracelets d'or, d'argent ou de
cuivre. Celles qui sont riches se couvrent de bijoux.

La parure d'argent se porte aux jambes et aux pieds, quelquefois aux
bras.

Chaque doigt de pied a son anneau particulier.

Enfin, elles portent au nez un anneau en or trs mince, d'un dcimtre
de diamtre, de la mme manire que nos femmes portent des boucles
d'oreilles.

Les bijoux tant les seuls ornements des femmes indiennes, elles les
gardent constamment, mme lorsqu'elles vaquent aux soins domestiques
dont aucune n'est dispense, pas mme les brahmines. Dans l'Inde, toutes
les femmes se font piler tout le corps.

Les femmes de l'Inde sont naturellement d'une trs grande douceur.

Note 2.--Gots sexuels des dames romaines sous les Csars.

Citons comme toujours les potes:

Juvnal, Satire VI, _Les femmes_.

Quelle femme peux-tu pouser sans crainte?  voir l'acteur Bathyle
danse mollement la Lda, Tuccia se pme; Appulla, comme aux bras d'un
amant, roucoule de petits cris. Telle est folle d'un comdien qui la
ruine; telle a tu la voix d'un tnor. Hispulla adore un tragdien.

pouse donc et tes enfants natront d'une lyre, d'une flte, d'Echion,
de Glaphyre, d'Embroise.

Hippia, femme d'un snateur, suit en gypte un gladiateur.

Agrippine quitte la couche de Claude et court au lupanar chaud d'une
vapeur ftide, o l'attend sa loge vide; nue, une rsille d'or sur les
seins, sous le nom de Lycisca, elle montre  qui veut s'en repatre les
flancs qui ont port Britannicus.

Elle attire ceux qui entrent, peroit l'argent, assouvit la passion d'un
grand nombre d'hommes qui se succdent sans relche. Quand le patron
renvoie ses nymphes, elle sort, mais la dernire et malgr elle. Dvore
d'ardents prurits, les sens et les organes en feu, palpitante, rompue
par les assauts soutenus, mais non rassasie, elle porte au chevet des
Csars l'cre parfum du lupanar.

Le lupanar o se rendait Messaline ne gardait, on le voit, les femmes
que la nuit; c'tait sans doute le cas gnral.

Le lupanar de Pomp se compose de petites cellules disposes autour
d'une cour rectangulaire. Sur la clef de vote en relief de la porte
d'entre sur la rue, et comme pour servir d'enseigne, sont sculpts des
organes virils de dimensions colossales.

Juvnal, _Mystres de la bonne desse._

Les membres rougis de vin, elles luttent aux joutes de Vnus. La tribade
Lanfulla dfie les filles des lupanars. Insatiable et infatigable,
elle les force  demander merci sous ses caresses. Puis elle se livre
elle-mme  la tribade Mesulline qu'elle adore et qui s'attache  ses
flancs.

De toutes les parties de l'antre s'lve un mme cri:

Des hommes! des hommes! c'est le moment. Chaque matrone fait courir
aprs son amant. S'il est au lit, qu'il se couvre seulement d'un manteau
et qu'il vole!

Si les amants sont absents, qu'on prenne pour les suppler les esclaves
de la maison. Si ceux-ci ont fui, redoutant les mystres, qu'on loue
 tout prix des porteurs d'eau. Faute d'homme, la femme non pourvue
accepte un ne.

On sait que les dames romaines se rendaient, sous un dguisement, aux
lieux o les gladiateurs s'exeraient nus par des combats prparatoires.
Caches dans une loge, elles assistaient  leurs luttes, faisaient leur
choix et ensuite se faisaient amener ceux qui pouvaient le mieux les
satisfaire.

Juvnal, Sat. VI.--Il est des femmes qui aiment les timides eunuques,
leurs baisers sans fougue, leurs figures imberbes. Avec eux, elles
n'auront pas besoin de recourir  l'avortement, et malgr cela elles
jouiront  souhait. Car elles prendront soin que leur futur gardien ne
soit fait eunuque qu'aprs le dveloppement complet de sa virilit.
Pour les dimensions, son pieu ferait envie  Priape. Il est remarqu et
universellement connu dans les bains publics. Qu'il dorme donc prs de
la femme de son matre; mais,  Posthume, garde-toi de lui donner ton
mignon  raser ou  piler.

N 3.--Cruaut des dames Romaines, compare  la douceur des Indiennes.
Ovide, _Art d'aimer_, livre III.

J'aime  assister  votre toilette,  voir vos cheveux dnous sur vos
blanches paules. Mais je ne puis souffrir que vous dchiriez avec vos
ongles le visage de votre femme de chambre ou que vous lui meurtrissiez
le bras[27], et qu'elle mouille votre chevelure de ses pleurs et de son
sang.

[Note 27: On voit dans les muses d'antiquits une sorte de pinces qui
servaient aux dames Romaines pour stimuler ou punir leurs esclaves; trs
acres, elles dchiraient la chair et faisaient venir le sang.]

Martial, dans son pigramme 46, maudit Lalege qui a maltrait
cruellement sa femme de chambre pour une maladresse en la coiffant. Mais
rien n'gale les traits de Juvnal, toujours dans la Satyre VI.

Si la nuit le mari a tourn le dos  sa moiti, l'intendante est
perdue; on dpouille nue la coiffeuse. Si le liburnien s'est fait
attendre, on le punira du sommeil de son matre.

Les frules clatent par la violence des coups, le sang jaillit sous
les fouets et les verges.

On a des bourreaux  l'anne. Ils frappent; l'illustre pouse se farde
le visage. Ils frappent; elle tient cercle avec ses amies, elle admire
les dessins d'une robe broche d'or. Ils continuent; elle parcourt les
longues colonnes d'un journal. Enfin, las de frapper, les bourreaux
demandent trve.--Sortez, crie-t-elle alors, justice est faite.

--En croix l'esclave!--Mais quel crime a-t-il commis? demande le mari,
o sont le dlateur et les tmoins? Qu'on entende la cause! Il n'est
jamais trop tard pour faire mourir un homme.

--Imbcile! un esclave est-il un homme? Coupable ou non, il mourra, je
le veux.

Lorsqu'un gladiateur vaincu dans l'arne attendait son sort de la
dcision des spectateurs, on sait que les femmes taient toujours les
plus impitoyables.

N 4.--Ce qui, en Europe, plat aux femmes selon leur nationalit.

En Europe, la conduite  tenir avec les femmes pour leur plaire dpend
de leur caractre.

On admet gnralement qu'il faut, pour les Franaises, la jovialit;
avec les Anglaises, l'originalit; avec les Allemandes, le sentiment
ou la sentimentalit; avec les Italiennes, la tendresse; avec les
Espagnoles, la passion.

On cite les Viennoises pour leur amabilit. L'aventure de deux grandes
dames de la cour, une princesse polonaise et la femme du ministre de la
guerre, a couru toute l'Allemagne, il y a un demi-sicle.

Dans un pari, comme deux desses, elles se disputrent le prix de la
beaut et prirent pour juge le public.

Fut reconnue la plus belle celle qui, dans un nombre d'heures dtermin,
se fit suivre dans un lieu intime, par le plus grand nombre de jeunes
gens racolls sur le trottoir du boulevard.

Lord Byron et avec lui tous les voyageurs ne tarissent pas d'admiration
pour la jeune fille de Cadix. Martial dit d'elle, livre XIV, 203: Elle
a des mouvements si brusques, elle est si lascive et si voluptueuse
qu'elle et fait se masturber Hippolyte lui-mme.





                            TITRE IV

              DES DIFFRENTES MANIRES DE SE TENIR
                ET D'AGIR DANS L'UNION SEXUELLE



CHAPITRE I

Classification des hommes et des femmes d'aprs les dimensions de leurs
organes sexuels, l'intensit de leur passion et la dure de l'acte
charnel.

On divise les hommes en trois classes, d'aprs les dimensions de leur
linga.

Classe N 1, _Le livre_.--N 2, _Le taureau_.--N 3, _L'talon_.

On divise galement les femmes en trois classes correspondantes d'aprs
les dimensions de leur yoni.

N 1, _La gazelle_.--N 2, _La cavale_.--N 3, _L'lphant_ (Voir
l'Appendice, N 1).

Il y a ainsi trois unions gales, c'est--dire entre des classes qui se
correspondent, et six ingales, c'est--dire qui ne se correspondent
pas.

Les unions du N 2 (_taureau_) avec le N 1 (_gazelle_), et du N 3
(_talon_) avec le N 2 (_cavale_), sont dites suprieures.

Celle du N 3 (_talon_) avec le N 1 (_gazelle_) est dite trs
suprieure.

Les unions N 1 (_livre_) avec N 2 (_cavale_), et N 2 (_taureau_) avec
N 3 (_lphant_), sont dites unions infrieures.

Celle N 1 (_livre_) avec N 3 (_lphant_) est dite trs infrieure.

Les unions suprieures sont celles qui procurent le plus de
satisfaction.

On classe de la mme manire les hommes et les femmes, d'aprs le degr
d'intensit de la passion gnsique, faible, moyen et fort (Appendice N
2).

Ce point de vue donne, pour les unions, autant de combinaisons que le
prcdent.

Il y a, en outre, une troisime classification semblable, d'aprs le
temps au bout duquel se produit, chez l'homme et chez la femme, le
spasme gnsique, et elle donne lieu, pour les unions, aux mmes
combinaisons (Appendice N 3).

En combinant entre eux les numros des trois classifications, on a un
trs grand nombre de cas.

Il appartient aux hommes, et surtout aux maris, de prendre, dans
chaque cas, les moyens les plus propres  atteindre le but de l'union
(Appendice N 4).

Dans le premier acte d'une runion pour l'accouplement, la passion de
l'homme est intense et son terme court; c'est le contraire dans les
actes suivants. Chez la femme, c'est l'inverse qui a lieu.


APPENDICE AU CHAPITRE I

N 1.--Dimensions des organes.

Beaucoup de rhtoriciens connaissent les distiques suivants:

OVIDE

  Noscitur e pedibus quantum sit virginis antrum
  Noscitur e naso quanta sit hasta viro.

  Chez une femme: petit pied, petit bijou;
  Chez un homme: gros nez, gros membre.

MARTIAL

Mentula tant magna est, lantus tibi, Papile nasus Ut possis, quoties
arrigis, olfacere.

Littralement: Ton nez est si long, Hapilus, et ta mentule si grande que
tu peux la flairer quand elle est debout.

  En vers: Jean a le nez si long et la verge si grande
  Qu'il peut se moucher quand il bande.

Le mme, Livre XI, 71.

Lydie est aussi large que le derrire d'un cheval de bronze, qu'un vieux
soulier tomb dans la boue, qu'un matelas vide de sa laine. On dit que
j'ai besogn Lydie dans une piscine d'eau de mer; c'est bien plutt une
piscine que j'ai besogne.

N 2.--Intensit de la passion.

Martial X. 60.--Sur Chlo et Phlogis.

Vous demandez laquelle de Chlo ou Phlogis vaut le mieux pour l'amour.
Chlo est plus belle, mais Phlogis est un volcan qui rajeunirait Nestor.
Chlo, au contraire, ne sent rien, ne dit rien. On la croirait absente
ou de marbre. Dieu fasse que Phlogis ait les formes de Chlo et Chlo le
feu de Phlogis.

Docteur Villemont, _Amour conjugal_.--C'est un pch plus grand de
forniquer avec une laide qu'avec une belle. Se griser avec du bon vin
est un pch vniel; avec du mauvais, un pch mortel.

Docteur P. Garnier.--La science repousse aujourd'hui l'ancienne thorie
de la toute puissance du clitoris sur la production des dsirs vnriens
chez la femme et son dveloppement exagr n'est point la cause directe
de la luxure et de la tribadie. Beaucoup de femmes sont insensibles aux
titillations de cet organe puisqu'un certain nombre se masturbent en
introduisant dans le vagin des corps qui ont la forme de phallus.

L'absence de l'un des organes gnitaux, clitoris, vagin ou ovaire,
suffit quelquefois, mais exceptionnellement, 'teindre le dsir chez la
femme. Le sens gnsique se trouve dans toutes les parties du systme
gnital de la femme, il n'est exclusivement dans aucune d'elles.
Certaines femmes trs amoureuses n'prouvent aucune sensibilit spciale
dans le clitoris et dans les bulbes du vagin, cette sensibilit est
rpandue uniformment dans tout l'appareil gnital, dans les seins plus
qu'ailleurs. C'est du coeur et de l'imagination qu'manent les dsirs de
la femme et c'est en excitant ses sentiments qu'on peut et qu'on doit
les provoquer.

La menstruation ne se dveloppe pas seule. L'excitabilit gnitale se
dcle souvent avec cet ge par le prurit et la masturbation chez les
petites filles et persiste encore plus souvent aprs chez de vieilles
femmes lascives.

L'tat passif de la femme dans la copulation lui rend _cet acte
possible indfiniment_, tandis que l'ge et les excs limitent l'homme
troitement  cet gard.

L'embonpoint n'teint point le dsir chez la femme, mais les femmes
passionnes sont gnralement trs maigres.

La frigidit fminine a ses degrs et n'est souvent que relative. Malgr
sa frquence, la rpulsion en est trs rarement la cause; l'attraction,
le plaisir font seuls dfaut. Elle n'empche que trs rarement la femme
de se marier, ne la rend jamais strile ni mre imparfaite.

Il existe des hommes et des femmes qui vivent continuellement sous
l'influence des organes gnitaux. Ce sont ordinairement des sujets
pauvres d'intelligence et des idiots.

Phacs cite un prince maure qui, en trois jours, donnait satisfaction 
ses quarante femmes. On cite une femme publique qui, pendant dix ans, a
reu tous les jours dix hommes sans en souffrir.

C'est surtout chez la femme doue d'une ardente imagination que la
continence provoque l'exaltation crbrale et celle de l'organe gnital.

No 3.--Dure de l'acte charnel.

Ovide, _Art d'aimer_, Livre II.

Allez doucement dans l'hymne et ne vous htez pas d'atteindre le but;
ne laissez pas votre matresse en arrire, et ne souffrez pas non plus
qu'elle vous devance dans la course. Le plaisir n'est parfait que
lorsque, galement vaincus, l'homme et la femme rendent en mme temps
les armes.

J'aime  entendre la voix mue de ma matresse exprimer son bonheur et
me prier de le faire durer.

Qu'il m'est doux de la voir se pmer de plaisir et me demander merci.

La nature n'a point accord cet avantage  la premire jeunesse de la
femme; il est rserv  l'ge qui suit le septime lustre.

A cet ge, et mme  un ge plus avanc, les femmes instruites par
l'exprience, qui seule forme les artistes, savent mieux tous les
secrets de l'art d'aimer.

Elles rajeunissent leur corps  force de soins; par mille attitudes
savantes, elles savent varier et doubler les plaisirs de Vnus; elles
font goter le plaisir sans recourir  des moyens honteux pour rallumer
vos feux; la jouissance qu'elles procurent, elles la partagent
galement. C'est pour vous, c'est pour elles qu'elles agissent alors.

Nous emprunterons la note suivante et quelques autres au _Brviaire de
l'amour exprimental _de Jules Guyot, petit livre publi aprs la mort
de l'auteur par trois savants trs haut placs dans l'estime publique,
_pour l'usage des gens du monde, mme les plus chatouilleux au point de
vue de la dcence._

N 4.--Simultanit des spasmes.

Docteur Jules Guyot, 11 mditation.

La meilleure prparation pour la fcondation est la continence de
l'homme.

L'poque la plus favorable  la conception est le septennaire qui suit
la menstruation.

Les conditions ncessaires sont la simultanit des deux spasmes ou, 
dfaut, le spasme de la femme provoqu le plus tt possible aprs celui
de l'homme.

L'ignorance ou la ngligence de cette pratique est la cause des neuf
diximes des unions striles (cela explique et corrobore le conseil de
Sanchez).

Cependant, par une dplorable facilit  la conception, la fcondation
se produit trs souvent sans que le spasme de la femme ait eu lieu.



CHAPITRE II

Positions et attitudes diverses dans l'acte sexuel qui permettent la
fcondation.


Dans l'union suprieure, la femme doit se placer de manire  ouvrir
l'yoni.

Dans l'union gale, elle se couche sur le dos dans la position naturelle
et laisse l'homme lui faire un collier de ses bras.

Dans l'union infrieure, elle se pose de faon  rtrcir l'yoni; il est
bon aussi qu'elle prenne des mdicaments propres  hter le moment o sa
passion est satisfaite.

Pour la femme _Gazelle_, N 1, couche, il est trois positions:

PLEINEMENT OUVERTE.--Elle tient sa tte trs basse, de manire  lever
le milieu du corps. L'homme doit alors appliquer sur son linga ou
sur l'yoni de la salive ou quelque onguent lubrfiant pour faciliter
l'introduction.

BAILLANTE.--La femme lve les cuisses et les carte.

CELLE DE L'POUSE D'INDRA.--Elle croise ses pieds sur ses cuisses, ce
qui exige une certaine habitude. Cette position est trs utile pour
l'union trs suprieure (N 4 _talon_, avec N 1 _gazelle_).

Pour les unions infrieures et trs infrieures, on a:

1 La position bouclante: l'homme et la femme tant couchs, ont leurs
jambes tendues et appliques directement, celles de l'un sur celles de
l'autre.

La position peut tre horizontale, de ct; dans cette dernire
position, l'homme doit se tenir sur le ct gauche.

Cette rgle doit tre suivie toute les fois que l'on est couch et
quelque soit le numro typique de la femme.

POSITION DE PRESSION.--Aprs que la connexion s'est faite dans la
position bouclante, la femme serre son amant avec ses cuisses.

POSITION ENTRELACE.--La femme croise, avec l'une de ses cuisses, la
cuisse de l'homme.

POSITION DITE DE LA CAVALE.--La femme serre, comme dans un tau, le
linga engag dans son yoni. Cela s'apprend seulement par la pratique et
se fait, principalement, par les femmes du pays d'Andra.

Souvarnanabha donne en outre:

LA POSITION MONTANTE.--Dans laquelle la femme lve ses jambes toutes
droites.

LA POSITION BAILLANTE.--La femme place ses deux jambes sur les paules
de l'homme.

LA POSITION SERRE.--L'homme serre contre lui les deux pieds croiss
et relevs de la femme; si un pied seulement est lev, la position est
demi-serre. La femme met un pied sur l'paule de l'homme et tend
l'autre jambe de ct; puis elle prend une position semblable du ct
oppos, et continue ainsi alternativement.

L'ENFONCEMENT DU CLOU.--Une des jambes de la femme est sur la tte de
l'homme et l'autre est tendue de ct.

LA POSITION DU CRABE.--Les deux pieds de la femme sont tirs et placs
sur son estomac.

LE PAQUET.--La femme lve et croise ses cuisses.

LA FORME DU LOTUS.--Dans cette position, la femme croise ses jambes
l'une sur l'autre, en tenant les cuisses cartes. Cette position est
celle indique plus haut sous le nom de l'pouse d'Indra.

LA POSITION TOURNANTE.--L'homme, pendant la connexion, tourne autour de
la femme sans se dtacher d'elle, ni interrompre l'acte, tandis que
la femme tient son corps embrass; cela s'apprend seulement en s'y
exerant.

Il est facile et il convient, dit Souvernanabha, de s'unir de toutes les
manires possibles tant dans le bain; mais Vatsyayana condamne toute
connexion dans l'eau, comme contraire  la loi religieuse.

Quand la femme se tient sur ses mains et ses pieds comme un quadrupde,
et que son amant la monte comme un taureau, cela s'appelle l'union de la
vache. Dans cette position, on peut faire sur le dos toutes mignardises
qui se font ordinairement sur le devant du corps. L'homme peut aussi
saisir avec sa main droite les seins et avec la main gauche titiller le
clitoris, tandis qu'il meut son linga dans le vagin, ce qui double la
volupt de la femme ainsi caresse et peut hter son spasme de manire 
le faire concider avec celui de l'homme.

C'est la position o la matrice est la mieux situe pour la conception,
car alors son fond est plus bas que son orifice. C'est la plus naturelle
et la moins voluptueuse, car le clitoris n'est point touch,  moins
qu'on n'y porte la main.


APPENDICE AU CHAPITRE II

Note 1.--OVIDE, _Art d'aimer. _Livre III.

Ovide ne voit dans les attitudes diverses qu'un moyen de coquetterie
pour les belles.

Que les femmes dit-il, apprennent  se connatre pour s'offrir avec tous
les avantages aux combats de l'amour.

Si vous brillez par la beaut de vos traits, couchez-vous sur le dos;
si vous avez une croupe lgante, prsentez en aux yeux toute les
richesses. Si vos jambes sont bien faites, placez les sur les paules
de votre amant, comme Mlanion posait sur ses paules les jambes
d'Alalante. Si vous tes de petite taille, que votre amant remplisse le
rle de coursier. Celle dont la taille a des inflexions voluptueuses
appuiera ses genoux sur le lit, en inclinant lgrement la tte. Celle
dont les cuisses ont la ferme beaut de la jeunesse, dont les seins ont
une courbure gracieuse, se couchera obliquement sur le lit de manire
que son amant, debout prs d'elle, la voie dans cette position
charmante.

Celle dont les flancs portent les traces des travaux de Lucine combattra
comme le Parthe, le dos tourn.

Vnus, la mre des amours, en sait varier les jeux de mille manires;
mais la position la plus simple et la moins fatigante, est de s'tendre
sur le ct droit.

Djazet avait l'habitude de dormir sur le dos, parce que, disait-elle,
arrive qui plante!

Note 2.--Thologiens.

Le P. Gury, art. 997.--Les fins qui rendent honnte l'acte conjugal
sont:

1 La gnration qui est l'une des principales;

2 Le moyen de satisfaire les obligations entre poux;

3 Le moyen de prvenir l'incontinence chez les poux;

4 Le dsir d'animer ou de faire natre un amour honnte, de montrer ou
provoquer l'affection conjugale.

(On peut remarquer que les deux dernires fins lgitiment tous les
plaisirs naturels entre poux, mme striles par le fait de leur
conformation naturelle).

Art. 911.--La position tout  fait licite est celle que la nature
elle-mme enseigne; c'est--dire, la femme couche dessous et l'homme
dessus (faire la bte  deux dos, comme dit Rabelais).

Aucune position, quoique contre nature, n'est, en principe, gravement
dfendue, pourvu que l'acte conjugal puisse tre accompli, parce qu'il
n'y a pas d'obstacle  la gnration.

Toute position contre nature, prise pour un motif lgitime, est exempte
de faute; car, parfois, ces positions sont plus commodes ou seules
possibles; et toute commodit ou ncessit peut rendre lgitime cette
drogation, lgre en elle-mme,  l'ordre naturel.

Art. 912.--Cela peut arriver pour diffrentes causes, mme celle de la
froideur, lorsqu'on est plus excit dans cette position.

Si l'homme, dit Sanchez, ne peut tre amen  connatre sa femme hormis
dans une certaine position, qui doutera que la femme est tenue de la
prendre?

La position, quelle qu'elle soit, n'est condamne en aucune faon, si
elle est la seule possible.

C'est aussi l'opinion de saint Thomas et de plusieurs autres grands
thologiens, notamment en ce qui concerne la position  retro.

Note 3.--Les hommes de l'art.

Docteur Debay, _Hygine de l'homme et de la femme._

Toutes attitudes favorables  la fcondation sont permises, toutes
celles qui y mettent obstacle doivent tre proscrites. Ainsi les
attitudes assises, indolentes, paresseuses ludent souvent le but de la
nature. L'attitude droite est on ne peut plus fatigante, elle expose
l'homme  de graves accidents, par exemple des tremblements convulsifs
et des paralysies dans les jambes dans la seconde jeunesse.

La posture  retro doit tre recommande dans l'tat de grossesse ou
d'obsit de la femme et lorsque le membre viril n'a pas la longueur
requise.

Lorsque celui-ci est trop long, il peut blesser le col de l'utrus et
l'homme doit limiter son introduction  l'aide d'un bourrelet.

Aujourd'hui on applique  la racine de la verge, avant l'rection, un
anneau creux en caoutchouc de la longueur ncesaire; il est aussi facile
 mettre qu' retirer. A son dfaut, dit Vente (Cologne 1696), la femme
pourra le remplacer agrablement par sa main.



CHAPITRE III

Attitudes qui ont pour but unique la volupt.

Lorsque l'homme et la femme s'unissent debout, appuys l'un contre
l'autre ou bien contre un mur ou un pilier, c'est _l'union appuye._

Quand l'homme, adoss  un mur, soulve et soutient la femme assise
sur ses mains jointes et entre ses bras, tandis que celle-ci, les bras
entrelacs autour de son cou, l'embrasse avec ses cuisses vers le milieu
du corps, et s'imprime  elle-mme un mouvement,  l'aide de ses pieds
qui touchent le mur auquel l'homme est appuy, cela s'appelle la
_connexion par suspension._

(Cette position est figure dans la collection des fermiers gnraux,
reproduction des cames rotiques antiques).

On peut, de mme, imiter l'acte du chien, du bouc, du daim, la monte
et la pntration force de l'ne et du chat, le bond du tigre, le
frottement du verrat et la saillie de la jument par l'talon, en oprant
comme ces diffrents animaux avec leurs femelles.

L'UNION D'UN HOMME AVEC DEUX FEMMES.

Quand un homme caresse deux femmes dans le mme moment, cela s'appelle
l'union double. Elle peut se faire lorsque deux femmes se tiennent
horizontalement sur le bord d'un lit, l'une sur l'autre, face  face,
comme deux amants, et les jambes en dehors du lit; le linga passe
alternativement d'un yoni dans l'autre, par des coups successifs, les
uns  _recto_, les autres  _retro_.

L'union simultane avec plusieurs femmes s'appelle l'union avec un
troupeau de vaches.

On a de mme _l'union dans l'eau; _c'est celle de l'lphant avec
plusieurs femelles, qui ne se pratique, dit-on, que dans l'eau; _l'union
avec plusieurs chvres, celle avec plusieurs gazelles, _c'est--dire que
l'homme reproduit avec plusieurs femmes les mmes actes que ces animaux
avec plusieurs femelles.

Dans le Gramaner, plusieurs hommes jeunes jouissent d'une femme qui
peut tre l'pouse de l'un d'eux, l'un aprs l'autre ou tous en mme
temps. La femme est tendue sur l'un d'eux; un autre consomme l'hymne
de l'yoni et du linga; un troisime se sert de sa bouche, un quatrime
embrasse troitement le milieu de son corps et ils continuent de cette
manire, en jouissant alternativement des diffrentes parties de la
femme (App. n 1).

La mme chose peut se faire quand plusieurs hommes sont en compagnie
avec une courtisane, ou quand il n'y a qu'une courtisane pour satisfaire
un grand nombre d'hommes.

L'inverse peut se faire par les femmes du harem royal, quand,
accidentellement, elles peuvent y introduire un homme.

Dans le sud de l'Inde, on pratique aussi l'union basse, c'est--dire
l'introduction du linga dans l'anus (App. n 2).

L'aphorisme suivant forme, en deux vers, la conclusion du sujet:

L'homme ingnieux multiplie les modes d'union en imitant les
quadrupdes et les oiseaux; car ces diffrents modes pratiqus suivant
l'usage de chaque pays et les gots de chaque personne inspirent aux
femmes l'amour, l'amiti et le respect.


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1. Martial, livre X.--Deux galants se rencontrrent un matin, chez
Phillis, elle les satisfit tous les deux en mme temps: l'un la prit par
devant, et l'autre par derrire.

N 2. _La Sodomie_.--Dans l'Inde, cette pratique,  cause des souillures
qu'elle est cense entraner, n'a jamais eu beaucoup de faveur.

Les musulmans l'y ont propage en l'approuvant.

Il ne parat tre ici question que de l'union basse, entre un homme
et une femme; elle est moins rvoltante que la sodomie parfaite,
qualification que les thologiens donnent  l'union avec un mignon.

Le P. Gury, art. 434.--La sodomie parfaite n'est pas de la mme espce
que la sodomie imparfaite, parce que, dans la premire, l'homme est
port vers le mme sexe et contre la nature, dans la seconde il est
port contre la nature.

La premire a un nom grec: la Philopdie [Grec: Philopaidia], amour des
jeunes garons.

On sait combien la Philopdie tait en faveur chez les Grecs et les
Romains. Tous les vers d'Anacron sont consacrs  Batyle. Qui ne
connat le vers de Virgile:

  Formosum pastor Corydon ardebat Alexim!

N 3. _Les Latins_.--Parmi les potes latins qui ont chant l'amour,
Ovide est le seul qui se taise sur les mignons.

Catulle et Tibulle se montrent attachs  leurs mignons autant qu'
leurs matresses. Catulle, posie XV. Je te recommande mes amours,
Aurlius, toi qui es redoutable  tous les adolescents beaux ou laids.
Satisfais ta passion quand et comme il te plaira, dans toutes les
ruelles o tu trouveras un mignon de bonne volont, je n'en excepte que
le mien seul; mais si la fureur lubrique s'attaque  lui, malheur 
toi! Puisses-tu, les mains lies, publiquement expos, subir l'affreux
supplice que le raifort et les mulets font souffrir  l'adultre (sans
doute le mme qu'en Chine).

Tibulle, dans l'lgie IV, livre I, donne des leons aux amants des
jeunes garons.

Prte-toi  toutes les fantaisies de l'objet que tu aimes.

Pour l'accompagner, ne crains ni la fatigue de la route, ni le chaud,
ni le froid, ni les intempries.

Veut-il traverser l'onde azure, prends la rame.

Veut-il s'exercer  l'escrime, badine d'une main lgre, et souvent
laisse ton flanc  dcouvert, alors tu pourras essayer de lui ravir un
baiser qu'il laissera prendre en rsistant.

Bientt, il accordera ces baisers  tes prires, et enfin, de lui-mme,
il s'enlacera  ton cou.

Mais hlas, les jeunes garons ont pris l'habitude d'exiger des
prsents. Enfants, aimez les doctes potes, l'or ne doit pas l'emporter
sur la muse. Que le barbare qui est sourd  leur voix, qui vend son
amour, soit attach au char de Cyble, qu'il se mutile honteusement au
son de la flte phrygienne.

Vnus elle-mme veut qu'on coute les doux propos; elle s'intresse aux
plaintes de l'amant qui supplie,  ses larmes touchantes.

Dans son clbre chapitre: _Des Amours_, Lucien complte ces leons par
la description de la sduction finale.

Aprs avoir vu et contempl, le dsir vient de se rapprocher par
l'attouchement. Il commence par le chatouiller seulement du bout des
doigts en quelque endroit dcouvert, puis il promne la main sur tout
son corps de la mme manire, ce qu'on lui permet sans difficult.
Ensuite il essaie de prendre un baiser, chaste d'abord, o ses lvres
sont simplement juxtaposes  celles de son ami et s'en cartent avant
de les avoir touches compltement, de manire  n'veiller chez lui
aucun soupon. A mesure qu'il trouve plus de complaisance, il renouvelle
les baisers et les prolonge comme dans une sorte d'effusion, sans
passion, mais alors, aucune de ses mains ne reste inactive. Ces
embrassements apparents dans les vtements condensent la volupt et
augmentent progressivement l'excitation; alors par une manoeuvre
lubrique, il glisse la main sous le sein de son ami et presse les
mamelons qui entrent en rection; ensuite il caresse mollement de ses
doigts le ventre arrondi et ferme et descend dans la tendre touffe qui
ombrage la puissance des organes.

Si enim vel summis tantum digitis attigerit, totum corpus fructus ille
percurrit. Hoc ubi facil consecutus est, tertio tentat osculum, non
statim luxuriosum illud sed placid admovens labia labiis qu prius
etiam quam plane se contigerint desistant, nullo suspicionis relicto
vestigio. Deind concedenti se quoque accommodans longioribus amplexibus
quasi illiquescit, etiam placid os diducens nullamque manum otiosam
esse patitur: nam manifesta illa in vestimentis complexionis voluptatem
conglutinant, aut latenter lubrico lapsu dextra sinum subiens, mamillas
premit paulum ultr naturam tumentes, et duriusculi ventris rotonditatem
digitis molliter percurrit, post hoc etiam prim laluginis in pube
florem.

L'amour, trouvant une occasion favorable, s'emporte  une entreprise
plus hardie et frappe enfin le but qu'il a vis.

Dans sa satyre VI contre les femmes, l'austre Juvnal conseille de
prendre un mignon plutt qu'une pouse.

Le lit conjugal a t souill ds l'ge d'argent, et tu te laisses,
Posthume, atteler au joug.

Manques-tu de moyens pour y chapper? N'y a-t-il plus de cordes? plus
de fentres aux derniers tages? N'as-tu pas le pont Emilien prs de ta
demeure?

Et s'il te dplat de quitter ce monde, pourquoi ne prfres-tu pas
 une fiance cet adolescent qui dort prs de toi? Lui au moins ne
profitera pas, la nuit, de votre intimit, pour te tourmenter, pour te
demander des cadeaux; il n'exige point que tu t'attaches  ses flancs
et que tu te mettes hors d'haleine aussi longtemps qu'il lui plat.

On peut voir dans ce conseil une simple boutade potique; de mme il ne
faut voir qu'une ironie dans la conclusion de Lucien sur le mme sujet.

N4.--Dans le chapitre XXXVIII dj cit, Lucien se met en scne avec un
partisan des femmes et un Philopde, qui l'ont pris pour juge entre eux,
Charicls, l'avocat de l'amour avec les femmes, parle avec beaucoup de
raison et d'loquence et termine ainsi:

On peut,  la rigueur, concevoir jusqu' un certain point que l'homme
use de la femme comme vous usez d'un mignon, mais jamais et en aucune
faon il ne doit remplir l'office de femme.

Si le commerce d'un homme avec son semblable est honnte, qu' l'avenir
les femmes puissent s'aimer et s'unir entre elles! que ceinte de ces
instruments infmes, invents par le libertinage, monstrueuse imitation
faite pour la strilit (peut-tre imports  Rome de l'Inde o nous
verrons plus loin qu'ils taient fort en usage), une femme embrasse une
autre femme comme le ferait un homme, que l'obscnit de nos tribades
triomphe impudemment. Que nos gynces se remplissent de Philnis qui
se dshonorent par des amours androgynes. Et combien ne vaudrait-il pas
mieux qu'une femme pousst la fureur de sa luxure jusqu' vouloir faire
l'homme que de voir celui-ci se dgrader au point de jouer le rle d'une
femme.

L'avocat de la philopdie, un rhteur d'Athnes, rplique:

L'amour avec un mignon est le seul qui puisse allier la volupt  la
vertu, car les femmes sont une chane et souvent un tourment qui ne
laisse point l'homme matre de lui-mme, tandis qu'un jeune garon
peut tre un ami, un disciple, un compagnon d'exercices de tout genre.
D'ailleurs l'amour masculin a sur l'autre la supriorit du plaisir sur
la fonction, du superflu sur le ncessaire, etc. etc.

Ce discours ressemble beaucoup  celui de l'avocat dans les _Plaideurs_
de Racine, et Lucien le prte au philopde avec une intention vidente
de ridicule. La cause est entendue, le juge prononce la sentence
suivante, fine ironie contre la philosophie et les philosophes de son
temps:

Le mariage est infiniment utile aux hommes; il rend heureux quand on
rencontre bien. Mais la philopdie, considre comme la sanction d'une
amiti pure et chaste (cas de Socrate et d'Alcibiade), n'appartient,
selon moi, qu' la seule philosophie. Je permets donc  tous hommes de
se marier, mais les philosophes seuls ont le droit d'aimer les jeunes
gens; la vertu des femmes n'est pas pour eux assez parfaite. Ne sois
point fch, Charicls, si Corinthe (la ville des courtisanes) le cde 
Athnes (la ville des philosophes et des mignons).

N 5.--Martial adresse nombre d'pigrammes aux philopdes et aux gitons.

IX, 64.--Tous les gitons t'invitent  souper, Phbus; celui qui vit de
sa mentule n'est pas, je pense, un homme pur.

XI, 22.--Il maudit un pdraste masturbant.

XI, 26.--Au jeune Thophorus. Donne-moi, enfant, des baisers parfums
de Falerne et passe-moi la coupe aprs y avoir tremp les lvres. Si tu
m'accordes en outre les vraies jouissances de l'amour, moins heureux
sera Jupiter avec son Ganymde.

XII, 64.--Sur Cinna. D'un esclave plus blond, plus frais que le ft
jamais esclave, Cinna fait son cuisinier, Cinna est un fin gourmet.

XII, 69.--A Paullus. Comme pour tes coupes et tes tableaux, Paullus, tu
n'as, en fait d'amis, que des modles.

XII, 75.--Sur les mignons. Politimus n'est bien qu'avec les jeunes
filles; Atticus regrette ingnument d'tre garon; Secundus a les fesses
nourries de glands; Diodymus est lascif et fait la coquette; Amphion
pouvait natre fille. Je prfre, ami, les douces faveurs de ces
mignons, leurs ddains superbes et leurs caprices  une dot d'un million
de sesterces.

XI, 43.--Contre Sabellus.

Tu m'as lu, Sabellus, sur des scnes de dbauche, des vers par
trop excessifs et tels que n'en contiennent pas les livres obscnes
d'Elephanta. Il s'agit de nouvelles postures rotiques, de
l'accouplement par cinq formant une chane, enfin de tout ce qu'il est
possible de faire quand les lumires sont teintes; ce n'tait pas la
peine d'tre si loquent.

N 6. La sodomie dans les armes et chez les femmes.

D'aprs Catulle, la philopdie tait de son temps tout  fait gnrale
 Rome, dont la plupart des citoyens taient encore  cette poque des
soldats. C'est dans les camps, sans doute, qu'ils avaient contract ces
habitudes qu'on trouve dj chez les Grecs dans les armes.

Ainsi on lit dans la _Retraite des Dix mille_ (Xnophon) que, pour
allger la marche, on ne permit aux mercenaires d'emmener avec eux aucun
impedimentum, butin ou esclave, except un jeune garon pour chaque
soldat.

Les _Mille et une Nuits_ sont un recueil de Sodomies que la traduction
de Galand a transformes en galanteries dcentes.

Cette dbauche existe dans nos corps indignes d'Afrique et, pour ce
motif, on ne devrait point y admettre de Franais, mme comme engags
volontaires.

Malheureusement on la trouve aussi dans les compagnies de discipline.
On voit  quelle dmoralisation sont exposs les enfants de famille
honntes condamns par les conseils de guerre.

Il fut un temps o quelques officiers d'Afrique avaient pris got  la
sodomie imparfaite.

Les patronnes de quelques maisons de tolrance de France se plaignaient
des offenses faites par eux  la dignit de leurs nymphes.

Cependant quelques femmes provoquent  cette dbauche et y prennent un
certain plaisir (la proximit du rectum et du canal vaginal tablit une
sympathie du premier avec le vagin et l'utrus) et elles l'accompagnent
ou la font accompagner d'une autre, le clytorisme. On a remarqu dans
les hpitaux que, chez toutes les femmes traites pour ulcrations
anales, on trouve en mme temps des dformations vulvaires provenant de
la manualisation et du saphisme. La crainte de la conception est sans
doute le motif dterminant de cette double dbauche. Cependant on a
vu des femmes qui avaient remplac le vagin absent par l'urtre et le
rectum, tre ainsi fcondes.

A la clinique gyncologique et siphyligraphique de l'hpital de
Lourcine, le docteur Martineau s'exprimait ainsi:

Ceux d'entre vous qui assistent  mes visites ont pu s'assurer de la
frquence de la sodomie chez les femmes qui frquentent l'hpital de
Lourcine. Si je la vois concider chez les filles publiques avec la
prostitution ordinaire, je la constate le plus souvent chez les femmes
qui ignorent l'abjection d'un acte qui leur est impos par leur mari.

A l'hpital de Lourcine je dois mme dire que c'est le cas le plus
ordinaire; je l'observe bien plus frquemment chez les femmes maries,
chez les jeunes femmes, chez les filles dbauches, il est vrai, mais
non prostitues. En consultant mes observations, je trouve surtout des
domestiques, des couturires, des modistes, des demoiselles de caf,
etc, etc., et trs rarement des prostitues. La sodomie donc, pas plus
que les dformations vulvaires provenant de la manualisation et
du saphisme, n'appartient pas  la prostitution. On la rencontre
indiffremment chez la femme marie et chez celle qui vit dans le
concubinage; chez toutes on trouve, en mme temps que les traces de
sodomie, des dformations vulvaires provenant de la manualisation et du
saphisme.

La sodomie s'observe  tous les ges de la femme, depuis huit ans
jusqu' cinquante et mme plus; elle est surtout frquente entre seize
et vingt-cinq ans parmi les observations recueillies  l'hpital de
Lourcine. Les femmes qui viennent l ne prsentent pas des habitudes
invtres de sodomie comme les prostitues.

A. Tardieu avait fait les mmes remarques, et il nous dit:

Chose singulire, c'est principalement dans les rapports conjugaux que
se sont produits les faits de cette nature. C'est, en gnral, trs peu
de temps aprs le mariage que les hommes commencent  imposer  leurs
femmes leurs gots dpravs. Celles-ci, dans leur innocence, s'y
soumettent d'abord; mais plus tard, averties par la douleur ou
renseignes par une amie, par leur mre, elles se refusent plus ou moins
opinitrement  des actes qui ne sont plus ds lors tents ou accomplis
que par la violence. C'est dans ces derniers cas seulement que le
mdecin intervient, consult par la justice. La cour suprme a rendu
plusieurs arrts consacrant le principe que le crime d'attentat  la
pudeur peut exister de la part du mari se livrant sur sa femme  des
actes contraires  la fin lgitime du mariage, s'ils ont t accomplis
avec violence physique.

Les rvlations des hommes de l'art expliquent comment des thologiens
ont pu, sans tre des rotomanes ou des exploiteurs de consciences,
tracer aux confesseurs la rgle suivante:

Immdiatement avant le mariage, avertir la fiance qu'elle devra se
refuser  tout ce qui est contraire  la procration, et en cas de doute
sur l'application de cette prescription dans le mariage, consulter au
besoin son confesseur.

Il peut arriver, surtout dans le bas peuple, qu'une femme ne trouve pas
chez une autre de son intimit, pas mme chez sa mre, les lumires ou
la moralit ncessaires pour tre bien et suffisamment renseigne.



CHAPITRE IV

Le rle de l'homme dans l'union.

L'homme doit faire tout ce qu'il peut pour procurer le plaisir  la
femme.

Lorsque la femme est sur son lit et comme absorbe par sa conversation,
l'homme dfait le noeud de son vtement infrieur; et, si elle le
querelle, il lui ferme la bouche par des baisers.

Beaucoup d'auteurs sont d'avis qu'il doit commencer par lui sucer le
mamelon des seins.

Lorsque son linga est en rection, il la touche avec les mains en
diffrents endroits et caresse agrablement les diverses parties de son
corps.

Si la femme est timide et se rencontre avec lui pour la premire fois,
il placera sa main entre ses cuisses qu'elle serrera instinctivement.

Si c'est une trs jeune fille, il mettra les mains sur ses seins qu'elle
couvrira sans doute avec les siennes, sous les aisselles et sur le cou.

Si c'est une femme mre, il fera tout ce qui pourra plaire  tous deux
et ce qui conviendra pour l'occasion.

Puis il lui prendra la chevelure et le menton entre ses doigts pour les
baiser.

Si c'est une jeune fille, elle rougira et fermera les yeux.

Par la manire dont elle recevra ses caresses, il devinera ce qui lui
plat le plus dans l'union.

A ce sujet, Souvarnanabha dit: Quelque chose que l'homme fasse dans
l'union pour son plaisir, il doit toujours presser la partie du corps de
la femme vers laquelle elle tourne les yeux.

Voici quels sont les signes de la jouissance et de la satisfaction chez
la femme.

Son corps se dtend, ses yeux se ferment, elle perd toute timidit,
fait effort pour que les deux organes soient unis aussi troitement que
possible.

Quand, au contraire, elle n'prouve point de jouissance, elle frappe
sur le lit avec les mains, ne laisse point l'homme avancer, elle est
maussade, mord l'homme, lui donne des coups de pied et continue son
mouvement quand l'homme a fini.

Dans ce cas, l'homme doit frotter, en l'branlant, le yoni de la femme
avec sa main et ses doigts (comme l'lphant frotte avec sa trompe)
avant de commencer l'union, jusqu' ce qu'il soit humide, et, ensuite, y
introduire son linga.

Il reprend le mme mouvement avec sa main aprs son spasme, si celui de
la femme ne s'est pas encore produit (voir  ce sujet l'appendice).

Il y a neuf actes que l'homme doit accomplir.

1 LA PNTRATION OU MOUVEMENT EN AVANT.--Les deux organes se portent
tout droit l'un vers l'autre, exactement en face;

2 LA FRICTION ou BARATEMENT.--Le linga tenu dans la main est tourn
en rond dans le yoni, autour des bords (comme dans le baratement du
beurre);

3 LE PERCEMENT.--Le yoni est abaiss et le linga frappe sa partie
suprieure;

4 LE FROTTEMENT.--Dans la mme situation, le linga frappe contre la
partie infrieure du yoni;

5 LA PRESSION.--Le linga presse le yoni pendant un temps long;

6 LE COUP.--Le linga, tir hors du yoni, y revient ensuite et le frappe
fort et  fond; la sortie rend de la vigueur au linga, retarde le spasme
de l'homme; le retour tend  acclrer celui de la femme;

7 LE COUP DU VERRAT.--Le linga revient frapper seulement une partie du
yoni;

8 LE COUP DU TAUREAU.--Le linga dans sa rentre frappe  la fois les
deux cts du yoni;

9 LE SPORT DU MOINEAU.--Le linga a un mouvement trs rapide de va et
vient dans le yoni sans en sortir.

Cela se fait gnralement vers la fin de l'union, lorsque l'homme sent
qu'il ne peut plus retarder son spasme.


APPENDICE AU CHAPITRE IV

PLAISIR DE LA FEMME DANS L'UNION

Vatsyayana discute longuement les opinions des anciens sages sur la
semence de la femme; nous prfrons donner les rsultats de la science
moderne sur ces questions si vieilles.

Dans l'union, le clitoris grossit et se dresse; les grandes et les
petites lvres se gonflent; le tissu rectile du vagin entre en
action, excit par le frottement; la muqueuse vulvo-utrine scrte,
conjointement avec les glandes, une humeur visqueuse qui rend le canal
plus glissant.

Cette scrtion, bien qu'elle apparaisse quelquefois sous la forme
d'un fluide laiteux, n'est point une jaculation, car la femme n'a pas
d'appareil jaculateur.

Le plaisir, chez la femme, est d, pour la plus grande partie, aux
chatouillements exercs sur le clitoris, et, pour le reste, aux
frottements produits sur les parois du vagin et les petites lvres,
pendant l'action.

Si le spasme voluptueux a moins de violence chez la femme, il est par
contre plus prolong que chez l'homme.

Les femmes nerveuses ou  imagination ardente prouvent un plaisir trs
vif au moindre chatouillement des parties. Tout contact par l'homme les
impressionne.

Les femmes lymphatiques, grasses, n'arrivent au spasme vnrien qu'aprs
de longues caresses et excitations des organes.

Le Docteur Jules Guyot, _brviaire de l'amour Exprimental, _s'exprime
ainsi sur le sujet, dans sa 3e mditation.

Tant que le spasme n'est pas dtermin dans les deux parties, la
fonction n'est pas accomplie; l'homme n'a pas mis le fluide vivant,
la femme n'a pas projet de ses limbes, dans l'utrus, des ovules avec
toute l'nergie ncessaire.

Une cause dterminante du spasme rside dans les mamelles et surtout
dans les titillations et la succion des mamelons.

Beaucoup de jeunes filles croient permis et permettent  leurs amies et
quelquefois  leurs amis la titillation et la succion de leurs seins;
leur pudeur ne s'en effarouche point comme de l'attouchement des parties
secrtes. C'est ce que le docteur Gauthier appelle l'onanipumammaire,
trs commun dans les pensionnats.

L'impression ressentie dtermine constamment l'rection du clitoris;
et la friction de ce dernier organe, simultane  la succion ou  la
friction des mamelons, amne ncessairement le spasme gnsique.

Rarement, le baiser avec les lvres et dans la bouche peut produire un
pareil rsultat.

Dans l'tat de besoin et de dsir, les lvres vaginales de la femme sont
fermes et vibrantes, les seins sont gonfls et les mamelons en rection.

Si la femme ne prsente pas ces signes, l'homme doit les dterminer
par ses caresses, et ne doit accomplir la connexion que lorsqu'il est
parvenu  produire le dsir chez la femme.

Dans ce cas, il commence par toucher dlicatement le clitoris.

Le clitoris est plac en haut et en avant de la vulve, sous deux
petites lvres, tout prs et au-dessous du pubis ou mont de Vnus, 
la commissure suprieure des grandes lvres, comme serait un bouton de
violette cach sous les feuilles suprieures; il est court, et le plus
souvent a 2 ou 3 centimtres de long; il est de quelques centimtres
au-dessus du vagin, canal de 4  10 centimtres de diamtre qui monte de
la vulve  la matrice ou utrus.

La vulve ou vestibule des organes gnitaux de la femme s'ouvre de haut
en bas par deux replis membraneux placs de chaque ct; ce sont les
grandes et les petites lvres, celles-ci au-dessous de celles-l, qui,
par leur accolement naturel, forment le vestibule.

Par suite de cette disposition, le pnis, en s'introduisant dans le
vagin, ne touche que rarement le clitoris; mais il le touche dans la
connexion complte, par le contact et le frottement extrieur des
surfaces suprieures du pnis et des parties subspubiennes de la femme;
en d'autres termes, le pnis qui se meut de bas en haut vient choquer ou
presser la tte du clitoris qui lui se dirige toujours de haut en bas.
Dans ce cas, l'excitation du clitoris se communique ncessairement 
tout le reste de l'appareil gnital de la femme.

Lorsque le vagin entre en rection, soit spontanment, soit par
l'excitation des autres organes, il se porte en avant, s'entr'ouvre et
favorise ainsi l'introduction du pnis qui, si cette introduction tait
intempestive ou violente, pourrait dchirer les parois du vagin et
blesser la femme au col de l'utrus.

La matrice, dit Platon, est un animal qui se meut extraordinairement
quand elle hait ou aime passionnment quelque chose. Son instinct est
surprenant lorsque par son mouvement prcipit elle s'approche du
membre de l'homme pour en tirer de quoi s'humecter et se procurer du
plaisir[28].

[Note 28: Cuveillier.--La matrice (mater) ou utrus (utriculus, outre)
est l'organe de la gestation, le vase o se produit la fcondation par
la semence virile des oeufs dtachs de l'ovaire.]

Si les parties de la femme n'entrent point en rection, le pnis se meut
dans le vagin qui reste insensible; dans ce cas l'homme seul prouve un
plaisir et le spasme, par l'effet de la friction exerce sur les parois
internes du vagin par le pnis.

L'homme peut ainsi s'puiser sans que la femme prouve aucun plaisir,
parce que, soit par ignorance de la nature de la femme, soit par
imptuosit passionnelle, il n'agit que sur les muqueuses vaginales.

Dans ces conditions, la femme reste froide, insensible, souvent mme
elle souffre; l'homme s'offense de son inertie, de sa strilit, car
elle ne peut concevoir en cet tat.

De l naissent la dsaffection et l'infidlit souvent rciproques qui
seraient vites srement par des rapports mieux compris entre poux.

C'est sans doute pour viter ces fcheux effets que des thologiens
permettent et mme conseillent  la femme des attouchements sur
elle-mme qui supplent  l'insuffisance du mari pour dterminer son
spasme et pour, autant que possible, le faire concider avec celui de
l'homme.

La matrice est situe dans l'excavation du bassin; son axe, dirig
obliquement de haut en bas et d'avant en arrire, occupe la ligne
mdiane entre la vessie et le rectum. Il est maintenu dans sa position
par les ligaments ronds et les ligaments larges qui, lches et
flexibles, lui permettent de flotter, pour ainsi dire, dans l'excavation
du bassin et d'y excuter des mouvements plus ou moins tendus. C'est
pour quoi on l'attire facilement vers la vulve dans certaines oprations
chirurgicales et, lors de la grossesse, elle se dplace et s'lve dans
l'abdomen.



CHAPITRE V

Ce qui se passe quand la femme prend le rle actif.

Certaines conditions physiques dans lesquelles se trouve l'un des
amants, notamment la fatigue de l'homme  la suite d'efforts prolongs
sans crise finale (il est des hommes qui restent ainsi indfiniment en
rection), peuvent dterminer la femme  prendre alors le rle actif.
Souvent l'amour du changement et la curiosit suffisent pour l'y
dcider.

Il y a deux cas: celui ou la femme, durant la connexion, pivote sur
l'homme de manire  continuer l'union sans interrompre le plaisir; et
celui o elle prend la position de l'homme ds le dbut de l'action.

Dans ce dernier cas, avec des fleurs dans ses cheveux flottants, et des
sourires mls de gros soupirs, elle presse le sein de son amant avec
ses seins, et, baissant la tte un grand nombre de fois, elle le caresse
de toutes les manires dont il avait l'habitude de la caresser et de
l'exciter, en lui disant: Vous avez t mon vainqueur, je veux,  mon
tour, vous faire demander grce.

Par intervalles, elle jouera la honte, la fatigue et le dsir de
terminer la connexion.

Cependant, outre les neuf actes propres  l'homme elle fera encore les
trois suivants.

Les PINCES.--Elle tient le linga dans l'yoni, le fait pntrer par une
sorte d'aspiration rpte, le serre et le garde ainsi longtemps..

Le PIVOT.--Pendant la connexion, la femme tourne autour de l'homme comme
une roue horizontale autour d'un axe vertical.

Le BALANCEMENT.--C'est l'inverse du baratement; l'homme soulve le
milieu de son corps et la femme imprime au milieu du sien et aux organes
engags ensemble un mouvement oscillatoire et tournant (App. n 1).

Quand la femme est fatigue, elle pose sa tte sur celle de son amant et
reste ainsi, les organes continuant  tre unis; quand elle est repose,
l'homme tourne autour d'elle et recommence l'action (App. _n2).


APPENDICE AU CHAPITRE V

N 1.--Dans Ptrone, _Satyricon_, CXI.

Une mre amne sa fille  Eumolpe. Le vieillard se couche sur le dos
dans son lit, fait tendre la jeune fille sur son corps, membres contre
membres; puis il enjoint  son valet Coras de se glisser sous le lit
et s'appuyer sur le parquet pour soulever son matre avec ses reins.
L'ordre est d'aller doucement. Il obit et rpond par des mouvements
gaux  ceux de l'habile colire.

Cependant l'exercice touche  sa fin, Eumolpe crie  l'esclave de
presser la mesure, et ainsi balanc entre la nymphe et Coras, il semble
jouer  l'escarpolette.

N 2.--Ovide, _Art d'aimer, _livre III.

Femmes, laissez-vous aller  la volupt; qu'elle remue jusqu' la
moelle de vos os et que le plaisir soit gal et pour vous et pour votre
amant; qu'il s'exhale en petits cris de joie, en tendres paroles, en
doux murmures, que les propos licencieux redoublent votre ardeur.

Que je plains la femme qui ne ressent point le plaisir, qu'elle feigne
au moins d'en prouver et qu'elle ne se trahisse point dans cette
feinte!

Que ses cris, ses yeux tourns, ses torsions concourent  nous tromper
et que sa voix mourante, sa respiration oppresse achvent l'illusion.

O honte! la volupt a ses tricheries et ses mystres!

Aussi n'ayez point dans votre chambre  coucher une lumire trop vive;
beaucoup de choses, chez une belle, ont besoin du demi-jour.



CHAPITRE VI

De l'Auparishtaka ou hymne avec la bouche.

DES EUNUQUES ET AUTRES PERSONNES QUI SONT LES INSTRUMENTS DE CETTE UNION
(App. n 1).

Il y a deux sortes d'eunuques: ceux qui s'habillent en hommes et ceux
qui se font passer pour des femmes.

Ce que l'on fait aux femmes sur le Jadgana, se fait dans la bouche de
ces eunuques; cela s'appelle l'auparishtaka (App. n 2). C'est le moyen
d'existence de ces eunuques qui vivent comme des courtisanes (App. n3).

Les eunuques qui s'habillent en hommes cachent leurs dsirs. Quand ils
veulent y donner cours, ils font le mtier de masseurs.

Un eunuque de cette sorte tire  lui les cuisses de l'homme qu'il masse
et lui touche les joints des cuisses et le jadgana.

S'il trouve le linga en rection, il l'excite par le jeu de la main.

Si l'homme, qui connat par l son intention, ne lui-dit pas de procder
 l'auparishtaka, il commence de lui-mme  besogner.

Si, au contraire, l'homme lui en fait la demande, l'eunuque parat
s'offenser d'une telle proposition, n'y consent et ne s'y prte qu'avec
difficult.

Il se livre alors  huit exercices gradus, mais ne passe de l'un 
l'autre que sur la demande de l'homme.

1 L'UNION NOMINALE.--L'eunuque, tenant le linga dans la main et le
pressant entre ses lvres, imprime un mouvement  sa bouche.

2 La MORSURE SUR LES CTS.--L'eunuque saisit avec ses doigts ramasss
comme le bouton d'une plante ou d'une fleur le bout du linga et il en
serre les cts avec ses lvres et mme avec les dents.

3 La SUCCION EXTRIEURE.--L'eunuque presse le bout du linga avec ses
lvres fortement serres elle pousse dehors par cette pression, et puis
le reprend avec ses lvres et rpte le mme jeu.

4 La SUCCION INTRIEURE.--L'eunuque introduit le linga Dans sa bouche,
le presse avec ses lvres et le tire en dehors; puis il le reprend dans
sa bouche et continue ainsi.

5 Le BAISER.--L'eunuque, tenant le linga dans sa main, le baise  la
manire dcrite pour le baiser de la lvre infrieure.

6 Le LCHEMENT.--Aprs le baiser, l'eunuque touche le linga de tous les
cts avec la langue et en lche le bout.

7 La SUCCION DE LA MANGUE.--L'eunuque met la moiti du linga dans sa
bouche et le suce avec force.

8 L'AVALEMENT.--L'eunuque introduit le linga tout entier dans sa bouche
et en presse le bout au fond de sa gorge, comme s'il voulait l'avaler.

Les domestiques mles font quelquefois l'auparishtaka  leur matre. Il
se pratique aussi entre intimes.

Quelques femmes du harem, trs ardentes, se le font aussi entre elles,
en unissant la bouche  l'yoni (c'est un mode des amours lesbiennes ou
saphiques, la titillation du clitoris par la langue).

Quelques hommes caressent ainsi le yoni des femmes et y font les mmes
actes et mignardises que dans le baiser de la bouche (App. 4 et 5). Dans
ce cas, quand la femme est renverse, la tte en bas, vers les pieds de
l'homme, celui-ci caresse le yoni avec sa bouche et sa langue. C'est
_l'union de la corneille _(figure au temple souterrain d'lphanta).

Par passion pour cette sorte de plaisirs, des courtisanes quittent des
amants gnreux et possdant de bonnes qualits pour s'attacher  des
esclaves et  des cornacs (App. 6).

Contrairement  l'opinion des anciens casuistes qui sont plus svres,
Vatsyayana est d'avis que l'Auparishtaka n'est dfendu qu'aux maris avec
leurs femmes. Il ajoute que, pour les pratiques de l'amour, on ne doit
obir qu' l'usage du pays et  son propre got.

On retrouve cette maxime chez les philosophes grecs et chez ceux du
XVIIIe sicle.

L'amour, dit Zenon, est un dieu libre, n'ayant d'autre fonction 
remplir que l'union et la concorde.

Tout est femme dans ce qu'on aime, dit Lamettrie, l'amour ne connat
d'autres bornes que celles du plaisir.

Ce principe a t appliqu sans rserve, aussi bien dans le sicle du
grand Frdric que dans celui de Pricls. Frdric lui-mme passait
pour sodomiste; Catherine de Russie se livrait  toutes les dpravations
et avait constamment deux amants bien choisis. Que n'a-t-on pas dit du
Rgent et de ses filles!


APPENDICE AU CHAPITRE VI

N 1.--Usage actuel de l'Auparishtaka.

L'auparishtaka, aujourd'hui relgu dans les mauvais lieux et dans les
mnages onanistes (Gauthier, _Onanisme buccal_), parait avoir t trs
commun anciennement dans l'Inde.

On en trouve dans les gravures du chevalier Richard Payne, intitul le
_Culte de Priape_, une reprsentation emprunte au temple souterrain
d'lphanta, et o l'homme agit sur la femme qui a la tte en bas.

Les diffrentes sortes d'auparishtaka se voient aussi dans les
sculptures des temples de Civa,  Bhuvaneshwara, prs de Cuttak, dans
l'Orissa, qui remontent jusqu'au VIIIe sicle.

L'auparishtaka ne parat pas habituel maintenant dans l'Hindoustan.

Il y a, en Algrie, des Arabes qui provoquent les hommes  cette
dbauche; pour quelques-uns, c'est un moyen de chantage ou de vol.

Dans les maisons de tolrance de Paris, celles mmes qui sont tenues sur
un grand pied, les femmes se prtent  cette pratique et y provoquent
mme.

Beaucoup de clibataires d'un ge mr qui frquentent ces maisons
prfrent cette pratique  la connexion, non par libertinage, mais parce
qu'elle satisfait, sans danger pour leur sant, ce qui n'est chez eux
qu'un simple besoin d'hygine analogue au bain.

N 2.--Emploi ancien des eunuques.

L'emploi des eunuques est fort ancien en Orient, puisque Putiphar tait
eunuque.

(Comme Puliphar avait une fille, il faut admettre, ou que la mre de
cette fille avait rencontr mieux que Joseph, ou que Puliphar n'tait
eunuque qu'en apparence et par hermaphrodisme).

A Rome, beaucoup de maris en avaient un pour garder leur femme.

Ovide, livre II, _Les Amours_, adresse  Bagoas l'lgie deuxime pour
qu'il ne soit pas un gardien trop svre:

O toi, Bagoas, qui n'es ni homme ni femme, gardien de ma matresse,
laisse-lui prendre  la drobe un peu de libert, et tout ce que tu
lui en accorderas, elle te le rendra. Consens  tre de complicit avec
elle. Un complice discret gouverne la maison, il ne sent plus le fouet.
Pour cacher au mari la vrit, on le berce de chimres, et matres
autant l'un que l'autre, le complice et le mari approuveront ce
qu'approuv la femme.

Une femme caressante obtient de son poux tout ce qu'elle dsire.

Toutefois, que de temps en temps elle te querelle; qu'elle feigne de
verser des larmes et te traite de bourreau.

Tu lui reprocheras alors des fantes dentelle se justifiera aisment;
elle deviendra par l irrprochable aux yeux de son mari. Ces
complaisances te seront bien payes, et tu y gagneras bientt ta propre
libert.

N 3.--Autre emploi des eunuques.

Aujourd'hui les eunuques servent de plastron pour la sodomie aux
musulmans de l'Inde; ils ne se dguisent plus en femmes, attendu que
ceux-ci prfrent les jeunes garons,  tel point que les Bayadres
qui vont chanter et danser chez les princes musulmans s'habillent
quelquefois en hommes, pour rpondre  leur got (voir les _Chants des
Bayadres_).

Dans tout l'Orient, les masseurs des bains, qui sont des adolescents,
s'offrent d'eux-mmes comme plastrons.

Le nombre des eunuques alla toujours en augmentant  Rome, malgr un
dit de Domitien qui interdit la castration, et que Martial a lou dans
son pigramme 3 du livre, VI:

On se faisait un jeu de violer les droits sacrs du mariage, un jeu de
mutiler des hommes innocents. Vous dfendez cette infamie, Csar! et
vous rendez service aux gnrations futures. Personne, sous votre rgne,
ne sera eunuque ni adultre. Avant vous, cependant,  moeurs! l'eunuque
lui-mme tait un adultre.

Dj considrable sous les empereurs grecs, le nombre des eunuques le
devint bien plus encore sous les successeurs de Mahomet.

On alla jusqu' faire des eunuques femelles. On fendait le ventre aux
jeunes filles pour extirper les ovaires et on coupait le clitoris
jusqu' sa racine, ensuite on fermait la vulve en rtrcissant les
grandes lvres par des points de suture. On obtenait des tres sans sexe
et sans dsirs dont on tait plus sr que des eunuques, mles encore
capables de dsirs ou bien dont,  dfaut mme des sens, le coeur
pouvait tre captiv.

N 4.--Obscnits sur les chars sacrs de l'Inde.

Cette caresse est la principale de celles figures sur le char sacr
de Mazulipatam par un groupe de six personnes: un homme besognant cinq
femmes avec sa langue, ses pieds et ses mains. Rien de plus dgotant
que cette peinture de grandeur plus que naturelle, dont les enfants des
deux sexes se montrent tous les dtails constamment exposs  tous les
yeux.

Trs souvent la masturbation, comme manifestation d'amour, est figure
sur les chars sacrs Sur celui de Chandernagor une gopi s'y livre en
regardant Krishna. Les cariatydes d'un char rcemment fait  Pondichry
sont des singes se masturbant.

N 5.--pigrammes de Martial.

L'Auparishtaka tait fort pratiqu  Rome du temps de Domitien, ainsi
que le montrent les pigrammes suivants de Martial:

L. II, 49. Je ne veux pas pouser Thalisma, c'est une libertine... mais
elle se donne  de jeunes garons... Je l'pouse.

L. JI, 50. Contre Lesbie: Tu suces et tu bois de l'eau, Lesbie; c'est
trs bien, tu laves l'endroit qui en a besoin.

L. II, 73. Lyris suce, mme quand elle n'est pas ivre.

L. 111, 75. Contre Luperculus. Depuis longtemps, Luperculus, ta mentule
a perdu toute vigueur et les aphrodysiaques n'ont pu lui rendre sa
vertu. Maintenant tu commences  corrompre  force d'argent des bouches
pures, et tu ne russis pas mieux. Il t'en a bien cot pour rester
impuissant!

L. III, 88. Contre deux frres impudiques. Ils sont frres jumeaux,
mais lchent chacun un sexe diffrent; dites s'ils sont plus
ressemblants que diffrents!

L. III, 96. Tu lches ma matresse et tu ne lui fais rien autre
chose; puis tu babilles comme si tu tais besogneur. Si je t'y prends,
Gargitius, je te ferai taire (en te coupant la langue).

Dans l'pigramme 43 du livre IV, Martial reproche  Coracinus d'tre
cunnilingue.

L. IV, 50. Pourquoi, Thas, me rpter que je suis trop vieux? on n'est
jamais trop vieux pour lcher.

L. XI, 25. Cette libertine honte, cette connaissance intime de tant
de fillettes, la mentule de Lunius, ne peut plus se dresser; gare 
sa langue ! Dans l'pigramme 46 du livre XI, Martial conseille
l'Auparishtaka  un vieillard.

L. XI, 47. Pourquoi Blattara fuit-il tout commerce avec les femmes?
Pourquoi joue-t-il de la langue?--Pour ne pas besogner (impuissant).

L. XI, 61. Sur Mantius. Mantius ne peut plus raidir sa langue
libertine, car pendant qu'il la plongeait dans une vulve gonfle de
luxure, et qu'il y demeurait attach, entendant dans l'intrieur les
vagissements de l'enfant, une maladie honteuse a paralys cette langue
avide; aujourd'hui il n'est plus possible  Mantius d'tre pur ni
impur.

L. XII, 86. Contre Fabullus. Les philopdes, dis-tu, puent de la
bouche; dis-moi,  Fabulus, que sentent les cunnilingues?

On a peine  croire  un tel dvergondage; cependant, comme Martial
adresse plusieurs de ses pigrammes aux hommes qui vivent de leur
impudicit, on peut admettre tout comme possible. Le docteur Garnier
cite une classe de faits de ce genre et les explique naturellement ainsi
que la sodomie, en faisant remarquer que souvent l'anus est un foyer
rogne.

N 6.--Talents intimes.

On voit, non-seulement dans l'Inde, mais en tout pays, des hommes
distingus enchans par des femmes sans jeunesse, esprit ni beaut,
mais possdant quelques talents intimes comme ceux qui ont fait la
fortune de la du Barry.

Diderot donne, dans les _Bijoux indiscrets, _sous le titre: le _Bijou
voyageur, _les rcits d'une femme laide et sotte qui a gagn une
grande fortune par une complaisance cosmopolite. Ceux qui concernent
l'Allemagne, l'Italie, et l'Espagne, et qui sont crits respectivement
en latin, en italien et en espagnol, sont curieux; ils nous mettent au
courant des vices dominant dans ces pays au XVIIIe sicle. A Vienne,
ce sont les raffinements indiens, les mignardises et l'hymne par la
bouche, les seins, etc. En Italie, ce sont les amours florentins (in vas
non naturale); en Espagne, des tours de force de prouesses amoureuses,
des nuits de plaisir sans trve ni merci. Pourquoi le _Bijou
voyageur _ne se sert-il du franais que pour lier et commenter ses
_indiscrtions_ polyglottes? Diderot fait lui-mme la rponse:

Le lecteur franais veut tre respect.

N 7.--Docteur GARNIER, Onanisme buccal.

L'onanisme en gnral et souvent l'onanisme buccal est aujourd'hui
frquent. Il est la rgle dans les unions libres, sans tre une
exception dans les autres. L'influence directe d'organes trangers,
actifs, conscients, pour ainsi dire, comme les lvres, la bouche et
surtout la langue, a pour effet une impression beaucoup plus vive et
profonde que les rapports naturels.

L'odeur spciale qui se dgage des organes secrets de la femme est, pour
certains vert-galants, comme Henri IV, le souverain excitant de l'amour.
Elle les surexcite au point qu'ils fouillent avec la bouche et le nez
les parties sexuelles et en aspirent les liquides. De l leur nom de
renifleurs.

Excites directement par la succion, l'aspiration et le lchement de
tous leurs organes, les femmes, parvenues au paroxysme, lancent dans la
bouche de l'homme, par leur conduit affrent, le mucus glaireux scrt
par les glandes vulvo-vaginales. Le plaisir que cette jaculation
procure aux femmes passionnes leur fait rechercher cette dbauche.
Les femmes galantes la considrent comme la plus grande preuve d'amour
qu'elles puissent, recevoir de leurs sigisbs et comme le moyen le plus
sur de les fixer (des femmes dites honntes et du monde ont ce got).

Pour ne pas avoir  rougir d'un office vil non partag, c'est
ordinairement par rciprocit alternative, et souvent simultane, que
des amants libres ou des poux se livrent ensemble  ces carts. Opposs
l'un  l'autre de la tte aux pieds, ils agissent ensemble, chacun de
leur ct, avec une telle passion qu'ils en deviennent inconscients
[29]. Ce vice a quelquefois pour consquence, chez la femme, l'hystrie,
chez l'homme, la paralysie plus ou moins complte des membres et du
cerveau.

[Note 29: Cette pratique devenue frquente est appele par les libertins
FAIRE 69.]

La succion du clitoris et le lchement de la vulve avec la langue
constitue le saphisme. Le saphisme fminin est prfr par les femmes
lubriques  tous les autres moyens de plaisir. Le saphisme dtermine un
tat particulier du clitoris trs caractristique.

L'auparishtaka ou onanisme buccal entre hommes parat s'tre rpandu
dans ces derniers temps. Quelques libertins choisissent criminellement
pour cet office de jeunes enfants dans la bouche desquels le pnis se
meut comme dans le vagin.





                                  TITRE V

                       COMMENT, POUR L'ACTE SEXUEL,
                       ON VIENT EN AIDE A LA NATURE



CHAPITRE I

Des attouchements.

Lorsqu'un homme ne peut satisfaire une femme Hastini (type lphant) il
est oblig de recourir  des moyens propres  l'exciter. Il commence par
lui frotter le yoni avec les doigts ou la main et n'entre en connexion
avec elle que lorsqu'elle prouve dj du plaisir.


APPENDICE AU CHAPITRE I

N 1.--Opinion des Thologiens.

Ici, comme dans tout le corps du Soutra, le but poursuivi est la
satisfaction de la femme, indpendamment mme de la gnration ou du
dessein d'augmenter l'amour rciproque. Ainsi que nous l'avons fait
remarquer dans une note prcdente, ces deux dernires fins peuvent,
aux yeux des thologiens que nous avons cits, lgitimer l'attouchement
recommand par l'auteur indien. Cela rsulte, d'ailleurs, implicitement,
dans le cas de mariage, du premier alina de l'art. 920 de la thologie
morale du P. Gury.

920.--Il n'y a pas de pch grave, ni mme lger, suivant l'opinion plus
commune et plus probable, de la part d'une pouse qui s'excite par des
attouchements  rpandre sa semence aussitt aprs l'acte dans lequel le
mari seul l'a rpandue:

1 Parce que cette semence est destine  accomplir l'acte conjugal,
pour que les poux ne soient promptement qu'une seule chair, et, de mme
que l'poux peut se prparer  l'acte par des attouchements, l'pouse
peut galement le terminer par des attouchements.

2 Parce que, si les femmes, aprs une telle excitation, taient tenues
de rprimer les mouvements naturels, elles risqueraient de pcher
gravement.

Sanchez dit: Conjugi tardivo ad seminandum consuledum est ut ante
concubitum tactibus venerem excitet, ut vel sic possit in ipso concubitu
effundere semen.

Cet avis est sans doute fond sur l'opinion gnralement admise que
la concidence des deux spasmes gnsiques favorise la conception (se
reporter  la note 4 de l'appendice du Chapitre I et  l'appendice du
Chapitre IV du Titre IV).

On doit le supposer: 1  cause de la question suivante que pose
Sanchez:

An sit mortale quoties non simul conjuges semen consulte effundant.

Y a-t-il pch mortel quand les deux poux s'entendent pour empcher la
simultanit de leur spasme respectif?

2 Parce que, en tout autre cas, les attouchements personnels sont
dfendus, ainsi qu'il rsulte de l'alina ci-aprs de l'article 920 dj
en partie cit du Pre Gury:

Les attouchements sur soi-mme en vue du plaisir vnrien en l'absence
de l'autre poux, selon l'opinion de plusieurs, constituent un pch
grave, parce que l'poux n'a pas le droit de se servir de son propre
corps pour son plaisir, mais seulement pour l'acte conjugal. Saint
Alphonse considre cette opinion comme plus probable et comme devant
tre suivie dans la pratique.

Il n'est question nulle part dans le Kama Soutra des attouchements
personnels. La facilit des moeurs doit les rendre trs rares dans
l'Inde, except pour ceux qui font voeu de chastet. Mais comme les
casuistes indiens croient ces derniers incapables d'aucune sorte
d'incontinence, ils ont d considrer les attouchements personnels comme
une quantit ngligeable.

N 2--Opinion des mdecins.

AMBROISE PAR

Dans son trait de la gnration de l'homme (1573) Ambroise Par
conseille au mari de prparer sa femme afin que les deux semences se
puissent rencontrer ensemble:

L'homme tant couch avec sa compagne la doit mignardiser, chatouiller,
caresser et mouvoir s'il trouvait qu'elle fut dure  l'peron; et le
cultivateur n'entrera dans le champ de nature humaine  l'estourdy, sans
que premirement n'ait fait ses approches afin qu'elle soit esguillone
et titile tant qu'elle soit prise du dsir du masle et que l'eau lui
en vienne  la bouche, afin qu'elle prenne volont et apptit d'habiter
et faire une petite crature de Dieu et que les deux semences se
puissent rencontrer ensemble, car aucunes femmes ne sont pas si promptes
 ce jeu que les hommes.

Le Docteur Jules Guyot cite et appuie l'avis d'Ambroise Par; Paul
Garnier le combat.

Docteur PAUL GABSIER (De l'Onanisme).

Sauf de rares exceptions, la femme ne ressent point spontanment
l'incitation qui chez l'homme rsulte de l'rection de ses organes; elle
ne l'prouve que par son contact avec lui lorsqu'il la provoque et la
transmet par ses caresses. De l la ncessit des prludes tout en
observant cette rgle:que les organes gnitaux de l'un des sexes ne
doivent recevoir que l'action naturelle des organes gnitaux de l'autre
sexe  l'exclusion de tout autre contact ou branlement, les caresses
des poux avant et aprs l'union ne devant point s'tendre  ces
organes. Des pratiquas contraires mnent  l'onanisme  deux qui a pour
la femme les consquences les plus funestes: la dpravation et la perte
de la sant. L'onanisme  deux dtermine presque toujours l'onanisme
isol, et chacun de ces onanismes engendre frquemment soit l'hystrie,
soit le gonflement et par suite l'hypertrophie des glandes vaginales,
soit l'allongement du col de la matrice, soit un dveloppement du
clitoris qui en ncessite l'excision, soit le cancer de la matrice. Le
plus grand de ces maux est la nymphomanie et le moindre la perte de la
voix.



CHAPITRE II

Les Apadravyas.

L'homme peut aussi, pour satisfaire une femme, user des apadravyas ou
objets qui, mis sur le linga ou autour, en augmentent la longueur ou la
grosseur, de manire qu'il corresponde aux dimensions du yoni[30].

[Note 30: Les apadravyas ayant pour objet la satisfaction de la femme,
leur invention, bien que bizarre  nos yeux, part cependant d'un bon
sentiment; et, sous ce rapport, les hindous valent mieux que les chinois
qui estropient leurs femmes pour resserrer les lvres par le gonflement
des cuisses.

Au point de vue du P. Gury, les apadravyas pourraient tre permis, quand
ils ne forment pas obstacle  la gnration.

Nous avons vu plus haut Charicls, dans Lucien, les qualifier de
monstrueux parce que gnralement leur emploi a pour objet ou
consquence la strilit. Ce emploi tait commun  Rome o sans doute
l'Inde les avait imports.]

Bathravia est d'avis que ces objets doivent tre d'or, d'argent, de
cuivre, de fer, d'ivoire, de corne de buffle, de bois de diffrentes
sortes, en peau, en cuir, doux, frais, provoquant l'rection, et bien
appropris  leur but.

Vatsyayana, sous ce rapport, s'en remet au got de chacun.

Voici les diffrentes sortes d'Apadravyas.

1 L'anneau de la longueur du linga au-dessous de sa tte; sa surface
extrieure doit tre rude et garnie de petites saillies hmisphriques
ou globuleuses de manire  former une lime  frottement doux qui n'use
point.

2 Le couple: form de deux anneaux.

3 Le bracelet: form de plusieurs anneaux ayant ensemble la longueur du
linga.

4 La spirale: elle s'obtient en enroulant autour du linga un fil
mtallique, comme du laiton, dont les tours sont trs rapprochs.

5 Le Jalaka, tube mtallique ouvert  ses deux extrmits; 
l'extrieur, il est rude et parsem de saillies hmisphriques douces au
toucher; il a les dimensions du yoni; on l'attache  la ceinture.

6 A dfaut du Jalaka, un tube fait de bois de pommier ou du goulot
d'une gourde ou d'un roseau amolli avec de l'huile et des essences, qui
s'attache  la ceinture avec des cordons; ou bien une foule de petits
anneaux de bois doux et attachs ensemble.

Les tubes peuvent servir, soit en entourant le linga, soit seuls et  sa
place[31].

[Note 31: Ces apadravyas paraissent grossiers ou dangereux. Un
industriel qui s'aiderait de la science pourrait, aujourd'hui, en
fabriquer d'inoffensifs avec le caoutchouc, et vu leur bon usage, il en
pourrait vendre beaucoup dans l'Inde. On peut rattacher  cette sorte
d'apadravyas qui peuvent fonctionner sans le linga tous les engins
imagins pour le remplacer (Voir appendice N 3).]

Il est d'usage, dans le sud de l'Inde, de se faire un trou dans la peau
du linga, comme on s'en fait aux oreilles pour y suspendre des boucles;
 ce trou on accroche divers apadravyas, ceux mentionns plus haut et
d'autres de formes appropries pour le plaisir de la femme.

L'auteur indique comment on fait grossir le linga pour un mois en le
frictionnant avec certaines plantes.

Il prtend que, dans les pays dravidiens, on obtient un grossissement
qui persiste indfiniment en le frottant d'abord avec les soies de
certains insectes qui vivent dans les arbres, comme les chenilles:
ensuite pendant deux mois avec de l'huile, puis de nouveau avec les
soies de chenilles et ainsi de suite.

Le linga gonfle graduellement; quand il est assez gros, l'homme se
couche sur un hamac perc d'un trou,  travers lequel il laisse pendre
son linga; il fait ensuite passer la douleur du gonflement avec des
lotions froides[32].

[Note 32: Voir la fin du N 2 de l'Appendice.]

Un onguent, fait avec le fruit de l'asteracantba longiflora rtrcit
pour une nuit le yoni d'une femme lphant[33].

[Note 33: Aujourd'hui, dans le sud de l'Inde, les femmes usent beaucoup
d'astringents pour rtrcir leur yoni. Il en est, dit-on, qui par ce
moyen se refont une virginit.

Un jeune mdecin de la marine avait commenc une tude de ces procds
qu'il croyait pouvoir tre utiliss en Europe; mais ayant du quitter
l'Inde plus tt qu'il ne pensait, il ne put raliser son projet.

Les prostitues qui font abus des astringents perdent toute sensibilit
dans la paroi vaginale.]

Un autre onguent compos du fruit et du jus de plusieurs plantes largit
le yoni d'une femme gazelle.


APPENDICE AU CHAPITRE II

N 1.--Secret de Pope

Dans la note prcdente, nous avons parl des moyens employs par les
femmes de l'Inde pour resserrer le yoni.

Le Docteur Debay en indique qui ne sont point dangereux et qui sont
usits en France.

Nous citerons seulement le secret de Pope pour paratre toujours
vierge.

Lavez la partie avec de l'eau blanchie par quelques gouttes d'alcool
benzoque; schez la ensuite avec des linges fins, et saupoudrez la
intrieurement avec de l'amidon. L'effet est trs remarquable.

N 2.--Les ennemis de la virilit

Les transports d'une imagination lubrique et les dsirs charnels
excessifs sont les plus dangereux ennemis de la virilit.

L'homme raisonnable attend que la nature parle, sans provocation
artificielle, et cela mme dans l'intrt de la frquence de l'acte
sexuel; le seul stimulant doit tre l'attrait de la personne.

Tout ce qui chauffe le sang, en acclre la circulation, et le porte au
cerveau, prdispose  la frigidit.

Les abus alcooliques et l'usage des mets chauffants dtruisent aussi la
virilit.

La frquence excessive de l'acte sexuel nuit  la qualit de la
procration.

Pour ce sujet nous renvoyons au trait fort savant, fort bien crit et
pens, du docteur Garnier (impuissance physique et morale de l'homme et
de la femme). Nous lui empruntons l'application suivante.

Chez un jeune client la verge tait recouverte par le prpuce et, en
rection, avait  peine la grosseur d'une plume sur deux pouces de long;
les proportions de tout l'appareil gnital taient aussi lilliputiennes.

Un cylindre en caoutchouc, de la forme et du volume d'un pnis
ordinaire, avec un canal intrieur dont le diamtre tait proportionn 
la verge en rection, fut adapt au pubis par une lanire passe sur
les lombes comme un bandage de corps. Son lasticit, en permettant
aux mouvements du cylindre de se transmettre au pnis emprisonn 
l'intrieur, donna un succs complet. En s'essayant ainsi, avec un rgime
tonique, aprs un temps assez long, la verge s'tant accrue, le sujet
primitivement impuissant put se livrer naturellement au cot.

Ce phallus artificiel est imit du congesteur de Mondat contre le dfaut
d'rection par anaphrodysie; de jeunes pucelles pourraient en tenir
lieu.

En somme, le moyen de beaucoup le meilleur de dvelopper l'organe est de
rendre son action possible et frquente. Dans ce but les Arabes donnent
 leurs fils adolescents des femmes troites ou habiles  les exciter.

N 3,--Onanisme mcanique (Docteur GARNIER)

Ds la plus haute antiquit les femmes de l'Orient faisaient un frquent
usage de phallus et autres objets matriels, ainsi que le prouve un
passage du prophte Ezchiel.

Chez les anciens le phallus tait l'instrument le plus rpandu;
plusieurs spcimens de divers modles trouvs dans les ruines de Pompi
et Herculanum sont exposs au muse de Naples.

On les fabrique  Canton avec un mlange gommo-rsineux d'une certaine
souplesse et color en ros, et on les vend publiquement  Tien-Tsin,
ainsi que des albums reprsentant des femmes nues qui font usage de ces
instruments attachs  leurs talons. On les exhibe mme au thtre pour
en indiquer aux jeunes femmes l'emploi contre la gnration.

On en fabrique aussi  Paris en caoutchouc rouge durci, parfaitement
imits, que l'on vend secrtement  des adresses connues de toutes les
intresses. Ils se gonflent  volont, et du lait ou tout autre liquide
plac  l'intrieur, s'chauffant au contact du vagin, s'chappe et se
rpand au moment psychologique pour rendre l'illusion plus complte.

Les boules japonnaises, en usage aussi en Chine et dans les srails de
l'Inde, consistent en deux boules creuses d'gale grosseur, formes par
une feuille mince de laiton. L'une est vide, tandis que l'autre contient
une boule ou une certaine quantit de mercure coulant; c'est le mle.
Introduite, dans le vagin, la boule vide la premire, elles produisent,
au plus petit mouvement des cuisses, du bassin, ou mme par l'rection
spontane du tissu rectile, cette secousse lgre qui fait les dlices
des femmes par la titillation voluptueuse qui en rsulte et qui se
prolonge  volont.

On sait que l'usage de la machine  coudre est un vritable onanisme
mcanique.

N 4.--Anaphrodisie. MONTAIGNE, L'ARIOSTE, OVIDE.

La crainte et la honte de rester en affront devant une femme est une des
causes les plus frquentes de syncope gnitale, surtout chez les hommes
de la seconde jeunesse.

Il existe chez les jeunes gens une espce d'aphrodisie accidentelle
occasionne par l'excs de l'amour sentimental. Montaigne raconte qu'il
s'est trouv dans ce cas.

Enfin, l'application soutenue  l'tude et la mditation produisent
aussi l'anaphrodisie accidentelle et mme habituelle (souvent sans doute
chez les religieux).

L'Arioste a dcrit, avec beaucoup d'esprit, l'anaphrodisie d'un vieil
ermite.

Orlando furioso. Canto Ottavo.

  Angelica e l'Ermita.

  Gi resupina nel l'arena giace
   lutte voglie dell'ucchio rapace,
  Egli l'abbraccia et a placer la tocca;
  Ed ella dorme et non puo far ischermo;
  Hor le baccia il bel petto, Hor la bocca;
  Non e chi lo vddia in quel loco aspro ed ermo
  Ma, nell'incontro, il suo destrier trabocca;
  Ch al desio non risponde il corpo infermo;
  Ed era mal alto perche ave va troppi anni;
  E potra peggio quanto pru l'affanni.
  Tulle le nie, lutte i modi tenta;
  Ma quel pigro rozzon non pern s'alza,
  Inderno il fren gli scuote e lo tormenla
  E non puo far che tenga la testa alla.
  Al fin pressa alla donna s'addormenta.

Anglique et l'Ermite

La plage l'a reue comme une pave, nue gisante sur le dos, vanouie, 
la merci de l'oiseau de proie.

  Le vieil ermite l'embrasse et la palpe  plaisir;
  Il lui baise tantt les seins, tantt la bouche;
  Car personne ne le voit dans ce lieu sauvage et dsert.
  Mais son coursier trbuche  la rencontre.
  Son cerveau est en feu, mais son corps est de glace,
  Et son dpit ajoute encore  son impuissance;

  Il a beau faire tous les efforts, tenter tous les essais,
  Sa rosse fourbue ne veut point se lever;
  En vain, il secoue le frein et la tourmente de la main,
  Il ne parvient point  lui faire tenir la tte haute.
  Enfin,  bout d'efforts, il s'endort prs de la belle.

OVIDE.--_Les Amours. _Livre III, lgie 7e.

Corine entrelaait autour de mon cou ses bras d'albtre; elle me donnait
des baisers lascifs, elle glissait amoureusement sa cuisse sous la
mienne, m'appelait son vainqueur, ajoutant tout ce qu'on peut dire pour
exalter la passion; et malgr tout, mes membres sont demeurs engourdis
et je n'ai pu me servir de l'instrument du plaisir.

Cache toi pleine de honte,  la plus vile partie de mon corps! par
toi, j'ai t trouv en dfaut; tu m'as fait prouver le plus sensible
affront. Ma matresse, cependant, ne ddaigne pas de me secourir, dans
ma dtresse, de sa main dlicate; mais voyant que rien ne pouvait lui
rendre la vie, et qu'il demeurait malgr tout insensible: Pourquoi,
dit-elle, te joues-tu de moi? Qui le forait, insens, devenir malgr
toi partager ma couche?

Ou tu as t ensorcel par une magicienne, ou tu t'es puis avec une
autre avant de venir me trouver.

Aussitt elle sauta hors du lit,  peine vtue de sa tunique, et
s'enfuit pieds-nus.



CHAPITRE III

Les Aphrodisiaques.

Voici comment on les prpare.

Dans du lait sucr, on met beaucoup de poivre Ghaba, et on y ajoute
tantt: 1 Une dcoction de la racine de l'uchala, ou bien des graines
de la sanseviera, roxbourgiana, et, 2 de l'hdysarum gangeticum, ou du
jus de cette plante avec elle, 3 Du jus de Kuiti et de la Kshirika,
4 Ou bien une pte compose avec l'asperge rameuse et des plantes
schvadaustra et goudachi, avec addition de miel et de gui (on sait
que ce dernier jouait un rle dans une prparation magique chez les
Druides). 5 Ou bien une dcoction des deux dernires plantes, avec des
fruits de premna spinosa. 6 Lait sucr dans lequel on fait bouillir
des testicules de bouc ou de blier. 7 Mlange de miel, de sucre et
d'esprit, tous trois en quantits gales. Le jus de fenouil dans le lait
est un aphrodisiaque saint, qui prolonge la vie et se boit comme le
nectar. 8 Une dcoction multiple, analogue aux cinq premires indiques
ci-dessus, fouette avec des oeufs de moineau (comme oiseau trs
amoureux) rend un homme capable de satisfaire beaucoup de femmes.

Une autre composition trs complique, ne renfermant que des vgtaux,
donne  l'homme le pouvoir de servir un nombre illimit de femmes.

L'aphorisme suivant (en vers) donne la rgle gnrale sur la matire:

Les moyens de produire la vigueur et l'amour sexuels doivent tre
emprunts  la mdecine, aux vdas,  la magie, et  des parents
discrets.

On ne doit en essayer aucun d'un effet douteux ou nuisible  la sant
ou ncessitant soit la mort d'un animal quelconque, soit un contact qui
occasionne une souillure.

On ne doit user que de ceux qui sont _saints_, consacrs par
_l'exprience et approuvs par les brahmanes_[34].

[Note 34: Les mots en italique montrent bien le caractre religieux,
c'est--dire obligatoire que le Kama Soutra attache aux conseils et aux
rgles qu'il formule.]


APPENDICE AU CHAPITRE III

Les Orientaux se sont, de tous temps, occups des aphrodisiaques; leurs
auteurs les divisent en deux classes: les naturels et mcaniques, tels
que la flagellation, et les artificiels ou mdicinaux.

On cit, dans la premire classe, les insectes qu'appliquaient des
tribus sauvages, et l'exemple de la jeune femme d'un vieux brahmane qui
voulait de nouveau le faire piquer par une gupe.

Ovide, _Art d'aimer, _livre II, nous conseille la discrtion sur les
aphrodisiaques.

Il en est qui conseillent de prendre pour stimulants des plantes
dangereuses: du poivre ml avec la semence de l'ortie ou du pyrtre
broy, ml  du vin vieux. Autant de poisons selon moi, et de moyens
qu'interdit Vnus.

Je ne vous dfends point cependant l'oignon blanc de Mgare, les herbes
stimulantes, les oeufs, le miel de l'Hymelte, les pommes de pin.

Mais pourquoi, divine Erato, traiter de ces matires qui regardent l'art
d'Esculape?

Ptrone s'lve avec force contre les empoisonneuses qui, par leurs
drogues, prtendaient exciter l'ardeur gnitale.

Il cite la rage de Caligula cause par un hippomane que lui avait donn
Caesonie.

Eusbe cite la folie de Gallus due  un aphrodisiaque. Lucullus, le
gourmand lgendaire, et Lucrce, l'auteur du pome de Natura Rerum,
seraient morts au milieu des fureurs frntiques causes par des
breuvages hippomaniques.

Comme Ovide, nous renvoyons aux mdecins; nous leur emprunterons
seulement quelques indications sommaires.

Les aphrodisiaques les mieux connus sont:

La flagellation, l'urtication, la scarification, l'lectricit, les
lotions stimulantes sur les organes gnitaux avec de l'eau  la glace,
de l'eau sale et de l'eau aromatique, le phosphore.

Dans le rgne vgtal, la sarriette, la menthe poivre, le cresson
alnois, le cleri, l'artichaut et l'asperge, la cinraire sibrienne,
la benote, la muscade, le poivre, la girofle et tous les condiments
fortement aromatiques, la vanille et le cacao, le genseng, le salep, la
truffe parfume, l'oronge, la morelle, le bole, le phallus et plusieurs
autres champignons, le safran.

Dans le rgne animal (poissons et coquillages) les crustacs, tels que
le homard, les crevisses, les mollusques, les ctacs, les ptoncles,
les huitres et les autres bivalves, l'ichthyophagie en gnral.

L'ambre gris, la civette, le castor et le musc, les cantharides; ces
dernires et le phosphore sont presque toujours mortels.

Ambroise Par cite un homme qui mourut de priapisme et d'hmorragie
urtrale cause par une potion cantharide qu'une courtisane, sa
matresse, lui avait fait prendre.

Le baume de tolu, celui de la Mecque et du Prou, sont aussi des
excitants.

En Chine et dans les contres de l'extrme Orient on fait un grand usage
de l'opium et du hatchi qui procurent, le dernier surtout, des rves
dlirants et une ivresse dans laquelle on gote toutes les joies du
paradis de Mahomet. Une personne qui a t empoisonne avec du hatchi
nous a dcrit les sensations vraiment extraordinaires qu'elle a
prouves.

Selon le docteur Gauthier, pour rveiller l'amour, rien n'gale
l'exprience d'une prostitue consomme dans les pratiques du mtier.



CHAPITRE IV

Des embellissements artificiels.

Ceux qui sont disgracis  la fois de la nature et de la fortune peuvent
pour plaire recourir  des moyens artificiels tels que ceux-ci:

Un onguent fait avec la coronaria tabernamontana, le costus speciosus ou
arabicus et la calaphracta flacourtia. On en frotte tout le corps et on
se rend ainsi agrable  la vue.

Si on passe une poudre fine extraite des plantes ci-dessus  la flamme
d'une lampe alimente avec de l'huile de vitriol bleu, on obtient un
fard noir qui se met sur les cils.

On emploie, de la mme manire que le premier onguent ci-dessus
mentionn, des huiles extraites de plusieurs plantes: l'herbe de porc,
l'chites putrida; et des fards noirs tirs des mmes plantes ou de leur
mlange, et un onguent compos de mme.

On attribue la mme proprit  une poudre forme de quelques vgtaux
et que l'on mange aprs l'avoir mlange avec du miel.

Un os de paon ou de hyne dor attach  la main rend un homme agrable
aux yeux des autres[35].

Mme succs si l'on s'attache  la main un chapelet de grains de
jujubier et de coquilles, enchant de la manire indique par
l'Atharva-Vda (livre des incantations magiques) ou par un habile
magicien (Appendice 2).

[Note 35: Nous donnons ce dtail comme singularit de got, et le
suivant comme exemple de superstition.]


APPENDICE AU CHAPITRE IV

N 1.--Conseils d'Ovide

Nous prfrons  ces recettes singulires les conseils d'Ovide, _Art
d'aimer_, Livre III.

Il est peu de figures et de corps sans dfauts, sachez les dissimuler.

Si vous tes de petite taille, restez assise ou tendue sur votre lit et
l, pour qu'on ne s'aperoive pas de votre taille, recouvrez vos pieds
de votre robe.

Si vous tes trop mince, portez des vtements pais et non collants.

Avez-vous le teint ple? mettez un peu de rouge.

tes-vous trop brune, employez le poison de Pharos (blanc tir des
entrailles du crocodile, remplac aujourd'hui par la poudre de riz).

Une belle chaussure doit toujours cacher un pied difforme. Une jambe
sche et maigre doit toujours tre bien entoure. Que de minces
coussinets rendent les paules gales; qu'un lger voile couvre les
seins quand ils sont trop levs ou trop amples.

Si vous avez des doigts pais, des ongles peu polis, faites le moins de
gestes possible en parlant.

Ne parlez point  jeun si vous avez l'haleine mauvaise et tenez-vous
toujours loin de votre interlocuteur.

vitez de rire, si vous avez les dents noires, trop longues ou mal
ranges.

N 2.--Filtres et magie

Vatsyayana donne encore beaucoup d'autres recettes, les unes
superstitieuses, les autres singulires. Nous en donnerons seulement une
ide.

1 Compositions bizarres de 6 poudres; un homme qui oint son linga avec
l'une d'elles se rend matre de telle femme qu'il veut.

2 Des fards composs avec le rsidu de la combustion d'os de chameaux,
de chouettes, de vautours et de paons donnent un pouvoir illimit de
sduction.

Une certaine composition mlange de crottes de singes et jete sur une
jeune fille comme un sort l'empche de jamais se marier.

Si une laque sature sept fois avec de la sueur des testicules d'un
cheval blanc est applique  une lvre rouge, celle-ci devient blanche;
elle redevient rouge, si on la frotte avec un certain compos vgtal.

De tout temps, jusqu' la fin du moyen ge, on a cru  la puissance des
filtres et de la magie pour faire aimer ou dtester, enrichir, vivre ou
mourir.

Du temps d'Ovide et de Ptrone, on faisait remonter aux sorcires de la
Thessalie cet art port  Rome sans doute d'abord par les Grecs.

Dans les sicles suivants, l'influence des ides et des superstitions
indiennes fut prpondrante  Rome, surtout sur les paens (Juvnal
dans ses satires cite plusieurs fois les Indiens). Elle dominait 
Constantinople et dans tout l'Orient pendant le bas Empire, alors mme
que rgnait le mysticisme; sous Justinien, au VIe sicle, tout le monde
croyait  la magie. Il y avait des recettes vendues au poids de
l'or, surtout pour faire mourir. On employait communment des herbes
enchantes, notamment la mandragore et aussi le poisson Rmora, des os
de grenouilles, la pierre astrote, l'hippomane et autres drogues.

L'empereur Justinien se croyait thaumaturge et aimait  le faire croire
aux autres. On disait dans le peuple que l'Empereur tait un dmon et
pouvait se transformer  volont. Le grave jurisconsulte Tribonien lui
disait avec conviction ou par flatterie qu'il pouvait se faire quand il
voulait un pur esprit et se transporter partout surnaturellement.





                              TITRE VI

                    DES DIVERS MODES DE MARIAGE



CHAPITRE I

Prceptes gnraux.

(Ces prceptes sont conformes aux lois de Manou).

On doit se marier dans sa caste, avec une vierge bien apparente, riche,
noble, belle, et qui a au moins trois ans de moins que soi.

On ne doit point rechercher en mariage une jeune fille dans les cas
suivants.

C'est une amie ou une soeur plus jeune; on la tient cache; son nom
n'est pas harmonieux; elle a le nez cras; elle a le nombril effac
et saillant, au lieu d'tre creux; elle est hermaphrodite (App. 1).
Sa taille est courbe ou dforme; elle est noue; elle a le front
prominent; elle manque de tte; elle est malpropre; elle a appartenu 
un homme; elle est affecte de goitre ou d'autres glandes saillantes;
elle est dfigure plus ou moins; elle a dpass l'ge de pubert; elle
transpire continuellement des mains et des pieds (App. 2).

Il faut surtout viter les msalliances. Celui qui entre dans une
famille suprieure  la sienne n'est considr ni de sa femme ni des
parents de celle-ci. Celui qui pouse une femme de rang infrieur au
sien n'obtient point pour elle, dans sa propre famille, les gards
ordinaires (App. 3).

Voici quelques aphorismes au sujet du mariage.

Une jeune fille fort recherche doit prendre pour poux l'homme qu'elle
aime et qui lui parat devoir satisfaire ses dsirs de toute nature.

Si ses parents la donnent  un homme riche, uniquement  cause de sa
fortune, ou  un homme qui a plusieurs femmes, elle ne s'attachera
jamais  lui, quelles que soient ses qualits.

Mieux vaut un mari pauvre et de peu d'apparence, mais tout entier 
elle, qu'un homme beau et attrayant qui se doit  plusieurs femmes.

Les femmes d'un homme riche, bien qu'elles jouissent de tous les
avantages et plaisirs qu'elles peuvent dsirer, ont toujours des
amants[36].

On ne doit pas accepter pour mari un homme sans jugement ou dchu de sa
position sociale[37], ou passionn pour les voyages, ou charg de femmes
et d'enfants, ou adonn au jeu.

Le vritable poux d'une jeune fille est l'homme qui a toutes les
qualits qu'elle aime.

Celui-l seul a sur elle de l'ascendant et du prestige, parce qu'il est
l'poux de l'amour.

[Note 36: Aujourd'hui la polygamie est trs rare dans l'Inde. Tous
les mariages se font par les parents, sans mme que les fiancs se
connaissent avant la crmonie. Il n'en est autrement que chez les
Indiens convertis et chez les Brahmanes des grandes villes anglaises qui
ont eu beaucoup de rapports avec les Europens; on devrait bien rpandre
parmi tous les Hindous les aphorismes ci-dessus.]

[Note 37: _La dchance_, c'est l'exclusion de la caste, qui est une
sorte de mort civile ou d'excommunication. Une condamnation  une peine
infamante (prononce toujours par des juges europens) n'entrane pas la
dchance aux yeux des Hindous.]


APPENDICE AU CHAPITRE I

N 1.--Hermaphrodisme.

Les hermaphrodites femelles ou femmes  long clitoris, ou tribades, ont
gnralement les seins, la matrice, les ovaires trs peu dvelopps; le
pubis aplati, les hanches troites, les formes sches, le systme pileux
abondant, la lvre suprieure garnie de poils, la voix forte et tous les
traits d'une virago.

Elles n'ont aucun penchant pour les hommes. La plupart recherchent,
au contraire, les femmes pour les caresser virilement. Cette sorte de
tribades tait nombreuse  Rome[38].

[Note 38: La tribadie est le vice qui fait rechercher aux femmes leurs
semblables pour se frotter l'une contre l'autre par plaisir; d'o le nom
de fricatrices qui leur a t donn.]

Les tribades examines par le docteur Martineau dans sa clinique n'ont
offert rien de particulier (sauf le dveloppement des grandes lvres)
dans la conformation de leurs organes sexuels. Les seules remarques que
Roubaud ait faites sur elles est l'absence presque complte des seins et
leur got trs prononc pour l'quitation.

Martial, 67 du livre VII, a fait contre l'une d'elles l'pigramme
suivante:

La tribade Philenis sodomise de jeunes garons; toujours en rection,
jamais assouvie, jamais ne molissent, elle dvore en un jour onze jeunes
filles. La robe retrousse, les membres frotts de la poudre jaune, elle
lance le disque et reoit toute souille de boue dans la lutte les coups
de fouet des lutteurs. Elle ne se met  table qu'aprs avoir vomi sept
mesures de vin, puis elle en avale autant avec seize des pains prpars
pour les athltes. Aprs cela, elle plonge sa langue, non dans la bouche
des hommes, mais dans les appats secrets des jeunes filles, pour faire
acte de virilit.

Hermaphrodites mles.

Les hermaphrodites mles ou hommes imparfaits dont les testicules sont
rests dans le ventre ont une espce de vulve, un simulacre de vagin,
des mamelles quelquefois assez dveloppes, des formes arrondies,
une voix grle, peu ou point de barbe. Ces tres languissent dans
l'impuissance jusqu' ce qu'un effort de la nature ou un accident jette
hors du ventre les testicules qui y taient rests cachs: alors ces
sujets quivoques deviennent des hommes.

Dorothe Perrin, ne en Russie en 1780, runissait compltement les deux
sexes; les organes virils taient placs au-dessus du vagin; elle aurait
pu se fconder elle-mme.

N 2.--Causes d'empchement au mariage aux yeux de l'glise.

Toutes les causes d'empchements numres par Vatsyayana sont physiques
ou sociales. Il n'est pas sans intrt de les rapprocher de quelques
causes d'empchement au mariage aux yeux de l'glise.

Nous avons dj donn, au chapitre III du titre II, les article 810,
811, 812 de la _Thologie morale_ du P. Gury, relatifs  l'alliance.
Voici, maintenant, ceux qui concernent l'impuissance.

855. L'impuissance antcdente et perptuelle, soit absolue, soit
relative, rend le mariage non-valable, d'aprs le droit naturel, parce
que l'objet du contrat conjugal fait absolument dfaut, puisque l'union
sexuelle est impossible.

L'impuissance, connue d'une manire certaine, rend l'usage du mariage
illicite, mme pour un simple essai; du moment que l'union sexuelle ne
peut tre parfaite, la fin qui rend ce commerce licite n'existe pas.

859. Sont rputs impuissants: les eunuques privs des deux testicules,
mais non ceux qui n'en n'ont qu'un.

Dans le doute au sujet de l'impuissance antcdente ou consquente, on
permet l'union aux poux jusqu' ce qu'ils se soient bien assurs que
leurs efforts sont rests impuissants.

N 3.--Croisements.

Les empchements pour cause de msalliance taient videmment motivs,
chez les brahmanes, par la connaissance de l'hrdit. Cette hrdit a
t reconnue de tout temps, et n'est gure conteste aujourd'hui. Les
interdictions pour cause d'alliance doivent avoir t motives par
la connaissance qu'on avait dj, du temps de Vatsyayana, de l'effet
avantageux et mme de la ncessit du croisement des races et des
familles. Ces interdictions sont lgales et absolues en Chine.

Influence du pre et de la mre dans la procration.

Le pre transmet  ses filles les formes de la tte, de la charpente
pectorale et des membres suprieurs, tandis que la conformation du
bassin, de l'abdomen et des extrmits infrieures est transmise par la
mre.

Pour les fils, c'est le contraire: d'o il rsulte que les garons
procrs par des femmes intelligentes seront intelligents, que les
filles procres par des pres capables hriteront de leurs capacits.

En gnral, la mre transmet  ses fils ses qualits morales, et le pre
transmet les siennes  ses filles (docteur Debay).

Le croisement des races, des nationalits, des tempraments et des
constitutions, est une des conditions principales de la callipdie.
C'est pourquoi les rgions non susceptibles d'tre cultives par des
Europens sont prdestines  tre de plus en plus peuples et diriges
par des multres. De mme qu'Abdel-Kader l'a observ pour la race
chevaline, il a t reconnu aux colonies que, dans le croisement des
races humaines, l'influence du pre est prpondrante surtout pour les
formes et les qualits extrieures, notamment pour la couleur.

Un fait gnralement constat, c'est l'attrait des blonds ou races
blondes pour les brunes ou races de couleur. Les femmes espagnoles et
arabes, et les femmes noires ou cuivres  tous les degrs aiment les
Anglais et les Franais, sans doute  cause de leur fracheur. Le got
des blonds pour les brunes est bien moins gnral, aussi les croisements
tendent-ils  faire prdominer et  rpandre les qualits suprieures
des races blondes.

L'imagination et la vue continuelle de beaux types ont une grande
influence sur la callipdie. Les belles statues, les belles peintures
qui autrefois remplissaient la Grce, et remplissent encore l'Italie,
jouent certainement un rle important  ce point de vue.

Le trs grand dveloppement qu'ont pris, depuis un demi-sicle, en
Europe et principalement en France, les arts du dessin, la photographie,
la sculpture, etc., doit avoir eu dj et avoir dans l'avenir une
influence dans le sens de la callipdie, surtout au point de vue de
l'expression de la physionomie.

N 4.--Anomalies sexuelles.

Les anomalies sexuelles si bien tudies dj par le docteur Gautier
pourront, par les progrs de la science, entrer de plus en plus dans le
droit civil et ecclsiastique, comme empchement au mariage.

Certaines peuplades, notamment en Afrique (Delaporte, _le Voyageur
franais_, 1872), sont signales comme pratiquant le _mariage
 l'essai_. C'est le seul criterium absolument complet des
incompatibilits sexuelles. Le relchement des moeurs et l'abandon
croissant de l'institution de la famille en propagent l'application.
Malheureusement ce remde est pire que le mal  conjurer.



CHAPITRE II

Mode de mariage ordinaire entre gens honorables.

Quand le moment est venu de marier une fille, les parents doivent la
produire le plus possible; faire bon accueil  ceux qui viennent,
accompagns de leurs parents et amis, pour rechercher sa main; et, sous
un prtexte quelconque, la leur prsenter bien pare.

Quand la demande est faite par des intermdiaires, les parents de la
jeune fille invitent ces personnes  prendre le bain et  dner, mais
ajournent leur rponse, pour ne pas paratre trop presss.

Le prtendant doit se retirer en cas de mauvais prsages; par exemple
si, au moment o on prsente sa demande, la jeune fille dort, crie ou
est absente de la maison.

Le prtendant doit faire agir ses amis auprs des parents de la jeune
fille; ils dnigrent par tous les moyens possibles ses rivaux et le
louent lui-mme jusqu' l'exagration, surtout sous les rapports
auxquels la mre de la jeune fille attache le plus d'importance.

L'un des amis, _sous le dguisement d'un astrologue_[39], pronostique
la prosprit et la richesse futures du prtendant, en faisant voir
les prsages et les signes heureux, la bonne influence des plantes,
l'entre opportune du soleil dans le signe du zodiaque le plus
favorable, les toiles propices et les marques de bon augure sur son
corps.

D'autres affids veillent la jalousie de la mre, en lui insinuant que
le prtendant a chance de faire un mariage plus avantageux, lors mme
que cela ne serait pas [40].

Lorsque les parents ont consenti au mariage, celui-ci s'accomplit
suivant les rites prescrits par le livre saint pour les quatre sortes de
mariage (App. n 1 et 2).

[Note (39): On voit que, dj  cette poque, l'astrologie tait un
moyen de tromperie et de charlatanisme d'un usage gnral.]

[Note (40): Il appert de l que la supercherie et le mensonge taient
en toute occasion des moyens autoriss et mme conseills par les
Brahmanes.]


APPENDICE AU CHAPITRE II

N1.--Conventions matrimoniales.

Dans la classe riche, le pre de la marie fait tous les frais de la
crmonie, du trousseau et des cadeaux de noces; quelquefois, les
dpenses sont partages entre les deux familles. Manou dfend  tous les
gens honorables, mme aux Soudras, de rien accepter pour eux-mmes, de
celui qui pouse.

Ils ne peuvent recevoir que des cadeaux pour leur fille.

Dans la classe peu fortune, les parents du mari ont  faire toutes les
dpenses du mariage et du trousseau, et, de plus, ils doivent payer,
comme prix de la fille,  ses parents, une somme d'argent dtermine par
les usages de la caste; car, dans les ides du bas peuple, prendre une
femme en mariage ou l'acheter, c'est tout un.

On sait qu'il en est de mme chez les Arabes de l'Algrie.

Les gens qui n'ont absolument rien, remettent leur fille, sans
condition, aux parents du garon qui rglent toutes choses comme ils
l'entendent en donnant seulement ce qu'ils veulent comme prix de la
fille.

N 2.--Ftes du mariage chez les Hindous.

Les crmonies du mariage diffrent peu pour les trois castes aryennes:
brahmanes, nobles et vassias.

On se runit sous un pandal ou salle provisoire, forme d'une lgre
charpente orne de draperies. Les trois premiers jours sont consacrs
 des actes prparatoires; les cinq jours suivants  la clbration du
mariage. Le premier jour de la clbration est le mahourta, ou le jour
de la commune assemble, que nous allons dcrire.

D'abord, on voque et on appelle au mariage les dieux principaux et les
mnes; on offre un sacrifice au dieu Poular (dieu du foyer domestique),
et les femmes maries parent magnifiquement les deux fiancs. Ceux-ci
s'tant placs sur une estrade, on runit l'un  l'autre, par un fil
double, deux morceaux de safran sur lesquels on a pri tous les dieux
de venir se fixer. L'poux fixe l'un des morceaux de safran au poignet
gauche de l'pouse, et celle-ci lui attache l'autre morceau au poignet
droit.

Vient alors le don de la vierge par son pre; il met la main de sa fille
dans celle de son poux, verse dessus un peu d'eau et lui prsente du
btel en gage de donation.

On droule devant les poux une pice de soie qui est soutenue par
douze brahmanes qui la drobent  la vue. Les brahmanes invoquent
successivement les couples des grands dieux: Brahma et Sarasvati,
Vischnou et Lakshmi, Civa et Oumar, afin d'attirer leur faveur sur les
nouveaux maris. Puis, on procde  la crmonie du Tahly ou cordon
termin par un bijou d'or que les femmes maries portent au cou, comme
signe qu'elles sont en puissance de mari. On place le Tahly sur un coco
qui repose sur deux poignes de riz, places dans un vase de mtal; on
lui offre un sacrifice de parfums, on le fait toucher  tous les invits
hommes et femmes, qui lui donnent des bndictions. On allume quatre
grandes lampes  quatre mches, et d'autres lampes faites avec du riz,
et quatre femmes les tiennent leves; en mme temps, on en allume
d'autres en grand nombre, tout autour. Alors l'poux, rcitant un
mantra, attache, en le nouant de trois noeuds, le Tahly au cou de sa
jeune compagne qui a la face tourne vers l'Orient.

C'est l'instant solennel et l'on y fait le plus de bruit possible avec
la musique et le chant des femmes. On apporte du feu dans un rchaud, le
Pourohita (brahmane officiant), fait le Homan ou sacrifice au feu. Alors
l'poux, tenant sa femme par la main, et suivi de tout le cortge des
invits runis par couples et magnifiquement pars, les femmes couvertes
de bijoux, fait trois fois le tour du rchaud, en prenant le feu 
tmoin de ses serments. Puis on apporte au milieu du pandal deux bambous
rapprochs; au pied de chacun d'eux on pose une corbeille de bambous
dans laquelle l'un des poux se tient plac debout; on apporte
deux autres corbeilles pleines de riz et les invits viennent
processionnellement leur verser du riz sur la tte comme pour leur
souhaiter l'abondance des biens temporels.

Ces crmonies o ne figurent que des produits de la terre, des
fleurs, des fruits, des grains, du beurre, du lait, du miel, sont trs
gracieuses dans leur ensemble; elles sont releves par l'clat des
parures indiennes qui, dans les hautes castes, sont trs remarquables
chez les femmes et les enfants, par les chants et la musique, les
danses et les pantomimes des bayadres, et par le costume carlate des
Pourohitas, qui est trs pittoresque.

A la crmonie  laquelle j'ai assist, il y avait deux Pourohitas qui
employrent tous les intermdes de leurs fonctions  se disputer la plus
grosse part des dons en nature qu'ils reoivent pour leur office.

On fait aux pauvres de larges distributions de riz.

Ensuite on s'asseoit  un grand festin auquel les poux n'assistent pas.
C'est seulement lorsqu'il est termin que les poux prennent ensemble un
repas qui leur est servi sur des feuilles de bananier. C'est la seule
fois que l'poux indien fasse  sa femme l'honneur de manger avec elle.

Les quatre derniers jours se passent en crmonies et rjouissances
semblables. La fte se termine par une procession aux flambeaux dans les
rues. Les poux magnifiquement pars sont assis en face l'un de l'autre,
dans un superbe palanquin; quelquefois ils sont ports sur un lphant.

Quand les familles sont trs riches, rien n'gale la splendeur du
cortge; la procession est ferique et cote jusqu' 30,000 francs et
plus. lphants, bayadres, cavaliers, musiciens, chars richement orns,
pyramides et feux tournants s'avanant sur des chariots, rues pavoises
et jonches de verdure, arcs de triomphe, pices d'artifices, etc., en
un mot, tout ce qui fait l'clat des ftes orientales s'y trouve runi
avec un got parfait.

Les mariages des Soudras (4e caste, non-aryenne) se clbrent avec
moins de crmonies, mais cependant avec toute la pompe qu'ils peuvent
dployer.

Les dpenses que l'usage rend obligatoires pour les mariages sont la
cause de la ruine de la plupart des Indiens.

Aprs ces ftes, la marie reste chez ses parents jusqu' ce qu'elle
devienne pubre. Ce moment est l'occasion de nouvelles ftes semblables.
Les Soudras font galement des ftes pour la pubert de leurs filles,
lors mme qu'elles ne sont pas maries. C'est, dans ce cas, une sorte
d'appel aux pouseurs.

N 3.--Les noces chez les Romains.

Nous pourrions recourir aux rudits pour les crmonies du mariage chez
les Grecs et les Romains, nous nous bornerons  en donner un aperu en
citant l'pithalame de Manlius et de Julie par Catulle:

Collis  Heliconis aime Cultor, Uranioe genus, Qui rapis teneram ad
virum Virginem,  hymene, hymen, Hymen,  hymene.

Ad dominum dominam voca Conjugis cupidam novi Mentem amore revinciens Ut
timax hoedera, hue et hue Arborem implicat errans.

Divin habitant de l'Hlicon, fils d'Uranie, qui mets la tendre vierge
aux bras de l'poux, hymen, dieu d'hymene!

Appelle  une nouvelle demeure dont sera la matresse la jeune fille
qui dsire un poux. Que l'amour les lie tous deux, comme le lierre
timide enlace l'arbre capricieusement.

  Vos item simul integr virgines,
  Virgines quibus advenit
  Par dies, agite in modum,
  Dicite:  hymene hymen
  Hymen  hymeneae.

  Nil potest sine te Venus
  Fama quod bona comprobet
  Commodi capere; at potest
  Te volente. Quis huic deo
  Comparare ausit?

  Claudia pandite janu,
  Virgo adest. Video ut faces
  Splendidas quatiunt comas
  Sed moraris, abiit dies
  Prodeas, nova nupta.

  Flere desine. Non tibi
  Aurunculcia periculum est,
  Ne qua fmina pulchrior
  Clarum ab Oceano diem
  Viderit venientem.

  Tollite,  pueri, faces.
  Flammum video venire
  Ite, concinite ia modum
  Io hymen, hymene lo,
  Io hymen hymene.

  Sordebant tibi villuli,
  Concubine hodie atque heri;
  Nunc tuum cinerarius
  Toudet os miser, ah miser
  Concubine nuces da.

  Diceris male a tuis
  Unguentate glabris marite
  Abstinere. Sed abstine
  Io hymen.

  Scimus hc tibi qu licent
  Sola cognita, sed marito
  Ista non eadem licent.
  Io hymen.

Et vous, vierges pures qu'attend le mme bonheur, chantez en cadence:
 hymen, dieu d'hymne! Dieu d'hymne, hymen!

Les plaisirs que Vnus donne sans toi entachent la bonne renomme; avec
toi, ils sont lgitimes. Quel dieu pourrait-on galer  toi.

Que les portes s'ouvrent. Voici la vierge. Les torches secouent leur
brillante chevelure. Mais elle tarde et le jour fuit. Viens, nouvelle
pouse!

Sche tes larmes; ne crains rien, car jamais une beaut plus grande n'a
vu le soleil se lever sur l'Ocan.

Enfants, levez les torches. J'aperois le flammeum (voile rouge que
l'pouse portait pour la crmonie) qui s'avance. Allez, chantez en
coeur: Io hymen, dieu d'hymne, Io hymen.

Et toi, dont hier et aujourd'hui encore les joues s'ombrageaient d'un
lger duvet, mignon dsormais inutile, le barbier va raser ton menton.
Jette des noix aux enfants.

Et toi, poux parfum, tu regrettes, dit-on, tes mignons. Il faut leur
dire adieu pour toujours. O hymen, dieu d'hymne!

Ce qui t'tait permis avant le mariage ne l'est plus aujourd'hui. O
hymen, dieu d'hymne!

Nupta, tu quoque qu tuus Vir petit, cave ne neges; Ne petitum aliund
est; Io hymen!

Aspice intus ut accubans Vir luus Tyrio in toro Totus immineat tibi. Io
hymen!

Mitte bracchiolum teres Prtexlate, puellulie; Jam cubile adest viri Io
hymen!

Vos bonae, senibus viris Cognitae bene femin Collocate puellulam. O
hymen!

Jam licet venias, marite, Uxor in thalamo est tibi Ore florido nitens;
Alba Parthenia velut Luteum ve papaver.

Laudite ut lubet et brevi Liberos date. Non decet Tam vetus sine
liberis Nomen esse: sed indidem Semper ingenerari.

Claudile ostia, virgines; Lusimus satis. At boni Conjuges, bene vivete
et Munere assiduo valentem Exercete juventam.

Et toi, jeune pouse, ne refuse rien aux dsirs de ton poux, de peur
qu'il qu'il ne cherche ailleurs. Io hymen!

Vois ton poux impatient de quitter le lit de pourpre du festin, tout
entier  l'attente et au dsir. Io hymen!

Guide de la vierge, adolescent qui portes encore la prtexte, quitte
son bras arrondi, car voici le lit nuptial. Io hymen!

Et vous, matrones respectes de tous, placez-y la jeune pouse. Io
hymen!

Tu peux venir maintenant,  poux, elle est  toi; elle est dans le
lit, brillante de jeunesse, les couleurs du pavot pourpr et de la
blanche paritaire se partagent son visage pudique.

Soyez tout  l'amour fcond: Donnez vite des rejetons  une race
antique dont le nom ne doit pas prir.

Jeunes filles, fermez la chambre nuptiale et vous, couple charmant,
vivez heureux; que votre vaillante jeunesse ne fasse jamais trve aux
amoureux bats.

Cet pithalame est complt par un choeur de jeunes gens et de jeunes
filles dont nous donnerons seulement une strophe (voir pour le latin,
Catulle, LXII, le chant entier):

La vigne ne solitaire dans un champ nu ne s'lve point et ne porte
point de doux raisins; elle retombe de son poids et confond ses rameaux
avec ses racines. Jamais le vigneron ne s'arrte prs d'elle. Mais si
elle s'accouple  l'orme tutlaire, elle devient aussitt l'objet de
soins empresss. Ainsi, la jeune fille qui vt sans poux vieillit
dlaisse. Celle au contraire qui contracte une union opportune, obtient
 la fois l'amour d'un poux et une affection plus vive de ses parents
satisfaits.



CHAPITRE III

La lune de miel.

Lorsque les ftes et les crmonies du mariage sont termines (aprs la
pubert), dans la nuit du dixime jour seulement, le mari reste seul
avec sa femme; il lui adresse de tendres paroles, l'attire  lui et la
presse doucement sur son sein, d'abord de la manire que la jeune fille
aime le mieux, et chaque fois pendant quelques instants seulement.

Ensuite, il procde aux attouchements et commence d'abord par le haut du
corps, parce que c'est plus ais et plus simple.

Si la jeune fille est timide et compltement ignorante, et s'il n'est
pas encore familiaris avec elle, il essaiera ses premires caresses
dans l'obscurit. Si elle se laisse faire, il lui mettra dans la bouche
une bamboula (noix et feuille de btel); il usera de toute son loquence
pour la lui faire accepter; au besoin, il s'agenouillera devant elle;
car on sait qu'une femme, quelle que soit sa timidit ou sa colre, ne
repousse jamais l'homme qui est suppliant  ses pieds.

Tout en lui donnant la bamboula, il la baisera sur la bouche doucement
et gentiment. Puis il la fera causer, en lui adressant des questions sur
des choses qu'il dira ne pas connatre et qu'elle pourra expliquer
en quelques mots. Si elle ne rpond pas, il ne la brusquera pas; il
rptera ses questions avec douceur, et la pressera de rpondre en la
flattant; car, dit Govakamoukka, les jeunes filles coutent tout des
hommes, mais sans mot dire.

A force d'instance, il obtiendra qu'elle rponde, au moins par des
signes de tte. Quand il lui demandera si elle l'aime, si elle le
dsire, longtemps elle gardera le silence; puis, enfin,  force d'tre
presse, elle finira par approuver de la tte.

Une amie, prsente pour la circonstance, pourra rpondre pour elle,
et mme lui fera dire plus qu'elle n'a dit, ce dont la jeune fille
la grondera en souriant, et tout en jetant  son mari un regard
d'acquiescement.

Si la jeune fille est familire avec son mari, elle lui mettra au cou
une guirlande de fleurs, suivant le dsir qu'il lui en aura exprim; il
profitera de ce moment pour lui toucher les seins et les chatouiller
avec les doigts. Si elle l'en empche, il lui dira: Je ne recommencerai
plus, mais  la condition que vous me tiendrez embrass.

Quand elle sera dans cette position, il lui passera la main  plusieurs
reprises sur le cou et tout autour. De temps  autre, il la placera
sur ses genoux, la pressera sur son sein, et s'efforcera d'obtenir son
consentement  l'union. Si elle ne veut pas cder, il la menacera de
faire sur elle et sur lui-mme des marques aux bras et aux seins avec
les ongles et les dents, et de dire ensuite que c'est elle qui les lui a
faites.

Les deux nuits suivantes, comme la jeune fille se confie et s'abandonne
davantage, il la caressera par tout le corps avec les mains et la
couvrira partout de baisers; il lui placera les mains sur les cuisses et
les palpera doucement. De l, il passera aux anes; si elle carte
ses mains, il lui dira: quel mal y a-t-il  cela? et la dcidera  le
laisser faire.

Cette faveur obtenue, il lui touchera les parties sexuelles, il
dtachera sa ceinture et le noeud qui retient son vtement infrieur, et
massera le haut de ses cuisses mises  nu. Tout cela se fera sous divers
prtextes, mais sans commencer l'union. Puis il lui enseignera les
soixante-quatre manires du Kama, en lui exprimant tout son amour et
tout ce qu'il espre d'elle. Il lui promettra fidlit pour toujours, et
l'assurera qu'elle sera sans rivale.

Enfin, aprs avoir vaincu sa timidit, il consommera l'union et jouira
d'elle sans l'effrayer.

En agissant ainsi, suivant les dispositions d'une jeune fille, l'homme
gagne son amour et sa confiance.

On ne russit ni par une soumission absolue ni par une violence brutale
faite  la volont de la femme; la prude mprise, comme ne connaissant
rien au coeur des femmes, l'homme qui tient trop de compte de ses refus;
et d'un autre ct, la jeune fille violente prend en haine celui qui a
manqu de mnagements pour elle [41].

[Note 41: Les Pariahs livrent leurs filles  peine nubiles, afin que
leur virginit soit matriellement dmontre.

Il en est de mme des Arabes de l'Algrie.

Dans ces conditions, la consommation du mariage est un vritable viol.

Le mariage avant l'entier dveloppement, joint a l'excs du travail,
fait que les femmes arabes sont petites et chtives pendant que les
hommes sont grands et forts.]


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1.--Conseils d'Ovide.

Ovide, _Art d'aimer_, livre I. Quel amant un peu habile ne joint point
aux tendres propos de doux baisers? Si on ne lui en donne point, qu'il
s'en prenne  lui-mme. D'abord la belle l'appellera mchant, mais en
rsistant elle dsire sa dfaite.

Prenez garde seulement de blesser par de brusques caresses ses lvres
dlicates. Aprs un baiser pris, si vous ne prenez pas tout le reste,
vous mritez qu'on vous refuse mme les faveurs qu'on vous a accordes;
car une sotte timidit a pu seule vous arrter.

La violence plat aux belles. Ce qu'elles veulent donner, elles aiment
qu'on le leur ravisse. Toute femme prise de force, dans un mouvement
passionn, s'en rjouit et rien ne lui est plus doux.

Mais si, lorsque vous pouvez la prendre d'assaut, vous la laissez se
retirer intacte du combat, son visage en exprimera la joie, mais la
tristesse sera dans son coeur. Quand la force triomphe d'une belle,
c'est qu'elle l'a bien voulu.

N 2.--Le docteur J. Guyot.

VIIIe mditation. La meilleure condition pour le mariage, c'est l'amour
rciproque.

S'il n'existe pas chez la femme, l'homme pourra le crer par l'art
qu'il apportera dans ses caresses.

La femme, dans la premire jeunesse, est toujours moins ardente et plus
faible que l'homme; les apparences contraires viennent, le plus souvent,
de ce que la fonction sensoriale reste inacheve chez la premire.

La lune de miel est un temps d'ivresse donn par la nature aux poux
pour se comprendre et s'accorder sur la satisfaction normale et complte
des besoins du sens gnsique.

La volupt a cela de particulier qu'elle rsulte, pour chacun des deux
poux, principalement de celle qui est prouve par l'autre.

Quand on lui a donn sa direction naturelle, l'exercice rgulier et
normal du sens gnsique devient un besoin fonctionnel essentiel  la
libert du cerveau,  la paix du coeur,  la sant du corps.



CHAPITRE IV

Sduction d'une jeune fille en vue du mariage

(Voir App. 1).

Un homme pauvre mais de bonnes qualits (caste, beaut, science), un
homme de famille infime et n'ayant que des qualits mdiocres, un riche
voisin, un jeune homme sous la tutelle de son pre, de sa mre ou de ses
soeurs, ne peuvent se marier qu'avec une jeune fille dont ils se sont
efforcs de gagner le coeur, depuis son enfance.

Ainsi, un jeune garon qui vit chez son oncle essaiera de s'attacher la
fille de cet oncle, ou quelqu'autre jeune fille dans la maison ou dans
les maisons qu'il frquente, quand bien mme elle aurait t promise 
un autre.

Cette conduite, dit Gopotamoukk, est lgitime dans tous les cas;
car elle conduit toujours  l'accomplissement du Dharma (le devoir
religieux).

Quand un jeune garon aura ainsi jet son dvolu ou son amour sur une
jeune fille, il s'efforcera constamment de lui plaire par tous les
moyens en son pouvoir.

Quand il s'aperoit qu'elle l'aime, il se consacre tout entier 
satisfaire tous ses gots et  lui procurer tous les plaisirs qu'elle
recherche. Quand elle revient des ftes, il lui offre des bouquets, des
guirlandes pour la tte, des ornements et des anneaux pour les oreilles.

Tout d'abord, il a soin de mettre dans ses intrts la soeur de lait
de la jeune fille; puis il lui enseigne les soixante-quatre moyens de
jouissance sexuelle employs par les hommes, et lui vante ses talents en
ce genre.

Il est toujours bien habill et par et fait aussi bonne figure que
possible; car les jeunes filles s'prennent des hommes de leur intimit
qui sont beaux, de bonne mine et toujours bien pars [42].

[Note 42: Voir au n 8 de l'Appendice: les Conseils d'Ovide.]

Une jeune fille trahit toujours son amour par quelques signes ou actes
tels que les suivants. Elle ne regarde jamais l'homme en face et prouve
de la gne et de la honte quand il la regarde (App.2). Sous quelque
prtexte, elle lui montre ses membres; elle le regarde furtivement
quand il s'loigne d'elle, baisse la tte quand il lui adresse quelque
question et lui rpond avec trouble et par des phrases inacheves; elle
aime  rester longtemps dans sa compagnie, parle  ses suivantes sur
un ton particulier, afin d'attirer son attention lorsqu'il est  une
certaine distance, tient  ne point s'loigner du lieu o il se trouve,
prend quelque prtexte pour lui faire regarder diffrents objets, lui
conte lentement des anecdotes pour prolonger la conversation avec lui;
elle baise et presse un enfant qu'elle tient assis sur ses genoux, fait
des gestes gracieux ou drles lorsque ses soubrettes lui tiennent des
propos plaisants devant l'homme qui la captive, montre  ses amis de la
confiance, du respect et de la dfrence, tmoigne de la bont  ses
serviteurs, les coute attentivement lorsqu'ils lui parlent, ou parlent
 quelqu'autre de leur matre, se rend chez lui quand elle y est engage
par sa soeur de lait ou par quelque avis de ses domestiques, pour
converser et jouer avec lui; elle vite d'tre vue de lui en nglig,
lui fait remettre par quelque amie ses ornements d'oreilles, anneaux et
guirlandes de fleurs qu'il a demand  voir; elle porte constamment
tous les objets dont il lui a fait prsent, se montre dsole quand
ses parents lui parlent de tout autre prtendant, et se fche contre
quiconque appuie un rival.

Voici quelques vers sur ce sujet:

Celui qui a reconnu  des signes extrieurs les sentiments qu'une jeune
fille a pour lui, doit faire tout ce qu'il faut pour s'unir  elle.
Il captivera une toute jeune fille par des jeux enfantins; une grande
demoiselle, par ses talents (dans le Kama sans doute), et une personne
qui l'aime, par le moyen d'intermdiaires dans lesquelles elle ait
confiance.

Quand l'amant possde le coeur de la jeune fille, il achve de la
sduire par divers moyens, tels que ceux-ci.

Quand il est avec elle,  quelque jeu ou quelqu'exercice, il lui prend
les mains avec une intention marque; il pratique sur elle les divers
embrassements dcrits dans le Soutra.

Parfois, il lui montre une dcoupure faite dans la feuille d'un arbre
et figurant deux amants accoupls; il s'extasie  la vue des nouveaux
boutons des fleurs et des feuilles nouvelles de la pousse de la sve, 
l'poque du renouveau (App. 2).

Il lui dcrit ses tourments, lui raconte un beau rve qu'il a fait au
sujet d'autres femmes.

Aux assembles de la caste, il se place prs d'elle, et, sous quelque
prtexte, il la touche, place son pied sur le sien, lui touche doucement
et progressivement les doigts d'un pied avec les siens et les presse
avec le bout de ses ongles.

S'il n'est point repouss, il prendra ensuite ses pieds avec la main
et les serrera dlicatement. Il lui pressera aussi un doigt de la main
entre ses doigts de pied, quand il lui arrivera de se lever; toutes
les fois qu'il recevra d'elle ou lui donnera quelque objet, il lui
manifestera, par ses manires et l'expression de ses regards, tout
l'amour qu'il ressent pour elle. Il jettera sur elle l'eau qu'on lui
aura apporte pour se rincer la bouche (App. 4).

Quand il se trouvera avec elle dans un lieu isol, il lui fera des
caresses amoureuses en lui peignant sa passion, sans cependant la
troubler ou la blesser en quoi que ce soit.

Toutes les fois qu'il sera assis  ct d'elle sur le mme banc ou
le mme lit, il l'emmnera  l'cart en lui disant qu'il a besoin de
l'entretenir en particulier, et alors il lui exprimera tout son amour
par des signes plutt qu'avec des paroles. Il lui prendra la main et
la placera sur son front; si elle est chez lui, il l'y retiendra sous
prtexte de prparer pour lui-mme quelque mdication qui ne peut tre
efficace que si elle-mme y met aussi la main.

Quand elle s'en ira, il la priera instamment de revenir le voir, et
lorsque, devenue familire, elle le visitera souvent, il aura avec elle
de longues conversations; car, dit Gothakamouka, quel que soit l'amour
d'un homme pour une femme, il ne russit auprs d'elle qu' force de lui
parler (App. 5).

Enfin, quand il voit que la jeune fille est compltement subjugue, il
peut commencer  en jouir.

Quand un homme ne pourra  lui seul atteindre ce rsultat, il emploiera
la soeur de lait de la jeune fille (App. 6).

Celle-ci la dcidera  venir le voir chez lui et tout se passera alors
comme il vient d'tre dit.

A dfaut de soeur de lait, il enverra vers elle une de ses servantes qui
se fera l'amie de la jeune fille et travaillera pour lui.

Il fera en sorte de se rencontrer avec elle dans toutes les runions
publiques et prives, et quand il se trouvera en tte--tte avec elle,
il en jouira. Car, dit Vatsyayana, en temps et lieu propices, la femme
ne rsiste point  celui qu'elle aime (App. 7).


APPENDICE AU CHAPITRE IV

N 1.--Sduction.

Les agissements prconiss sous ce titre sont, pour la plupart,
malhonntes, contraires  la sincrit, aux droits des parents et
autres,  la parole donne et aussi  la moralit de la jeunesse.

Ils sont autoriss et mme prescrits ici, en vertu de ce principe tabli
par Manou et reproduit dans le Kama Soutra: que le mode de mariage des
Gandharvas, c'est--dire par consentement mutuel, prime les trois autres
modes, d'o l'on conclut que tout est permis  qui s'efforce de raliser
un mariage par ce mode.

Le pote Kalidaa l'a rendu clbre dans son beau drame de _Sakountala_,
si potiquement traduit par M. de Chesy.

C'est le mode de mariage des musiciens et des apsaras du paradis
d'Indra, mythe atmosphrique qui personnifie le phnomne des vapeurs
lgres s'unissant pour former des nuages.

N 2.--Afflux du sang au visage.

En Europe, la honte fait monter le sang  la face et l'on dit que la
personne rougit. Dans l'Inde, il faut dire: elle blmit; tel est l'effet
que produit chez les Hindous, qui sont noirs, l'afflux du sang au
visage.

N 3.--Le renouveau.

Tous les potes de l'Inde clbrent le renouveau et la grande fte du
printemps. Tous les potes de l'antiquit ont chant le rveil de la
nature et les amours printaniers.

N 4.--Singulire politesse chez les Hindous.

Jeter de l'eau  la figure d'une personne est, dans l'Inde, une
politesse de la part de celui  qui cette eau a servi pour sa toilette.

N 5.--Libert des jeunes filles au temps de Vatsyayana.

Tous ces dtails indiquent que, du temps de Valsyayana, les jeunes
filles jouissaient d'une libert trs grande dans l'Inde, ce qu'il faut
sans doute attribuer  l'influence du Bouddhisme  cette poque. Cette
libert n'existe plus aujourd'hui.

N 6.--La soeur de lait.

Il est souvent parl, dans le Soutra, de la soeur de lait; cela prouve
que, du temps de Vatsyayana, les dames Hindoues quelque peu aises ne
nourrissaient point elles-mmes leurs enfants et que les soeurs de lait
taient leves dans la maison.

Il en tait de mme chez les Romains sous les Csars. On voit dans
les potes que toutes les dames romaines gardaient prs d'elles leur
nourrice qui devenait pour elles une confidente dvoue.

N 7.--Motifs de la prfrence donne par Manou au mode de mariage des
Gandarvas.

La prfrence donne par Manou au mariage par consentement mutuel, sans
l'intervention des parents, malgr les indlicatesses de toutes sortes
qu' nos yeux il entrane, pourrait avoir son excuse si elle tait
fonde sur le droit qu'a chaque partie de disposer de soi, ou sur la
considration du bonheur futur des deux poux. Mais, pour qui a tudi
le livre de Manou et l'Inde, la raison de cette prfrence est que
les mariages d'amour rciproque sont les plus fconds; le lgislateur
n'avait en vue que l'accroissement de la population, but unique des
rgles qu'il a traces pour les rapports entre les deux sexes.

L'ide du plaisir naturel devait mme tre carte lorsqu'un frre tait
appel  donner un fils au frre dcd sans enfants, en s'unissant une
fois avec sa veuve.

Au point de vue social, le motif du lgislateur hindou a certainement
sa valeur; mais il ne doit pas primer la justice, ni dispenser de la
loyaut.

N 8.--Conseils d'Ovide pour la sduction.

Ces conseils pour la sduction d'une jeune fille ressemblent fort,
d'ailleurs,  ceux qu'Ovide donne pour faire la conqute d'une belle.

Si votre belle, dit-il, n'a pour vous que des rigueurs, ne perdez pas
courage elle s'adoucira. Cdez d'abord pour vaincre ensuite.

Quelqu'office qu'elle exige, remplissez-le promptement; blmez ce
qu'elle blme, approuvez ce qu'elle approuve, assurez ce qu'elle assure,
niez ce qu'elle nie, riez ou pleurez avec elle, composez votre visage
sur le sien; si elle veut manier le _dvidoir_, son coup jou, manquez
le vtre exprs et passez-lui la main.

Tenez vous-mme le parasol dploy sur sa tte, frayez-lui le chemin 
travers la foule; approchez avec empressement le marchepied de son lit;
mettez ou tez la chaussure de ses pieds.

Fussiez-vous transi de froid, rchauffez dans votre sein ses mains
glaces; n'ayez pas honte de tenir le miroir devant elle, le plaisir
vous ddommagera de cet office servile.

La nuit, quand elle reviendra chez elle au sortir d'un souper,
mettez-vous  sa disposition si elle demande quelqu'un.

Si votre belle vous ordonne de vous trouver quelque part, soyez-y avant
l'heure prescrite; si elle vous appelle de la campagne, volez chez elle;
qu'aucun obstacle ne vous arrte.

Si vous ne pouvez faire  votre matresse que de lgers prsents, ayez
soin de les bien choisir et de les offrir  propos.

Quand vous serez dcid  faire quelque chose que vous croirez utile,
faites en sorte que votre amie l'ait demand.

Vous voulez donner la libert  un esclave, qu'il la fasse solliciter
par elle; vous voulez accorder  un autre la grce d'un chtiment,
qu'elle vous en ait l'obligation; en agissant ainsi elle s'imaginera
qu'elle a tout pouvoir sur vous.

Faites-lui croire que vous tes ravi de ses parures et de ses charmes.
Admirez ses bras quand elle danse, sa voix quand elle chante et, quand
elle a cess, regrettez qu'elle ait sitt fini.

Exprimez d'une voix tremblante de plaisir le ravissement de ses
caresses; surtout sachez dissimuler avec adresse; que votre visage ne
dmente jamais vos paroles et que votre matresse ne puisse jamais
souponner votre sincrit.

Tchez, au prix mme de tous les ennuis, de vous attacher son coeur par
l'habitude, le plus puissant des liens. Qu'elle vous voie, qu'elle vous
entende sans cesse; soyez nuit et jour prs d'elle. Mais quand vous
serez bien sr qu'elle peut vous regretter, loignez-vous pour qu'elle
sente le vide. Le repos, d'ailleurs, vous sera utile: un champ repos
rend la semence avec usure. Mais ne prolongez pas trop votre absence.
Car le temps dissipe les inquitudes et les regrets; l'amant qu'on ne
voit plus est bientt oubli et sera vite remplac.



CHAPITRE V

De la jeune fille qui fait la conqute d'un poux.

Quand une jeune fille pourvue de bonnes qualits, d'une bonne ducation,
appartient  une famille sans position, et, pour ce motif, n'est point
recherche en mariage par les membres de sa caste; ou bien quand une
jeune fille qui observe les rgles de de sa famille et de sa caste, est
orpheline et sans parents qui s'occupent d'elle, elle doit chercher
elle-mme  se marier quand le moment est venu.

Elle s'efforcera de faire la conqute d'un jeune homme vigoureux et de
bonne mine, ou bien d'un homme que, par sa faiblesse d'esprit, elle
espre dcider  se marier avec elle, mme sans le consentement des
parents du jeune homme.

Elle emploiera tous les moyens pour le captiver et le verra et
l'entretiendra frquemment. Sa mre aussi se servira de ses amies et de
sa soeur de lait pour amener de frquentes rencontres, soit chez ses
amies, soit ailleurs, avec le mari convoit. La jeune fille, de son
ct, tchera de se trouver seule avec lui, en lieu sr et non troubl,
et, de temps en temps, lui fera des prsents de fleurs, de parfums et de
noix et de feuilles de btel.

Elle lui montrera les talents qu'elle possde, tels que ceux de masser,
d'gratigner et de presser avec les ongles; causera avec lui des choses
qui lui plaisent ou l'intressent, et mme discutera avec lui les voies,
et moyens pour gagner le coeur d'une jeune fille. Les anciens auteurs
sont d'avis que la jeune fille, mme quand elle aime, ne doit point
faire les premires avances; elle doit seulement encourager l'homme
qui la recherche, lui permettre quelques privauts et recevoir les
manifestations de son amour sans paratre s'apercevoir de sa passion.

Quand il essaiera de prendre des baisers, elle ne s'y prtera pas tout
d'abord; quand il lui demandera l'union, elle n'y consentira pas; elle
lui permettra seulement, tout en faisant beaucoup de difficults,
des attouchements  ses parties caches, et rsistera  toute autre
tentative.

C'est seulement lorsqu'elle sera bien certaine de son amour et de sa
constance  toute preuve qu'elle consentira  se donner  lui s'il est
dcid  se marier de suite avec elle (App. 1).

Quand elle aura ainsi perdu sa virginit, elle en fera la confidence 
ses amies[43].

[Note 43: Sans doute pour notifier son mariage. Dans ce cas, comme dans
tous les autres, l'union sexuelle prcde la conscration religieuse; le
vritable sacrement pour les Hindous parat tre la promesse du mariage
cimente par l'union sexuelle qui est ncessaire et suffisante pour
assurer l'excution de la promesse.]


APPENDICE AU CHAPITRE V

N1.--Fleurtage dans les chants des Bayadres.

Tout le mange de la jeune fille est figur trs exactement dans un
chant des Bayadres intitul: _Entretien d'un homme et d'une femme en
route_ (voir les _Chants des Bayadres_, traduit du tamoul, par M.
Lamairesse).

Entretien d'un homme et d'une femme en route.

1. L'HOMME.--Toi qui es belle comme une paonne et qui portes des bijoux
des neuf espces de pierres prcieuses, o vas-tu avec les lvres de
corail et tes yeux bleus comme la fleur Nilopalam?

6. LA FEMME.--Je m'appelle Poulocadi (nymphe terrestre) et je vais
puiser de l'eau.

7. L'HOMME.--Je te suis pour remplir ta cruche et ensuite pour te la
placer sur la tte.

10. LA FEMME.--Je sais ce que tu veux de moi. Les hommes doivent-ils se
permettre de suivre les femmes en route?

15. L'HOMME.--Je suis venu mettre  tes pieds toutes mes richesses,
quand je t'ai vue passer seule si lgrement.

16. LA FEMME.--Je ne te comprends pas; tu n'as aucun droit de me suivre,
tu feras bien de t'en retourner.

21. L'HOMME.--J'ai couru aprs toi, sans reprendre haleine; prends piti
de mon tourment.

26. LA FEMME.--Tu me parles sans retenue, veux-tu aussi m'insulter en
tirant ma pagne? N'es-tu pas honteux de mes refus?

33. L'HOMME.--Il n'est point de rebuts ni de honte pour les amoureux. Si
tu le veux, je te remettrai une promesse de mariage par crit.

34. LA FEMME.--Puisque tu prends cet engagement, je t'avouerai que je me
suis prise d'amour, malgr moi, sur le chemin.

34. L'HOMME.--Si tu y consens de bon coeur, je te ferai goter le
plaisir charnel.

38. LA FEMME.--Fais-le sans plus discourir et tes traits ne sortiront
jamais de mon coeur.

39. L'HOMME.--Tu me promets de ne jamais m'oublier et moi je te dis que
tu as une habilet que n'aura jamais aucune fille, ft-elle venue au
monde sept fois.

40. LA FEMME.--Les filles possdent l'habilet; elles ne dclarent
jamais les premires leur amour. Mais cesse de parler. Occupe-toi aux
oeuvres du livre des sciences d'amour (Kamasoutra).

42. LA FEMME.--Presse d'abord mes seins,  mon bien-aim, en regardant
ma figure et en suant mes lvres.

46. LA FEMME.--Pntre-moi, membre contre membre, et en serrant mes
cuisses. Donne-moi toute ta vie.

49. L'HOMME.--Je t'treins si amoureusement dans mes transports, que les
perroquets et les coucous chantent.

54. LA FEMME.--Tu pars dj. Arrte-toi et dis-moi si tu es satisfait,
car tu me laisseras ainsi la joie au coeur.

55. L'HOMME.--Je m'en vais chez moi et je t'enverrai mon frre an pour
consommer notre union.

56. LA FEMME.--Que pourrai-je faire si tu me trompes en me promettant de
m'pouser? Personne ne nous a vus ici.

57. L'HOMME.--Ne crains rien, je prends  tmoins le ciel et la terre,
le soleil et la lune.

58.--LA FEMME.--C'est assez, je t'en remercie, mon amant; tu peux te
retirer, je m'en vais aussi chez moi.


N 2.--Fleurtage chez les Chinois.

Il est intressant de rapprocher du fleurtage hindou, si passionn, le
fleurtage chinois si formaliste.

_La jeune chinoise qui se marie elle-mme _(Jules Arne, _La Chine
familire et galante)_.

LA JEUNE FILLE.--Triste, les sourcils froncs, je brode pour tuer le
temps; de mes manches j'essuie mes larmes; je n'ai pas le courage de me
coiffer prs de la fentre et je m'en veux  moi-mme; la destine
des jolies femmes, c'est chose connue, est mauvaise! Je m'appelle
Sou-yu-Tchiaou, ma mre est veuve, notre avoir est mince. J'ai
aujourd'hui dix-huit ans et n'ai point de mari. Ma mre est toute
confite en dvotion et nglige les affaires de la maison.

LA MRE.--J'ai appris l'arrive d'un bonze plerin qui fait des
confrences dans la pagode Poutousse, et je me suis leve de bonne heure
pour l'entendre; je vais sortir, applique-toi  broder jusqu' mon
retour;  midi je prparerai de quoi apaiser notre faim.

LA JEUNE FILLE (elle chante).--Toute seule enferme dans la chambre
intrieure. Toute seule! seule je m'assieds, seule je me couche! Pauvres
jolies femmes, quelle est votre destine? Beaucoup de tristesses,
beaucoup de larmes.

(Elle parle).--Pourquoi la porte de notre maison reste-t-elle close? Si
j'allais l'entrebiller et me distraire un peu? Je sais bien qu'il ne
convient pas  une jeune fille comme moi de se tenir  la porte. Mais,
pour un instant!... Je crois qu'il ne se passera rien d'extraordinaire.

LE JEUNE HOMME (il chante).--Je me promne pour me distraire. Passons
devant la porte de la famille Soun:--j'aperois une charmante crature,
aussi belle que Tchango (la desse de la lune), j'aperois son joli
visage si tendre qu'un souffle le dchirerait. A sa vue, j'ai perdu
l'me et l'esprit.

Attention! ce doit tre la fille de la veuve Shen, la plus belle fille
de tout l'empire. En faire ma femme serait le comble de tous mes
voeux. Je voudrais causer avec elle; malheureusement les rites le lui
dfendent. De plus, je n'ai rien de commun avec elle. Je suis un fils de
famille et j'ai l'orgueil de mon rang. J'hsite et mon coeur est en feu.
Laisserai-je passer l'occasion qui est si favorable aujourd'hui? Je vais
feindre de perdre un objet; c'est un bon moyen d'arriver au mariage.

Une question, s'il vous plat, Mademoiselle; c'est ici la porte ou
demeure de madame Soun; maman Soun est-elle chez elle?

LA JEUNE FILLE.--Ma mre n'est pas  la maison.

LE JEUNE HOMME.--Ah, vous tes alors mademoiselle Soun? je vous salue.

LA JEUNE FILLE.--Je vous salue. Une question, Monsieur; quel est
votre haut nom? Quels sont vos riches prnoms? pour quelle affaire me
demandez-vous si ma mre est chez elle?

LE JEUNE HOMME.--Mon nom est Phon, mon prnom est Pang, mon nom de
fantaisie Yun Tchang. J'ai appris que dans votre demeure vous leviez
bien les coqs: je veux en acheter une paire.

LA JEUNE FILLE.--Nous avons, en effet, des coqs; mais en l'absence de
ma mre, il m'est difficile de les vendre.

LE JEUNE HOMME.--Alors je prends la libert de me retirer. (A
part) J'enlve mon bracelet, je veux qu'il devienne le gage de mes
fianailles. Je vais le laisser tomber de ma manche en saluant. Si elle
le ramasse, il y a huit ou neuf chances sur dix pour que le mariage se
fasse. Je vais de ce pas prier ma mre de chercher une tierce personne
pour arranger l'affaire.

LA JEUNE FILLE (elle chante).--En me quittant, il souriait, il m'a
salue, et c'est exprs qu'il a laiss tomber ce bracelet de
jade. Pourquoi ne deviendrions-nous pas mari et femme? pourquoi
n'imiterions-nous pas les couples de canards-mandarins qui s'battent au
milieu des nnuphars? J'aurais ainsi jusqu' ma mort quelqu'un sur qui
m'appuyer.

UNE ENTREMETTEUSE (qui l'a vue de loin ramasser le bracelet).--Ces deux
personnes se souriaient, leur passion est brlante: il ne manque
qu'un tiers pour rgler le mariage. Le courtage de cette affaire ne
m'chappera pas. Ce jeune rou connat trs bien son affaire.

(A la jeune fille qui considre le bracelet de jade en soupirant ):

--Mademoiselle, je vous l'amnerai et vous causerez  votre aise, cela
vous convient-il?

LA JEUNE FILLE.--Madame, nous sommes bien pauvres, je n'ai pas de gage
 lui envoyer.

L'ENTREMETTEUSE.--En change du bracelet, des pantoufles brodes
suffiront.

LA JEUNE FILLE.--Maman, des pantoufles brodes de mes mains, je peux
donc les envoyer?

L'ENTREMETTEUSE.--Parfaitement, vous le pouvez.

LA JEUNE FILLE.--En voici une paire.

L'ENTREMETTEUSE.--Mademoiselle, dans trois jours je viendrai vous
rapporter une rponse.

LA JEUNE FILLE.--Maman, cette aventure, vous seule la connaissez.
Attention  ne rien en dire. Je vous prie de choisir un jour pour me
l'amener. Je vous devrai la mme reconnaissance qu' la mre qui m'a
donn le jour. Mme n'tant que la deuxime femme, je vivrai heureuse
avec lui et il me fermera les yeux.

L'ENTREMETTEUSE.--Il faut patienter trois jours dans l'attente du
moment heureux. Je me retire.

LA JEUNE FILLE.--Je remonte la mche de la lampe et j'attends le
phnix.

L'ENTREMETTEUSE.--C'est mon affaire, je me charge de faire entrer le
papillon dans le jardin.

LA JEUNE FILLE.--Je ne vous ai pas traite avec assez d'gards.

L'ENTREMETTEUSE.--C'est moi qui vous ai drange.



CHAPITRE VI

Formes du mariage.

1 Quand la jeune fille qu'un jeune homme a sduite est entirement 
lui, il se comporte publiquement avec elle comme avec une pouse; il
fait apporter de la maison d'un brahmane le feu consacr, rpand sur la
terre l'herbe Kousha, fait une oblation au feu et se marie selon les
prescriptions religieuses relatives  ce genre de mariage, sans tmoin.

Aprs la crmonie, le jeune homme informe les parents de la jeune fille
du fait accompli. D'aprs les anciens auteurs, le mariage contract
en prsence du feu est indissoluble. On en fait part aussi  tous les
parents des conjoints, et on s'efforce d'obtenir leur assentiment.

Tel est le mariage selon le mode des Gandharvas.

Lorsqu'une jeune fille ne peut suivre ou ne veut pas dclarer son
intention de se marier avec lui, l'amant l'obtiendra de l'une des
manires suivantes.

Par le moyen d'un intermdiaire il attirera la jeune fille chez lui sous
quelque prtexte, et lorsqu'elle sera venue, il fera apporter de la
maison d'un brahmane le feu consacr et procdera au mariage comme il
est dit plus haut.

Lorsque la jeune fille qu'il dsire doit en pouser un autre
prochainement, il perdra son rival dans l'esprit de la mre, et, de
connivence avec celle-ci, il fera venir la fille dans une maison du
voisinage o il aura fait apporter le feu consacr, et procdera  son
mariage comme il est dit plus haut.

Ou bien il oprera de la mme manire avec la connivence du frre de
la jeune fille, qu'il aura mis dans ses intrts par tous les moyens
possibles.

(Ces cas peuvent se rattacher au mode des Gandharvas; le consentement de
la jeune fille est suppos exister tacitement).

2 Avec la connivence de la soeur de lait de la jeune fille, il fait
endormir ou enivrer celle-ci, et l'amne dans quelque endroit sr, et l
il en jouit. A son rveil, il accomplit la crmonie religieuse (c'est
l le mode dit des Vampires, de Manou).

3 Quand la jeune fille se rend  un jardin public ou  un village du
voisinage, l'amant tombe sur les hommes qui la gardent, les met en fuite
ou les tue, puis il enlve la jeune fille et procde ensuite au mariage.

C'est le mode dit des gants; d'aprs Manou, celui des Ksha tryas ou
guerriers; il rappelle l'enlvement des Sabines et celui des nobles
Damoiselles, au moyen ge [44].

La conclusion de Vatsyayana, conforme  la loi de Manou, est que chacun
des divers modes de mariages ci-dessus mentionns est prfrable  tous
ceux qui viennent aprs dans l'ordre suivi.

On ne doit recourir  l'un d'eux que quand tous ceux qui le prcdent
dans l'numration donne sont d'une application impossible.

[Note 44: Il est  remarquer que, parmi ces modes de mariage dcrits par
le Kama Soutra, il n'en est pas un seul qui ne renferme quelque chose de
malhonnte. Le P. Gury, _Th. mle_. 837, dit:

L'enlvement consiste  emmener par violence une femme d'un lieu dans
un autre o elle est au pouvoir du ravisseur pour cause de mariage.

L'enlvement annule le mariage entre le ravisseur, c'est--dire celui
pour lequel on enlve la femme, et la femme enleve.]


APPENDICE AU CHAPITRE VI

N 1.--Ce qui constitue le lien ou le sacrement d'aprs les Brahmes et
d'aprs l'glise.

Un rapprochement entre la doctrine brahmanique sur le mariage, et celle
de l'glise, peut prsenter un certain intrt, au moins de curiosit.

Le P. Gury, _Thologie morale_:

763. La matire loigne du sacrement de mariage est le corps des
fiancs qu'ils se livrent rciproquement dans le contrat. La matire
prochaine est la remise mme du corps qui se fait par des paroles ou des
signes exprimant le consentement.

766. La forme consiste dans l'acceptation rciproque des contractants,
exprime par des paroles ou des signes.

D'aprs cet alina, le sacrement est tout entier dans le consentement
mutuel des contractants, d'o beaucoup d'anciens docteurs concluaient
que l'absence des formalits religieuses, quoique pouvant constituer un
pch en soi, n'annulait pas le mariage, mme au point de vue religieux;
mais le Concile de Trente a dcid (P. Gury):

837. Ceux qui essaieront de contracter mariage autrement qu'en la
prsence du cur, ou d'un autre prtre avec la permission du cur ou
de l'vque, et de deux ou trois tmoins, ceux-l, le saint Synode
les dclare absolument incapables de contracter mariage, et annule le
contrat.

852. La prsence du cur  la dclaration du consentement mutuel valide
le mariage, lors mme qu'il serait contraint par la violence ou par la
crainte; il suffit qu'il sache, soit de bon, soit de mauvais gr, ce qui
se fait, mme s'il affecte de ne pas comprendre, par exemple en fermant
les yeux et se bouchant les oreilles.

Remarquons que cela peut se faire dans un lieu quelconque et sans aucune
crmonie accessoire.

La doctrine des anciens casuistes aurait aujourd'hui l'avantage de
supprimer la question du mariage purement civil et de son insuffisance
religieuse.

Chez les Bouddhistes, il n'y a point de crmonie religieuse pour le
mariage ni la naissance, attendu que la naissance est considre par eux
comme un mal et consquemment le mariage.

Cependant on ne peut mconnatre la bonne impression que peut faire
sur les poux le mariage chrtien, surtout quand il est accompagn de
conseils loquents. Nous avons entendu des prtres catholiques et des
ministres protestants parler avec beaucoup d'me dans ces occasions.




                               TITRE VII

                            LE HAREM ROYAL



CHAPITRE I

Rapports du roi avec ses femmes.

Les pouses du roi vivent dans l'oisivet, le luxe et les
divertissements; on ne leur donne jamais rien  faire de fatiguant.

Elles assistent aux ftes, concerts, spectacles, y sont traites avec
honneur, et on leur offre des rafrachissements.

Il leur est interdit de sortir seules; et on ne laisse pntrer dans
le harem que des femmes qui sont parfaitement connues des gardiens et
surveillants.

Les femmes attaches au service des femmes du harem portent au roi,
chaque matin, des fleurs, des muguets et des habits, prsents de ses
pouses. Le roi en fait don  ces femmes, ainsi que des objets de mme
nature qu'il a ports la veille.

Dans l'aprs-midi, le roi par de tous ses ornements, rend visite 
ses pouses, galement pares pour le recevoir; il rend  toutes des
hommages et leur assigne leur place, puis il engage avec elles une
conversation gaie.

Ensuite, il visite les vierges veuves remaries, les concubines et les
bayadres, chacune dans sa chambre (v. App.2).

Quand le roi a termin sa sieste, la dame de service charge de lui
dsigner l'pouse avec laquelle il doit passer la nuit vient le trouver,
accompagne des servantes de l'pouse dont le tour est arriv et de
celles dont le tour peut avoir t pass par erreur et pour cause
d'indisposition.

Ces suivantes prsentent au roi des essences et des parfums envoys
par leurs matresses et marqus du sceau de leur anneau, elles lui
expliquent les motifs de cet envoi.

Le roi accepte le prsent de l'une d'elles qui, par ce fait, se trouve
informe de son choix.

Quelques rois, par scrupule ou par compassion, prennent des
aphrodisiaques, afin de pouvoir servir plusieurs pouses dans une mme
nuit. D'autres, au contraire, ne s'unissent qu'avec celles qu'ils
prfrent et dlaissent les autres. La plupart donnent  chacune son
tour.


APPENDICE AU CHAPITRE I

1.--Srails musulmans.

On voit que l'usage imposait aux rois quelques gards envers leurs
pouses.

Le srail n'eut une importance capitale que pour les princes musulmans.
Ceux-ci, dans l'Inde, se pourvoyaient avec les filles des Hindous
brahmaniques prises de gr ou de force  leurs parents. Tous les
musulmans agissaient ainsi (c'tait le mode des gants).

Le srail a t une cause de ruine pour l'empire turc; les sultans
et hauts dignitaires ont de tout temps puis et puisent encore
aujourd'hui le trsor public pour les dpenses du srail. Certains
sultans ont fait une telle consommation de femmes qu'elles
enchrissaient sur le march, et y devenaient trs rares.

2.--Les Bayadres.

La premire classe des courtisanes dont il sera question au dernier
Titre n'est plus gure reprsente dans l'Inde que par les bayadres.

A l'poque o crivait Vatsyayana, c'est--dire avant la conqute
musulmane, il ne devait exister dans l'Inde que des bayadres
brahmaniques attaches au culte, o leur fonction officielle consiste
 chanter et  danser chaque matin et chaque soir, dans les temples et
aussi les crmonies publiques.

A chaque pagode de quelque importance est attache une troupe de
bayadres dont le nombre n'est jamais au-dessous de huit, et auxquelles
des musiciens sont toujours adjoints. Chaque troupe fait aux personnages
haut placs des visites qui sont pour elles des occasions de danses et
de gratifications.

Elles sont appeles dans les familles pour danser, surtout aux ftes
donnes  l'occasion des mariages.

La plus grande partie des dons qu'elles reoivent dans ces occasions
leur est reprise par les brahmanes et les musiciens qui les
accompagnent. Leur profit le plus clair leur vient de leurs amants.

Les bayadres sont aujourd'hui les seules femmes dans l'Inde auxquelles
il soit permis de danser et d'tre aimables pour les hommes. Entretenir
une bayadre n'est pas seulement, chez les Indiens, un luxe de bon ton
et de bon got, comme l'est chez nous celui des chevaux, mais c'est
encore une oeuvre mritoire. Souvent les brahmanes chantent des vers
dont le sens est: Le commerce avec une bayadre est une vertu qui
efface les pchs (la pnitence est douce!...)

Comme toutes les personnes du sexe sans aucune exception, les bayadres
ont, en public, la rserve la plus absolue, et sont galement traites
avec la mme rserve par les hommes.

Les bayadres peuvent tre prises dans toutes les castes au-dessus de
celle des bergers (basse caste de Soudras).

Celles des jeunes filles qui doivent entrer dans le sacerdoce sont
maries au dieu de la guerre ds qu'elles sont pubres.

Lorsqu'elles sont devenues vieilles, on les rforme; les brahmanes qui
ont exploit leur jeunesse, leur appliquent avec un fer chaud sur la
cuisse (comme aux chevaux rforms) la marque de la pagode o elles ont
servi, et on leur dlivre un diplme qui leur donne le droit de mendier
(l'abb Dubois, _Moeurs et coutumes de l'Inde_, dit cela des belles
femmes que les brahmes prenaient dans les foules les jours des grandes
ftes et qu'ils consacraient au dieu de la pagode; voir le volume:
_Chants des bayadres_).

Le costume des bayadres est fort gracieux et trs riche; elles portent
une ceinture d'or, des bijoux en or au sommet de la tte, des anneaux
aux oreilles, aux bras, aux pieds; ceux-ci, quand elles dansent,
rsonnent et accompagnent leurs mouvements.

Elles sont gnralement jolies et gracieuses, et toujours bien faites.

Leur danse est une pantomime trs tudie o figure gnralement une
seule bayadre, accompagne par des musiciens dont la musique barbare
est peu agrable pour des Europens. Hors des pagodes, cette pantomime
reprsente gnralement les diverses phases d'une lutte amoureuse
chante par les musiciens qui accompagnent la bayadre.

Le caractre de la pantomime et du chant est reproduit, autant qu'il est
possible de le faire en franais, dans la chanson intitule: _Entretien
d'un homme en route_(ci-dessus, page 138).

Dans les ftes et les temples, elles chantent des hymnes en l'honneur
des dieux ou leurs aventures galantes et guerrires.

Lorsqu'elles se produisent devant les Europens, les bayadres se
livrent quelquefois  des fantaisies; par exemple, elles parodient les
danses et les manires de nos demi-mondaines.

Quelquefois plusieurs bayadres se runissent pour excuter certaines
figures d'ensemble, toujours sur place et sans se transporter sur un
certain espace.

Les bayadres brahmaniques,  cause de leur caractre sacr, ne se
donnent que trs secrtement aux Europens, parce qu'ils sont rputs
impurs; il n'en est pas de mme des bayadres musulmanes qui sont de
simples danseuses.

Il est mme d'usage de les offrir aux Europens devant lesquels on les
fait danser; mais ce sont des beauts fort dangereuses, ainsi que l'ont
prouv Jacquemont et d'autres voyageurs.

Leurs danses, beaucoup plus gracieuses et animes que celles des
bayadres brahmaniques, ressemblent aux danses espagnoles et mauresques.

En Algrie, il y a aussi des danseuses qui s'exhibent dans les ftes
arabes et mme europennes. Elles sont bien infrieures aux bayadres
de l'Egypte et de l'Inde. Leur pantomime, galement sur place, consiste
surtout en mouvements des hanches et du ventre, qui plaisent beaucoup
aux Arabes, mais qui, dans l'Inde seraient regards comme indcents;
c'est par le geste et le regard que les bayadres de l'Inde sont
provoquantes.



CHAPITRE II

Des intrigues du roi.

Le roi ne se contente pas toujours de ses pouses; il a aussi des
caprices, mme pour des femmes maries.

Le roi et les ministres ne vont jamais chez les sujets; ceux-ci ont
toujours les yeux fixs sur eux pour les imiter. En consquence, ils ne
doivent faire publiquement aucun acte qui puisse tre censur. Un pote
a mme crit:

Un roi qui a  coeur le bien de son peuple, respecte toutes les femmes
des autres.

Un roi qui triomphe des six ennemis de l'homme conquiert toute la terre
(les six pchs capitaux de l'Inde; la gourmandise est inconnue
des Orientaux; et la paresse consiste pour eux dans l'_ignorance
spirituelle_).

Quand le roi juge bon d'carter ce scrupule, il doit agir de l'une des
manires suivantes [45].

[Note (45): Les casuistes hindous ont toujours, pour dispenser de tout
scrupule en amour, une raison premptoire  leurs yeux: la ncessit de
ne pas mourir d'amour.]

A certaines poques, les femmes des villes et des villages visitent les
pouses du harem, et passent la nuit dans leurs appartements  converser
et se divertir, puis s'en vont le matin.

Une dame du service du roi, qui s'est lie  l'avance avec la belle que
le roi dsire, l'engage le matin, au moment o elle va s'loigner, 
visiter avec elle, en dtail, le palais. Dans un  parte, elle emploie
toutes les ressources de son esprit  la persuader de rpondre aux
dsirs du roi. Si elle prouve un refus, elle n'en laisse voir aucun
dplaisir, se montre toujours trs courtoise, lui fait accepter des
prsents dignes d'un roi, l'accompagne  une certaine distance du palais
et la congdie en termes trs affectueux.

La personne que dsire le roi peut aussi venir au harem sur l'invitation
de l'une des pouses du roi, qui aura fait sa connaissance par
l'intermdiaire du mari ou d'une des suivantes des femmes du harem.
Surviendra alors l'affide du roi, qui agira comme il est dit ci-dessus.

Ou bien la premire pouse du roi, sous prtexte de se faire enseigner
par elle quelque talent, mandera au palais la femme convoite.

Ou si le mari de cette femme a quelque chose  redouter du roi ou d'un
ministre, elle la dcidera,  l'aide d'un intermdiaire,  venir au
palais solliciter sa protection. Les choses se passeront ensuite comme
dans les cas prcdents.

On agira de mme, si le mari de la femme est dans le besoin ou
l'oppression; ou s'il sollicite quelque chose ou aspire  la faveur
du prince, ou veut s'lever, ou bien s'il est tenu  l'cart par les
membres de sa caste, ou si c'est un espion au service du roi.

Si la personne dsire par le roi vit avec un homme qui n'est pas son
mari, le roi la fait arrter, la fait dclarer esclave pour inconduite
et la place au harem.

Si la femme convoite est rgulire, l'ambassadeur du roi,  son
instigation, dnonce le mari; puis on fait emprisonner la femme, comme
tant l'pouse d'un ennemi du roi; ensuite, on la fait entrer au harem.

(Ces deux procds se passent de commentaires, le dernier surtout).

Un roi ne doit jamais aller chez un sujet pour une intrigue amoureuse,
plusieurs rois ont pay de leur vie cette imprudence.

Certains usages locaux favorisent les amours royales.

Chez les Andras, le roi exerce le droit du seigneur;

Chez les Vatsagoulmas, les femmes des ministres servent le roi la nuit;

Les Vadarbhas qui ont de belles femmes, les envoient, par amour pour
leur prince, passer un mois au harem;

Chez les Aparatakas, ceux qui avaient de belles femmes les donnaient en
prsent aux ministres du roi;

Enfin, dans le pays des Sourashtras, les femmes de la ville et de la
campagne entrent au harem pour le plaisir du roi, soit individuellement,
soit par groupes.


APPENDICE AU CHAPITRE II

N 1.--Les amours du roi Agnivarna.

Nous empruntons  la traduction du _Raghou-Yanea de Kalidasa_, par M.
Hippolyle Fauche, le _Tableau des amours du roi Agrioarna_, le prince
charmant de l'Inde; ce tableau est pour les Hindous l'idal des volupts
royales.

Aprs avoir tenu pendant quelques annes les rnes de l'Etat, Agnivarna
l'impudique, les abandonna aux ministres et se livra tout entier aux
femmes luxurieuses. Dans le palais o toujours rsonnait le tambourin,
et o la fte du lendemain surpassait celle de la veille, le roi,
incapable de supporter l'intervalle d'une seule minute sans volupt,
nuit et jour s'amusait avec ses femmes.

Il avait des tangs remplis de lotus que ses foltres concubines
faisaient trembler des palpitations de leurs seins dresss comme des
piques; des cachettes pour la volupt s'y drobaient sous les fleurs.
Brlant d'amour, il se plongeait dans l'onde; l, ses femmes, sans fard
comme sans voile, excitaient ses dsirs par leurs mouvements gracieux et
lascifs. Avec elles, il portait ses pas vers des lieux disposs avec
art pour des buvettes, o il prenait le rhum enivrant. Sur son sein
reposaient continuellement une lyre aux sons enchanteurs et une belle 
la voix douce, aux yeux charmants. Frappant de ses mains le tambourin,
agitant ses guirlandes et ses bracelets, habile musicien, il ravissait
l'me;  l'entendre, les danseuses oubliaient leurs pantomimes; il
mangeait alors de baisers leurs visages et soufflait sur leurs bouches
le vent amoureux de ses lvres. Plus d'une fois, ses amantes qu'il avait
trompes le lirent en punition avec leurs ceintures, le menaant du
bout du doigt, le chtiant d'un regard courrouc et du froncement de
leurs sourcils. En proie  un violent amour et  la jalousie, les reines
saisissaient l'occasion de toute fte pour combler d'elles-mmes ses
voeux. C'tait lui-mme qui peignait de fard les pieds de ses pouses,
mais c'tait pour admirer ces pieds charmants et tout ce que laissaient
entrevoir les ceintures relches et les robes mal attaches. Parfois
ses dsirs voluptueux rencontraient des obstacles: une bouche se
dtournait d'un baiser, des mains retenaient une ceinture qu'il voulait
dnouer, mais ces manges n'taient que du bois jet dans le feu de
l'amour.

Harasses de volupts, les pouses s'endormaient sur sa vaste poitrine,
d'o leurs seins potels effaaient l'onguent du sandal.

Laissait-il, dans un rve, chapper le nom d'une rivale, celles qui
taient avec lui mouillaient de larmes le bord de la couverture et
brisaient de dpit leurs bracelets  force de s'agiter dans la couche.

Essayait-il de se drober pour quelque rendez-vous nocturne, ses femmes
aux aguets le ramenaient.--Pourquoi, libertin, vas-tu porter ailleurs ce
qui nous appartient?

Quand il se levait de sa couche, ses amantes, enlaant son cou de leurs
bras, pressant de la plante de leurs pieds les pointes de ses pieds, se
faisaient donner le baiser d'adieu.

Sa couche, jaune de sandal, rouge de laque, remplie de ceintures
brises et de bouquets dlis, attestait la fougue de ses assauts.

Alors venaient vers lui ses autres pouses irrites; il cherchait  les
apaiser, joignant les mains, mais sa faiblesse dans l'amour les irritait
de nouveau. Voulait-il s'loigner sous prtexte d'affaires avec un ami,
elles le prenaient aux cheveux et l'arrtaient en disant: Ah tratre,
cet ami est une amie; ta fuite n'est qu'une ruse.

Quand il leur chappait, il prenait le chemin de la campagne, o il
tait guid par des confidentes vers des berceaux de lianes mystrieux.
L, sur des lits de fleurs prpars, il savourait la volupt dans les
bras d'une jolie suivante (chez les grecs, on aurait dit _une belle
esclave_; mais l'esclavage n'a jamais exist dans l'Inde).

L't, il passait les nuits sur les terrasses de son palais, savourant
le clair de lune sans nuage qui dissipe les fatigues de la volupt.

L, ses femmes, vtues de l'air,  la taille charmante, le ravissaient
avec leurs ceintures d'or; lumineuses et gazouillantes, elles
l'enivraient des vapeurs embaumes de l'encens et de l'alos.

Ce monarque puissant, redout de ses voisins, n'avait jamais pu se
vaincre lui-mme. Il devint malade de la poitrine. Quand il connut
son tat, il ne voulut pas d'autre mdecin que ses femmes; frapp
mortellement dans leurs bras, il voulut y mourir.

Il s'teignit comme une lampe puise, sans postrit, au milieu de ses
pouses qui le tenaient embrass.

Ce tableau idal a au moins le mrite de nous faire voir que les
Hindous, mme dans leurs plus grands excs de plaisir, sont rests
dcents et mme aimables et qu'ils n'ont rien fait ou imagin qui
inspire la rpulsion ou le dgot.

On ne saurait en dire autant des Romains; ils nous rvoltent par des
lubricits sans nom et  peine concevables. Pour faire ressortir le
contraste, aprs Kalidaa, citons Sutone.

N 2.--Dbauches des empereurs romains.

TIBRE DANS SA RETRAITE DE CAPRE.

Tibre, retir dans l'le de Capre (situe prs de Naples, au fond de
la plus belle baie du monde), rassemblait de toutes parts des troupes
de jeunes filles et de mignons et des inventeurs d'accouplements
monstrueux, qu'il appelait spinthaies, pour que, se tenant enlacs et
formant une triple chane, ils se prostituassent mutuellement devant lui
de manire  rallumer ses dsirs.

Il avait fait disposer en plusieurs endroits des chambres ornes de
tableaux et de statuettes reprsentant les scnes et les figures les
plus lascives, et meubles des livres d'lphantis, pour qu'on ne
manqut pas de modles pour les postures qu'on avait ordre de prendre.

En public, il jouait le rle de Jupiter caressant Lda, et du minotaure
s'unissant  Phasipha.

Lorsque la reprsentation de ces scnes mythologiques comprenait un
meurtre, celui-ci tait commis rellement sur le thtre avec ses
dtails cruels; tels, par exemple, la mort d'Hippolyte, le supplice de
Promthe.

Il dressait de trs petits enfants  s'battre et  jouer entre ses
cuisses pendant qu'il nageait (c'taient ses petits poissons), et  le
lcher et le mordre doucement; il apprenait  d'autres enfants, non
encore sevrs,  lui prendre la verge comme ils eussent pris le sein de
leur mre et  pratiquer la succion.

CAUS CALIGULA.

Caligula abusa de Valrius Catullus, jeune homme d'une famille
consulaire, et commit l'inceste avec ses deux soeurs. Il invitait 
souper, avec leurs maris, les femmes les plus distingues; il les
passait en revue en les examinant comme ferait un marchand d'esclaves,
menait dans une chambre voisine celle qui lui plaisait et, rentrant
avec les souillures de la dbauche, il louait ou blmait ce que leur
jouissance ou leur corps avait de bon ou de mauvais.

NRON.

Sans parler des hommes libres avec lesquels il eut commerce, des femmes
maries qu'il corrompit, Nron fit violence  la vestale Rubria. Il fit
couper les testicules  un jeune garon nomm Sporus et s'effora mme
de le mtamorphoser en femme. On le lui amena en grande pompe avec la
dot et le voile rouge (flammeum), suivant l'usage du mariage, et il lui
donna le rang d'pouse.

Il finit par imaginer comme un jeu de nouvelle espce de se mettre dans
la peau et  la place d'une bte du cirque et de s'lancer sur les
parties naturelles ou non d'hommes et de femmes attachs nus 
des poteaux; il faisait ces outrages, dans les lieux publics, aux
adolescents et aux vierges chrtiennes. De l vient la bte dont il est
parl dans l'Apocalypse et qui dsigne Nron (Renan).

DOMITIEN.

Domitien n'avait pas les vices monstrueux de Tibre et de Nron.
Cependant il partagea et il dveloppa la corruption gnrale.

Dans une fte solennelle, il fit descendre dans l'arne des femmes parmi
les gladiateurs et les bestiaires.

Il fit courir des jeunes vierges dans le stade et prsida lui-mme  la
course, vtu d'un habit de pourpre  la grecque, portant sur la tte une
couronne d'or o taient reprsents Jupiter, Junon et Minerve, et ayant
auprs de lui le flamendial et les prtres de la famille Flavia.

(Dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, Domitien voulut
affirmer son zle pour le paganisme).

Pour plaire au peuple, il continua les reprsentations  la fois si
impudiques et si cruelles des scnes mythologiques. Martial, son
protg, nous en a transmis le souvenir dans les pigrammes suivants du
Livre I:

6. Sur le spectacle de Phasipha.

Croyez que Phasipha s'est accoupl avec le taureau de Crte; tout ce
que la renomme nous en a dit, la scne le reproduit devant nos yeux.

9. Sur un condamn donnant une reprsentation vritable du supplice de
Promthe. Tel Promthe, enchan sur un roc, en Scythie, nourrit de
ses entrailles renaissantes un vautour insatiable, tel ce Laurolus,
attach  une vritable croix, vient d'offrir sa poitrine nue  un ours
de Caldonie.

Ses membres dchirs palpitaient et son corps tout entier n'tait plus
un corps. Ce sclrat avait sans doute dpass les crimes dont parle
l'antiquit.

10. Ddale, quand tu es ainsi dchir par un ours de Lucanie, que tu
voudrais alors avoir des ailes.

Ces sclrats, ces victimes, taient les chrtiens condamns comme
criminels d'tat.

On se faisait scrupule de prendre les gladiateurs; ceux-ci taient des
prisonniers de guerre qu'on n'avait pu utiliser autrement, parce qu'ils
taient trop incultes pour tre vendus assez cher comme esclaves et trop
insoumis pour tre incorpors dans les lgions.

HLIOGABALE.

Hliogabale parcourait les rues de Rome dans les attitudes et la
compagnie les plus indcentes sur un char tran par des femmes nues.



CHAPITRE III

Intrigues des femmes du harem.

Les femmes du harem sont svrement gardes et ne peuvent voir aucun
homme (App. 1 et 2). Presque toutes brlent de dsirs qu'elles satisfont
entre elles, par des procds indiqus au chapitre de l'auparishtaka, et
au moyen desquels la femme peut remplacer l'homme[46].

[Note 46: La titillation et la succion des mamelons, ainsi que nous
l'avons vu, dterminent constamment l'rection du clitoris, et la
friction de cet organe simultane avec la succion forte des mamelons
amne ncessairement le spasme _gnsique_.]

Elles ont encore recours aux moyens suivants.

Elles habillent en homme leur soeur de lait, leurs amies et leurs
suivantes, et se font caresser l'yoni  l'aide de vgtaux tendres
(fruits ou racines), qui ont ou reoivent la forme et les dimensions
d'un linga, ou bien elles embrassent une statue dont le linga est figur
en rection (App.).

Des moyens inverses sont employs par certains hommes (voir dans Lucien
l'outrage fait par un jeune homme  la Vnus de Paros dont il tait
amoureux).

Parfois, et avec l'aide de leurs suivantes, les femmes du harem y
introduisent des hommes dguiss en femme. Leurs soeurs de lait et leurs
affides s'efforcent de dcider des hommes  venir au harem, en leur
vantant la bonne fortune qui les y attend; elles leur dcrivent
l'intrieur du palais, les facilits pour s'y introduire et en sortir;
elles indiquent les fortes saillies des corniches, les grandes
dimensions des portiques, des corridors et des issues, la ngligence des
sentinelles et les absences frquentes des gardiens du harem. Mais ces
missaires ne doivent jamais tromper un homme pour le dcider  tenter
l'aventure, car cela entranerait probablement sa mort.

Quant  l'homme, il fera bien de ne point s'introduire dans le harem 
cause des terribles msaventures auxquelles il s'expose.

Si toutefois il s'y dtermine, il devra reconnatre s'il y a une sortie
assure, si le jardin de plaisance ou bien un mur de ronde entoure
troitement le harem (App. 1), si les sentinelles manquent de vigilance
et si le roi est parti en voyage. Dans ce dernier cas, lorsqu'il sera
appel par les femmes du srail, il observera avec soin les lieux, et
entrera de la manire que les femmes lui auront indique. S'il est
adroit et avis, il parcourra chaque jour les environs du harem, se
liera avec les sentinelles, se fera l'ami des femmes de service du
srail qui peuvent avoir connaissance de son dessein et leur tmoignera
son regret de ne pouvoir l'excuter.

Enfin, il prendra pour entremetteuse une femme qui a ses entres au
harem, et il s'tudiera  connatre les espions du roi.

Si l'entremetteuse ne peut entrer au harem, il se tiendra  quelque
endroit d'o il peut voir la femme qu'il aime.

Si cet endroit est gard par des sentinelles, il se dguisera en prenant
le costume d'une suivante de la femme dsire, qui vient ou passe par
cet endroit.

Quand la femme le regardera, il lui fera connatre ses sentiments par
des gestes et des signes, lui fera voir des dessins  double sens, des
guirlandes de fleurs et des anneaux.

Il observera avec beaucoup d'attention les signes qu'elle fait, ses
gestes ou ses paroles; et alors il essaiera de pntrer dans le palais.

S'il est certain qu'elle vient dans quelque lieu particulier, il s'y
cachera, et, au moment fix, il entrera au harem avec elle, comme s'il
tait un des gardiens.

Il peut aussi entrer et sortir dans un lit pli, ou dans une couverture
de lit, ou bien se rendre _invisible_: pour cela il lui suffit de se
frotter les yeux avec un collyre obtenu en mlant avec une quantit
gale d'eau les cendres provenant de la combustion, sans fume, d'une
mangouste, des yeux d'un serpent et du fruit de la longue courge
tumbi!!!

Duyana, les brahmanes et les yoguis, donnent encore d'autres moyens de
se rendre invisible.

L'homme peut aussi, pour entrer au harem, saisir l'occasion de la fte
de la huitime lune, pendant laquelle les femmes de service du palais
sont toutes trs affaires et en dsarroi.

On introduit des jeunes gens au harem, ou on les en fait sortir,
lorsqu'on y apporte ou on en fait sortir du mobilier, ou pendant les
ftes o l'on prend des boissons et des rafrachissements, quand les
femmes de service sont extraordinairement occupes et presses, ou quand
on dplace une des pouses, ou quand on les conduit aux jardins publics
ou aux ftes, ou bien lors de leur retour au palais, ou enfin quand le
roi est parti pour un lointain plerinage.

Les femmes du harem connaissent mutuellement leurs secrets, et comme
elles ont toutes le mme but, elles s'entraident.

Un jeune homme qui est l'amant de toutes peut continuer ce commerce trs
longtemps sans tre dcouvert.

Chez les Aparatakas, les pouses du roi ne sont pas bien gardes, et les
femmes qui ont accs dans le harem y introduisent avec elles beaucoup de
jeunes gens.

Les pouses royales du pays d'Ahira se livrent aux kshatriyas mis en
sentinelle dans le harem.

Celles du pays des Vatsagoulmas font venir au harem,  l'aide de
messagres, des hommes qui peuvent leur plaire.

Chez les Vadharbas, les fils des pouses royales ont leur entre au
harem et sont les amants de toutes les pouses, except de leur mre.

Dans le Stri radjyas, les femmes du roi ont pour amants les hommes de sa
caste et de sa famille.

Au pays de Ganda, elles se donnent aux brahmanes,  leurs amis,  leurs
serviteurs et esclaves.

Dans le Sandhava,  leurs domestiques, marmitons, etc.

Chez les Hamavat, des hommes hardis corrompent les sentinelles et
entrent au harem.

Chez les Vanyas et Kalmyas, les brahmanes, au su du roi, entrent au
harem avec des bouquets pour les pouses, conversent avec elles derrire
un rideau, et des doux propos passent aux doux exercices.

Enfin, les femmes du roi de Prashyas cachent dans le harem un jeune
homme pour chaque groupe de femmes.


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1.--Description du harem d'Agra.

Tous les dtails donns dans ce chapitre montrent que les anciens rois
de l'Inde brahmanique n'taient gure plus jaloux des femmes de leur
harem que les maris hindous ne l'taient, en gnral, de leurs pouses.

On retrouve l encore la douceur et l'apathie du caractre indien.

Il en est autrement des Musulmans de l'Inde, en partie d'origine Afgane
ou Mongole.

Ils gardent troitement leurs femmes, et les harems de leurs princes
taient et sont encore aujourd'hui trs surveills.

On peut en juger par les dispositions du srail qui forme partie du Tage
d'Agra, le Versailles des empereurs mongols, qu'on prfre au palais de
Louis XIV, bien qu'il ait cot moins de cent millions, au lieu d'un
demi-milliard.

Le harem se compose de deux parties attenant l'une  l'autre, mais
parfaitement distinctes; l'une est occupe par les femmes musulmanes,
pour la plupart des Cachemiriennes qui sont blanches comme des
europennes.

L'autre est occupe par des femmes hindoues, et fut probablement
construite sur le modle des harems des anciens rois du pays.

Le harem musulman borde, sur l'un de ses cts, le magnifique jardin du
palais. Tout est en marbre;  l'tage, on y remarque quelques trous des
boulets de lord Clive, lorsqu'il prit la citadelle d'Agra (le Tage).

Les chambres sont des cellules de quatre mtres carrs; elles ont
chacune, du ct oppos au jardin, ayant vue sur le paysage et sur
la Joumma, une ouverture ferme par une claire-voie dcoupe dans le
marbre, qui empche de rien voir du dehors.

Il y a aussi, dans chaque chambre, sur une autre face, une petite
ouverture par laquelle on introduisait la nourriture de la recluse, et
qu'on refermait ensuite.

Ces chambres forment deux groupes que spare un palier assez grand, qui
servait pour la rcration des femmes pendant deux heures par jour.

L'escarpolette tait fort en usage parmi ces dames.

Le harem hindou est, comme toutes les habitations des indignes, dispos
en forme de clotre autour d'une cour rectangulaire assez grande.

Tout autour,  l'tage, sont de petites chambres prcdes de portiques
et de balustrades donnant sur la cour.

Cette disposition permettait de laisser aux femmes la libert de
circuler sous les portiques et de se visiter entre elles, libert que
n'avaient point les femmes trangres de l'autre harem, sans doute des
esclaves.

La cour intrieure du harem hindou servait pour les reprsentations
thtrales et autres scnes de jongleurs, de saltimbanques, et aussi
pour les crmonies religieuses.

Les femmes assistaient  ces reprsentations, appuyes sur les
balustrades des portiques et sans qu'on pt avoir aucune communication
avec elles depuis la cour.

Du ct oppos du jardin, en face du harem tranger, se trouvaient les
bains du srail, d'une richesse et d'une beaut merveilleuses.

L'or, en lames paisses, artistement travaill ou en filets dlicats,
court partout sur les caissons des plafonds et les parois en marbre des
murs.

Pour se rendre au bain, les favorites avaient  traverser le jardin, un
des plus beaux du monde, dont toutes les alles sont dalles en marbre
et dont les parterres sont parsems de vastes bassins en marbre blanc
avec jets d'eau.

Certaines heures de la journe taient rserves aux femmes du harem
pour leur promenade dans le jardin o elles taient seules.

Le cicerone montre aux visiteurs un long couloir souterrain qui descend
du jardin au bord de la Joumma, et il explique que, vers son extrmit,
on abattait les femmes coupables ou trop ges, et qu'ensuite leurs
corps taient jets  la rivire.

On se dbarrassait ainsi des vieilles parce que le harem n'et pas suffi
 loger ces inutilits, et qu'il ne convenait pas que des femmes, aprs
avoir t les favorites de l'empereur, pussent habiter ailleurs que dans
son palais ou dans la mort.

N 2.--La vie du srail.

Avec l'aide d'un officier de marine franais, une femme europenne s'est
vade du srail de Constantinople. Rclame par le sultan, elle a
dclar qu'elle se tuerait plutt que d'y rentrer.

Cependant Lady Montagu, la Svign des Anglais, nous a donn au XVIIIe
sicle, dans ses _Lettres_ si intressantes, une description fort
gracieuse de la vie et des plaisirs des femmes du srail dans l'intimit
desquelles elle a t admise en sa qualit de femme de l'ambassadeur
d'Angleterre prs du sultan. Le tableau qu'elle en trace est loin d'tre
triste. Les danses et les jeux aprs le bain solliciteraient le pinceau
d'un artiste.

Peut-tre Lady Montagu n'a-t-elle vu que les beaux cts, et n'a-t-elle
convers qu'avec les privilgies, comme la mre du sultan rgnant dont
elle parle beaucoup. Peut-tre le srail a-t-il dchu avec la puissance
des sultans.




                               TITRE VII

                          DEVOIRS DES POUSES



CHAPITRE I

Devoirs d'une femme quand elle est la seule pouse.

Une femme vertueuse se conforme aux dsirs de son mari comme s'il tait
un dieu. Elle s'assied toujours aprs lui et se lve avant lui (App. 1).

Elle prend sa charge de la famille et de la maison. Elle tient tout dans
le plus grand tat de propret (App. 2).

Elle entoure la maison d'un petit jardin o elle apporte tout ce qu'il
faut pour les sacrifices du matin, de midi et du soir, aux dieux
domestiques.

Elle rvre elle-mme le sanctuaire des dieux du foyer car, ainsi que le
dit Gonardiya, rien ne gagne le coeur d'un mari, d'un matre de maison,
comme l'observation des rites domestiques.

Elle aura tous les gards possibles pour son beau-pre et sa belle-mre,
et pour tous les membres de la famille de son mari.

Elle vite la socit des mendiantes, des _religieuses bouddhistes
mendiantes_[47], des femmes perdues, des voleuses, des diseuses de bonne
aventure et des sorciers.

[Note 47: Les mots en italique prouvent qu' l'poque o crivait
Vatsyayana le bouddhisme tait encore en vigueur dans l'Inde.]

Elle ne fait rien avant d'en avoir obtenu le consentement de son mari
(App. 3).

Quand elle va trouver son mari en particulier, elle doit tre pare de
ses ornements et de fleurs diverses et porter une robe de plusieurs
couleurs. Mais son habillement ordinaire de tous les jours sera lger et
collant.

Au cas o il aurait quelques torts de conduite  son gard, elle ne lui
en fera pas de reproches, malgr son dplaisir.

Elle soigne sa tenue de manire  toujours plaire  son mari.

Elle garde ses secrets, lui prte toute l'aide possible dans ses
affaires lorsqu'il est oblig de s'absenter pour quelque voyage.

Elle ne porte que des ornements de bon augure et observe les ftes en
l'honneur des dieux. Elle ne sort que pour les deuils et les ftes de
famille. Elle prend soin des intrts de son mari.

Quand il arrive de voyage, elle le reoit dans sa tenue ordinaire, pour
qu'il voie comment elle a vcu pendant son absence. Elle lui apporte
quelque prsent et des objets qui peuvent tre offerts pour le culte de
la divinit.

C'est ainsi, conclut l'auteur, qu'une femme d'une bonne conduite, pouse
ou vierge remarie, ou concubine, doit vivre purement, toujours dvoue
 l'homme auquel elle est unie, faisant tout pour son bien et pour lui
plaire.

Les femmes qui tiennent cette conduite possdent le Dharma, l'Artha et
le Kama, obtiennent une haute considration et, gnralement, conservent
tout l'amour de leur mari (App. 4).


APPENDICE AU CHAPITRE I

Respect des femmes hindoues pour leur mari.

N 1.--Les dames indiennes sont trs respectueuses envers leur mari.
Elles ne l'appellent que mon matre, mon seigneur, et, quelquefois mme,
mon dieu, tandis que celui-ci, au contraire, ne leur parle que d'un ton
de supriorit. Si un mari en prenait un autre, en public surtout, sa
femme s'en offenserait comme d'une inconvenance.

Une femme indienne prpare le repas de son mari et le sert; mais elle ne
mange jamais qu'aprs lui, et que ses restes.

Elle ne l'accompagne jamais  la promenade; en voyage, elle marche
derrire lui  une certaine distance, sans pouvoir lui adresser la
parole.

N 2.--Manou, livre IV. Renfermes sous la garde d'hommes fidles et
dvous, les femmes ne sont point en sret; celles-l seulement sont
bien en sret, qui se gardent elles-mmes de leur propre volont.

On ne parvient point  tenir les femmes dans le devoir par des moyens
violents. Mais un mari y russit en assignant pour fonctions  sa femme
le compte des recettes et des dpenses, la purification des objets et du
corps, l'accomplissement de son devoir, la prparation de la nourriture
et l'entretien des ustensiles de mnage. Mettre au monde des enfants,
les lever et s'occuper chaque jour des soins du mnage et de
l'entretien du feu consacr, tels sont les devoirs des femmes maries
dans l'Inde; nulle n'en est affranchie.

N 3.--Mme livre. Jour et nuit les femmes doivent tre tenues dans la
dpendance par leurs protecteurs: une femme est sous la tutelle de son
pre pendant son enfance; de son mari, pendant sa jeunesse; de son fils,
pendant sa vieillesse; elle ne doit jamais se conduire  sa fantaisie.

Si les femmes n'taient pas surveilles, elles feraient le malheur des
deux familles. Manou a donn en partage aux femmes l'amour de leur
lit, de leur sige et de la parure, la concupiscence, la colre et la
perversit.

Aucun sacrement n'est pour les femmes accompagn de prires.

Il n'en tait point ainsi chez les Ariahs vdiques. Il est impossible de
pousser plus loin le mpris de la femme.

L'ide de son infriorit a t gnrale dans l'antiquit; nous la
trouvons aux premiers temps de la Grce, dans le Mythe de Pandore,
racont si malicieusement par Hsiode (400 ans avant Homre) dans sa
Thogonie.

Pour se venger des humains dans la demeure desquels brillait le feu
drob par Promthe, Zeus (Jupiter) leur prpare un flau. Par son
ordre, Vulcain faonne, avec de l'argile, la pudique image d'une
vierge. Athna (Minerve) la revt d'une blanche tunique, lui attache sa
ceinture, lui jette sur la tte un voile d'un merveilleux travail,
orne ses cheveux de fleurs et place sur sa tte, une couronne d'or,
chef-d'oeuvre de l'illustre boteux.

Lorsqu'il a prpar ce prsent fatal, le dieu amne la jeune fille
dans l'Assemble des dieux et des hommes. Ils admirent ce pige cruel 
l'appt duquel la race des mortels n'chappera pas.

C'est d'elle que nous vient la race des femmes; c'est d'elle que
viennent ces funestes compagnes de l'homme qui s'associent  sa
prosprit et non  sa misre, comme les frelons mchants et parasites
que les abeilles nourrissent  l'abri de leurs ruches. Bien des maux
nous viennent de ce cruel prsent. Si nous fuyons l'hymen et le commerce
inquiet des femmes, nous n'avons aux jours de la triste vieillesse
personne qui nous soutienne et nous console, et des parents loigns se
partagent entre eux notre hritage.

Le sort nous a-t-il uni  une pouse vertueuse et chrie, le mal se
mle encore au bien dans toute notre vie. Mais s'il nous fait rencontrer
quelque femme d'une race perverse, alors nous vivons dans l'amertume,
portant au fond de notre coeur un ternel ennui, un chagrin que rien ne
peut gurir.

On lit dans les _Travaux et les Jours_:

Garde qu'une femme impudique ne te sduise le coeur par de douces
paroles et ne s'introduise dans ta maison. Se fier  la femme, c'est se
fier aux voleurs.

N'aie qu'un fils pour soutenir la maison paternelle. C'est ainsi que
les maisons prosprent.

On ne s'attendait gure, sans doute,  trouver dans Hsiode ce conseil
de Malthus si fort suivi de nos jours.

Hsiode fait dire  Tlmaque recevant des htes qui le louent d'tre le
fils d'Ulysse: On n'est jamais sr d'tre le fils que de sa mre.

Nous trouvons, mme dans quelques docteurs chrtiens, le prjug contre
les femmes: Foemina infirmius, le sexe est faible, a dit saint
Augustin; mais  cause de ses autres qualits, le bouddhisme et le
christianisme ont mis le sexe faible au niveau du sexe fort.

Dans l'Inde, la condamnation prononce par Manou a t  la femme le
respect des autres et d'elle-mme.

Aux reproches les plus graves la femme hindoue rpond: Aprs tout, je
ne suis qu'une femme.

La femme occupe cependant une bien meilleure place chez les Hindous que
chez les Musulmans dans la famille o elle est beaucoup plus utile, plus
libre et plus respectable. Toutefois, comme elle n'a ni instruction, ni
valeur morale, on n'a pour elle d'autres sentiments que ceux qu'on a en
France pour une bonne domestique. Souvent ses fils l'injurient. Manou ne
prescrit aucuns gards envers la mre, tandis que le Bouddha a fait 
son sujet mille recommandations qui sont pieusement suivies encore de
nos jours.

N 4. Manou, livre IX:

La femme qui ne trahit point son mari, dont les penses, les paroles
et le corps sont purs, parvient, aprs la mort, au mme sjour que son
poux (cette perspective serait peu encourageante pour beaucoup de
franaises).

Les femmes maries doivent tre combles d'gards et de prsents par
les pre et mre, et les frres de leurs maris, lorsque ceux-ci dsirent
une grande postrit.

Partout o les femmes sont honores, les divinits sont satisfaites;
lorsqu'on ne les honore pas, les actes pieux sont sans fruits.

Lorsqu'une femme brille par sa parure, toute la famille resplendit
galement; mais si elle ne brille pas, la famille ne jette aucun clat.

Tous ces prceptes commandent aux maris la fidlit, la douceur et la
bont matrielles, mais ne consacrent aucun droit pour la femme, et
n'assurent point sa dignit et sa considration, ainsi qu'on le voit
dans plusieurs passages du _Kama Soutra_, qui permettent aux maris toute
licence.

Devoir conjugal.

N 5.--L'auteur ne dit rien du devoir conjugal. Sans doute il le
considre comme compris dans la gnralit des rapports sexuels au sujet
desquels il dit, au titre IV, que l'homme doit _faire tout pour le
plaisir de la femme_.

C'est l un principe altruiste dont il faut, sans doute, faire honneur 
l'influence du bouddhisme (religion absolument altruiste) sur les ides
de l'poque. Son application qui tend  augmenter l'amour conjugal,
fin honnte, et mme  entretenir la sant, fin lgitime, peut tre
justifie presque toujours. L'glise, qui interdit le mariage pour
cause d'impuissance, ne le dfend pas aux personnes striles et aux
vieillards.

Le pre Gury dit,  l'article 378 de la _Th. morale_:

Les poux se doivent: 1 une affection mutuelle; 2 la socit
conjugale et la cohabitation; 3 les aliments et ce qui est ncessaire
pour une position honorable; 4 le devoir conjugal quand il est
srieusement demand et lorsqu'il n'y a pas de raison pour le refuser.

Vatsyayana ne prvoit mme pas comme possible dans l'Inde le refus de
la femme. Ce cas se prsente en Europe et il est rgl en thologie. Le
pre Gury dit:

915, I. Il y a une obligation de justice, grave en principe, de rendre
le devoir conjugal  l'autre poux qui le demande srieusement et
raisonnablement, parce que d'aprs la nature du contrat conjugal, les
poux se doivent mutuellement la puissance sur leur corps pour l'amour
conjugal.

II. Il peut y avoir obligation de demander le devoir conjugal par
charit ou  cause d'une autre vertu, surtout de la part de l'homme, si
la demande est ncessaire pour entretenir ou ranimer l'amour conjugal.

L'obligation de le rendre cesse pour l'un des poux quand cesse pour
l'autre le droit de l'exiger, ce qui arrive: 1 _si l'un des poux
a commis un adultre_. (Le droit est gal pour les deux poux,
contrairement  ce qui a lieu dans l'Inde o une femme ne doit mme pas
reprocher  son mari l'adultre; on verra plus loin l'pouse indienne
servir d'entremetteuse  son mari).

2 . . . . . . . . . . . . . . . . . .

3 Si celui qui le rend peut craindre raisonnablement un prjudice ou
un danger pour sa sant.

916. Les poux sont tenus d'habiter ensemble et l'un d'eux ne peut
s'absenter longtemps sans le consentement de l'autre ou sans ncessit;
car cette obligation dcoule de celle de rendre le devoir conjugal.
Or les causes lgitimes de s'absenter pour longtemps sont: l'intrt
public, la subsistance ou le salut de la famille, un mal  viter de la
part de ses ennemis. Mais le mari qui va habiter longtemps ailleurs doit
emmener son pouse pour qu'elle habite avec lui.

Un poux qui refuse le devoir conjugal pche gravement, s'il y a danger
d'incontinence ou d'un grave ennui pour l'autre. Il ne pche pas en le
repoussant lorsque l'autre poux le demande avec excs.

Un poux n'est pas dispens de le rendre parce qu'il craint d'avoir
trop d'enfants, car la procration des enfants est la fin principale du
mariage et n'est pas un inconvnient intrinsque de ce mme mariage.



CHAPITRE II

Devoirs de l'pouse la plus ge envers les pouses plus jeunes de son
mari.

L'homme peut pendant la vie de sa premire pouse en prendre d'autres
pour les motifs suivants:

Folie ou mauvais caractre de la femme, aversion du mari[48], strilit,
absence de progniture mle, incontinence de la femme.

[Note 48: Manou, livre IX. La femme acaritre doit tre remplace de
suite; la femme strile, aprs huit ans; celle qui ne donne que des
filles, aprs onze ans.]

Quand la femme est strile ou n'a pas de fils, elle doit elle-mme
engager son mari  prendre une autre femme, donner  celle-ci une
position suprieure  la sienne, la considrer comme une soeur, lui
prodiguer les bons conseils, traiter ses enfants comme s'ils taient les
siens propres et en agir de mme  l'gard de ses serviteurs, de ses
amis et parents.

Quand il y aura plusieurs femmes, la plus ge fera alliance avec celle
qui la suit immdiatement en ge et en rang et tchera de brouiller avec
la favorite actuelle la femme que la favorite a remplace auprs du
matre; puis, ayant ligu toutes les femmes contre la favorite, elle
prendra alors le parti de celle dlaisse et, sans se compromettre
d'aucune faon, elle fera dnoncer la favorite comme mchante et
querelleuse.

Si la favorite se querelle avec l'poux, la premire femme feint pour
elle de la sympathie, l'excite et aggrave autant qu'il est en elle le
dissentiment. Mais si, en dpit de tous ses efforts, l'poux continue
 aimer la favorite, elle changera de tactique et s'emploiera  les
concilier afin de ne point tomber elle-mme en disgrce[49].

[Note 49: Dans ces conseils se retrouve toute la duplicit brahmanique.]



CHAPITRE III

Devoirs de la plus jeune pouse.

La femme la plus jeune regardera la plus ge comme sa mre et ne fera,
 son insu, de don  personne, pas mme  ses propres parents. Elle lui
dira tout, et n'approchera son mari qu'avec sa permission. Quoi que
celle-ci lui confie, elle ne le divulguera point, et elle prendra soin
de ses enfants comme des siens propres.

Quand elle sera seule avec son poux, elle lui complaira en tout, mais
elle ne lui parlera jamais du chagrin qu'elle peut prouver  cause
d'une rivale.

Elle se contentera d'obtenir secrtement des marques particulires de
son affection, de l'assurer qu'elle ne vit que pour lui, et par l'amour
qu'il lui tmoigne.

Avec les autres pouses de son mari elle ne parlera jamais, soit par
orgueil, soit par colre, de son amour pour son mari ni de l'amour que
celui-ci a pour elle; car un mari n'aime point les indiscrtions sur des
dtails intimes.

Elle dissimulera, autant que possible,  la vue de la premire pouse
les efforts qu'elle fait pour captiver son poux. Si cette premire
pouse a t prise en aversion par le mari, ou si elle n'a pas
d'enfants, elle s'intressera  sa situation, et engagera le mari 
avoir pour elle de bons procds; mais elle-mme s'efforcera de la
surpasser par sa bonne conduite.



CHAPITRE IV

Devoirs d'une veuve vierge remarie.

Comme la veuve vierge remarie a eu, avant son second mariage, une
existence plus libre et une connaissance plus grande des choses du
mariage qu'une jeune fille, elle apportera chez son nouvel poux plus
d'exprience des plaisirs et des gots plus mondains. Si, plus tard, il
y a sparation entre eux, elle ne gardera pas les prsents qu'elle a
reus de son mari, sauf ceux qui ont fait l'objet d'un mutuel change
entre eux,  moins qu'elle n'ait t renvoye par lui (alors elle ne
restitue rien).

Elle prendra dans la maison conjugale la mme situation que les femmes
de la famille de son mari; mais elle devra se montrer suprieure  elles
pour les soixante-quatre talents voluptueux.

Elle ne se liera pas avec les autres pouses, mais plutt avec les amis
et les serviteurs de la maison.

Elle se montrera galement suprieure aux autres pouses pour les
soixante-quatre volupts.

Elle accompagnera son mari aux ftes, runions, parties de plaisir; elle
engagera son mari  donner lui-mme de ces sortes de ftes ou parties de
plaisir.

Elle mettra en train toutes sortes de jeux et amusements.


APPENDICE AU CHAPITRE IV

Souvent, dans l'Inde, on marie des filles presque dans l'enfance  des
vieillards veufs qui prennent une pouse parce que sa prsence est
obligatoire dans les sacrifices aux mnes. De l le grand nombre des
veuves vierges. On voit par ce qui prcde qu'elles se remariaient du
temps de Vatsyayana.

C'est d'aprs un prjug religieux que les femmes veuves ne peuvent se
remarier; les Hindous sont convaincus qu'elles portent malheur. C'est
peut-tre un calcul du lgislateur pour qu'une femme ait tout intrt 
prolonger les jours de son mari.

Plusieurs tentatives ont t faites pour faire disparatre ce prjug,
mais on n'a pu y parvenir.

Dans le sud de l'Inde, toutes les veuves, _sans exception_, ne
se remarient point. Mais  Calcutta, elles le font aujourd'hui
gnralement;  l'instigation du vice roi, les brahmanes ont eux mmes
donn l'exemple, et cet exemple a t suivi.

A Pondichry, M. de Verninac, alors qu'il y tait gouverneur, avait
fait, dans ce sens, de gnreux efforts qui ont t bien prs d'aboutir.

Dans l'Alharva-Vda, on voit que les veuves pouvaient,  certaines
conditions, se remarier. Ce livre a prcd celui de Manou qui est fort
dur pour les veuves.

Devoirs de la veuve

Aussitt qu'un indien vient d'expirer, l'usage exige que sa veuve se
pare magnifiquement, qu'elle se prcipite sur le cadavre de son mari et
le tienne embrass en poussant de grands cris jusqu' ce que les parents
l'en arrachent.

Quelques jours aprs, en prsence de ses parents et de ses amis qui
cherchent  la consoler, on lui rase la tte et on lui enlve le tally
que son mari, le jour de son mariage, lui avait attach au cou. A partir
de ce moment, et jusqu'au jour de sa mort, elle porte le deuil de son
poux. Le deuil consiste  se faire raser la tte une fois par mois, 
ne point faire usage de bijoux ni de btel,  ne se vtir que de
toile blanche,  ne tracer sur son front aucun des signes de sectes
religieuses, et enfin  n'assister jamais aux ftes de famille ou
publiques o sa prsence porterait malheur.

Les suttys ou sacrifices des veuves

Les suttys sont aujourd'hui interdits dans l'Inde anglaise, mais ils
n'ont compltement cess que depuis un petit nombre d'annes.

Cette coutume barbare parat avoir t en honneur d'abord chez les
anciens rajahs du pays et dans la caste des Kshatryas, car il n'est fait
mention dans les anciens auteurs que des suttys des ranies ou reines.

Le sacrifice n'tait pas toujours volontaire; c'tait de force, bien
souvent, qu'on y tranait la victime.

Les suttys dans le Mahabarata

Parmi les hrones du dvouement dont parle le Mahabarata, il ne cite
qu'incidemment le sacrifice de Madri, la deuxime pouse du roi Pandou,
pre putatif des cinq hros clbrs dans ce vaste pome encyclopdique.

Voici, en raccourci, la lgende de la mort du roi Pandou, et du
sacrifice de Madri son pouse.

Le roi Pandou, tant  la chasse, aperut deux gazelles accouples;
aussitt, il leur dcoche une flche et tue le mle. Celui-ci tait un
brahmane qui avait eu la fantaisie de prendre cette forme de gazelle
pour s'unir  son pouse.

Au moment d'expirer, il dit au roi Pandou: Puisque, cruel Kshatrya, tu
m'as ravi l'existence, avant que j'eusse parfait mon dsir, tu subiras
la peine du talion; car, toi aussi, tu mourras dans les bras de ton
pouse avant d'avoir joui compltement, et de plus tu seras frapp
d'impuissance. Pandou, en effet, pousa deux femmes et n'eut point
d'enfants; mais cependant, il en obtint cinq par l'opration miraculeuse
des Dieux Indra, Yama et les deux Advins.

Un jour que le roi Pandou se promenait dans la fort avec Madri, sa
deuxime pouse, excit par la vue de ses charmes, il voulut s'unir avec
elle malgr qu'elle s'y refust, redoutant pour lui le fatal moment;
Pandou, aveugl par sa passion, l'y contraignit; il s'unit donc  elle,
mais il fut frapp de mort dans ses bras.

Aprs ce fatal vnement, Madri, l'me trouble et s'accusant d'tre la
cause de la mort du roi, dit  Kounti, la premire pouse: Maintenant
que ce monarque est mort dans mes bras, je le demande en grce, illustre
Kounti, de me laisser monter sur son lit funraire; car il est juste que
je suive ce monarque chez les mnes, puisque c'est dans mes bras qu'il
a trouv le chemin de la mort. La noble Kounti reprocha  Madri sa
faiblesse pour ce prince, puisqu'elle connaissait son impuissance et la
maldiction qui pesait sur lui: tu n'aurais pas d lui laisser accomplir
cette fantaisie rotique, que je lui ai toujours refuse. Pourtant,
fille de Balkan, tu es heureuse, car il t'a t donn de voir une fois
le visage enflamm par le dsir, et le membre dress de ce vertueux
monarque, ce qui ne m'est jamais arriv  moi.

Ne m'en veux pas de cela, noble dame, repartit Madri et veuille me
laisser suivre notre poux dans la mort; accorde-moi cette grce,
vertueuse Kounti; adopte mes deux enfants, et veuille avoir pour eux les
mmes soins maternels que pour les tiens.

Kounti, comme premire pouse, aurait souhait d'accompagner le roi dans
l'autre monde; c'tait son devoir comme son droit; mais, cdant aux
instances de Madri, elle consentit  la laisser monter sur le bcher, 
sa place ( cause des enfants, la plus jeune des pouses devait survivre
 l'poux).

Aprs cet accord, les deux nobles pouses, aides de leurs cinq fils,
s'empressrent de dresser le bcher; lorsqu'il fut termin, elles y
placrent le corps de Pandou, et Madri s'tendit  son ct. Elle dit
alors  Kounti: La flamme de ce bcher me purifiera de mon pch, et,
pure de toute souillure, je suivrai notre poux au Swarga; veuillez
donc, noble dame, y mettre le feu. Kounti y porta aussitt la flamme et
le funbre sacrifice s'accomplit.

Il n'est question des suttys ni dans les Vdas, ni dans les Pouranas, ni
dans le Ramayaua, ni dans les lois de Manou, ni dans le Kama Soutra.

Les grecs d'Alexandre les trouvrent en usage chez un peuple au moins du
Punjab. D'abord propre aux Rajahs, cette coutume parat s'tre tendue
sous l'empire des religions sectaires. Elle tait assez rpandue et trs
connue du temps de Properce, sous Tibre.

Properce, Livre III, Elgie XIII, en faisant la critique des femmes
de son temps, fait l'loge du dvouement des femmes indiennes qui
accompagnent leurs maris dans la mort.

L'Inde, dit-il, nous envoie l'or de ses mines; la mer rouge, ses
prcieux coquillages; Tyr, sa pourpre; l'arabe nomade, le cinname; voil
les armes qui triomphent de la plus fire vertu.

Vois s'avancer, magnifiquement pare, cette femme charge du patrimoine
de toute une famille; elle tale  nos yeux les dpouilles de ses
amants.

On demande sans pudeur, on donne de mme.

Heureuse cette loi des nations lointaines de l'Orient!

Fortuns poux! Quand la dernire torche a t lance sur le lit
funraire, les femmes du mort, les cheveux pars, se disputent l'honneur
de quitter la vie pour le suivre. Honte  celle qui n'obtient pas la
faveur de mourir. La rivale prfre s'lance triomphante sur le bcher,
et va, au milieu des flammes qui la consument, placer sa bouche sur
celle de son poux.

Chez nous, l'hymen est perfidie; on n'y connat ni le dvouement
d'Evadn, ni la fidlit de Pnlope.



CHAPITRE V

Devoirs d'une femme qui ne compte plus pour son mari.

Une femme prise en aversion par son mari et qui est tourmente par les
autres femmes, fera alliance avec la favorite et prendra soin, comme une
mre, des enfants de son mari; elle se rendra favorables ses amis et lui
fera connatre par eux son dvouement pour lui.

Quand il est couch, elle n'ira vers lui que dans un moment o cela lui
plaira, et ne lui rsistera jamais, ni ne s'enttera  rien.

Quand il arrivera  son mari de se quereller avec l'une de ses femmes,
elle les rconciliera; et, si celui-ci dsire voir quelque femme en
secret, elle facilitera leur rencontre. En mme temps, elle tudiera les
cts faibles de son mari, mais n'en fera part  personne; enfin, elle
fera tout ce qu'il faut pour qu'il la regarde comme une femme bonne et
dvoue.



CHAPITRE VI

L'homme qui a plusieurs pouses.

Un homme qui a plusieurs pouses doit tre galant pour toutes.

Il doit veiller sur leur conduite et ne jamais rvler  l'une d'elles
ce qui se passe dans l'intimit avec une autre.

Il ne doit point leur permettre de lui parler de leurs rivales, ni de se
dnigrer mutuellement.

Il plaira  l'une d'elles par sa confiance secrte;  l'autre, par des
gards particuliers;  une troisime, par des compliments;  toutes,
par des promenades aux jardins publics, par des divertissements, des
prsents, des honneurs rendus  leurs parents, des marques de confiance,
et, enfin, par des tmoignages d'amour qu'il donnera  chacune.

Une jeune femme qui a bon caractre et une conduite conforme aux
prceptes du saint livre, s'attache son mari et triomphe de ses rivales.

Bhabravya enseigne qu'un mari doit se lier avec une jeune femme qui lui
dira les secrets des autres femmes, et le renseignera sur la conduite
des siennes propres.

Mais Vatsyayana est d'avis qu'un mari ne doit point exposer sa jeune
pouse  tre corrompue dans la socit d'une intrigante de cette
espce, qui prendrait sur elle l'ascendant que les mauvaises femmes
savent toujours conqurir sur l'esprit des autres.


APPENDICE AU CHAPITRE VI

Chez les musulmans, o la polygamie est la rgle, le Koran formule le
mme prcepte que le 1er alina du 6e chapitre.

Chaque pouse a droit  la part de Dieu ou minimum de galanterie
priodiquement obligatoire.

Un chef arabe auquel je demandais des nouvelles de sa sant, se lamenta
de ne plus pouvoir servir qu'une fois par nuit chacune de ses quatre
pouses (il avait pass la cinquantaine).

Dans l'Inde, les femmes sont toujours traites avec douceur.

Les maris renvoient leurs femmes, mais ne les battent pas.

En Europe, c'est gnralement le contraire qui a lieu, au moins dans le
peuple.

Il est mme des femmes du peuple qui aiment les maris nergiques. On
connat la chanson de Branger: Collin bat sa mnagre... et les vers
de Jules Barbier sur la fille des faubourgs qui veut un amant qui la
fouaille, depuis le soir jusqu'au matin.

Le Pre Gury dit, Thologie morale, 379: Le mari est tenu de punir son
pouse lorsqu'elle commet une faute, ds que c'est ncessaire pour la
corriger et prvenir tout scandale.

381. Il doit ordinairement user, en commenant, des paroles
bienveillantes, et, si cela ne suffit pas, avoir recours  une punition
svre (c'est l, videmment, un reliquat du moyen ge).

Le confesseur ne doit pas ajouter foi tout de suite aux paroles d'une
femme qui se plaint de son poux, parce que les femmes sont d'habitude
portes  mentir.

On remarquera que ni le P. Gury, ni le cathchisme, ne parlent
d'obissance due par la femme au mari, tandis que le code civil la
prescrit. Napolon a mme insist sur ce point au Conseil d'tat.

Condition des femmes dans l'Inde

Les travaux des femmes, dans l'Inde, sont toujours trs doux.

Les soins trs simples du mnage remplis, leur seule occupation est de
filer. Tous les autres ouvrages sdentaires qui, en Europe, sont confis
aux femmes, sont, dans l'Inde, excuts par les hommes.

Il est vrai que les femmes des basses classes travaillent avec les
maons, les terrassiers, les cultivateurs; mais elles sont toujours trs
mnages, et ne remplissent que des tches faciles.

Autrefois, les deux sexes allaient nus, jusqu' la ceinture, dans tout
le sud de la presqu'le. Cet usage existe encore sur la cte du Malabar
et dans tous les pays circonvoisins.

Le morceau de toile qui compose l'habillement des femmes des Soudras ne
couvre juste que ce que la pudeur empche de laisser  dcouvert.

Les femmes riches se chargent de bijoux et ne s'en dpouillent jamais.

Les femmes Hindoues sortent librement pour leurs dvotions, leurs
affaires et les besoins de leur maison; par exemple, pour qurir de
l'eau aux fontaines publiques; et, bien que toute intimit avec
les hommes leur soit interdite, elles peuvent, nanmoins, sans se
compromettre, converser avec ceux qui viennent dans leur maison comme
connaissances et amis.




                              TITRE IX

                RAPPORTS AVEC LES FEMMES DES AUTRES



CHAPITRE I

Obstacles aux rapports avec une femme marie.

Il est permis de sduire la femme d'un autre, si l'on court le danger de
mourir d'amour pour elle_[50].

L'intensit de cet amour a dix degrs marqus par les effets suivants:

1 Amour des yeux; 2 attachement d'esprit; 3 ide fixe; 4 perte du
sommeil; 5 amaigrissement; 6 aversion pour les divertissements; 7
oubli de la dcence; 8 la folie; 9 vanouissement ou affaissement; 10
enfin la mort (App. I).

D'aprs Vatsyayana, on reconnat qu'une jeune femme est ou non
passionne:  sa conduite,  sa conversation et aux mouvements de son
corps.

[Note 50: Ce principe, largement interprt par les intresss, autorise
toutes les entreprises; il peut s'accommoder  tout en thorie et
s'accommode  tout rellement en pratique dans l'Inde. Il est fond sur
la croyance que les mes des hommes qui meurent d'un dsir non satisfait
errent pendant un certain temps  l'tat de mnes avant de transmigrer.]

En rgle gnrale, dit Gonikapoutra, la beaut d'un homme impressionne
toujours une femme, et celle d'une femme toujours un homme; mais le plus
souvent, diverses considrations les empchent de donner une suite 
cette impression.

En amour, voici ce qui est particulirement propre  la femme. Elle aime
sans s'inquiter de ce qui est bien ou mal (App. 2). Elle ne cherche
point  faire la conqute d'un homme par intrt. Quand un homme la
courtise, son premier mouvement est de le repousser, alors mme qu'elle
le dsire; mais elle cde  des instances ritres (App. 3).

Au contraire, l'homme pris d'une femme matrise sa passion par scrupule
ou par raison, et bien qu'il ne puisse dtourner ses penses de cette
femme, il rsiste mme lorsqu'elle s'efforce de l'entraner.

Quelquefois il fait une tentative auprs d'elle et renonce  elle s'il
choue.

Quand il a russi, il arrive souvent qu'il devient ensuite indiffrent.

Une femme peut repousser les avances d'un homme pour les motifs
suivants.

Attachement  son mari; crainte d'avoir des enfants illgitimes; manque
d'occasion favorable; offense pour dclaration trop brusque; diffrence
de rang; incertitude au sujet d'absences de l'homme pour voyages;
crainte que l'homme en aime un autre; pense que ses amis sont tout pour
lui; crainte d'indiscrtion; timidit  l'gard d'un homme illustre ou
trop puissant ou trop habile; crainte de la fougue de sa passion si elle
est une femme gazelle (yoni n 1); pense qu'autrefois elle a t lie
d'amiti avec lui (App. 4); mpris pour son manque d'usage du monde;
dfiance de sa mauvaise rputation; dpit de ce qu'il ne comprend pas
l'amour qu'elle ressent pour lui.

Si elle est une femme lphant, la pense qu'il est un homme livre ou
froid; la crainte qu'il lui arrive quelque chose  cause de sa passion
pour elle; dfiance de ses propres charmes; crainte d'tre dcouverte;
dsillusion  la vue de ses cheveux blancs, de son apparence chtive;
crainte qu'il soit l'affid de son mari pour prouver sa fidlit;
pense qu'il est d'une vertu trop svre.


APPENDICE AU CHAPITRE 1

Maladies provenant de l'rotisme

N 1.--Les principales affections qui mettent en jeu et surexcitent le
systme gnital, sont:

L'rotomanie ou dlire rotique, qui a son sige exclusivement dans la
tte; les quatre autres affections ont leur sige dans le cervelet et le
systme gnital.

_L'rotomanie_ (qui affecte l'un et l'autre sexe) est chaste dans sa
manifestation; l'activit vitale, toute dans le cerveau, se communique
rarement aux parties gnitales. On comprend, d'aprs cela, comment on
a pu accuser les Jsuites de tendances rotomanes sans accuser leurs
moeurs. En rapprochant ce fait des deux causes d'anaphrodisie signales
 l'appendice du chapitre II, titre V, et de l'anaphrodisie rsultant de
la chastet habituelle, on s'explique la continence des prtres.

_L'hystrie_, nomme aussi maladie vaporeuse ou prurit ou attaque de
nerfs, a son sige dans la matrice, et, de l, s'irradie au cerveau.
Elle n'a lieu qu'entre l'ge de la pubert et celui du retour. Elle est
toujours accompagne de dsordres dans le systme gnital. Elle affecte
mille formes, depuis la plus lgre attaque de nerfs, jusqu'aux accs
pileptiques.

Les nombreuses causes d'hystrie se rencontrent dans le temprament
mme de la femme, et dans les agents intrieurs ou extrieurs propres 
augmenter la vitalit de l'utrus.

La pudeur donne  la majeure partie des femmes hystriques la force de
dissimuler, pendant l'accs mme, leurs sensations gnitales.

Le satyriasis, la nymphomanie ou fureurs utrines, dpendent: le
premier, du cervelet d'o il s'irradie aux parties gnitales; la
seconde, du cervelet et de l'exaltation des organes gnitaux.

Les symptmes sont la tristesse, l'isolement, la turgescence et le
prurit des organes gnitaux.

La nymphomane s'efforce, mais en vain, de rsister au dsir, et elle
s'isole pour le satisfaire. Devant un homme, elle ne peut contenir ses
gestes, elle perd toute dcence dans sa tenue et son langage. Alors, ses
parties se gonflent, s'enflamment, et laissent couler une humeur
ftide. Ordinairement, les fourmillements qu'prouve la partie, et la
constriction du vagin, provoquent l'jaculation d'une humeur laiteuse
fournie par les cryptes muqueuses et les glandes vulvo-vaginales.

C'est parmi les filles dont les dsirs sont longtemps et violemment
comprims que se trouvent les nymphomanes.

(On sait que c'est la mme cause qui occasionne la rage chez les
animaux, l'espce canine notamment).

Le priapisme est une rection violente et permanente du membre viril, le
plus souvent sans dsir vnrien. Le malade, loin d'prouver du plaisir
dans le cot, n'en ressent, le plus souvent, que fatigue et douleur; et,
quelquefois, de graves hmorragies urthrales s'en suivent. Lorsque le
priapisme n'est pas le symptme d'une maladie du cervelet, il
provient, soit d'une irritation directe de la partie, soit de l'usage
d'aphrodisiaques dangereux tels que les cantharides et le phosphore.

N 2.--On peut tout supposer et tout attendre d'une femme amoureuse
(Balzac). Cette ide a t dveloppe dans plusieurs romans
remarquables, notamment dans celui de _M. de Camors_, par Octave
Feuillet.

Les auteurs l'ont emprunte au coeur humain et  la satyre VI de
Juvnal.

Si, pour remplir un devoir, il faut courir un danger, le courage manque
aux femmes; pour le mal rien ne les arrte. Faut-il accompagner en mer
un poux, la sentine est infecte et le ciel tourne; on vomit sur le
mari. Pour suivre un amant, l'estomac est de fer; ou partage le repas
grossier des matelots; on se promne de la proue  la poupe, le coeur ne
se soulve jamais; on s'amuse  manier le cble, etc.

N 3.--Ovide, _Art d'Aimer_, livre I.--La sduction.

Si la pudeur empche la femme de faire des avances ou de se rendre 
la premire demande, elle n'en aime pas moins cder. C'est  l'homme
d'employer les prires. Voulez-vous obtenir, sollicitez, soyez pressant,
que la femme connaisse votre amour, votre passion. Cependant, si vous
voyez que vos prires irritent, arrtez-vous, revenez sur vos pas,
simulez le renoncement  vos dsirs. Combien de femmes regrettent ce qui
leur chappe et dtestent ce qu'on leur offre avec instance! En cessant
d'tre moins pressant, vous cesserez d'tre importun. Quelquefois aussi,
vous devrez ne point manifester l'espoir d'un prochain triomphe, et,
quelquefois, vous vous ferez dsirer.

Quelquefois, l'amour doit s'introduire sous le voile de l'amiti; plus
d'une vertu a t prise  ce pige, et l'ami est devenu bientt un amant
(dans plusieurs romans c'est ainsi que la femme entrane un homme arrt
par des scrupules de dlicatesse).

Vous trouverez mille femmes d'humeur diffrente; prenez mille moyens
pour les gagner. Vous devez aussi les faire varier, selon l'ge. Une
vieille biche flaire de loin le pige. Si vous vous montrez trop savant
avec une novice, trop entreprenant avec une prude, vous veillerez
leur mfiance, et elles se mettront sur leurs gardes. C'est ainsi que,
souvent, celle qui a craint un homme honnte s'abandonne  un habile
vaurien.

N 4.--On a vu, au chapitre des empchements au mariage, que l'amiti
doit exclure l'amour. C'est l, certainement, un sentiment qui  sa
dlicatesse et qui indique le haut prix que, dans l'Inde,  cette
poque, on attachait  l'amiti. En France, on a peine  croire  des
rapports de pure amiti entre un homme et une femme, tous deux jeunes,
quoique beaucoup d'hommes y soient rellement ports, surtout dans la
premire jeunesse, pour des femmes un peu moins jeunes. Ces amours
platoniques sont gnralement plus durables et plus dvous que les
amours charnels.



CHAPITRE II

Hommes heureux auprs des femmes.

Les hommes qui ont des succs auprs des femmes sont: Ceux qui possdent
la science de l'amour; les conteurs agrables; ceux qui, ds leur
enfance, ont vcu dans la compagnie des femmes; ceux qui savent gagner
leur confiance; ceux qui leur envoient des prsents; les beaux parleurs;
ceux qui savent complaire  leurs dsirs; ceux qui n'ont pas encore aim
d'autre femme; les courtiers d'amour; ceux qui connaissent leurs cts
faibles; ceux qui sont dsirs par les femmes honntes, ont bon air,
bonne mine; ceux qui ont t levs avec elles; leurs voisins; les
hommes qui se donnent tout entiers aux plaisirs charnels, fussent-ils
mme leurs propres serviteurs; les amants des soeurs de lait; les hommes
qui taient maris il y a peu de temps (et devenus veufs); ceux qui
aiment le monde et les parties de plaisir; les hommes gnreux; ceux
renomms pour leur force (hommes taureaux); les hommes braves et
entreprenants; les hommes suprieurs  leur mari en connaissance, en
belle prestance, en bonnes qualits, en gnrosit; les hommes qui
s'habillent et vivent magnifiquement[51].

[Note 51: Sur cette longue liste les dames hindoues n'ont que l'embarras
du choix; l'occasion d'empcher un homme de mourir d'amour ne leur
manque jamais.]

Quand on tient  sa rputation, on ne cherche jamais  sduire une jeune
femme craintive, timide,  laquelle on peut se fier, qui est bien garde
ou qui a un beau-frre ou une belle-mre (l'abstention est donne ici
comme rgle de prudence, mais non de morale ou de religion).

Quand une femme s'offense et repousse d'une manire blessante l'homme
qui la courtise, il doit y renoncer de suite. Quand, au contraire, en le
grondant, elle continue  se montrer gracieuse et affectueuse pour lui,
elle ne doit rien ngliger pour continuer  s'en faire aimer.



CHAPITRE III

Femmes qui se donnent facilement.

Voici maintenant la liste des femmes faciles:

Celles qui se tiennent toujours sur la porte de leur maison ou regardent
constamment dans la rue; celles qui vont toujours causer chez leurs
voisins; celles qui regardent les hommes fixement ou de ct[52]; les
courtires d'amour; celles dont on ne connat pas bien la caste et la
famille; celle qui aime trop le monde; la femme d'un acteur; une veuve;
une femme pauvre; la femme avide de plaisir; la femme orgueilleuse de
ses talents; celle ddaigne par ses gales en beaut et en rang; la
femme vaine et frivole; celle qui frquente les femmes galantes; celle
dont le mari est souvent absent, en voyage, ou vivant  l'tranger. La
femme dont le mari a pris une seconde pouse sans raison lgitime; celle
qui n'a pas eu d'enfant de son mari et qui a perdu tout espoir d'en
avoir de lui; celle qui, tant marie, reste abandonne  elle-mme,
dont personne ne s'occupe; celle qui affiche un amour excessif pour son
mari; celle dont le mari a plusieurs jeunes frres[53]. La femme qui a
pour poux un homme qui lui est infrieur par le rang et les capacits;
celle dont l'esprit est troubl par la sottise et les mauvais procds
de son mari; celle qui a t marie enfant  un homme riche, et qui,
devenue grande, ne l'aime point, et veut un amant possdant les qualits
qui la captivent; celle dont le mari est quinteux, jaloux, dbauch. La
femme d'un joaillier; une femme jalouse, ambitieuse, galante. La femme
avide, peureuse, boiteuse, nave, difforme, triviale, de mauvaise odeur,
maladive, vieille[54].

[Note 52: Cela revient  dire qu'une honnte femme ne doit pas du tout
regarder les hommes.]

[Note 53: On sait que, dans l'Inde, les jeunes frres vivent en
communaut avec leur an, de l un dsordre si frquent que la femme de
l'an est toujours suppose de moeurs faciles. C'est de l sans doute
qu'est ne la polyandrie. Dans le Mahabarata, les cinq fils de Pandou
ont la mme femme lgitime. La polyandrie existe lgalement sur une
large base au Thibet et dans les provinces de l'Inde limitrophes de
cette contre.]

[Note 54: Les catgories des femmes faciles sont si nombreuses qu'elles
doivent comprendre presque toutes les personnes du sexe. Aussi un
ministre protestant crivait-il au milieu de notre sicle qu'il
n'existait presque point de femmes vertueuses dans l'Inde.]

Dans toute l'Inde, le chef du village, le prpos du roi et le glaneur
de bl[55] obtiennent les faveurs des femmes du village rien qu'en les
demandant, c'est pourquoi on donne  cette classe de femmes le nom de
femmes galantes ou catins.

[Note 55: C'est une sorte de valet public entretenu par tous les
habitants du village, et qui travaille pour eux tous; il fait les
besognes communes et celles de propret et d'hygine publiques. Il
semble qu'alors cet emploi n'tait pas mpris. Aujourd'hui, dans le sud
de l'Inde, le valet du village est un pariah (hors caste), avec lequel
aucune femme de caste, mme infrieure, ne voudrait avoir de rapports.]

Les trois hommes sus-dsigns ont commerce avec elles  l'occasion du
travail commun, de la rentre des bls en magasin, du nettoyage des
habitations, du travail dans les champs, des divers achats, ventes et
changes.

De mme les contrleurs des tables jouissent des femmes dans les
tables; les employs chargs de la surveillance des veuves, des femmes
sans soutien et de celles qui ont quitt leurs maris, ont commerce avec
ces femmes[56].

[Note 56: D'aprs ces dtails, dans ce temps-l, une femme de la
campagne se donnait toutes les fois qu'elle en avait l'occasion; cela a
lieu gnralement encore aujourd'hui; le dvot auteur du _Kama-Soutra_
trouve cela tout naturel et n'a de blme ni pour les employs qui
tiraient un tel parti de leur situation, ni pour les pres et les frres
qui avaient commerce avec leurs belles-filles et leurs belles-soeurs;
il leur conseille seulement le secret dans certains cas. En Russie,
du temps de l'esclavage, cette promiscuit a exist chez les Mougicks
(Leroy Beaulieu).]

Ceux qui sont aviss rdent la nuit dans le village  cette fin, pendant
que les villageois s'unissent  leurs belles filles restes seules
en l'absence de leurs fils. Enfin les contrleurs des marchs ont
continuellement commerce avec elles au moment o elles viennent faire
leurs achats au march.


APPENDICE AU CHAPITRE III

Les latins: Ovide, Catulle, Martial, Juvnal et Ptrone.

A en croire les potes et Sutone, il n'y avait gure plus de moeurs 
Rome sous les douze Csars que dans l'Inde, o la dcence tait du moins
toujours observe. Citons les auteurs.

Ovide, _les Amours, _livre II. Conseils aux maris.

Cruel mari, tu as donn un gardien  ta tendre pouse: peine inutile!
Une femme se garde elle-mme et celle-l seule est chaste qui ne l'est
point par crainte.

(Pense exprime par Manou dans les mmes termes).

C'est sottise de s'offenser de l'infidlit d'une pouse; c'est bien
mal connatre les moeurs d'une ville fonde par les deux jumeaux fils de
Mars et de Vnus.

Pourquoi prendre une femme belle si on la veut vertueuse?

Sois un mari complaisant, ton pouse te donnera beaucoup d'amis.
Cultive-les et tu auras un grand crdit; tu seras de toutes les parties
fines et galantes et mille objets prcieux orneront ta maison sans te
rien coter.

La Lesbie de Catulle tait une femme marie et cependant, par
libertinage ou par cupidit, elle se livrait, dit le pote, au coin
des rues aux amoureux caprices des enfants de Romulus. Il est vrai que
Catulle, comme tous les jeunes romains de son temps, avait toujours un
mignon en mme temps qu'une matresse.

Martial, livre XII. A Milon.

Tu vends de l'encens, du porc et des bijoux, et la denre suit
l'acheteur; mais ta meilleure marchandise est ta femme, car vendue et
revendue, on ne l'emporte jamais.

Un mari qui ne fut pas complaisant ce fut Jean de Laval, sire de
Chteaubriant.

Franoise de Foix, son pouse, fut attire par ruse  la cour de
Franois Ier, malgr son mari qui l'aurait tue pour la soustraire aux
poursuites du roi, si celui-ci ne l'avait loign.

Prise de force par le roi, elle consentit ensuite  tre sa matresse en
titre; elle le fut durant neuf annes pendant lesquelles,  l'occasion,
elle eut encore quelques autres amants. Dlaisse ensuite par le roi,
elle retourna chez son mari qui lui fit ouvrir les quatre veines.

Catulle (84), sur le mari de Lesbie, sa matresse.

En prsence de son mari, Lesbie me dit mille injures. Le sot est au
comble de la joie. Butor, tu ne te doutes de rien. Si elle ne pensait
pas  moi, elle se tairait, et ton honneur serait sauf.

Le mme (85), sur Gellius.

Gellius est mince comme une feuille: qui pourrait s'en tonner? Il
a une mre si bonne, si vaillante, une soeur si jolie, un oncle si
complaisant; il compte dans sa famille tant d'aimables cousines!
Comment pourrait-il engraisser? Aussi, en ne comptant que ses exploits
incestueux, on devine la cause de sa maigreur.

Martial, livre XII, 20. A Fabullus.

Vous demandez, Fabullus, pourquoi Timon n'a pas de femme? Il a une
soeur.

Le mme. A Chlo.

Tu t'offres au premier venu. Que tu es populaire! Tu mrites le nom de
Demophyle (amante du peuple).

Properce, X. A sa matresse.

Tes amants sont plus nombreux que ceux de Las et de Phryn. Il n'est
rien que l'amour ne se permette dans Rome. A quoi sert d'avoir lev des
autels  la pudeur, si l'pouse peut rejeter  son gr toute contrainte.
Bien coupable fut la main qui peignit la premire des objets obscnes
et souilla par de honteuses images la chastet de nos demeures; elle
corrompit l'innocence en flattant les yeux.

Juvnal, dans la Satyre X, parle des nombreux maris qui, impuissants ou
odieux  leurs femmes, recouraient  des esclaves pour leur faire des
enfants, afin de s'assurer leur fortune.

Sans moi, dit un esclave, ta femme ft reste vierge; elle voulait
fuir vers un autre hymen, mais je l'ai retenue pme sous mes caresses,
pendant qu' la porte de ta chambre nuptiale, tu pleurais en entendant
les cris de plaisir pousss par ta femme et les craquements du lit.

Dans combien de maisons l'adultre a maintenu le lien conjugal presque
dtach!

Ptrone. C'est dans le _Satyricon_ de Ptrone qu'on voit le mieux
jusqu'o allaient les dbordements des femmes; nous en dtacherons comme
renfermant les traits les plus saillants la peinture des moeurs d'une
des inities aux mystres de Priape. Elle complte ce que nous disons
dans l'Introduction sur le culte de ce dieu. Nous engageons le lecteur 
se reporter au texte de Ptrone dont l'enjouement ne peut tre reproduit
dans l'abrg auquel nous devons nous borner.

Vers le soir, dans un lieu solitaire, passent prs de nous deux femmes
d'assez bonne tournure, nous les suivons et entrons aprs elles dans une
chapelle o nous distinguons grand nombre de femmes armes d'normes
phallus;  notre vue celles-ci poussent un cri immense; nous nous
chappons avant qu'elles puissent nous saisir.

A peine sommes-nous dans notre logis que nos deux femmes y pntrent;
l'une, Quintilla, voile, l'autre, Psych, sa suivante, tenait par la
main Panychis, jolie petite fille d'environ sept ans. Quintilla me fait
promettre de ne point divulguer les mystres de Priape, puis se jetant
sur ma couche, elle demande un calmant pour la fivre qui la consume.
Je me mets en devoir tandis qu'Aschyte tient tte  Psych et que Giton
s'amuse avec Panychis; mais glacs par la surprise nous restons
impuissants. Quintilla sort furieuse, puis revient avec des inconnus
qui nous saisissent et nous transportent dans un palais somptueux. L,
Psych nous garotte avec des rubans, m'abreuve de Satyrion et en inonde
le corps d'Aschyte, tandis que la petite fille, pendue au cou de Giton,
lui donne mille baisers.

Pour notre chtiment, un baladin, vtu d'une robe couleur de myrthe,
retrousse jusqu' la ceinture, tantt nous reinte de ses violents
assauts, tantt nous souille de ses baisers immondes, jusqu' ce que
Quintilla, qui prsidait une baguette  la main et la robe galement
releve, ordonne qu'il nous laisse aux mains d'une troupe de lutteurs
qui nous frottent d'huile et nous raniment. Nous mettons des habits de
table et prenons  un banquet excellent arros de vieux Falerne une part
assez belle pour qu' la fin le sommeil nous gagne.--Eh quoi! s'crie
Quintilla, vous dormez alors que cette nuit appartient tout entire 
Priape.

Aprs une trve  l'orgie, la bruyante musique d'une joueuse de
cymbales nous rveille tous. Le feslin recommence avec une gaiet toute
bachique. Le baladin me crache sur la face un baiser infect, se campe
sur mon lit, relve, malgr nous, nos tuniques et me broie  plusieurs
reprises, chaque fois longtemps, mais toujours au-dessus de son but.
Sur son front baign de sueur, des ruisseaux de fard coulaient dans les
rides creuses dans son masque de craie. Sa face ressemblait  un vieux
mur dcrpit que sillonne la pluie.

Ascytte,  son tour, subit le mme supplice. Comme Giton se tordait de
rire, Quintilla le remarque, et ayant appris qu'il est mon favori, elle
lui colle un baiser, puis elle passe la main sous sa tunique et le
tte.--Tu seras bon, dit-elle, demain pour mes prmisses; aujourd'hui
j'ai t trop largement servie pour goter un aussi mince besogneur.
Mais toi, je vais te pourvoir  ta convenance.

Elle appelle prs d'elle Panychis. Je fais des objections  cause de
l'ge.--Bah! rpond Quintilla, j'ai commenc plus tt et je ne sais plus
quand. A son ge j'ai trouv un pied  chausser..

A la demande et aux applaudissements de tous, l'adolescent et la
fillette se prennent pour poux. Prcde du baladin qui porte un
flambeau, Panychis marche vers l'hymne, la tte haute et couverte
du flammeum, entre deux files de femmes ivres qui battent des mains.
Quintilla saisit lubriquement Giton et l'entrane vers la chambre 
coucher. Les voil clos et dans le mme lit-, tout le monde au seuil
de la porte. Quintilla regarde leur jeu par une ouverture habilement
dissimule et elle m'attire pour regarder avec elle. Comme nos deux
visages se touchent, elle becquette mes lvres par intervalles.

Tout  coup se prcipite dans la salle avec fracas et l'pe haute
un soldat de la garde nocturne suivi d'une troupe de jeunes gens. Il
apostrophe Quintilla: Coquine! tu donnes  un autre la nuit que tu
m'avais promise! Eh bien, vous allez voir tous deux que je suis un
homme.

Il me fait attacher troitement sur Quintilla tendue  terre, bouche
contre bouche, membres contre membres. Puis, sur son ordre, le baladin
assouvit sur moi pleinement son immonde passion.

On entend un cri: c'est Panychis qui, sous les efforts de Giton, est
devenue femme. mu par cette dcouverte, le soldat s'lance brusquement
vers eux et enlace de ses bras nerveux, tantt l'pouse, tantt l'poux,
tantt tous deux  la fois. La petite crie de douleur et implore merci;
mais le bourreau s'acharne jusqu' ce qu'une vieille dvoue  Quintilla
se prcipite dans la salle en criant: Aux voleurs! la garde, la garde,
on dvalise le voisin! Alors le soldat dtale avec ses compagnons, et
nous fuyons ce lieu de tortures.



CHAPITRE IV

Manire de faire la connaissance d'une femme que l'on dsire.

Voici comment on se lie avec la femme que l'on aime.

1 On s'arrange de manire  tre vu d'elle, soit en allant chez elle
ou la recevant chez soi; soit en faisant sa rencontre chez un ami, un
membre de la mme caste, un mdecin ou un ministre, ou bien aussi,  des
mariages, des sacrifices, des ftes, des funrailles, des parties aux
jardins publics (Appendice N 1).

2 Dans chaque rencontre, on la regarde, de manire  lui faire
connatre ce qu'on prouve pour elle; on se tire la moustache, on se
mord la lvre infrieure, on fait du bruit avec les ongles ou avec les
ornements que l'on porte, et d'autres signes de mme sorte. Lorsqu'elle
vous regarde, on parle d'elle, par comparaison avec d'autres femmes,
 ses amis, et l'on fait montre de gnrosit et d'amour du plaisir.
Quand, sous ses yeux, on est assis  ct d'une autre femme, on affecte
l'ennui, la distraction, la fatigue, l'indiffrence  ce que dit cette
amie; on tient, avec un enfant, ou avec quelqu'autre, une conversation 
double entente, ayant trait en ralit  celle que l'on aime, bien qu'il
paraisse tre question d'une autre, et, de cette manire indirecte, on
lui manifeste son amour, tout en n'ayant point l'air de s'adresser 
elle.

On trace sur le sol, avec les ongles ou un stylet, des figures qui se
rapportent  elle. En sa prsence, on embrasse un enfant, on lui donne
avec la langue un mlange de feuilles et de noix de btel et on lui
caresse le menton avec la main. Tout cela doit tre fait en temps et
lieu opportuns (tout cela est plus bizarre que malin; Chauvin en sait
aussi long et va plus vite en besogne).

3 On dorlote un enfant assis sur elle, et on lui donne un jouet que
l'on reprend pour lui parler; puis on le lui rend et ainsi on entre en
connaissance avec elle et dans les bonnes grces de ses parents. On
prend prtexte de ce commencement pour venir souvent  la maison; et,
dans ces occasions, on parle d'amour quand elle n'est pas dans la mme
pice, mais assez rapproche pour entendre.

On devra la charger d'un dpt ou d'un gage, en reprendre de temps 
autre une partie; on lui donne  garder pour soi quelques parfums ou des
noix de btel. Ensuite le soupirant amnera une liaison entre elle et
sa propre femme, de telle sorte qu'elles aient entre elles des
conversations confidentielles et des  parte (joli rle pour sa moiti);
afin de multiplier les occasions de se voir, il s'arrangera pour que
les deux familles aient le mme forgeron, le mme joaillier, le mme
vannier, le mme terrassier, le mme blanchisseur. Il pourra alors lui
rendre ouvertement de longues visites sous prtexte d'affaires, en
faisant sortir une affaire d'une autre.

Toutes les fois qu'elle a besoin de quelque chose, ou d'argent, ou
d'apprendre un des soixante-quatre arts, lui faire voir qu'il veut et
peut faire ce qu'elle dsire et lui montrer tout ce qui peut lui plaire.
De mme, l'entretenir en compagnie des faits et gestes des gens et de
divers sujets, tels que les bijoux, les pierres prcieuses. Dans ce cas,
lui montrer certains objets dont elle ne connat point les prix et, si
elle conteste les valuations, ne point la contredire et se montrer
d'accord avec elle en tout point (_App. 2_).

Telle est la manire d'entrer dans l'intimit d'une femme.


APPENDICE AU CHAPITRE VI

Ovide, _Art d'aimer,_livre I.

N 1.--Au cirque, asseyez-vous auprs de votre matresse,
approchez-vous d'elle le plus possible, pressez-la de voire corps en
prtextant le peu d'espace. Entrez en conversation en lui parlant
d'abord de choses gnrales.

S'il tombe un peu de poussire sur son sein, enlevez-la d'un doigt
lger. S'il n'y a rien, tez-le quand mme.

Relevez avec empressement ses vtements, s'ils tombent  terre, et
empchez que rien ne les salisse.

Veillez  ce que ceux qui sont assis derrire elle n'appuient pas leurs
genoux contre ses blanches paules. Les coeurs lgers se prennent par de
petits soins. Que d'amants ont t largement pays d'avoir vent une
beaut, d'avoir  propos arrang pour elle un coussin ou plac un banc
sous ses pieds!

N 2.--Lorsque, autour de la table du festin, vous serez assis prs
d'une belle sur le mme lit, vous pourrez dire,  mots couverts, mille
choses que la belle sentira s'adresser  elle, lui faire lire votre
amour dans des emblmes. Que votre regard dcle votre flamme, que votre
visage muet exprime votre passion. Saisissez le vase qu'elle vient
de porter  sa bouche et buvez du mme ct (en Allemagne les poux,
pendant toute leur vie, boivent  table dans le mme verre). Prenez des
mets qu'elle aura touchs, et qu'alors votre main rencontre la sienne.

Gagnez l'amiti de son poux. Si l'on boit  la ronde, laissez-le boire
avant vous. Mettez sur sa tte votre couronne; lors mme qu'il serait
d'un rang infrieur au vtre, faites qu'il soit servi toujours le
premier; soyez toujours de son avis.

Simulez une lgre ivresse et,  la faveur de cette feinte, tenez 
votre belle des propos galants. Souhaitez-lui d'heureuses nuits, des
nuits de bonheur partag. Au moment o l'on se lve de table, profitez
du mouvement qui se fait alors pour vous approcher de votre belle, lui
serrer la taille et, de votre pied, toucher le sien.

Alors commencez hardiment l'attaque; dites et faites croire que vous
tes mortellement bless. En jouant l'amour vous prendrez rellement.

Soyez prodigues de promesses; ce sont elles qui entranent les femmes.
Prenez tous les dieux  tmoin de vos engagements. Pour tromper Junon,
Jupiter jurait par le Styx; il livre en riant aux enfants d'ole les
parjures des amants.

Croyons, _car cela est ncessaire_ [57], qu'il y a des dieux _qui ne
sont pas inertes_ [58] et qui nous voient; vivons dans l'innocence, la
bonne foi et le respect religieux des serments, et ne nous jouons que
des belles. C'est le seul cas o nous ne devons pas avoir honte de la
fraude. Trompons le sexe trompeur. Les femmes ont le privilge de la
perfidie; qu'elles tombent dans les piges qu'elles-mmes ont dresss.

[Note 57: Les mots en italiques prouvent qu'Ovide tait sceptique, au
moins en ce qui concerne les dieux, comme, du reste, tous les gens
instruits de son temps.]

[Note 58: Allusion aux coles philosophiques qui admettaient un dieu ou
des dieux inertes, c'est--dire qui niaient la providence.]



CHAPITRE V

Comment on reconnat les sentiments et les dispositions d'une femme.

Quand on s'efforce de sduire une femme, il faut reconnatre ses
dispositions et agir comme il suit.

Si elle coute les doux propos, mais sans manifester en aucune manire
ses intentions, il faut recourir  une entremetteuse.

Si, aprs une entrevue, elle se rend  une seconde mieux pare qu'
la premire, ou si elle vient trouver le poursuivant dans un lieu
solitaire, celui-ci peut tre certain qu'elle ne lui opposera qu'une
faible rsistance.

Une femme qui encourage un homme et ne se donne pas est une tricheuse
en amour; mais,  cause de l'inconstance de l'esprit fminin, elle peut
finir par cder, si on reste toujours en liaison intime avec elle (App.
1).

Quand une femme fuit les attentions d'un homme et, par respect pour lui
et pour elle-mme, vite de se trouver avec lui ou de s'approcher de
lui, il peut la sduire, mais avec beaucoup de difficult, soit en
s'efforant de se mettre avec elle dans des termes de familiarit, soit
en se servant d'une entremetteuse trs habile.

Lorsqu'une femme se rencontre seule avec un homme et lui touche le pied,
et puis par crainte ou indcision prtend qu'elle l'a fait par mgarde,
on peut en venir  bout par la patience et par des efforts continuels
comme les suivants.

Quand il lui arrive d'aller dormir dans son voisinage, l'homme passera
autour d'elle son bras gauche, et verra si, au rveil, elle le repousse
srieusement ou de manire  laisser deviner qu'elle dsire qu'il
recommence. Dans ce dernier cas, il l'embrassera plus troitement. Si
alors elle se dgage et se lve, mais sans rien changer  sa manire
d'tre habituelle avec lui, il en conclura qu'elle ne demande pas mieux
que de se rendre. Si, au contraire, elle ne revient pas, il lui enverra
une entremetteuse. Si elle reparat ensuite, il pourra la croire
consentante.

Quand une femme offre  un homme l'occasion de lui manifester son amour,
il doit en jouir de suite.

Voici les signes par lesquels elle fait connatre son amour.

Elle se rend chez l'homme qui lui a plu sans en avoir t prie.

Elle se fait voir  lui dans des lieux secrets.

Elle lui parle en tremblant et sans articuler les mots.

Elle a les doigts des pieds et des mains humides de sueur; le sang lui
monte au visage par l'effet du plaisir qu'elle prouve quand elle le
voit.

Elle se complat  lui _masser_[59] le corps et  lui presser la tte.

[Note 59: Le mot en italiques doit, dans certains cas, tre remplac par
_pincer avec les doigts_, ce qui, de la part de quelques personnes, est
une caresse.]

Quand elle le masse, elle n'y emploie qu'une main et, avec l'autre, elle
touche et embrasse des parties de son corps.

Elle laisse ses deux mains poses sur son corps sans mouvement comme par
l'effet d'une surprise ou de la fatigue.

Elle place une de ses mains au repos sur son corps, et quand il serre
cette main entre deux de ses membres, elle la laisse ainsi longtemps
sans la retirer.

Enfin, quand elle a rsist un jour jusqu'au bout aux efforts de l'homme
pour la possder, elle retourne le lendemain pour le masser comme
auparavant.

Quand une femme, sans encourager ni viter un homme, se cache et
s'isole, il faut recourir  une servante qui l'approche (App. 2).

Si, malgr cela, elle continue  s'isoler, on ne peut la sduire qu'
l'aide d'une entremetteuse habile. Mais si elle ne fait rien rpondre
par celle-ci, il faut rflchir avant de faire de nouvelles tentatives.


APPENDICE AU CHAPITRE V

Ovide, _Art d'aimer_, livre I.

N 1.--Sondez d'abord le terrain par un billet doux qui fasse votre
premire dclaration, qu'il exprime votre tendresse et renferme, quelque
soit votre rang, de vives prires.

Promettez, promettez beaucoup, cela cote si peu. C'est l une richesse
que tout le monde possde. Quand vous aurez donn, on vous quittera, car
on sera pay d'avance. L'important et le difficile, c'est d'obtenir une
premire faveur avant d'avoir rien donn; pour ne pas en perdre le prix,
on vous en accordra toujours de nouvelles.

Si on vous renvoie votre billet sans le lire, ne vous rebutez pas de ce
refus et insistez. Si, aprs avoir lu votre lettre, on la laisse sans
rponse, continuez vos crits, on finira par vous crire. Peut-tre vous
priera-t-on de cesser vos poursuites! Continuez-les, on dsire ce qu'on
repousse; vous verrez bientt vos voeux accomplis.

Si vous rencontrez votre matresse couche dans sa litire, abordez-la,
mais comme par hasard. Prenez garde qu'un rival ne vous entende et
exprimez-vous par des phrases  double sens.

N 2.--N'pargnez rien pour gagner la femme de chambre, si elle est la
confidente de sa matresse. Saisissez le moment o celle-ci se plaindra
de l'infidlit de son poux et de l'offense d'une rivale. Que, le
matin, la soubrette, en peignant ses cheveux, attise son courroux;
qu'elle lui dise  demi-voix:--Non, je ne pense pas, vous ne pouvez lui
rendre la pareille. Qu'ensuite elle parle adroitement de vous; qu'elle
jure que vous tes fou d'amour, que vous en mourrez, surtout qu'elle se
hte de peur que l'orage ne se dissipe. La colre d'une belle est comme
le nuage qui lance l'clair, mais se fond vite.

Attachez-vous les valets eux-mmes. Vous pouvez, sans vous dgrader,
les saluer chacun par son nom et leur prendre la main. Ajoutez  cela
quelques petits cadeaux s'ils vous en demandent; mettez dans vos
intrts tout ce monde, y compris le portier et l'esclave qui veille 
la porte de la chambre  coucher.



CHAPITRE VI

CONCLUSION DU TITRE IX

La connaissance d'une femme une fois faite, si elle trahit son amour par
divers signes extrieurs et par les mouvements de son corps, l'homme ira
jusqu'au bout; toutefois, avec une vierge, il usera de dlicatesse et de
prcaution.

Quand il a triomph de sa timidit, il fait avec elle un change de
prsents, habits, anneaux, fleurs; ces prsents doivent tre beaux et
de prix. Il lui demandera de porter dans ses cheveux ou  la main les
fleurs qu'il lui aura donnes. Puis il l'emmnera  l'cart, la baisera
et l'enlacera. Enfin, au moment o il changera avec elle du bthel et
des fleurs, il lui touchera et lui pressera l'yoni, et, aprs l'avoir
excite, il arrivera  ses fins.

Quand on courtise une femme, il ne faut pas, dans le mme temps,
chercher  en sduire une autre. Mais quand on a russi auprs de la
premire et joui d'elle assez longtemps, on peut conserver son affection
en lui faisant des prsents qui peuvent la satisfaire et ensuite
entreprendre une autre conqute (App. 1).

Quand on voit le mari se rendre  quelque endroit voisin de la maison,
il ne faut rien faire  la femme, lors mme qu'il est facile d'obtenir
son consentement[60].

[Note 60: Il faut sans doute attribuer  quelque superstition ce
scrupule fort surprenant aprs une absence si complte de scrupules dans
tout ce qui prcde.]

En rsum, l'homme se fait introduire prs de la femme et engage
une conversation avec elle. Il lui fait connatre son amour par des
insinuations et, si elle l'encourage, commence sans hsiter un sige en
rgle.

Une femme qui,  la premire entrevue, manifeste son amour par des
signes extrieurs, s'obtient trs facilement. De mme, une femme qui,
aux premiers propos d'amour qu'on lui adresse, exprime ouvertement de
la satisfaction, peut tre de suite considre comme prise. En rgle
gnrale, quand une femme, qu'elle soit sage, nave ou confiante, ne
dguise point son amour, elle a dj capitul.

Voici quelques aphorismes en vers  ce sujet.

Le dsir qui nat de la nature et est augment par l'art, et dont la
prudence carte tout danger, acquiert force et scurit. Un homme habile
et de ressources observe avec soin les penses et les sentiments des
femmes et vite tout ce qui peut les blesser ou leur dplaire; de cette
manire, il russit gnralement auprs d'elles.

Un homme habile qui a appris par les Shastras les moyens de faire la
conqute des femmes des autres, n'est jamais _un mari tromp._

Il ne faut pas, cependant, se servir de ces moyens pour sduire les
femmes maries, parce qu'ils ne russissent pas toujours, qu'ils
exposent  de cruelles msaventures et  la perte du Darma (mrite
religieux) et de l'Artha (la richesse).

L'art de la sduction a t dcrit ici pour le bien de tous et pour
apprendre aux maris  garder leurs femmes: on ne doit pas s'en servir
_uniquement_ pour prendre les femmes des autres[61].

[Note 61: Voir l'observation en tte de l'Appendice.]


APPENDICE AU CHAPITRE VI

L'hypocrisie de cette justification finale est manifeste. Ce qu'il faut
blmer surtout dans notre auteur, c'est d'autoriser la sduction faite
de propos dlibr.

On voit, dans des romans remarquables et dans la vie relle, des amants
qui ne se sont donns l'un  l'autre qu'aprs avoir rsist sincrement
 leur passion et  qui leur honorabilit sur tous les autres points a
fait presque pardonner l'irrgularit de leur union tenue plus ou moins
secrte. Telle parat avoir t la liaison de Properce avec Cynthie qui
tait marie et  laquelle le pote adressa des loges et des regrets
loquents qu'il faut citer.

N1.--lgie XIX. Sa danse est plus gracieuse que celle d'Ariadne
conduisant les choeurs. Sa lyre le dispute  celle des Muses. Ses crits
surpassent ceux de l'antique Corine et ses posies celles de la clbre
rinne.

La couche du matre des dieux la recevra un jour, car la terre n'a pas
vu depuis Hlne une beaut si accomplie.

L. II, lgie XV. Que de fois j'ai partag ta couche, et cependant mes
_prsents ne m'ont point achet une de ces nuits fortunes;_ qu'on me
serre les bras avec une chane d'airain, pour voler vers toi,  mon
amie! je saurai briser l'airain le plus dur. Oui, Cynthie, je serai 
toi jusqu' ma dernire heure; fidles au mme serment, le mme jour
nous emportera tous deux.

Je ne crains point,  ma Cynthie, le sjour des ombres, mais seulement
que ton amour fasse dfaut  ma tombe, car le mien m'a pntr si
profondment que ma cendre ne pourra s'en sparer.

  Non ego nunc tristes vereor, mea Cynthia, manes
  Sed ne forte tuo careat mini funus amore.

Properce, plus jeune que Cynthie, lui survcut sans l'oublier; de sa
tombe, elle lui inspira encore de beaux vers.

L. IV, lgie VII. L'ombre de Cynthie.

Je la vis s'incliner sur ma couche. Elle avait les mmes yeux, la
mme chevelure que sur le lit funbre; mais ses vtements taient 
demi-brls.

Perfide, me dit-elle, faut-il que le sommeil ferme dj tes yeux; as-tu
dj oubli nos amoureux larcins et cette fentre  laquelle je me
suspendais tour  tour de chaque main pour me jeter dans tes bras.
Souvent les rues furent les tmoins de nos caresses, la voie fut
chauffe de nos vtements et par nos poitrines serres l'une contre
l'autre. O sont tes muets serments? Personne ne m'a ferm les yeux 
mon dernier instant. Ingrat! pourquoi n'as-tu pas apport toi-mme la
flamme sur mon bcher.

J'en jure par le Destin, et que Cerbre pargne mon ombre si ma parole
est vraie, je ne te fus jamais infidle; si je mens, que le serpent
siffle sur mon tombeau et repose sur mes tristes restes; pour moi, je me
tais sur tes nombreuses perfidies.

Aujourd'hui, si les enchantements de Doris ne t'ont rendu ma mmoire
indiffrente, coute ma prire:

Que ma nourrice Parthnie ne manque de rien dans sa tremblante
vieillesse, elle qui a toujours favoris ton amour sans recevoir de
prsents. Brle les vers que tu fis pour moi; arrache de mon tombeau le
lierre qui brise mes os; sur les bords fleuris de l'Anio, lve  ma
cendre une colonne o tu graveras une pitaphe digne de Cynthie.

Ne ddaigne point un songe qui vient par la porte pieuse; la nuit
permet aux ombres d'errer  leur gr, mais le matin nous rappelle
aux rives du Lth. Adieu, sois maintenant  d'autres; bientt je te
possderai seule et mes ossements se presseront contre les tiens.




                               TITRE X

                         DU COURTAGE D'AMOUR



CHAPITRE I

Des auxiliaires pour les intrigues amoureuses.

Charayana dit qu'on peut se lier, pour tre assist par eux dans des
affaires de coeur, avec des gens de condition infrieure: des buandiers,
des barbiers, des vachers, des fleuristes, des droguistes, des
aubergistes, des mendiants, des marchands de btel, de pithamardas
(magisters), des vitas (parasites) et des vidashka (bouffons).

On peut aussi avoir pour amies officieuses les femmes de ces gens.

Les auxiliaires ncessaires dans les intrigues amoureuses doivent
possder les qualits suivantes: adresse, hardiesse, pntration,
absence de scrupule et de honte, observation et apprciation exacte de
tout ce qui se dit et se fait et de l'intention.

Bonnes manires, connaissance des temps et des lieux favorables pour
chaque chose, initiative, intelligence vive, jugement rapide, esprit de
ressources pour parer  tout sur le champ.

On distingue plusieurs sortes d'entremetteuses ou messagres
d'amour[62]:

1 _L'entremetteuse qui fait tout_ est celle qui, ayant remarqu l'amour
mutuel de deux personnes, s'emploie spontanment  les runir l'une 
l'autre[63].

2 _L'entremetteuse pour son propre compte_, c'est la femme qui va
trouver un homme dont elle veut tre la matresse, ou bien celle qui,
charge d'une intrigue, travaille pour elle-mme (App. 1).

3 La femme marie qui sert d'intermdiaire  son poux[64].

4 L'entremetteuse qui porte seulement une lettre; elle apporte la
rponse, le plus souvent orale[65].

5 Quand le billet doux est cach dans un bouquet de fleurs et la
rponse de mme, on dit que la messagre est muette.

6 _L'entremetteuse qui fait l'office du vent_ est celle qui porte un
message  deux sens dont le vritable ne peut tre compris que par la
personne  laquelle on s'adresse; la rponse peut se rendre de mme.

Une femme astrologue ou diseuse de bonne aventure, la soubrette, la
mendiante, l'ouvrire, sont d'habiles entremetteuses qui gagnent vite la
confiance des femmes.

Elles savent brouiller les gens entre eux quand il le faut, vanter les
charmes d'une femme et ses talents dans l'art des volupts.

[Note 62: Dans cette numration que nous abrgeons, on reconnat encore
l'amour des crivains de l'Inde pour les catgories et les divisions qui
dpasse mme la manie casuistique.]

[Note 63: C'est l'entremetteuse que, par un jeu d'esprit, Socrate loue
beaucoup  la fin du _Banquet_, disant que le mtier le plus beau est
celui qui rapproche les coeurs en veillant la sympathie mutuelle.]

[Note 64: Dans ce passage et dans un autre concernant les intrigues du
roi (titre VIII, chap. II), on voit que la susceptibilit lgitime des
pouses tait peu mnage. Probablement celles qui consentaient  cette
complaisance le faisaient par un calcul personnel, comme Livie pour
Auguste et Mme de Pompadour pour le parc aux Cerfs de Louis XV.]

[Note 65: D'aprs le pre Gury, un serviteur ne peut, sans pch mortel,
 moins d'une raison grave (par exemple la crainte de perdre un moyen
d'existence qu'il ne retrouvera pas), accompagner son matre chez une
concubine, ni porter des messages  une courtisane.]

Elles savent aussi parler hardiment de l'amour d'un homme, de son
habilet dans les plaisirs sexuels et des femmes, mme plus belles que
celle qu'il poursuit, qui seraient heureuses de l'avoir pour amant; elle
explique les entraves que sa situation de famille met  ses dmarches.

Enfin, une entremetteuse peut, par des propos adroits, donner  un homme
une femme qui ne pensait mme pas  lui ou  laquelle il n'aurait pas
os aspirer.

Elle sait aussi ramener une femme  l'homme qu'elle a quitt pour un
motif quelconque et rciproquement.


APPENDICE AU CHAPITRE I

La femme de chambre qu'Ovide conseille de gagner est souvent une
entremetteuse qui travaille pour elle-mme; le pote indique la conduite
 tenir avec elle.

N 1.--Livre I. Vous me demandez s'il est avantageux de coucher avec la
confidente? Il est telle suivante que, par l, vous mettrez mieux dans
vos intrts; telle autre qui vous servira moins bien, car elle voudra
vous garder pour elle-mme le plus possible. D'ailleurs ce jeu, s'il
tait dcouvert, vous ferait conduire avec quelque ridicule. Si
cependant celle que vous avez prise pour mercure-galant vous plait
beaucoup par sa beaut, htez-vous de jouir de sa matresse et que la
soubrette ait ensuite son tour.

Quand vous aurez commenc l'attaque de la confidente, pressez-la
vivement et remportez vite la victoire, car c'est alors seulement que
vous serez  l'abri de toute trahison de sa part. Si vous tes vous
mme discret, vous aurez en elle une complice d'un dvouement  toute
preuve.

N 2.--L. III. Je me suis plaint, il m'en souvient, de la dfiance
qu'il fallait avoir de ses amis; ce reproche ne s'applique pas seulement
aux hommes. Si vous tes trop confiantes, jeunes beauts, d'autres
chasseront sur vos brises et vous aurez fait lever le livre pour une
autre.

Cette amie complaisante qui vous prte sa chambre et son lit, plus d'une
fois je me suis trouv en tte--tte avec elle. Si vous voulez que la
rponse ne s'attarde pas, vitez d'employer une messagre trop jolie.



CHAPITRE II

Rle de l'entremetteuse

L'entremetteuse gagne la confiance de la femme en se conformant  son
humeur et  ses volonts; ensuite elle s'efforce de lui faire prendre
son mari en haine ou en mpris. Elle commence par des conversations
artificieuses, par exemple en lui indiquant des recettes pour avoir
des enfants, en causant avec elle de tout le monde, en lui racontant
beaucoup d'histoires, surtout sur les autres femmes maries, en exaltant
sa beaut, sa sagesse, sa gnrosit, son bon naturel[66].

[Note 66: L'entremetteuse faisait l'office du Roman moderne qui, dans
tous les cas, donne tort au mari. Elle jouait le rle qu'Ovide prte 
la femme de chambre gagne par l'amour. Ce rle de dnigrement est
loin de justifier l'loge humoristique que Socrate faisait du mtier
d'entremetteuse.]

Puis elle lui dira: Quel malheur qu'une femme comme vous soit afflige
d'un tel mari! Belle dame, il n'est mme pas digne d'tre votre valet.

Elle lui parlera ensuite de sa froideur, de sa jalousie, de sa
malhonntet, de son ingratitude, de son aversion pour les plaisirs,
de sa sottise, de sa ladrerie et de tous les autres dfauts qu'il peut
avoir et qu'elle peut connatre.

Si le mari est un homme livre (n 1) et la femme une femme cavale
(n 2), ou lphant (n3), elle fera ressortir ce genre d'infriorit
relative du mari[67].

[Note 67: L'auteur ne dit rien du cas de l'union suprieure ou trs
suprieure. Donc les dames indiennes le trouvent toujours bon; ailleurs,
les gots sont partags; quelques belles pensent que tout dpend de
l'habilet du jeu.]

Une fois le terrain dblay du mari, l'entremetteuse parle de la
soumission et de l'amour du soupirant. Quand elle a fait quelque progrs
dans la confiance de la femme, elle lui dit: Belle dame, ce jeune
homme, aprs vous avoir vu, a perdu la raison; l'infortun qui a
le coeur trs tendre n'a jamais souffert aussi cruellement, trs
probablement il succombera.

Si la jeune femme l'coute avec faveur, le lendemain l'entremetteuse,
aprs avoir reconnu ses bonnes dispositions sur son visage, dans
ses yeux et dans son langage, reprendra avec elle son entretien sur
l'amoureux, lui contera au long les amours d'Indra avec Ahalya[68] et
ceux de Dushyanti avec Sakountala[79] et d'autres semblables.

[Note 68: Ahalya, la femme du sage Gautama, sduite par Indra.]

[Note 69: Sujet du pome tant admir de _Goethe_.]

Elle vantera alors la force du jeune homme, ses talents et son habilet
dans les soixante-quatre sortes de volupts; elle dira aussi les bonts
qu'a eues pour lui quelque femme remarque, quand bien mme cela ne
serait pas vrai.

En outre l'entremetteuse observera avec beaucoup d'attention la manire
d'tre de la femme; si celle-ci est favorable, son accueil sera
empress, affectueux.

Elle aura avec l'entremetteuse des  parte o elle lui contera ses
peines; elle sera pensive, poussera de gros soupirs, lui fera des
prsents, lui rappellera les occasions de ftes, lui exprimera toujours
en la congdiant[70] le dsir de la revoir et lui dira plaisamment:
Ah! belle langue, pourquoi me dites-vous ces vilaines choses? Elle
discourera sur le pch qu'elle commettrait, ne dira rien des entrevues
et entretiens qu'elle aura eus avec l'amant, mais se fera interroger 
ce sujet; elle finira par rire du dsir du soupirant, mais sans montrer
aucun mcontentement.

[Note 70: Dans l'Inde, c'est toujours la personne qui reoit une visite
qui indique le moment de la sparation.]

Quand la femme a ainsi laiss voir ses sentiments, l'entremetteuse lui
apporte des tmoignages d'amour, comme des feuilles et des noix de
btel, des parfums, des fleurs, des bagues, des anneaux, tous portant
les marques des ongles et des dents de l'homme et d'autres signes. Sur
un habillement qu'il enverra seront imprimes avec du safran ses deux
mains jointes ensemble comme dans un transport d'amour.

L'entremetteuse montrera aussi des figures d'ornement de diffrentes
sortes dcoupes sur des feuilles, des pendants d'oreilles et des
guirlandes de fleurs contenant des billets doux et des dclarations
d'amour. Elle dcidera la femme  lui envoyer en retour des prsents
affectueux. Aprs que les deux amants ont chang des prsents,
l'entremetteuse arrangera une rencontre entre eux.

Babhravya est d'avis que, pour ne point tre remarqus, ils doivent
choisir le moment o le public est occup par des ftes civiles ou
religieuses, par le bain ou par quelque calamit publique.

Gonikaputra, au contraire, pense que ces rendez-vous doivent se donner
dans la demeure d'une amie, d'un mendiant, d'un astrologue ou d'un
ascte[71].

Vatsyayana dcide qu'il faut simplement choisir un lieu qui a une entre
et une sortie faciles et dispos de faon que ceux qui s'y trouvent
puissent s'en aller librement et en vitant toute rencontre fcheuse.

[Note 71: On voit que,  cette poque, les Asctes se prtaient  plus
d'un rle.]




                                  TITRE XI

                         CATCHISME DES COURTISANES



CHAPITRE I

Des diffrentes classes de courtisanes.

Les hommes sont avides de plaisir et une certaine classe de femmes
d'argent; on a du consacrer la dernire partie du _Kama-Soutra_ aux
moyens que celles-ci emploient pour se faire donner de l'argent ou, en
d'autres termes,  l'art des courtisanes (_App._ 1).

On peut ranger parmi les courtisanes diverses classes de femmes:

L'impudique;--la servante ou soubrette;--la femme galante ou catin
(femme de la campagne);--l'ouvrire libre[72];--la bayadre;--la femme
qui a quitt sa famille;--celle qui vit de sa beaut;--enfin celle qui
exerce rgulirement le mtier ou la la profession de courtisane[73].

[Note 72: On voit par cette numration combien tait servile et
dgrade la situation de la domestique, de la femme de la campagne et de
l'ouvrire, c'est--dire des quatre cinquimes des femmes. Il est vrai
que les Indiens n'attachaient  l'acte charnel aucune ide de faute,
mais seulement celle de complaisance, et le plus souvent d'obissance.]

[Note 73: On a vu que les courtisanes de premier rang avaient tous les
talents et toutes les connaissances que rclame une profession librale.
Aujourd'hui la _profession_ n'existe plus que pour les bayadres.]

Ces diffrentes sortes de courtisanes ont des rapports avec diffrentes
sortes d'hommes. Tout ce qui va tre dit sur les courtisanes s'applique
 ces rapports.


APPENDICE AU CHAPITRE I

N 1.--Bartiahari, stance 90. Les courtisanes sont les feux du dieu de
l'amour, elles l'alimentent avec leur beaut, et les libertins viennent
y sacrifier jeunesse et richesse.

Qui pourrait se prendre  ces esclaves vnales, jouet immonde des
espions, des soldats, des voleurs, des esclaves, des comdiens et des
dbauchs?

N 2.--Properce, dans une boutade, prfre  une matresse des filles
publiques:

Moi qui fuyais la route battue par un grossier vulgaire, je trouve
douce aujourd'hui l'eau fangeuse d'un marais.

Malheur  qui aime  frapper  une porte ferme! Combien je prfre
cette femme qui s'avance le voile relev, libre de tout gardien.
Souvent, il est vrai, elle foule les boues de la voie Sacre (le
boulevard de Rome), mais pour l'aborder, point d'obstacle. Elle ne
promne pas un amant, elle ne demande pas ce qu'un pre verra dissiper
avec chagrin; jamais elle ne s'crie: Que je suis inquite! Pars vite,
je t'en conjure, mon mari revient aujourd'hui de la campagne. Filles de
l'Euphrate et de l'Oronte (leurs valles fournissaient Rome de belles
Syriennes), je suis  vous dsormais; je ne veux pas des larcins d'une
chaste couche, puisqu'il n'est point de libert pour les amants.

N 3.--La Tour des Regrets. Les Chinois usent beaucoup des courtisanes
et leur consacrent des chants populaires; l'un de ces chants dcrit
leur punition dans la vie future ( laquelle la plupart des Chinois ne
croient gure).

Louis Arne, _la Chine familire et galante_, la Tour des regrets.

Le juge des morts, Yen Wanzi: Pourquoi comparais-tu prmaturment
devant ce tribunal? Tu as donc dans le sjour des vivants beaucoup
pch. Avoue toutes tes fautes, si tu veux viter les derniers
supplices.

La courtisane.--Je ne suis pas une fille de bonne famille. On m'avait
mise dans une maison de prostitution[74]; dans un pareil lieu, je ne
pouvais chapper  ma destine. Mon bras pli a servi d'oreiller  mille
individus. Ils aimaient en moi mon corps et ma chair blanche comme on
aime une pierre prcieuse; je les aimais parce qu'ils avaient beaucoup
d'argent dans la ceinture. Je me suis amuse beaucoup sans prvoir que
ce bonheur serait Ananti.

[Note 74: En Chine et au Japon, le gouvernement fait entrer d'office
dans les maisons de prostitution les femmes qui ne peuvent pas acquitter
la taxe personnelle.]

Puis, je suis tombe malade. Misrable vieux, misrable vieille! Ils
m'ont chasse. Je me suis rfugie dans un lieu d'aisances pour y passer
mes jours.

Mes jeunes amants d'autrefois ne sont plus revenus. Mes vtements, mes
ornements de tte, j'ai tout vendu; pas de combustible, pas de riz. Ma
vie tait amre comme la gentiane. Je vous en prie, monsieur Yen, soyez
indulgent, pargnez une jeune femme tendre comme la fleur et faites-moi
renatre honnte femme.

Yen Wang, frappant du poing sur son tribunal: Tu as commis force
mauvaises actions et tu voudrais transmigrer dans le sein d'une honnte
femme! Tu as brouill le pre et le fils, fait battre le frre contre le
frre et occasionn leur sparation.

A cause de toi, combien d'hommes ont vendu leur maison, leur
patrimoine! Tu as sem la discorde entre le mari et la femme;  cause de
toi, combien de gens se sont ras la tte et se sont faits bonzes[75];
pour toi, amis d'un jour, vieux amis, se sont dtests. Petits diables,
entranez cette prostitue  la Tour des Regrets!

[Note 75: Le peuple les appelle des _nes pels_; le bouddhisme a donc
bien peu de faveur. Les Chinois ont leurs contes sur les bonzes et les
bonzesses, comme le moyen ge en avait sur les nones et les moines (voir
Louis Arne).]

La petite femme dans la tour: On m'a enveloppe dans une grossire
natte de roseaux; des cordes serrent ma poitrine. Ah que je souffre.
Noirs corbeaux, cessez de m'arracher les yeux; chien jaune, cesse de me
dchirer le coeur, le foie, les entrailles.

Les riches ngociants, autrefois mes amis, ne m'ont mme pas achet un
cercueil, j'espre en vain renatre[76]. On trouverait plutt sur une
mme fleur dix couleurs diffrentes.

[Note 76: De mme qu'autrefois les Grecs et les Romains et encore
aujourd'hui, les Indiens, les Chinois croient que les mnes des morts
privs de spulture (les larves) errent indfiniment.]



CHAPITRE II

Des mobiles qui doivent diriger les courtisanes.

Quand une courtisane aime l'homme auquel elle se donne, ses actes sont
naturels; quand, au contraire, elle n'a en vue que l'argent, ils sont
artificiels ou contraints. Dans ce cas, elle doit cependant se conduire
comme si elle aimait vritablement, car les hommes ont confiance dans
les femmes qui paraissent les aimer (_App._ 1). En affirmant son amour,
elle doit paratre dsintresse, et, pour ne point compromettre son
crdit, elle doit s'abstenir de s'approprier de l'argent par des moyens
illgitimes[77].

[Note 77: Ovide, _Art d'aimer_, livre III. Femmes, usez d'abord de
dissimulation et ds le premier abord ne montrez pas votre cupidit; 
la vue du pige qu'on lui tend, un nouvel amant s'chappe et s'enfuit.

Ainsi qu'on le voit plus loin, il n'y a, aux yeux de Vatsyayana, d'autre
moyen illgitime d'acqurir de l'argent que le vol direct.]

Une courtisane doit se tenir bien pare  la porte de sa maison, et,
sans se montrer trop, regarder dans la rue de manire  tre vue comme
un objet sur un talage. Elle doit lier amiti avec les personnes qui
peuvent l'aider  enlever des hommes  d'autres femmes et  s'enrichir,
ou bien la protger contre les insultes ou les vexations; tels sont les
gardes de ville ou de police, les agents et satellites des tribunaux,
les astrologues, les hommes puissants ou les prteurs d'argent, les
savants, les matres des soixante-quatre arts libraux, les bouffons,
les bateleurs, les marchands de fleurs, les parfumeurs, les dbitants,
les laveurs, les barbiers et les mendiants; et toutes autres personnes
qui peuvent lui servir pour un but quelconque.

Les hommes qu'elle peut prendre uniquement pour leur argent sont ceux
qui sont en possession lgale de leur hritage; les jeunes gens; les
hommes qui sont libres de tout lien; les fonctionnaires publics; ceux
qui ont des revenus ou des moyens d'existence assurs; les belltres,
les vantards, les eunuques qui dissimulent leur tat; les hommes qui
dtestent leurs gaux; ceux qui sont naturellement gnreux; ceux qui
ont du crdit auprs du roi et des ministres; les hommes toujours
heureux dans leurs entreprises; ceux qui s'enorgueillissent de leurs
richesses, les frres qui dsobissent  leurs ans, les hommes sur
lesquels les membres de leur caste tiennent l'oeil ouvert; les fils
uniques de pres riches, les asctes tourments par les aiguillons de
la chair[78], les hommes braves, le mdecin du roi, les anciennes
connaissances.

[Note 78: On voit que les asctes brahmaniques succombaient souvent  la
tentation, puisque Vatsyayana recommande aux courtisanes de les tenter.]

La courtisane peut avoir des rapports avec des hommes dous
d'excellentes qualits, uniquement par amour ou par amour-propre, tels
sont:

Les hommes de haute naissance (_App._ 2), les savants, les hommes de
bonne compagnie et de bonne tenue, les potes (_App._ 3), les conteurs
agrables; les hommes loquents ou nergiques ou habiles dans des
arts varis; les devins, les grands esprits; les hommes d'une grande
persvrance, ceux d'une ferme dvotion; ceux qui ne se fchent jamais;
ceux qui sont gnreux, affectionns  leurs parents, qui aiment tous
les amusements de socit; ceux qui sont exercs  terminer les vers
commencs par d'autres et  d'autres jeux d'esprit; ceux qui ont une
trs belle sant ou un corps parfait ou une trs grande force; ceux qui
ne boivent jamais avec intemprance, ceux qui sont puissants, sociables,
aimant le sexe et gagnant les coeurs, sans se laisser compltement
dominer; ceux qui ignorent l'envie ou les soupons jaloux (_App._ 4).

Quant  la courtisane, elle doit tre belle et aimable et avoir sur le
corps des signes de bon augure. Elle doit aimer les bonnes qualits chez
les hommes, tout en poursuivant la richesse. Elle doit se complaire aux
unions sexuelles rsultant de l'amour et tre pour ces unions de la mme
caste que les hommes auxquels elle se livre. Elle doit chercher sans
cesse  augmenter son exprience et ses talents, se montrer toujours
librale et aimer les plaisirs et les arts[79].

L'auteur numre ensuite les qualits que doivent possder toutes les
femmes. Ce sont celles qu'on peut leur demander en tout pays, et, en
outre, la connaissance du _Kama-Soutra_ et des soixante-quatre talents
qu'il enseigne[80].

[Note 79: Ce sont les qualits que l'on trouve gnralement en Europe
chez les femmes de thtre.]

[Note 80: A cette longue et sche numration nous substituerons les
leons qu'Ovide donne aux belles sur les qualits et les manires
qu'elles doivent avoir; se reporter au n 3 de l'Appendice du chapitre
III du titre I.]

Vient ensuite la liste des hommes que les courtisanes doivent viter. Ce
sont les mmes qu'en tout pays et en outre: les sorciers, les hommes qui
se laissent acheter, mme par leurs propres ennemis, enfin les hommes
timides  l'excs (_App._ 5).

D'aprs l'avis de quelques anciens casuistes, ajoute l'auteur, les
courtisanes peuvent se donner par amour, crainte, vengeance, chagrin
ou dpit, curiosit, et pour l'argent, le plaisir ou l'assiduit et la
constance des rapports, pour se faire un ami ou se dbarrasser d'un
amour importun;  cause du dharma (mrite religieux), de la clbrit
et de la ressemblance avec une personne aime, de la constance ou de
la pauvret d'un homme, ou de sa cohabitation dans le mme endroit, ou
parce qu'il est du mme numro qu'elle pour l'union sexuelle, ou enfin
dans l'espoir de faire quelque coup de fortune.

Mais Vatsyayana dcide que les seuls mobiles d'une courtisane doivent
tre: l'amour, le dsir d'chapper  la misre et celui d'acqurir la
richesse.

L'argent doit tre son objectif principal et elle ne doit point le
sacrifier  l'amour. Mais, en cas de crainte ou de difficults 
surmonter, elle peut prendre en considration la force ou d'autres
qualits.

En outre, quand un homme, quel qu'il soit, la prie de s'unir  lui,
elle doit, afin de se faire valoir, ne pas consentir de suite et se
renseigner sur lui par des affids adroits et srs (_App_. 6). Quand
elle a la certitude que, dans celui qui la recherche, tout est  son
gr, elle emploie le Vita et d'autres intermdiaires pour se l'attacher.

L'un d'eux l'amne chez elle ou la conduit chez lui, sous quelque
prtexte. Elle le reoit de son mieux, lui fait quelque prsent qui
veille sa curiosit et son amour; par exemple, un don affectueux, en
lui disant qu'il lui tait destin: elle l'amuse longtemps par une
conversation et des rcits agrables et en faisant ce qu'il aime, comme
de la musique, du chant. Quand il est rentr chez lui, elle lui envoie
frquemment une suivante exerce aux propos plaisants et qui lui remet
un petit prsent.

Elle lui rend elle-mme, sous prtexte d'affaires, quelques visites en
se faisant accompagner du Pithamarda.

Il y a quelques vers  ce sujet:

Quand son amant vient la voir, la courtisane lui donne un mlange de
feuilles et de noix de bthel, des guirlandes de fleurs et des onguents
parfums.

Aprs avoir montr son habilet dans les arts libraux (le chant, la
danse, etc.), elle l'amuse longtemps avec sa conversation.

Elle lui fait aussi quelques prsents d'amour, et fait avec lui un
change d'objets  l'usage de chacun d'eux; en mme temps elle lui
montre son habilet dans les soixante-quatre volupts.

Quand une courtisane est dans ces termes avec son amant, elle doit le
captiver par des prsents affectueux, par sa conversation et par les
plaisirs tendres qu'elle lui fait goter.


APPENDICE AU CHAPITRE II

N1.--Pour stimuler l'amour.

Ovide, _Art d'aimer, _livre III.

Femmes, faites en sorte que nous nous croyions aims; ce n'est pas une
chose si difficile; nous nous persuadons aisment ce que nous dsirons.
Qu'une femme jette sur un jeune homme un regard amoureux; qu'elle pousse
quelques soupirs; qu'elle lui reproche de venir si tard; qu'elle ajoute
les larmes et le dpit d'une fausse jalousie, comme si elle redoutait
une rivale; qu'elle lui meurtrisse le visage avec ses ongles, il
sera bientt persuad, et d'un ton compatissant: elle est prise,
dira-t-il;elle brle pour moi. Qu'avec cela il ait bonne mine, qu'il
s'admire dans son miroir et il croira pouvoir toucher le coeur mme
d'une desse.

N 2.--Djazet.

Ce cas fut, une fois du moins, celui de l'actrice Djazet.

Le duc d'Orlans (fils du roi Louis-Philippe), tout jeune encore, lui
avait adress un billet ainsi conu:O? quand? et combien?

Elle rpondit: O vous voudrez,--quand vous voudrez,--pour rien.

On sait que Djazet tait bonne, comme le veut Tibulle, livre II, lgie
4. O toi qui fermes ta porte  l'amant qui n'a point assez d'or,
puissent tes richesses tre dvores par le feu et que personne ne verse
de l'eau sur la flamme. Que nul ne donne une larme  ta mort; que nul
n'accompagne ta cendre! Celle, au contraire, qui se sera montre bonne
et point avare, on la pleurera au pied du bcher enflamm, et-elle vcu
cent ans. Quelque vieillard fidle  l'objet de ses anciennes amours
viendra, chaque anne, porter des couronnes au tombeau qu'il lui aura
lev.

Entre mille traits, on cite de Djazet celui-ci particulirement:

C'est toujours la mme chose et cela fait toujours plaisir.

Elle coutait aussi trs volontiers cet autre conseil de Tibulle qui,
parmi les amants qui n'ont point assez d'or, recommande particulirement
l'adolescent.

Et toi Chlo, pargne un jouvenceau pris de ta beaut. Ne lui sois
point cruelle; ne lui demande point de prsents. C'est le vieillard qui
doit te donner de l'or pour que tu rchauffes sa glace. Mieux vaut cent
fois que l'or l'adolescent dont la barbe sans rudesse ne dchire point
le visage qu'il embrasse, dont un doux, clat colore les joues. Enlace
au-dessous de ses paules les bras d'ivoire et mprise les trsors
des rois. Vnus te verra le presser sur ton sein haletant, confondu
tendrement avec toi; elle te verra attacher sur sa bouche frmissante de
ces humides baisers o les langues s'entrechoquent et lui imprimer sur
le cou avec la dent des marques d'amour.

N 3.--Les Potes.

Ovide, _Art d'aimer_, livre III. Jeunes beauts, montrez vous faciles
aux potes; un dieu les anime et les muses les favorisent. Mieux que
tous les autres, ils savent aimer, clbrer la beaut qui les a sduits
et faire retentir son nom au loin. Quel crime d'attendre un salaire des
doctes potes! Mais, hlas! c'est un crime dont une belle ne craint pas
de se rendre coupable!

N 4.--Ne soyez pas jaloux.

Ovide, livre II. Ne cherchez point  surprendre votre matresse.
Qu'elle croie que ses infidlits vous sont inconnues. Ne remarquez
point les signes qu'elle fait  votre rival, ni ses tablettes, si elle
lui crit. Laissez-la vous cacher ses larcins amoureux. Combien est
habile celui qui permet  d'autres de frquenter sa matresse et qui
veut tout ignorer! Que de maris ont cette complaisance pour leurs
pouses lgitimes!

N 5.--Hommes  viter.

_Art d'aimer_, livre III.

Femmes, fuyez ces hommes vains de leur parure et de leur beaut, qui
portent toujours les cheveux retrousss. Les douceurs qu'ils vous
content, ils les rptent  mille autres. Leur amour ne se fixe nulle
part.

Il en est qui s'insinuent prs des femmes sous les dehors d'un amour
mensonger, empruntant cette voie pour en tirer un bnfice honteux. Leur
chevelure parfume d'essence, leur robe de l'toffe la plus fine, les
bagues qui surchargent leurs doigts ne doivent pas vous en imposer. Le
mieux par n'est souvent qu'un escroc. Rendez-moi mes bijoux, s'crient
souvent, devant les juges, les belles qu'on a ainsi trompes. Femmes,
tenez votre porte ferme  tout suborneur.

N 6.--Ovide, livre III. Quand un amant vous aura sonde par quelques
mots tracs sur des tablettes qu'une adroite suivante vous aura remises,
mditez-les, pesez-en les termes et tchez de deviner par le style et
les expressions si cet amour est un artifice. S'il est vritable, ne
vous pressez pas de rpondre. Un peu de ddain, s'il n'est pas trop
prolong, aiguillonne la passion.

Cependant ne repoussez pas avec duret un amant, laissez-le flotter
entre la crainte et l'esprance.

Si vos amants vous font de belles promesses, amusez-les aussi par de
belles paroles; s'ils donnent, accordez leur les faveurs convenues. Je
la crois capable des crimes les plus noirs celle qui, aprs avoir reu
des prsents d'un amant, se refuse  ses dsirs passionns.



CHAPITRE III

Diffrentes sortes de gains des courtisanes.

Si une courtisane peut gagner chaque jour beaucoup d'argent avec
plusieurs hommes, elle ne se bornera pas  un seulement; dans ce cas,
elle fixera un prix par nuit, suivant le lieu, la saison et les gens,
et par comparaison avec les prix des autres courtisanes, en se rendant
compte de ses propres avantages _(App. 2)_.

Elle informera ses amants, ses amis et connaissances de ses tarifs
varis ou successifs (App. 3).

Les anciens sages sont d'avis que quand une courtisane dcide  vivre
avec un seul homme a des chances gales de gain avec deux amants qui se
prsentent, elle doit prendre celui des deux qui lui donnera l'espce
d'objets qu'elle prfre.

Mais Vatsyayana dclare qu'elle doit choisir celui qui lui donnera de
l'or, parce que l'or ne peut tre repris et qu'avec lui on se procure
tout ce que l'on veut.

Si tout est gal pour les dons  recevoir des deux poursuivants, la
courtisane doit se dcider d'aprs l'avis d'un ami ou d'aprs les
qualits personnelles et les signes heureux ou malheureux de chacun
d'eux.

Quand, de deux amants, l'un n'est que gnreux, tandis que l'autre a de
l'attachement, les sages (anciens casuistes) donnent la prfrence au
premier et Vatsyayana au second, parce que celui-ci ne rappellera dans
aucune occasion l'argent donn, tandis que l'autre invoquera, pour
donner moins, le souvenir des largesses faites. L encore, il faut
considrer le plus grand profit probable.

Quand une courtisane est sollicite  la fois par un ami et par un homme
libral, Vatsyayana dit qu'elle doit les contenter tous deux en obtenant
de l'un un ajournement  la satisfaction de ses dsirs.

Lorsqu'elle a  choisir entre un gain  raliser et un danger  viter,
Vatsyayana, contrairement aux sages (anciens casuistes), est d'avis
qu'il faut avant tout conjurer le mal. Il faut d'ailleurs bien peser les
chances et l'importance du gain et du mal probables.

Une courtisane ne demandera que peu et d'une manire tout  fait amicale
 un homme dans les cas suivants:

--Elle veut l'empcher de s'attacher  une autre femme, ou bien l'en
dtacher, ou bien faire perdre  cette femme le profit qu'elle en tire;

--Elle pense qu'il lvera sa situation ou que, par lui, elle obtiendra
quelque grand avantage, ou sera mise en relief vis--vis des autres
hommes;

--Elle a besoin de lui pour carter quelque malheur;

--Elle lui est rellement attache et elle l'aime;

--Elle dsire son aide pour se venger;

--Elle veut reconnatre quelque ancien service;

--Enfin elle prouve simplement pour lui un caprice charnel.

Une courtisane doit s'efforcer de tirer d'un amant, au plus vite, tout
l'argent qu'elle peut:--quand elle est dcide  le congdier;

--Quand elle a lieu de penser qu'il veut la quitter;

--Quand, tant compltement  sec, il va tre emmen par son tuteur, son
gourou ou son pre;

--Quand il est sur le point de perdre sa position, ou simplement quand
il est volage.

Elle doit, au contraire, se lier  un homme pour vivre avec lui quand
elle sait: qu'il va hriter ou recevoir de riches prsents, ou obtenir
un emploi lev de l'tat; qu'il possde de grands magasins de bl et
autres denres;--qu'il reconnat gnreusement tout ce qu'on fait pour
lui; qu'il tient toujours ses promesses.

Voici deux aphorismes en vers sur le sujet:

En considrant ses gains prsents et futurs, une courtisane vitera les
hommes qui ont gagn pniblement leur fortune et ceux que la faveur des
rois a rendus gostes et durs de coeur.

Elle doit s'unir avec les gens fortuns et bienfaisants et avec ceux
qu'il est dangereux de repousser ou de blesser en quoi que ce soit.
Qu'elle ne recule pas mme devant quelques sacrifices pour s'attacher
des hommes nergiques et gnreux qui lui feront de grandes largesses,
en retour de quelques services ou lgers prsents.

Les courtisanes les plus riches et du premier rang doivent employer
leurs gains:

_A btir des temples_ et faire excuter des tangs et des jardins
publics, _ donner mille vaches aux brahmes_;  faire des sacrifices
et des offrandes aux dieux et  clbrer des ftes en leur honneur, et
enfin  accomplir les voeux qu'il leur est possible de faire (App. 1).

Les autres courtisanes doivent, avec les ressources qu'elles ont pu se
crer: avoir chaque jour des vtements blancs et diffrents de ceux de
la veille; boire et manger suivant leur besoin; consommer chaque jour
un tamboula parfum, c'est--dire un mlange de noix et de feuilles de
btel, et porter des ornements dors [81].

[Note 81: La ceinture des bayadres est forme par une paisse lame d'or
pur replie, d'un trs bel effet et d'un grand prix.]


APPENDICE AU CHAPITRE III

N 1.--Dons des courtisanes aux brahmes.

Sauf les jardins et tangs publics qui sont oeuvres d'utilit  la fois
publique et religieuse, tous les gains des courtisanes ont, d'aprs la
prescription de Vatsyayana, une destination religieuse qui les met
aux mains des brahmes, soit directement comme don personnel, soit
indirectement comme offrande aux dieux.

Cette conclusion dernire du trait des courtisanes ne laisse aucun
doute sur son caractre religieux et obligatoire; c'est un vritable
catchisme.

Les tangs et jardins publics sont souvent placs  proximit des
pagodes et concourent  leur richesse et  leur salubrit, car alors
ils servent exclusivement pour le bain. Il y a aussi un grand nombre
d'tangs situs au milieu des campagnes; ce sont les plus grands. Ils
servent uniquement  l'agriculture. Beaucoup ont t creuss par des
personnes pieuses. Les brahmes, possdant une grande partie des
terres, taient eux-mmes intresss directement  la prosprit de
l'agriculture.

L'tang de Moutrapalon, dont les sources alimentent d'une eau
excellente la ville de Pondichry, a t tabli par une courtisane
clbre; ce fait est rappel sur les bas-reliefs de la fontaine publique
qui est surmonte de la statue de Dupleix, au milieu de la place
Dupleix, la grande place de Pondichry.

La prostitution sacre (Maspero) a exist en Assyrie, en Syrie, en
Phnicie et dans l'Asie-Mineure, mais c'tait une sorte d'hospitalit
offerte aux trangers de passage; il ne parait pas qu'une caste
sacerdotale en ait tir profit comme les brahmes l'ont fait de la
prostitution publique dans l'Inde.

N 2.--L'avidit.

D'aprs l'auteur indien, la courtisane ne doit se proccuper que du
gain. C'est le langage qu'Ovide prte  une proxnte corrompant sa
matresse: _les Amours_, livre I.

La pudeur pour tre utile doit tre feinte. Habile  tenir les yeux
modestement baisss, ne les porte sur un homme qu' proportion des
offrandes qu'il te fera.

Amusez-vous, jeunes beauts; il n'est de chaste que celle qu'aucun
amant ne sollicite et si elle n'est point trop novice, elle provoque
la premire. La beaut se fane quand on ne l'entretient pas par la
jouissance. Et ce n'est pas assez d'un ou deux amants; avec plusieurs le
profit est plus sr, la recette plus abondante. Que celui qui donne soit
plus grand  tes yeux que le grand Homre. On a de l'esprit quand on
donne. Ne ddaigne point l'affranchi ni celui qui a les pieds poudreux.
Ne te laisse point blouir par une naissance illustre. Allez trouver vos
aeux nobles vous qui n'tes pas riche! Cet autre, parce qu'il est beau
garon, te demande une de les nuits sans la payer, qu'il aille chercher
de l'or chez celui dont il est le mignon.

Dans l'lgie 10 du livre I des _Amours_, Ovide rpond lui-mme  cette
proxnte:

Pourquoi vouloir que l'enfant de Vnus nous fasse payer ses faveurs. Il
n'a point de robe pour en serrer le prix.

Une prostitue se vend  tel prix au premier venu; mais elle abhorre le
despotisme d'un avare corrupteur et elle ne fait qu' regrets ce qu'une
amie fait de plein gr.

Gardez-vous, jeunes beauts, de mettre  prix la faveur d'une nuit. Il
n'est pas dfendu d'exiger d'un riche quelques prsents. Il est en tat
de les faire. Services, soins, fidlit, voil la monnaie du pauvre. Je
ne refuse pas de donner, mais je m'indigne qu'on me demande. Sourd  tes
sollicitations, si tu cesses d'exiger, je donnerai.

A Rome, les courtisanes de tout ordre taient trs avides et beaucoup
d'hommes se ruinaient pour elles; de ce nombre fut Tibulle.

Il avoue avoir eu  la fois quatre matresses, Dlie, Sulpice, Nera et
Nmesis, toutes quatre courtisanes, sans doute de premier ordre, sans
compter beaucoup de distractions.

La prostitution publique gnralement volontaire forme, en Afrique, le
principal revenu de quelques roitelets ngres. En Chine et au Japon, le
gouvernement met d'office _aux bateaux fleuris_ les femmes et mme les
filles vierges qui ne peuvent payer l'impt de capitation. Cela est sans
consquence pour leur futur mariage; des personnages de distinction
viennent souvent prendre femme dans ces lieux de plaisir.



CHAPITRE IV

De la courtisane qui vit avec un homme comme une pouse.

Quand une courtisane vit avec son amant, elle doit avoir la conduite
d'une femme honnte et tout faire pour lui plaire. En deux mots, il faut
qu'elle lui donne le plaisir _sans s'attacher  lui_, tout en paraissant
lui tre attache.

Voici comment elle s'y prendra pour arriver  ses fins.

Elle aura  sa charge sa mre qu'elle dpeindra comme violente et avide;
au cas o elle n'aurait pas de mre, une nourrice pourrait jouer ce
rle. La mre ou la nourrice tmoignera de l'aversion pour l'amant et le
dsir que la courtisane se spare de lui. Celle-ci simulera toujours du
chagrin, de la tristesse, de la crainte, de la honte  ce sujet, mais en
dclarant qu'elle ne saurait dsobir  sa mre.

Elle dira encore qu'elle a persuad  sa mre qu'il est malade et
qu'elle a pris ce prtexte pour le venir voir.

Pour le captiver, elle enverra sa suivante chercher les fleurs qu'il
a portes la veille pour les porter  son tour  titre de marque
d'affection; elle demandera aussi les restes du mlange de noix et de
feuilles de btel qu'il a laiss sans le manger; elle admirera son
habilet dans les rapports sexuels et les moyens varis qu'il emploie
pour procurer la jouissance; elle apprendra de lui les soixante-quatre
espces de plaisir dcrits par Babravya; elle appliquera continuellement
les leons reues, en se conformant  son got.

Elle gardera ses secrets, lui dira elle-mme ses propres secrets et
dsirs; elle lui cachera sa mauvaise humeur. Dans le lit, elle se
montrera toujours bien dispose. Quand il se tournera de son ct, elle
touchera toutes les parties de son corps  son souhait; elle le baisera
et l'embrassera pendant son sommeil; elle le regardera avec une
inquitude apparente quand il sera absorb dans ses penses ou quand il
s'occupera d'autre chose que d'elle; quand elle le rencontre ou bien
quand, de la rue, il la regarde se tenant sur la terrasse de sa maison,
elle n'aura ni une absence complte de honte, ni un excs de timidit;
elle partagera ses amitis et ses haines, ses gots, sa gaiet ou sa
tristesse; elle tmoignera la curiosit de voir son pouse, ne le
boudera jamais longtemps; elle simulera de la jalousie au sujet des
marques qu'elle-mme lui a faites avec les ongles et les dents, lui
parlera peu de son amour, mais le lui tmoignera par des faits, des
signes et des insinuations; elle gardera le silence quand il sera
endormi, ivre ou malade; elle prtera beaucoup d'attention au rcit de
ses bonnes actions et les contera ensuite elle-mme pour son honneur et
ses intrts; s'il lui est assez attach, elle lui fera des rparties
spirituelles, coutera tout de lui, except ce qui concerne ses rivales;
se montrera triste, chagrine, quand il soupire, baille ou s'affaisse;
prononcera les mots: Longue vie, quand il ternue; se dira malade ou
dsireuse de grossesse quand elle prouvera de l'abattement, ne louera
aucun homme que son amant et s'abstiendra de blmer chez d'autres les
dfauts qu'il a; portera tout ce qu'il lui aura donn; ne se parera
ni ne mangera quand il est chagrin, malade, abattu; dans sa mauvaise
fortune, se lamentera avec lui, feindra le dsir de l'accompagner quand
il quitte le pays volontairement ou banni par le roi; elle exprimera le
souhait de cesser de vivre s'il est loign, dira qu'elle ne vit que
pour tre unie avec lui; elle offrira  la divinit[82] des sacrifices
en accomplissement des voeux qu'elle aura faits, pour les cas o il
acquiert de la richesse ou russit dans ses desseins, ou lorsqu'il a
recouvr la sant; elle se parera tous les jours; elle ne sera pas trop
familire avec lui; dans ses chants elle introduira son nom et celui de
la famille; elle lui prendra la main et la placera sur ses reins, son
sein et son front, et se pmera de plaisir  son attouchement; elle
s'assoiera sur ses genoux et s'y endormira; elle voudra avoir un enfant
de lui, ne pas lui survivre; elle le dissuadera de faire des voeux et
des jenes, en lui disant: Que tout le pch tombe sur moi! Quand elle
n'aura pu l'en empcher, elle accomplira ces voeux avec lui; elle lui
dira qu'il est difficile, mme pour elle, d'observer les voeux et les
jenes, si elle a quelque discussion avec lui  ce sujet; elle confondra
ses biens avec les siens; elle n'ira point sans lui dans les runions et
l'y accompagnera quand il le voudra; elle prendra plaisir  se servir
des choses dont il s'est dj servi,  achever ce qu'il a commenc de
manger; elle vnrera sa famille, ses dons naturels, ses talents, sa
science, sa caste, sa couleur, son pays natal, ses amis, ses bonnes
qualits, son ge et son bon caractre; elle le priera de chanter s'il
le sait, et d'autres choses semblables.

[Note 82: Il n'est question ici que de la divinit et non des dieux;
comme cela est gnral dans l'ouvrage, on peut en conclure que
Vatsyayana et les brahmes de son poque taient des monothistes
sivastes.]

Pour se rendre prs de lui, elle ne craindra ni la chaleur, ni le froid,
ni la pluie, ni le danger. Elle voudra rester son amante jusque dans une
autre vie; elle conformera son humeur, ses gots et ses actions  son
inclination; elle s'abstiendra de sorcellerie (magie)[83]; elle se
querellera constamment avec sa propre mre pour le venir trouver, et
quand celle-ci voudra la forcer d'aller ailleurs, elle essaiera de
s'empoisonner, de se laisser mourir de faim, de se poignarder, de se
pendre; enfin elle lui fera certifier sa fidlit et son amour par des
intermdiaires dvous et en recevant elle-mme l'argent et en vitant
de se disputer avec sa mre pour la question pcuniaire devant lui.

[Note 83: Cette prescription est remarquable; elle prouve que le
boudhisme avait profondment modifi les ides de l'Inde sur la magie
qui tait si fort en faveur avant lui; on y croyait encore, mais comme 
une science de malfices.]

Lorsque son amant part pour un voyage, elle le fera jurer de revenir
promptement et, pendant son absence, elle n'accomplira pas de voeux
en l'honneur de la divinit et ne se parera pas de ses ornements, 
l'exception de ceux qui portent bonheur. Si son absence se prolonge au
del de l'poque fixe, elle s'efforcera de dterminer le moment de son
retour par des prsages, par les nouvelles et les bruits qui courent,
par la position des plantes, de la lune et des toiles.

Lorsqu'elle aura de la gaiet et des songes propices, elle s'criera:
Sans doute je vais bientt tre runie avec lui. Si, au contraire,
elle tombe dans la tristesse et voit de fcheux prsages, elle
accomplira quelques-uns des rites qui apaisent les dieux.

Lorsqu'enfin le retour aura lieu, elle adorera le dieu Kama et fera des
offrandes aux autres divinits; puis elle fera apporter par des amies
un pot d'eau et fera des libations d'adoration  la corneille qui se
nourrit des offrandes faites aux mnes des anctres[84]. Aprs la
premire visite, elle priera, elle aussi, son amant d'accomplir certains
rites, ce qu'il fera s'il a pour elle un attachement suffisant, lequel
consiste dans un amour dsintress, dans la communaut d'objectif (par
exemple, le got des mmes plaisirs), dans l'absence de tout soupon
jaloux et dans une libralit sans limite pour tout ce qui concerne la
matresse.

Telle est la conduite que doit tenir une courtisane qui vit avec un
homme comme sa femme; ces leons ont t traces d'aprs les rgles
de Dattaka. Pour tout ce qui n'est point prvu ici, la courtisane se
conformera  la coutume et  la nature particulire de son amant.[85]

[Note 84: Les Hindous croient que les corneilles sont charges des
pchs des morts.]

[Note 85: Comme tous les hommes lisent ces leons, il doivent penser que
les courtisanes ne s'attachent jamais et que, toujours, elles rptent
un rle appris.]

Il y a deux aphorismes en vers sur le sujet.

A cause de la duplicit, de l'avidit et de l'esprit naturels au sexe,
on ne connat jamais le degr d'amour d'une femme, mme quand on est son
amant.

Il est toujours difficile de savoir les vrais sentiments d'une femme,
soit qu'elle aime ou reste indiffrente, soit qu'elle fasse le bonheur
d'un homme ou l'abandonne ou le ruine.


APPENDICE AU CHAPITRE IV

Pricls et Aspasie.

La longueur de ce chapitre dnote la frquence des unions du genre dont
il est question.

Les courtisanes de premier ordre taient  peu prs sur le mme pied
dans l'Inde et dans la Grce. On voit le Bouddha tmoigner les plus
grands gards  la courtisane Apalika, mre de son mdecin, accepter
d'elle pour sa communaut (l'glise Bouddhique) d'immenses richesses et
donner  son invitation le pas sur l'invitation des princes du pays.

Pricls et Aspasie nous offrent le modle des mnages entre un homme
minent et une courtisane de renom.

Aspasie de Millet tait,  Athnes, propritaire d'un tablissement
de courtisanes de premier ordre,  la fois lieu de plaisir et cercle
runissant l'lite des citoyens.

Une fois spar de sa femme, qui se remaria, Pricls la reut dans sa
maison comme une pouse.

C'tait une nature leve, sans artifice, admirablement doue. Sentant
vivement le beau sous toutes ses formes, elle captivait par son esprit
aimable et sa haute raison; elle possdait toutes les connaissances et
tous les talents.

Elle parlait si bien de la politique, de la philosophie et des arts,
que les plus grands personnages d'Athnes recherchaient son entretien,
Socrate tout le premier.

Lie avec tous les hommes minents,  Athnes et hors d'Athnes, elle
seconda puissamment la politique de Pricls.

Comme trangre, elle ne put l'pouser, mais ils vcurent toujours dans
une union parfaite que la calomnie, si puissante alors  Athnes, ne put
jamais atteindre et que la mort seule put rompre.



CHAPITRE V

Manire de se faire donner beaucoup d'argent par l'amant.

Les courtisanes se font donner par leur amant de l'argent, soit par les
moyens naturels, soit par des artifices. Les anciens casuistes sont
d'avis que, quand l'amant donne  la courtisane tout l'argent dont elle
a besoin, elle doit s'en contenter. Mais Vatsyayana pense qu'en usant
d'artifices, elle tirera de lui deux fois autant et que, en consquence,
elle doit le faire, afin d'avoir de lui finalement le plus possible,
quoi qu'il arrive.

Voici, selon lui, les artifices dont elle doit user.

Lui demander de l'argent pour diverses empltes: ornements, aliments,
fleurs, parfums, habits; ne point faire ces achats ou en exagrer les
prix;

Le louer en face de son intelligence;

Prtexter l'obligation de faire des dons dans les ftes des arbres, des
jardins, des temples, ou votives;

Dire que, pendant qu'elle se rendait chez lui, ses bijoux lui ont t
pris, soit par les gardes du roi, soit par des voleurs[86]; qu'elle a
perdu les ornements de son amant en mme temps que les siens propres,
que sa proprit a t dtruite par un accident quelconque;

[Note 86: On voit que,  cette poque, les gardes du roi agissaient
comme les voleurs; dans les tats asiatiques, la police est gnralement
de connivence avec eux.]

Lui faire parler par des intermdiaires des dpenses qu'elle fait pour
le venir voir, contracter des dettes  cause de lui;

Se quereller avec sa mre au sujet de quelque dpense faite par elle
pour l'amant et blme par sa mre;

S'abstenir de paratre aux ftes donnes par des amis qui lui ont fait
de beaux prsents, faute de pouvoir les rendre;

Ne point accomplir, faute d'argent, certains rites religieux
obligatoires;

Engager des artistes  faire quelque chose pour l'amant;

Donner de l'argent  des mdecins ou des _ministres_ dans le mme
but[87];

[Note 87: On voit que l, comme dans tout l'Orient, les ministres
n'taient point dsintresss.]

Assister des amis ou d'anciens bienfaiteurs, soit dans la dtresse, soit
pour des ftes obligatoires;

Accomplir des rites domestiques;

Avoir  payer les dpenses du mariage du fils d'une amie;

Avoir des envies de femme enceinte;

Charger les frais du traitement de maladies relles ou simules;

Avoir  tirer un ami d'embarras;

Avoir vendu une partie de ses ornements pour faire prsent  l'amant;

Prtendre qu'elle a vendu des parures, des meubles, de la batterie de
cuisine  un marchand qui sert de compre pour l'occasion;

Ncessit d'avoir de la vaisselle plus belle que celle du commun, pour
qu'on ne puisse pas la changer;

Rappeler  son amant, soit directement, soit par des intermdiaires, sa
libralit passe;

L'entretenir des grandes largesses qui sont faites  d'autres
courtisanes; vanter  celles-ci, en prsence de son amant, sa gnrosit
comme suprieure  celle de leurs amis, quand mme cela ne serait pas;

Rsister avec clat  sa mre qui lui persuade de reprendre un ancien
amant plus gnreux;

Enfin, faire remarquer  son amant la libralit de ses rivaux.

Une courtisane doit toujours reconnatre les sentiments et dispositions
de son amant:  son humeur,  ses manires, dans ses yeux, 
l'expression de ses traits, aux impressions de son visage. Voici la
manire d'agir d'un amant qui se dtache.

Il donne  la femme moins ou autre chose que ce qu'elle a demand; il la
leurre de promesses; il dit qu'il fera une chose et en fait une autre;
il ne satisfait point ses dsirs; il parle en secret  ses propres
serviteurs; il dcouche frquemment sous prtexte de service  rendre
 un ami; enfin, il est dans l'intimit des serviteurs d'une ancienne
matresse.

Quand une courtisane s'aperoit du refroidissement de son amant, elle
doit mettre en sret tout ce qu'elle possde de prcieux, en le faisant
saisir par un crancier suppos. Cela fait, si son amant est riche et
s'est toujours bien comport avec elle, elle continuera  le traiter
avec respect; mais s'il est pauvre et sans ressources, elle s'en
dbarassera comme si elle n'avait jamais eu aucuns rapports avec lui.


APPENDICE AU CHAPITRE V

Ovide, sur le mme sujet, Martial, Lucien.

Pour la matire de ce chapitre, il y a une grande ressemblance entre
Vatsyayana et Ovide:

Ovide, _les Amours_, livre I. Conseils d'une proxnte  une belle.

Ne sois pas trop exigeante pendant que tu tiens tes filets tendus; ta
proie t'chapperait. Est-elle prise, fais la loi, pressure. Prends  ton
service un garon et une fille habiles qui sachent faire connatre 
propos ce qu'il conviendrait de t'acheter. Quelque peu qu'ils demandent,
en demandant  plusieurs, ils t'auront bientt acquis un trsor. Que ta
soeur, que ta mre, que ta nourrice attaquent la bourse de ton amant. Le
butin est bientt enlev quand plusieurs mains y travaillent. Manques-tu
de prtextes pour demander un cadeau, montre par un gteau qu'on fte ta
naissance.

Stimule par la jalousie la libralit de ton amant. Qu'il voie sur la
couche les traces d'un rival et sur ton cou bleui les marques de ses
caresses; qu'il voie surtout les dons que tu en as reus. Si ses mains
sont vides, mets la conversation sur les objets que l'on vend dans la
voie sacre. Quand tu auras tir de lui beaucoup de prsents, dis-lui
que tu ne veux pas le dpouiller tout  fait; prie-le seulement de te
prter de l'argent que tu ne lui rendras jamais. Amuse-le de belles
paroles pour cacher tes projets; caresse et tue en mme temps.

_Art d'aimer_, livre I. Tu auras beau te dfendre, ta matresse
t'arrachera toujours ce qu'elle dsire. Un marchand bien fourni viendra
chez elle, talera ses marchandises en ta prsence; elle te dira de les
examiner pour avoir ton got, puis, elle te donnera des baisers, te
priera d'acheter, jurant de se contenter de cette emplte pour une
anne. Elle en a besoin aujourd'hui, tu ne saurais jamais lui tre
agrable plus  propos. Si tu prtends n'avoir pas d'argent, elle te
demandera un billet. Que sera-ce lorsqu'elle sollicitera des prsents,
te dira tous les jours qu'elle a besoin de quelque chose, s'affligera
d'une perte suppose, feignant qu'un diamant est tomb de son oreille,
te demandera quantit de choses qu'elle promettra de re rendre.--Non,
quand j'aurais cent bouches, je ne saurais raconter toutes les ruses
perfides des belles.

Martial, livre XI, 50. Sur Phyllis.

Il n'est pas de jour, Phyllis, o tu ne me dpouilles. Tantt, c'est ta
soubrette qui s'en vient pleurer la perte de ton miroir, de ta bague ou
de ta boucle d'oreille; tantt ce sont des soies de contrebande qu'on
peut acheter  vil prix; tantt des parfums dont il me faut remplir ta
cassolette. Puis c'est une amphore de Falerne vieux et un mulet de deux
livres pour le souper que tu donnes  une opulente amie. Je ne te refuse
rien, Phyllis, ne me refuse pas davantage.

Lucien fait parler des courtisanes dans un grand nombre de ses
dialogues, et il semble qu'il a presque tout emprunt  Vatsyayana. De
son temps, l'Inde tait fort connue  Rome. J'engage fort le lecteur 
se reporter  ces dialogues et  les comparer successivement avec les
divers chapitres du prsent catchisme.



CHAPITRE VI

Moyens de se dbarrasser d'un amant.

Blmer et railler ses habitudes et ses dfauts en lui riant au nez et en
frappant du pied;

Parler de sujets qui lui sont trangers, rabaisser ses connaissances,
l'humilier dans son amour-propre, rechercher la socit d'hommes
auxquels il est infrieur en science et en intelligence;

Lui tmoigner du ddain en toute occasion, faire la critique des hommes
qui ont ses dfauts;

Se montrer non satisfaite des moyens qu'il emploie pour la jouissance;
ne pas lui donner sa bouche  baiser, lui refuser l'accs de son
jadgana; montrer du mpris pour les morsures et les gratignures qu'il
lui a faites, ne point le serrer quand il l'embrasse de quelque manire;
ne faire aucun mouvement pendant la connexion;

Lui demander l'union sexuelle quand il est fatigu;

Se moquer de son attachement pour elle;

Ne pas lui rendre ses embrassements, s'en dtourner quand il les
commence;

Avoir envie de dormir ou bien de sortir pour quelque visite ou quelque
runion quand il dsire la possder pendant le jour;

Parodier ses paroles et ses gestes;

Rire sans qu'il plaisante ou, quand il plaisante, rire de quelque autre
chose;

Jeter  ses propres serviteurs des regards de ct et se tordre les
mains chaque fois qu'il ouvre la bouche;

L'interrompre au milieu de ses rcits et en commencer d'autres
elle-mme;

numrer ses travers et ses vices en les dclarant incurables;

Dire devant lui  ses suivantes des paroles destines  le mordre au
vif;

Affecter de ne point le regarder quand il vient  elle;

Lui demander ce qu'il ne peut donner ou accorder;

Et finalement le congdier[88].

Il y a un aphorisme en vers sur la conduite  tenir pour une courtisane.

Le devoir professionnel d'une courtisane est de se lier aprs examen
complet et mre rflexion  un homme pourvu de ce qu'elle doit dsirer;
puis de s'attacher l'homme avec lequel elle vit, de se faire donner
par lui tout ce qu'elle peut et, quand elle lui a tout pris, de le
congdier. Une courtisane qui vit de la sorte comme une femme marie
devient riche sans tre fatigue par le nombre de ses amants[89].

[Note 88: Vatsyayana ne dit rien de la manire de se dbarrasser d'une
amante. Dans l'Inde, cela ne souffre aucune difficult. En France il en
est souvent autrement, tmoin celles qui se vengent avec le vitriol. Un
vieux beau du premier empire (de France) nous disait: Avec les femmes,
le difficile, ce n'est point de se lier, mais de se dlier. Au quartier
Latin d'autrefois, on s'en tirait en crivant: Malheureuse, j'ai tout
appris!]

[Note 89: Voir  l'Appendice Properce, livre IV, lgie V: La
corruptrice Achantis.]


APPENDICE AU CHAPITRE VI

La corruptrice Achantis.

L'aphorisme qui termine le chapitre VI semble rsumer les conseils de la
corruptrice Achantis, Properce, livre IV, lgie V:

Qu'Achantis ait ml dans une fosse les herbes des tombeaux et soudain
un torrent ravagerait la campagne. Par son art elle dvie la lune et
rde pendant la nuit sous la forme d'un loup. Par ses intrigues elle
pourrait aveugler le plus vigilant des poux.

Par ses insinuations perfides, elle enflammait un jeune coeur et frayait
 l'innocence la route du vice. Dorania, disait-elle, si tu veux les
trsors de l'Orient, si tu dsires les tissus de Cos ou les rarets
clbres de Thbes aux cent portes, ou les vases magnifiques que prpare
le Parthe, ddaigne la constance, mprise les dieux, cultive le mensonge
et brave les lois importunes de la pudeur. Faire croire  un mari te
fera rechercher davantage. Diffre sous mille prtextes la nuit qu'on
sollicite, et l'amour n'en sera que plus empress.

Si un amant a drang ta chevelure dans sa colre, fais-lui acheter la
paix  force de prsents.

Quand ton amant est  tes genoux, cris un rien sur ta toilette; s'il
tremble, il est ta proie. Que ton cou lui offre toujours la trace
rcente de quelque morsure.

Surtout n'imite point Mde enchane  son amant; prends pour modle
Thas qui trompe, dans Mnandre, jusqu'aux valets les plus fripons.

Adopte les moeurs de ton amant. Partage son ivresse; s'il chante, marie
ta voix  la sienne.

Que ton portier ne t'veille que pour les prodigues, qu'il soit sourd
pour celui qui frappe les mains vides. Ne rejette ni le soldat grossier,
ni le matelot aux mains caleuses, s'ils t'apportent de l'or, ni
l'esclave tranger qu'on a vu dans le Forum courir les pieds blanchis
avec de la craie. Ne regarde jamais la main qui donne l'or. Ferme
l'oreille aux chants d'un pote qui ne t'offre que ses vers.

Profite de ta jeunesse, de la fracheur, de tes belles annes et crains
toujours le lendemain. J'ai vu la rose de Pestum se fltrir en une
matine, lorsqu'elle promettait encore de longs parfums.

J'ai vu s'exhaler l'me d'Achantis, de cette chienne trop vigilante pour
mon malheur quand j'essayais de soulever furtivement un odieux
verrou. Vous qui aimez, n'pargnez pas les pierres  sa tombe et les
maldictions  ses cendres.



CHAPITRE VII

De l'opportunit de reprendre un ancien amant.

Quand une femme se spare d'un amant qu'elle a ruin, elle peut songer 
reprendre un ancien amant qui sera rest riche ou qui le sera redevenu.

Vatsyayana indique le parti qu'une courtisane doit prendre  cet
gard dans chacun des cas qui peuvent se prsenter et qu'il dtaille
longuement. Parmi les motifs dterminants, il mentionne le dsir de se
venger d'une rivale.

Les Acharias (anciens sages) conseillent  une courtisane de renouer, si
elle peut, avec un ancien amant parce que son caractre lui est connu.
Vatsyayana opine qu'elle fait mieux d'en prendre un nouveau, il sera
toujours plus riche et plus libral, car l'ancien est appauvri, ou bien
il a appris par son exprience  ne pas se laisser dpouiller. Toutefois
cet auteur ne pose l qu'une rgle, gnrale sujette  beaucoup
d'exceptions motives par les circonstances.

Voici quelques aphorismes en vers sur ce sujet dlicat:

Une courtisane peut manifester son intention de reprendre un ancien
amant, soit pour le brouiller avec la femme avec laquelle il vit dans
le moment, soit pour produire un effet voulu sur l'amant qu'elle-mme a
actuellement.

L'homme enchan  une femme a grand peur qu'elle ne s'attache  un
autre; il souffre tout d'elle et la comble de largesses.

Si, pendant qu'une courtisane vit avec un amant, un messager d'amour
vient la trouver de la part d'un autre homme, elle doit ou le renvoyer
sans l'couter, ou bien fixer une heure pour recevoir la visite de celui
qui la recherche, mais elle ne doit jamais abandonner l'amant qui lui
est attach[90].

Une femme prudente ne renoue avec un ancien amant que si elle a toute
chance de trouver, clans ce retour, sort heureux, profit, amour et
amiti[91].

[Note 90: Tibulle, livre I, lgie VI. Celle qui n'a t fidle  aucun
amant, rduite  l'indigence dans ses vieux jours, n'a d'autre ressource
que de tourner un fuseau d'une main tremblante, de noircir les fils
d'une trame pour un infime salaire et de peigner une blanche toison;
les jeunes gens se rient de sa misre et se disent qu'elle a mrit son
triste sort.]

[Note 91: Voir l'appendice.]


APPENDICE AU CHAPITRE VII.

Conseils d'Ovide.

Ovide donne dans le livre III de _l'Art d'aimer _quelques conseils qui
compltent le chapitre VII.

Vous ne suivrez pas la mme voie pour sduire un jeune coeur et un
homme mr.

Le novice qui vient, innocente proie, se prendre dans vos filets, ne
doit connatre que vous. C'est une plante qu'il faut entourer de hautes
palissades. Craignez une rivale, vous ne serez sre de votre conqute
qu'autant que vous rgnerez seule. Cueillez promptement ce fruit
phmre.

L'amour de l'homme mr sera plus durable et plus tolrant. Il
supportera, sans rompre ses liens, les plus cruelles blessures.

Pour stimuler votre amant, entremlez vos faveurs de quelques refus.

Qu'un amant nouvellement pris se flatte d'abord de partager seul votre
couche, mais que, bientt aprs, il craigne un rival, qu'il le croie
aussi heureux que lui.

Que la surveillance d'un gardien suppos pique son amour; qu'il redoute
la jalousie d'un mari svre. Le danger aiguillonnera le plaisir.

Feignez d'tre dans les alarmes; faites, sans ncessit, entrer votre
amant par la fentre. Qu'au milieu de vos bats, votre suivante, bien
style, s'lance vers la porte en s'criant: Nous sommes perdues.

Cachez alors le jeune homme tremblant. Puis, au milieu de ses motions,
doublez la douceur de vos caresses; qu'il ne les trouve pas chrement
achetes.



CHAPITRE VIII

Profits et pertes des courtisanes.

Quelquefois nos efforts pour raliser un gain aboutissent  une perte ou
un dommage; cela peut provenir du manque d'intelligence et de jugement,
de l'orgueil, de l'excs de l'amour, de la navet, de la confiance, de
l'enttement, de l'emportement, de la ngligence, de l'influence des
mauvais gnies, du hasard.

Ces causes peuvent occasionner des dpenses striles; la perte de
gains raliss ou sur le point de l'tre et de chances de fortune pour
l'avenir; l'altration du caractre, une mauvaise humeur insupportable,
la maladie, la perte des cheveux et autres accidents.

Il y a trois sortes de profits et trois sortes de pertes.

Quand une courtisane vit avec un grand et acquiert ainsi, outre la
richesse prsente, des chances de fortune pour l'avenir au moyen des
relations qu'elle se cre, on dit qu'elle fait un gain accompagn
d'autres avantages.

Quand elle reoit de l'argent de mains autres que celles de son amant,
elle court le risque d'une brouille: on dit que cet argent est un profit
avec chances de perte.

Le gain simple est celui qui se fait sans chances d'avantages ou de
dsavantages.

Quand une courtisane, sans rien recevoir, vit avec un grand ou un
ministre avare pour conjurer quelque malheur, cela s'appelle perdre pour
gagner.

Quand, sans en tirer aucun profit, une courtisane se donne  un ladre, 
un belltre ou  un homme  bonnes fortunes, c'est une perte sche.

Quand ces sortes d'amants sont en mme temps favoris du roi, puissants,
cruels et capables de la chasser au premier instant, on dit que la
courtisane perd pour perdre encore.

De ses rapports avec les hommes qui lui plaisent une courtisane doit
tirer  la fois profit et plaisir. A certaines poques, par exemple aux
ftes du printemps, sa mre annoncera  diffrents hommes qu'un certain
jour dsign la courtisane restera avec l'homme qui satisfera tel ou
tel de ses dsirs; quand des jeunes gens sont pris d'elle, elle doit
s'efforcer de tirer parti d'eux pour ses intrts.

DOUTE SUR LE MRITE RELIGIEUX[92].

Le doute sur le mrite religieux se produit quand une courtisane hsite
 congdier un amant qu'elle a ruin, ou bien  se montrer tout  fait
cruelle  un homme qui l'aime et dont les refus feront le malheur dans
ce monde et dans un autre[93].

[Note 92: Ce que nous appellerions un scrupule ou cas de conscience.]

[Note 93: La _Thologie morale_ a un doute semblable:

Une courtisane est pousse par un ami ou par la compassion  avoir des
rapports charnels avec un brahme savant, un tudiant en religion, un
sacrificateur, un dvot ou un ascte qui est en danger de mourir d'amour
pour elle; elle se demande si en y consentant elle acquerra ou perdra
du mrite religieux. Dans ce cas, on dit que son doute est double parce
qu'il porte  la fois sur le gain et sur le mrite religieux.

_Conclusion du chapitre. _Une courtisane doit peser sur tout ce qui
est  son avantage ou  son dtriment,  la fois en ce qui concerne
l'argent, le mrite religieux et le plaisir.

La femme enleve peut-elle tuer son ravisseur?

Quelques thologiens le nient, disant que la pudicit est un moindre
bien que la vie temporelle et la vie ternelle que l'agresseur perdrait,
s'il tait tu.

L'opinion la plus probable est l'affirmative pour le cas o la femme ne
peut autrement empcher l'attentat de se perptrer.]



CHAPITRE IX

De l'tablissement d'une fille de courtisane.

Quand la fille d'une courtisane atteint l'ge de pubert, sa mre doit
runir un certain nombre de jeunes gens ayant,  quelques annes prs,
mme ge qu'elle, mme caractre et mme ducation, et leur faire part
de son intention de la donner pour un mariage d'un an  celui qui lui
fera des prsents qu'elle indiquera.

Ensuite, pour enflammer leurs dsirs par la difficult et l'inconnu,
elle tiendra sa fille en charte prive jusqu' ce qu'il se prsente un
preneur aux conditions spcifies.

Si le plus offrant reste au-dessous de ses demandes, elle fait elle-mme
l'appoint, en secret, de telle sorte que le fianc paraisse avoir donn
tout ce qui tait demand.

Ou bien elle peut laisser sa fille se marier elle-mme dans le priv et
comme  son insu et dire ensuite que, l'ayant appris aprs coup, elle
n'a pu consentir.

La fille doit aussi attirer  elle les fils des habitants riches qui ne
sont point de la connaissance de sa mre; elle se rencontrera avec eux
aux cours de chant, aux concerts et chez des particuliers; puis elle
fera demander  sa mre par une amie ou une suivante l'autorisation de
s'unir  l'homme qu'elle prfre.

Quand la fille d'une courtisane est ainsi donne  un homme, elle reste
avec lui une anne au bout de laquelle le mariage cesse et la femme
devient libre.

Mais si, dans la suite, quand elle est engage avec d'autres hommes, son
premier mari la prie de temps en temps de le venir voir, elle doit,
sans avoir gard au gain qu'autrement elle ferait dans le moment, aller
passer la nuit avec lui.

Ce qui prcde s'applique galement aux filles des bayadres; leur mre
doit leur donner pour premier mari un homme qui pourra lui tre utile de
plusieurs manires[94].

Quand une jeune fille attache depuis l'enfance au service d'une maison
devient pubre[95], son matre doit la tenir renferme loin de tous les
yeux, et quand des hommes qui l'ont connue auparavant s'enflammeront de
dsirs pour elle  cause de la difficult de la voir, il l'accordera en
mariage  l'un d'eux qui pourra lui donner bonheur et richesse.

[Note 94: Il est d'usage dans l'Orient que les courtisanes donnent ou
plutt vendent ainsi leur filles pour un mariage temporaire au moment
o elles deviennent nubiles. Sur la cte de Coromandel, dans les villes
anglaises et franaises, les femmes des pariahs vendent ainsi leurs
filles au moment de la pubert, le prix varie de 50  100 francs;
l'acheteur les garde aussi longtemps qu'il le veut. Le plus souvent
c'est un capitaine au long cours qui fait un court sjour; quelquefois
c'est un clibataire fix dans le pays et auquel la femme donne des
enfants et s'attache.]

[Note 95: Sans doute la fille d'un domestique indigne, ne dans la
maison et adopte. En gnral, en Orient, le mariage affranchit une
jeune fille; en Chine, le matre a l'obligation de la marier quand le
moment est venu.]



                           CONCLUSION

I.--ROTISME SACR CHEZ LES HINDOUS, LES GRECS ET LES SMITES


La connaissance de l'oeuvre de Vatsyayana permettra de classer srement
les pomes hindous que les uns considrent comme mystiques et les autres
comme purement rotiques. Le modle le plus parfait de ces crits est le
_Gita Govinda_ ou le _Chant du Berger_, par Jahadva. Chose remarquable,
on y retrouve l'application des rgles traces par notre auteur. La
confidente de Radha dploie les qualits exiges des intermdiaires et
des messagers d'amour, et agit suivant les principes du titre X, rle de
l'Entremetteuse. De mme Radha se comporte comme il est dit au sujet des
disputes entre amants et des raccommodements au chapitre VI du titre
III, et au chapitre III du titre XI. Il n'y a pas jusqu'aux points
tracs par les dents (chapitre III du titre III) qui ne se voient
dans le pome. Cette remarque historique et l'abondance des images
naturalistes dans le _Gita Govinda_,  l'exclusion des comparaisons
empruntes  la nature morale qui se lisent frquemment dans le
_Ramayana_, ne peuvent laisser aucun doute sur son caractre
exclusivement rotique; c'est, plutt que du mysticisme, un rotisme
sacr destin  faire du dieu le favori, l'idole d'un peuple
sensualiste; c'est videmment le caractre de toute la posie
krishnaste; et comme, dans l'Inde, la posie se confond avec la
doctrine et avec le culte, on peut dj en tirer une consquence
essentielle sur la nature du krishnasme: celle-ci est videmment
tout l'oppos du bouddhisme, son frre ennemi, et plus encore du
christianisme qui sous le rapport des moeurs, a gard la tradition
smitique conforme  la svrit mazdenne. Cette considration conduit
 une autre consquence, c'est qu'il est presque superflu de discuter
sur la priorit des deux religions krishnaque et chrtienne, comme
l'ont fait Jacolliot et Mgr Laounan, puisque ces deux religions
diffrent radicalement pour le fond de la doctrine, pour les moeurs de
leurs adeptes et pour la vie et les exemples de leurs fondateurs. C'est
l un point de la plus haute importance et qui nous conduit  donner
comme complment oblig de notre travail une traduction des chants de
Jahadva. Pour continuer notre comparaison de la morale des Brahmes
avec celle des Payens et des Mazdens ou Smites, nous y ajouterons un
parallle du chant du _Gita Govinda_ avec le rcit potique de la _Mort
d'Adonis_ et avec le _Cantique des Cantiques_. Indiquer les contrastes
entre les posies sacres correspondantes des trois races est le
meilleur moyen de faire ressortir les diffrences entre leurs gnies,
leurs tempraments et leurs tendances.

Ce qui domine dans le _Gita Govinda_, c'est le naturalisme, la grce et
la grandeur, voire mme l'exubrance des images; c'est le reflet d'un
climat et d'une contre o les rgnes vgtal et animal sont tout
puissants. C'est l'absence presque complte de spiritualisme et mme
d'idalisme. Sous ce dernier rapport la posie du _Gita Govinda_ est
infrieure  celle des Vdas. On y sent l'abaissement du gnie aryen
dj alourdi par l'action sculaire du climat torride de l'Inde et
abatardi par les compromissions matrialistes et idoltriques des
brahmes aryens avec les indignes de civilisations infrieures.
La grande physioltrie des Vdas est altre au point d'tre
mconnaissable. Le rle honorable de la femme dans la famille aryenne
primitive s'est perdu, elle n'est plus que l'instrument du plaisir.
C'est le rle de Radha clans ses rapports avec Govinda; celui-ci est en
ralit le seul hros du pome; tout s'y rapporte  lui,  son plaisir,
 sa glorification.

C'est jusqu' un certain point l'inverse dans l'rotisme sacr des
Grecs. Les mythes de Psych et d'Adonis exaltent plutt les desses,
reines de la beaut. Le culte d'Adonis n'est qu'une partie, un pisode
de celui de Vnus. Il devait tre double en raison de sa provenance
syrienne, car les Assyriens confondaient dans leur adoration les
nergies mle et femelle et quelquefois donnaient la prminence 
la dernire. De l l'union de Vnus et d'Adonis dans des hymnes
mythologiques o les Grecs ont apport leur idal de grce et de
lgret. Ces qualits du gnie aryen sont le charme du petit pome de
Bion, comme en gnral de toute la littrature grecque.

La littrature smitique a un caractre tout diffrent. Ce qui y domine,
c'est la beaut morale et la conception svre. Sans doute elle emprunte
de fortes images  la grande nature, aux montagnes, aux fleuves,  la
mer, au ciel; mais son idal est plutt la justice, la bienfaisance, la
sagesse, Dieu; ce qui, malgr un patriotisme exclusif et mme haineux,
fait la supriorit de sa posie, mme sur les Vdas. Ses principales
qualits sont la sobrit, la vigueur et la passion. Elles se trouvent
jusque dans le _Cantique des Cantiques_, le seul pome rotique des
Smites. Contrairement  ce qui a lieu pour le _Gita Govinda_ et
l'_Hymne  Adonis_, ce pome est l'exaltation d'une femme. Et, bien que
par ses termes elle ne se lie en rien  la religion et qu'elle soit
plus rellement passionne que le pome indien et le pome grec, cette
composition est tellement chaste par l'expression qu'on a pu, sans parti
pris, la prendre pour un entretien mystique de Salomon avec la sagesse,
ou du Christ avec l'glise.

A la suite de ces apprciations nous donnons les traductions du _Gita
Govinda_, de l'_Hymne  Adonis_ et du _Cantique des Cantiques_. Aprs
les avoir lus, on pourra se reporter  ces rflexions prliminaires pour
en vrifier la justesse et peut-tre mme pour en tendre la porte.

II.--GITA GOVINDA (LE CHANT DU BERGER), POME DE DJAYADVA

Des nuages obscurcissent le ciel, les noirs Tamalas assombrissent les
bois; le jeune homme perdu dans la fort doit prendre peur des tnbres
de la nuit. Va, ma fille, amne sous notre toit hospitalier le voyageur
qui peut s'garer.

Tel fut l'ordre de Nanda, le pasteur riche en troupeaux; c'est ainsi que
naquit l'amour de Radha et de Ma'dhava[96] qui tantt foltrait sur les
rives de la Yamuna[97], tantt se retirait sous le berceau mystrieux de
verdure, son asile favori.

Si ton me est charme par l'aimable souvenir d'Heri[98], ou sensible
aux ravissements de l'amour, coute la voix de Jayadva dont les accents
sont pleins  la fois de douceur et d'clat.

O toi qui reposes sur le sein de Camala[99], dont les oreilles
tincellent des feux des pierres prcieuses, dont les cheveux sont
boucls avec des fleurs sylvestres; toi  qui l'astre du jour emprunte
son clat, qui as chapp au souffle empoisonn de Caliga[100], qui
as rayonn comme le soleil sur la tribu de Yadu florissante comme le
lotus[101], qui as travers les airs port sur le plumage resplendissant
de Garuda[102], dont la victoire sur les dmons combla de joie
l'assemble des immortels; toi pour qui la fille de Janaka se para
magnifiquement; qui triomphas de Dushana; dont l'oeil brille comme le
lys aquatique; qui as donn l'existence aux trois mondes; qui as suc le
nectar des lvres radieuses de Pedma, comme le Chacora qui se balance
boit les rayons de la lune; victoire  toi,  Heri, seigneur de la
conqute!

[Note 96: Un des noms de Krischna qui signifie le Grand Dieu.]

[Note 97: La Yamuna, aujourd'hui la Jumma, affluent sacr du Gange, qui
longtemps a fait la limite de la patrie Aryenne dans l'Inde.]

[Note 98: Nom de Vichnou dont Krischna est une incarnation. Krischna,
proscrit, fut, tout enfant, port secrtement  Nanda, qui l'leva dans
sa cabane.]

[Note 99: Desse d'amour.]

[Note 100: Serpent, sorte d'Hydre de Lerne que Krischna chtia.]

[Note 101: Tous les frres et cousins de Krischna.]

[Note 102: Garuda, oiseau cleste, messager des dieux.]

Radha le cherchait en vain depuis longtemps, hors d'elle-mme, en proie
 la fivre du dsir; pendant la matine printanire, elle errait entre
les Vasantis entrelacs et fleuris, quand sa confidente lui parla ainsi
avec la gaiet du jeune ge:

Le vent qui se jouait entre les beaux girofliers souffle maintenant des
Himalayas; les votes de la fort retentissent des chants du cocila et
du bourdonnement des essaims d'abeilles. C'est le moment o les jeunes
filles dont les amants sont en voyage ont le coeur perc de douleur,
tandis que les fleurs du bacul s'panouissent dans les touffes pleines
d'abeilles. Le tamala, avec ses feuilles noires et odorantes, prlve un
tribut sur le porte-musk qu'il crase, et les fleurs en grappe du palasa
ressemblent aux ongles de Kama qui dchirent les jeunes coeurs. Le
csara pleinement panoui resplendit comme le sceptre de l'Amour roi du
monde; et le thyrse  pointe acre du ctaka rappelle les traits qui
blessent les amants. Regardez les touffes de fleur de patali couvertes
d'abeilles et semblables au carquois de Smara[103] plein de dards,
tandis que la tendre fleur du caruna sourit de voir tout l'univers
dpouillant la honte (s'abandonnant ouvertement  l'amour). Le modhavi
qui embellit de ses fleurs odorantes au loin les arbres qu'il enlace, et
les riches parfums de la frache mallika namourent jusqu'aux coeurs des
ermites. Les gaies lianes du grimpeur Atimuckta enserrent l'arbre d'Amra
aux tresses flamboyantes et la Yamuna aux flots bleus entoure de ses
circuits les bosquets fleuris de _Vrindavans_. Dans cette saison
enivrante qui rend la sparation si cruelle aux amants, le jeune Heri
foltre et danse avec une troupe de jouvencelles. Une brise pareille au
souffle de l'amour venant des fleurs odorantes du ctaka enflamme tous
les coeurs en parsemant les bois de la poussire fconde qu'elle arrache
aux boutons demi-ouverts de Malika; et le cocila redouble les accords de
sa voix, lorsqu'il voit les fleurs briller sur l'aimable Rasala[104].

[Note 103: Dieu d'amour.]

[Note 104: Pour cette entre en scne, le pote a emprunt son tableau 
l'action de la nature vgtale sur nos sens, action trs puissante dans
l'Inde  cause de l'clat des couleurs et de l'nergie des odeurs et des
parfums. La mme ide a t applique par plusieurs potes et romanciers
et tout particulirement par Emile Zola dans: _La faute de l'abb
Grard_.]

Radha, pique de jalousie, resta muette.

Peu aprs, son officieuse amie, apercevant l'ennemi de Mura[105] dans le
bois, enflamm par les caresses et les baisers que lui prodiguaient les
filles des bergers avec lesquelles il dansait, s'adressa de nouveau 
l'amante qu'il oubliait.

[Note 105: Krischna triompha de Mura, gigantesque Assoura.]

Avec une guirlande de fleurs sylvestres descendant jusqu'au manteau
jaune qui couvre ses membres azurs, le sourire aux lvres, les joues
brillantes, les oreilles tincelantes de l'clat de leurs pendants
agits, Hry est transport de joie au milieu de ces filles.

L'une le presse contre ses seins dresss, en chantant d'une voix
exquise; l'autre, fascine par un seul de ses regards, reste immobile en
contemplation devant le lotus de sa face. Une troisime, sous prtexte
de lui dire un secret  l'oreille, touche ses tempes et les baise avec
ardeur. Une autre le tire par son manteau et l'entrane vers un berceau
d'lgants vanjulas qui tendent leurs bras au-dessus des eaux de la
Yamuna. Il en applaudit une qui danse au milieu du cercle foltre, en
faisant rsonner ses bracelets et battant la mesure avec ses mains.
Tantt il distribue en mme temps des caresses  une jeune fille, des
baisers  une autre et de gracieux sourires  une troisime; tantt
il s'attache passionnment  une seule dont la beaut l'a entirement
subjugu. Ainsi le foltre Hry s'bat, dans la saison des fleurs et
des parfums, avec les filles de Vraja qui se prcipitent avides de ses
embrassements, comme s'il tait le plaisir lui-mme sous une forme
humaine. Et l'une d'elles, sous prtexte de chanter ses divines
perfections, lui murmure  l'oreille: Tes lvres,  mon bien aim, sont
du nectar.

Radha reste dans la fort; mais irrite de ce que Krischna cde ainsi 
toutes les sductions et oublie sa beaut nagure pour lui sans rivale,
elle se retire sous une vote de plantes entrelaces, anime par la
musique des essaims drobant leur doux butin; l elle tombe dfaillante
et adresse cette plainte  sa compagne:

Bien que loin de moi il s'gare en caprices divers et qu'il sourie 
toutes les belles, mon me est pleine de lui; lui dont le chalumeau
enchanteur module des accords qu'adoucit encore le nectar de ses lvres
tremblantes, tandis qu' ses oreilles pendent des pierres prcieuses du
plus bel clat et que son oeil lance la flamme amoureuse; lui dont la
chevelure porte entre ses tresses des plumes de paon qui resplendissent
de lunes multicolores; dont le manteau resplendit comme un nuage d'un
bleu sombre illumin par l'arc-en-ciel; lui dont le gracieux sourire
donne une rougeur plus vive  ses lvres brillantes et douces comme
la feuille humide de rose, tendres et vermeilles comme la fleur du
Bandhujiva[106]; qui tressaille sous les ardents baisers des jeunes
bergres; lui qui claire les tnbres par les rayons que dardent les
bijoux qui ornent sa poitrine, ses poignets et ses chevilles; au front
duquel brille un petit cercle de bois de sandal qui clipse mme la lune
perant entre les nuages irradis; lui dont les pendants d'oreilles sont
forms chacun d'une seule pierre prcieuse prsentant la forme qu'a le
poisson Macar sur l'tendard de l'amour[107]; lui, le dieu  la robe
jaune, auquel font cortge les chefs des dieux, des hommes saints et des
esprits (dmons); lui qui repose tendu  l'ombre d'un beau adamba; qui
nagure me ravissait par la cadence harmonieuse de sa danse gracieuse
alors que toute son me rayonnait dans ses yeux. Mon faible esprit
numre ainsi ses qualits et, quoique offens, s'efforce d'oublier
son injure. Comment ferait-il autrement? Il ne peut se dtacher de sa
passion pour Krischna dont d'autres jeunes filles provoquent l'amour
et qui s'bat avec elles en l'absence de Radha. O mon amie! amne ce
vainqueur du dmon Csi, pour se divertir avec moi; je ne pense qu'au
berceau de verdure, notre asile secret; je regarde anxieuse de tous
les cts et mon imagination amoureuse est toute pleine de sa divine
transfiguration; lui qui nagure m'adressait les paroles les plus
tendres, amne-le ici pour converser avec moi qui, timide et
rougissante, lui parle avec un sourire doux comme, le miel. Lui qui
nagure tait sur mon sein, amne-le pour reposer sur un frais lit de
feuilles vertes o, l'enlaant de mes bras, je boirai la rose de ses
lvres; lui qui a une habilet consomme dans l'art de l'amour, qui
avait coutume de presser de sa main ces appas fermes et dlicats,
amne-le pour partager les jeux de son amante dont la voix rivalise
avec celle du cocila et dont les tresses de cheveux sont lies avec des
fleurs qui ondulent; lui qui autrefois entourait autour de son bras les
tresses de mes cheveux pour m'treindre plus troitement, amne-le vers
moi dont les pieds, dans leurs mouvements, retentissent harmonieusement
du son de leurs anneaux, dont la ceinture rsonne quand elle s'lve et
s'abaisse tour  tour, dont les membres sont dlicats et souples comme
des lianes. Ce dieu dont les joues sont embellies par le nectar de ses
sourires, dont le tendre chalumeau distille le miel, je l'ai vu dans
le bosquet, entour des filles de Vraja qui le guignaient du coin de
l'oeil, et en faisaient leurs dlices; malgr mon dpit, sa vue me
charmait. Doux est le zphir qui prs de lui ride cet tang pur, et fait
clore les fleurs tremblantes de l'Asoka tournant. Il est doux aussi
pour moi quoiqu'il m'apporte aussi le chagrin de l'absence de l'ennemi
de Madhu. Dlicieuses sont les fleurs de l'arbre Amra au sommet d'un
mamelon alors que les abeilles poursuivent avec un doux murmure leur
tche voluptueuse; elles sont dlicieuses aussi pour moi quoiqu'elles
m'apportent le chagrin,  mon amie, en l'absence du jeune Csara[108].

[Note 106: Bandhujiva, l're mystique du monde actuel.]

[Note 107: L'tendard de l'amour porte ce poisson.]

[Note 108: Csara, nom de Krischna.]

A ce moment, l'exterminateur de Cansa[109], ayant rappel  son souvenir
l'aimable Radha, oublia les belles filles de Vraja; il la rechercha dans
toutes les parties de la fort; l'ancienne blessure que lui avait faite
la flche de l'amour se rouvrit; il se repentit de sa lgret et, assis
dans un bosquet sur le bord de la Yamuna, la fille bleue du soleil, il y
exprima ainsi ses regrets:

Elle est partie;--sans doute elle m'a vu entour des foltres bergres;
maintenant, pntr de ma faute, je n'ose pas m'opposer  sa fuite.
Blesse de l'affront reu, elle est partie en colre. Vers quel lieu
a-t-elle dirig ses pas? Quel cours donnera-t-elle  son ressentiment
d'une aussi longue sparation. A quoi me servent les richesses? Que
me fait une arme de serviteurs? De quel prix sont pour moi tous les
plaisirs de ce monde? Quelle joie peut me donner ma demeure cleste?

[Note 109: Cansa (ou Coucha ou Lana), oncle de Krischna, couvert de
crimes.]

Je crois la voir les sourcils contracts par un juste courroux. Son
visage ressemble  un frais lotus sur lequel s'agitent deux noires
abeilles. Son image est si vive dans mon esprit que maintenant mme je
la caresse avec ardeur.

Pourquoi la chercher dans ce bois? Pourquoi profrer des plaintes
striles? O fille svelte, la douleur, je le sais, a dtourn de moi ton
tendre sein; mais j'ignore o tu as fui. Comment t'inviter au retour? Tu
m'apparais dans une vision; tu sembles venir  moi. Mais pourquoi ne te
jettes-tu pas, comme autrefois, dans mes bras?

Pardonne-moi; je ne te ferai plus jamais pareille injure. Accorde-moi
seulement un soupir,  aimable Rhadica; car je succombe  mon tourment.
Ne vois pas en moi le terrible Mahsa [110]. Une guirlande de lys
aquatiques orne mes paules de ses tours dlicats; les bleues ptales
de lotus des champs brillent sur mon cou; ce n'est point la tache bleue
d'un poison [111]. Mes membres sont frotts de poudre de sandal et non
de cendres funraires.

O dieu de l'amour, ne me prends pas pour Mahadva [112]. Ne me fais
pas une nouvelle blessure; ne viens pas vers moi irrit. Je n'aime dj
qu'avec trop de passion, et cependant j'ai perdu ma bien-aime!

[Note 110: Mahsa, nom de Siva, que l'Amour prenait pour but de ses
flches.]

[Note 111: Allusion au poison qu'avait aval Siva.]

[Note 112: _Grand dieu, _nom de Siva, qui tait frott de cendres
funraires.]

Ne prends pas dans ta main cette flche empenne avec une fleur de
l'arbre Amra! Ne bande pas ton arc vainqueur du monde. Mon coeur est
dj perc de traits que dcochent les yeux de Radha noirs et fendus
comme ceux de l'Antilope. Cependant je ne jouis point de sa prsence.
Ses yeux sont des carquois pleins de dards, ses sourcils des arcs et les
pointes de ses oreilles des cordes de soie (pour lier). Ainsi arme par
Ananga, le dieu du dsir, elle marche, desse elle-mme,  la conqute
de l'univers [113]. Tout entier  elle, je ne rve qu' sa dlicieuse
treinte,  l'clair blouissant de ses yeux,  l'odorant lotus de sa
bouche, au nectar de son doux parler,  ses lvres rouges comme les
baies du Bimba; cet ensemble de merveilles qui remplit mon esprit, loin
de calmer ma douleur de son absence, la rend plus vive.

[Note 113: Incessu patuit dea (Virgile).]

La messagre de Radha trouva le dieu dsol, sous des vaniras qui
ombrageaient la rive de la Yamuna. Se prsentant  lui avec grce, elle
lui dcrivit en ces termes l'affliction de sa bien-aime:

Elle rejette loin d'elle l'essence du bois de sandal; jour et nuit, et
mme pendant le clair de lune, gisant morne et immobile, elle couve son
noir chagrin; elle dit que le zphyr de l'Himalaya est empest et que
les bois de sandal sur lesquels il a pass sont le repaire des serpents
venimeux.

Ainsi,  Mahadva, en ton absence, elle ne peut supporter la cuisante
douleur de la blessure que lui a faite le trait de l'amour. Son me est
fixe sur toi. Le dsir la transperce sans cesse de nouvelles flches;
entrelaant des feuilles de lotus, elle compose une armure pour son
coeur dont tu devrais tre la seule cuirasse. Elle forme sa couche des
fragments des flches dcoches contre elle par Kama; ils ont remplac
les douces fleurs sur lesquelles elle aimait  reposer entre tes bras.
Son visage est comme un lys aquatique voil par une rose de larmes, et
ses yeux paraissent comme les lunes qui laissent tomber leurs flots de
nectar quand, dans l'clipse, elles se dbattent sous la dent du dragon
furieux.

Avec du musc elle te peint avec les attributs du dieu aux cinq flches
qui vient de vaincre le Makar, ou bien sous la forme du requin arm
d'une corne aigu et d'une flche ayant pour pointe une fleur d'Amra;
quand elle a trac ainsi ton image, elle l'adore.

O Madhva, s'crie-t elle, je suis gisante  tes pieds, et en ton
absence, la lune mme, quoiqu'elle soit un vase plein de nectar, embrase
mes membres. Alors, par la force de l'imagination, elle te voit devant
elle, toi qu'il est si difficile de possder. Tour  tour, elle soupire,
sourit, se dsole, pleure, marche successivement de tous les cts,
passe de la joie aux larmes, et des larmes  la joie. Elle a pour abri
la fort; pour filets de dfense, le cordon de ses suivantes; ses
soupirs sont la flamme d'un fourr auquel on a mis le feu; elle-mme,
hlas! par l'effet de ton absence, est devenue un timide faon (femelle
du chevreuil), et l'amour est un tigre qui bondit sur elle comme Yama,
le dieu de la mort. Son beau corps est si affaibli que, mme la lgre
guirlande qui ondule sur sa gorge est pour elle un fardeau. Tel est, 
dieu  la brillante chevelure, l'tat auquel ton absence a rduit Radha.
Quand on rpand sur son sein la plus fine poudre de sandal mouille,
elle tressaille comme si un poison la dchirait. Ses soupirs sans trve
forment un souffle ininterrompu et la brlent comme la flamme qui
rduisit en cendres Candarpa. Elle jette tout autour d'elle les regards
de ses yeux pareils  des lys d'eau bleus aux tiges brises qui
panchent des rayons de lumire. Mme son lit frais de tendres feuilles
est pour elle un brasier. La paume de sa main soutient sa tempe brlante
et sans battement comme le croissant qui se lve  la chute du jour.
Heri, Heri, ton nom seul interrompt le silence dans lequel elle est
plonge, comme si son destin tait accompli, comme si elle mourait avec
bonheur de ton absence. Elle dnoue les tresses de ses cheveux; son
coeur palpite avec violence; elle profre des plaintes inarticules;
elle tremble, elle languit, elle rve; elle ne peut rester en place;
elle ferme les yeux, elle tombe, elle se relve, elle s'vanouit dans sa
fivre d'amour; elle peut vivre,  cleste mdecin, si tu appliques le
remde; mais si tu es cruel, elle succombera  son mal. Ainsi, divin
gurisseur, le nectar de ton amour rendra la vie  Radha. Tu ne peux le
refuser  moins que tu ne sois plus dur que la pierre de la foudre. Son
me a longtemps souffert; le bois de sandal, le clair de lune [114] et
le lys aquatique qui rafrachissent tous les autres, ont t pour elle
comme des charbons ardents. Cependant elle mdite [115] patiemment et en
secret sur toi qui seul peux la soulager. Si lu es inconstant, comment
pourra-t-elle, maintenant qu'elle n'est plus qu'une ombre, prolonger
sa vie, mme d'un seul moment? elle que je viens de voir ne pouvant
supporter ton absence, mme pour un instant, comment ne sera-t-elle pas
brise par ses soupirs, aujourd'hui que de ses yeux dj presque ferms,
elle regarde les branches empourpres du Kasala qui lui rappellent le
printemps, cette saison qui a couronn ton amour pour elle.

[Note 114: Le froid produit par la rverbration des rayons de la lune
pendant les nuits claires tait un fait d'exprience dj acquis 
l'poque o crivait Jahadva. Arago en a donn le premier la thorie ou
explication scientifique.]

[Note 115: Nous employons le mot mditer ici et ailleurs dans un sens
diffrent de celui qu'il a gnralement en franais, parce nous ne
pourrions sans priphrase rendre autrement le sens du mot indien qui
veut dire: tre en extase, ou en contemplation devant un objet qu'on
voit ou qu'on se reprsente par la pense. Les Indiens mditent (sont en
extase), par exemple, sur le nombril de Vichnou qu'ils se figurent par
l'imagination.]

C'est ici que j'ai fix ma demeure; va promptement vers Radha;
apaise-la par mon tendre message et amne-la vers moi.

Telle fut la rponse de l'ennemi de Madhu  la confidente qui attendait
anxieusement; elle s'empressa de retourner vers Radha et lui dit:

Pendant que le tide zphyr souffle de l'Himalaya, portant sur ses
ailes le jeune dieu du dsir; pendant que de nombreuses fleurs inclinent
leurs ptales panouies pour pntrer le sein des amants spars, le
Dieu couronn de fleurs sylvestres,  mon amie, se dsespre de ton
absence.

Mme les rayons de la lune, qui font natre la rose, le brlent; et
 mesure que le dard de l'amour s'enfonce dans son sein, il pousse des
gmissements inarticuls, sa douleur ne connat plus de bornes. Il ferme
les oreilles au doux murmure des abeilles; son coeur est noy de chagrin
et chaque retour de la nuit double son tourment. Il abandonne son palais
radieux pour la sauvage fort o il a pour couche la terre humide, et
balbutie continuellement ton nom sous le lointain berceau de verdure,
but des plerins de l'amour. Il mdite sur ta beaut, dans un profond
silence qu'il n'interrompt que pour rpter quelque dlicieuse parole
qui autrefois coula de tes lvres, source unique du nectar dont il est
altr. N'hsite pas,  la plus aimable des femmes; suis le seigneur de
ton coeur. Vois-le avec les magnifiques ornements de l'amour, assoiff
d'un regard favorable de tes yeux, chercher l'asile ombreux dsign. Les
cheveux nous avec des fleurs sylvestres, il se hte vers le bosquet
caress par un doux zphir sur la rive de la Yamuna; l, prononant
ton nom, il joue de son divin chalumeau. Oh! avec quel ravissement il
regarde la poussire dore qu'arrach aux fleurs panouies le zphir qui
a bais tes joues! L'esprit abattu comme une aile qu'on trane et faible
comme une feuille qui tremble, il attend sans doute ton arrive, les
yeux anxieusement fixs sur le sentier que tu dois fouler. Quitte,  mon
amie, les anneaux qui rsonnent  tes chevilles dlicates dans ta danse
lgre; jette rapidement sur tes paules ton manteau azur et cours au
sombre berceau de verdure.

Pour prix de ton empressement,  toi qui luis comme l'clair, tu
brilleras sur la poitrine bleue de Murari semblable  un nuage
printanier orn d'un cordon de perles pareilles  une vole de cygnes
blancs fendant l'air. Belle aux yeux de lotus, ne trompe pas l'espoir du
vainqueur de Madhu; satisfais son dsir; mais va promptement. La nuit
dj venue passera elle-mme rapidement. Il soupire sans cesse; il
tourne de tous les cts ses regards impatients; il rentre dans le
bocage; il peut  peine articuler ton doux nom; il arrange de nouveau sa
couche de fleurs; il a l'oeil hagard; il dlire; ton bien-aim va mourir
du dsir. Le dieu aux rayons clatants disparat dans l'Occident; ta
douleur de la sparation doit disparatre galement. Les tnbres de la
nuit ont encore assombri les tristes penses o se perd l'imagination
passionne de Govinda [116].

[Note 116: Govinda; le pasteur, Krischna.]

Le discours que je t'ai adress gale en longueur et en douceur
le chant du Cocita. Si tu diffres, tu sentiras une souffrance
insupportable. Saisis le moment pour goter le plaisir dlicieux en
rpondant  l'appel du fils de Devaci qui est descendu du ciel pour
dlivrer l'univers de ses maux; c'est une pierre prcieuse bleue
brillant au front des trois mondes. Il est avide de sucer comme une
abeille, le miel du lotus odorant de ta joue.

Alors la jeune amie attentive voyant que, trahie pas ses forces, Radha
ne peut quitter le bouquet d'arbres enlac de lianes fleuries, retourne
vers Govinda qu'elle trouve affol par l'amour et lui peint ainsi l'tat
dans lequel elle a laiss Radha:

Elle se dsespre,  souverain du monde, dans son asile verdoyant; elle
regarde avidement de tous cts dans l'espoir de ton arrive; alors
empruntant de la force  la douce ide de la runion promise, elle
avance de quelques pas, puis tombe dfaillante  terre. Quand elle s'est
releve, elle fait des bracelets avec des feuilles fraches qu'elle
entrelace; elle revt un habillement et des ornements pareils  ceux du
bien-aim, puis elle se regarde en riant et s'crie: Voil le vainqueur
de Madhu! Alors elle rpte sans se lasser le nom de Heriet, avisant un
sombre nuage bleu, elle lui tend les bras en disant: C'est le bien-aim
qui approche.

Ainsi, pendant que tu diffres, elle s'teint dans l'attente, dsole,
pleurant, mettant ses plus beaux ornements pour recevoir son seigneur,
refoulant clans son sein ses violents soupirs; puis,  force d'avoir
l'esprit fix sur toi, elle se noie dans une mer de dcevantes chimres.
Le froissement d'une feuille lui parat le bruit de ton arrive. Elle
arrange sa couche, imaginant dans son esprit mille modes de plaisir; si
tu ne te rends pas prs d'elle, elle mourra cette nuit de dsespoir.

A ce moment la lune versait un filet argent sur les bosquets de
Vrindavan et paraissait une goutte de sandal liquide sur la face du
ciel qui souriait comme une jeune beaut; les nombreuses taches qui
noircissent sa surface semblaient accuser ses remords d'avoir aid les
jeunes filles amoureuses  perdre l'honneur de leurs familles. Avec
l'image d'un faon noir couch sur son disque, elle avanait dans sa
course nocturne; mais Mahadva n'avait point encore dirig ses pas vers
la retraite de Radha; plore, elle exhala cette plainte:

Le moment assign est venu et Heri, hlas! ne se rend point au bosquet.
Le printemps de ma jeunesse,  peine commenc, doit donc se passer ainsi
dans l'abandon! O me rfugier, trompe comme je le suis par l'artifice
de ma messagre? Le dieu aux cinq flches a bless mon coeur et je suis
dlaisse par l'ami pour qui j'ai cherch, la nuit, les rduits les plus
mystrieux de la fort. Depuis que mes meilleurs amis m'ont trompe, je
n'aspire plus qu' mourir; mes sens sont bouleverss et mon sein en feu;
pourquoi, ds lors, rester en ce monde? Le froid de la nuit printanire
m'endolorit au lieu de me rafrachir et de me soulager; des jeunes
filles plus heureuses que moi jouissent de mon bien-aim, et moi, hlas!
je regarde tristement les pierres prcieuses de mes bracelets noircis
par la flamme de ma passion. Mon cou, plus dlicat que la fleur la plus
tendre, est meurtri par la guirlande qui l'entoure, car les fleurs sont
les flches de l'amour et il se fait un jeu cruel de les dcocher. J'ai
pris ce bois pour ma demeure, malgr la rudesse des arbres Vetas; mais
le destructeur de Madhu a perdu mon souvenir! Pourquoi ne vient-il point
au berceau des flamboyants Vanjulas dsign pour notre rendez-vous? Sans
doute, quelque ardente rivale l'enlace dans ses bras, ou bien des amis
le retiennent par de joyeux divertissements. Sinon, pourquoi ne se
glisse-t-il pas dans le bosquet  la faveur des tnbres de la froide
nuit? Peut-tre,  cause de la blessure reue au coeur, est-il trop
faible pour faire mme un seul pas!

A ces mots, levant les yeux, elle voit sa messagre revenir silencieuse
et triste, sans Madhava; la crainte l'affolle, elle se le reprsente au
bras d'une rivale et elle dcrit ainsi la vision qui l'obsde:

Vois, en dshabill galant, les tresses de ses cheveux flottants comme
des bannires de fleurs, une beaut plus attrayante que Radha, qui jouit
du vainqueur de Madhu. Son corps est transfigur par le contact de son
divin amant; sa guirlande s'agite sur sa gorge palpitante. Sa figure,
semblable  la lune, est sillonne par les nuages de sa noire chevelure
et tremble de plaisir pendant qu'elle suce le nectar de ses lvres; ses
pendants d'oreille tincelants dansent sur ses joues qu'ils illuminent,
et les clochettes de sa ceinture tintent dans ses mouvements. D'abord
pudiquement timide, elle sourit bientt au dieu qui l'entoure de ses
bras et la volupt lui arrache des sons inarticuls, pendant qu'elle
nage sur les flots du dsir, fermant ses yeux blouis par la flamme de
Kama qui la consume. Et voici que cette hrone des combats amoureux
tombe puise et rduite  merci par l'irrsistible Mahadva. Mais,
hlas! le feu de la jalousie me dvore et la lune lointaine qui dissipe
les chagrins des autres mortels double le mien.

Vois encore l-bas l'ennemi de Mura, tout entier au plaisir dans le
bosquet que baigne la Yamuna! Vois-le baiser la lvre de ma rivale et
coller  son front un ornement de musc pur, noir comme la jeune Antilope
qui se dessine sur le disque de la lune. Maintenant, comme l'poux de
Reti, il entremle  sa chevelure des fleurs blanches qui brillent entre
les tresses comme les clairs entre les nuages onduls. Sur les globes
de ses appas, il place un cordon de pierres prcieuses qui y brillent
comme de radieuses constellations sur deux firmaments. A ses bras
arrondis et gracieux comme les tiges du lys aquatique et ornes de mains
luisantes comme les ptales de sa fleur, il met un bracelet de saphyrs
semblable  une grappe d'abeilles. Ah! vois comme il attache autour de
sa taille une riche ceinture illumine par des clochettes d'or qui,
lorsqu'elles rsonnent, semblent se rire de l'clat bien infrieur des
guirlandes de feuilles que les amants suspendent aux berceaux mystrieux
pour se rendre propice le dieu du dsir. Couch  son ct, il place le
pied de cette belle sur sa poitrine brlante et la teint de la rouge
couleur du Yavaca. Vois-le, mon amie! Et moi, qu'ai-je fait pour passer
ainsi mes nuits sans joie dans la fort impntrable, pendant que
l'infidle frre de Haladhera treint ma rivale?

Pourtant,  ma compagne, ne va pas te dsoler de la perfidie de mon
jeune infidle! Est-ce ta faute s'il se livre  l'amour avec une troupe
de jeunes filles plus heureuses que moi? Vois comme mon me, subjugue
par ses charmes irrsistibles, brise son enveloppe mortelle et se
prcipite pour s'unir au bien-aim! Celle dont jouit le dieu couronn de
fleurs s'abandonne sur un lit de fleurs  _lui_, dont les yeux foltres
ressemblent aux lys d'eau agits par la brise. Prs de lui, dont les
paroles sont plus douces que l'eau de la source de vie, elle ne ressent
point la chaleur du vent brlant de l'Himalaya. Elle ne souffre point
des blessures faites par Kama quand elle est prs de lui, dont les
lvres sont des lotus d'un rouge blouissant. Elle est rafrachie par la
rose des rayons de la lune lorsqu'elle est couche avec lui, dont les
mains et les pieds brillent comme des fleurs printanires. Aucune
rivale ne la trompe, pendant qu'elle joute avec lui, dont les ornements
tincellent comme l'or le plus prouv. Elle ne s'vanouit pas par
l'excs du plaisir en caressant ce jeune dieu qui surpasse en beaut les
habitants de tous les mondes. O zphir, qui viens des rgions du sud
satur de poussire de sandal souffler l'amour, sois-moi, propice, ne
ft-ce qu'un instant; apporte-moi sur tes ailes mon bien-aim et ensuite
prends ma vie. L'amour me perce de nouveau des traits de ses yeux
pareils aux bleus lys d'eau et me tue; et en mme temps que la trahison
de mon bien-aim me dchire le coeur, mon amie devient l'ennemi (pour
m'avoir trompe); le frais zphir qui rafrachit me brle comme du feu
et la lune qui distille le nectar me verse le poison. Apporte-moi la
peste et la mort,  vent de l'Himalaya! Prends ma vie avec tes cinq
flches! ne m'pargne point; je ne veux plus habiter sous le toit
paternel. Reois-moi dans tes flots d'azur,  soeur de Yama (la Yamuna),
pour teindre l'incendie de mon coeur.

Transperce des flches de l'amour, elle passa la nuit dans l'agonie
du dsespoir. A l'aube matinale, quand elle vit son amant  ses pieds
implorant son pardon, elle le repoussa par ces reproches:

Hlas! hlas! va-t'en Madhava! loigne-toi,  Cesara; ne tiens point un
langage menteur! retourne vers celle qui te captive,  dieu  l'oeil de
lotus! Te voil, les yeux abattus, rouges de la veille prolonge sans
repos pendant toute une nuit de plaisir et souriant encore de ton amour
pour ma rivale. Tes dents,  jeune dieu aux membres azurs, sont devenus
bleues comme ton corps dans les baisers que tu as imprims sur les yeux
de ta favorite teints d'un lustre de bleu sombre, et tes membres, dans
le combat amoureux, ont t marqus de points dont l'ensemble forme
une lettre de conqute crite sur des saphirs polis avec de l'or
liquide[117]. Ta puissante poitrine, sur laquelle est imprim le
large lotus de son pied, revt de ses parois intrieures, comme d'une
enveloppe de feuilles rouges, l'arbre agit de ton coeur. La pression
de ses lvres sur les tiennes me dchire jusqu'au fond de l'me. Ah!
comment peux-tu dire que nous ne faisons qu'un, quand nos coeurs
diffrent si trangement. Ton me,  dieu  la couleur sombre, trahit au
dehors sa noirceur. Comment as-tu pu tromper une jeune fille qui, en se
fiant  toi, brlait de la fivre de l'amour. Tu erres dans les forts
comme les fauves et les femmes sont ta proie. Quoi d'tonnant! Ds
l'enfance tu fus mchant et tu donnas la mort  la nourrice qui
t'avait allait. Puisque ta tendresse pour moi, dont ces forts mme
s'entretenaient, s'est maintenant vanouie, et puisque ta poitrine
marque de lignes rouges est embrase par ton ardente passion pour elle
et menace d'clater, ta vue,  trompeur, me fait, dois-je l'avouer,
rougir de ma tendresse pour toi.

[Note 117: Ce monologue rappelle les rgles de Vatsyayana sur les
pressions, les marques des dents, etc.]

Aprs avoir ainsi invectiv son amant, elle s'tait assise, noye de
larmes, et, silencieusement, elle mditait sur ses attraits divins;
alors sa compagne la reprit doucement:

Il est parti! l'air lger l'a emport. Quelle satisfaction,  mon amie,
goteras-tu maintenant dans ta demeure? Cesse, femme rancuneuse, ton
courroux contre le beau Ma'dhava. Pourquoi porter tes mains gares sur
ces beaux vases ronds, amples et murs comme le doux fruit de l'arbre
Ta'a? Que de fois, jusqu' ce dernier instant, ne t'ai-je pas rpt:
N'oublie pas Heri au teint resplendissant! Pourquoi te dsoler ainsi?
Pourquoi pleurer affole, alors que tu es entoure de jeunes filles qui
rient joyeusement. Tu as compos ta couche de tendres fleurs de lotus;
que ton amant vienne charmer ta vue en s'y reposant! Que ton me ne
s'abme point dans la douleur; coute mes conseils qui ne cachent aucune
tromperie. Laisse Cesara venir prs de toi. Parle-lui avec une douceur
dlicieuse et oublie tous tes griefs. Si tu rponds par des durets 
sa tendresse; si tu opposes un orgueilleux silence  ses supplications
quand il s'efforce de conjurer ta colre par les plus humbles
prostrations; si tu lui tmoignes de la haine alors qu'il t'exprime un
amour passionn; si, quand il est  genoux devant toi, tu dtournes
de lui avec mpris ton visage, les causes cesseront de produire leurs
effets ordinaires; la poussire de sandal dont tu te saupoudres sera
pour toi un poison; la lune aux frais rayons, un soleil brlant;
l'humide rose, un feu qui consume; et les transports de l'amour, les
spasmes de l'agonie.

L'absence de Ma'dhava fut courte; il retourna vers sa bien-aime dont
les joues taient enflammes par le souffle brlant de ses soupirs; sa
colre avait diminu sans cesser entirement; elle prouva toutefois une
joie secrte de son retour. Les premires ombres de la nuit cachant sa
confusion, elle tenait les yeux pudiquement fixs sur ses compagnes
pendant qu'il implorait son pardon avec les accents du repentir:

Dis seulement un mot de bont et les clairs de tes dents tincelantes
dissiperont la nuit de mes craintes. Mes lvres tremblantes sont, comme
le _Chacora_ altr, avides de boire les rayons de lune de tes joues.
O ma bien-aime, naturellement si bonne, renonce  ton injuste
ressentiment. A ce moment le feu du dsir me consume. Oh! accorde-moi
de sucer avec ardeur le miel du lotus de ta bouche. Ou, si tu es
inexorable, donne-moi la mort en me perant des dards de tes yeux
effils; enchane-moi de tes bras et assouvis sur moi ta vengeance. Tu
es ma vie, ma parure, la perle de l'ocan de ma naissance mortelle. Oh!
rends-moi ton amour et ma reconnaissance sera ternelle. Tes yeux que
la nature a faits semblables aux bleus lys d'eau sont devenus dans ta
colre pareils aux ptales du lotus carlate; teins de leur rougeur qui
disparatra ainsi, mes membres sombres afin qu'ils reluisent comme les
flches de Kama qui ont pour pointe une fleur. Pose ton pied sur mon
coeur comme une large feuille qui l'ombrage contre le soleil de ma
passion dont je ne puis supporter les rayons de feu.

tends un cordon de pierres prcieuses sur tes tendres appas; fais
retentir les clochettes d'or de ta ceinture pour proclamer (comme le
tambour qui bat pour une annonce) le doux dit de l'amour. Invite-moi
par d'aimables paroles,  jeune fille,  teindre en rose avec le jus de
l'Alakbaka ces beaux pieds qui doivent faire rougir de honte jalouse
l'blouissant lotus des champs. Ne doute plus de mon coeur qui, tout
tremblant, ne bat plus que pour t'tre ternellement attach. Ton visage
est brillant comme la lune quoiqu'il distille le poison du dsir qui
affole; que tes lvres de nectar soient le charmeur qui seul peut
endormir le serpent ou fournir un antidote contre son venin. Ton silence
m'afflige; oh! fais-moi entendre la musique de ta voix et tanche mon
ardeur par ses doux accents.

Renonce  ta colre, mais non  un amant qui surpasse en beaut les
fils des hommes et qui est  tes pieds.

O toi, souverainement belle entre toutes les femmes, tes lvres sont
une fleur du bandhujiva; la pourpre du madhura flamboyant rayonne sur
ta joue; ton oeil clipse le lotus bleu; ton nez est un bouton de tila.
L'ivoire de tes dents surpasse en blancheur la fleur du chanda. C'est 
toi que le dieu aux flches de fleurs emprunte les pointes de ses traits
pour subjuguer l'univers. Assurment tu es descendue du ciel,  beaut
idale, avec une suite de jeunes desses dont tu runis dans ta personne
tous les charmes divers.

Quand il eut parl ainsi, la voyant apaise par ses hommages soumis,
il se rendit  la hte dans un galant costume au vert berceau. La nuit
couvrait de son voile tous les objets et l'amie de Radha, en la parant
de ses ornements radieux, l'encourageait ainsi:

Obis, aimable Radha, obis  l'appel de l'ennemi de Madhu; son
discours tait lgamment compos de douces phrases; il s'est prostern
 tes pieds, et maintenant il se hte vers sa couche dlicieuse sous
la vote des vanjulas entrelacs. Attache  tes chevilles tes anneaux
tincelants et va-t'en d'un pas lger comme Marala qui se nourrit de
perles. Enivre ton oreille ravie des doux accents de Heri, fte l'amour
pendant que les tendres cocilas, chantant harmonieusement, obissent aux
douces lois du dieu aux flches de fleurs. Ne diffre plus; vois toutes
les tribus de plantes lances qui inclinent du ct du mystrieux
berceau leurs doigts forms de feuilles nouvelles agites par le vent;
elles te donnent le signal du dpart. Interroge ces deux mamelons qui
palpitent mouills par les pures gouttes coulant de la guirlande de ton
cou et les boutons qui, sur leur sommet, se dressent  la pense du
bien-aim; ils te disent que ton me s'lance aux combats de l'amour;
marche, ardent guerrier, marche vaillamment au son des clochettes de ta
parure qui retentissent comme une musique belliqueuse. Emmne avec toi
ta suivante favorite, croise avec sa main tes doigts longs et doux comme
les flches de l'amour; hte tes pas et, parle bruit de tes bracelets,
annonce ton arrive  ce jeune dieu, ton esclave, qui s'crie:

Elle vient; elle va s'lancer vers moi avec transport, prononcer les
accents entrecoups du bonheur, me serrer troitement dans ses bras, se
fondre d'amour.

Telles sont ses penses en ce moment, et dans ces penses, il regarde
jusqu' l'extrmit de la longue avenue; il tremble, il se rjouit, il
brle, il va et vient fivreusement; il est pris de dfaillance quand il
voit que tu ne viens pas et tombe  terre sous son berceau tnbreux.
Voici maintenant que la nuit revt d'atours faits pour l'amoureux
mystre les nombreuses jouvencelles qui se htent vers le rendez-vous;
elle met du noir  leurs beaux yeux; elle fixe les feuilles du noir
tamala derrire leurs oreilles; elle entremle  l'bne de leurs
cheveux l'azur fonc du lys d'eau et saupoudre de musc leurs seins
palpitants. Le ciel de la nuit, noir comme la pierre de touche, prouve
maintenant l'or de leur amour et est sillonn de lignes lumineuses
par les clairs de leur beaut qui surpassent ceux de la beaut des
cachemiriennes les plus blouissantes [118]. Ainsi excite, Radha pera
 travers l'paisse fort, mais elle dfaillit d'motion et de honte
quand,  la lumire de l'clat des innombrables pierres prcieuses qui
tincelaient aux bras, aux pieds et au cou de son bien-aim, elle le vit
sur le seuil de sa demeure fleurie; alors sa compagne l'encouragea de
nouveau et l'entrana par ces paroles passionnes:

Entre,  tendre Radha, sous le berceau de verdure de Heri; gote le
bonheur,  toi dont les appas rient de l'avant-got de la flicit.
Pntre,  Radha, dans ce'berceau tapiss d'une frache couche de
feuilles d'Asola qu'gaient des fleurs radieuses. Sois heureuse,  toi
dont la guirlande s'agite joyeusement sur ta gorge palpitante. Savoure
la volupt,  toi dont les membres surpassent beaucoup en douceur les
gaies fleurs du berceau. Entre,  Radha, dans le vert asile rafrachi et
parfum par les vents qui soufflent des forts de l'Himalaya.

[Note 118: Les femmes du Cachemire, blanches comme des Europennes et
d'une remarquable beaut, taient trs recherches pour les srails des
princes de l'Inde.]

Puises-y le plaisir,  toi dont les accents amoureux sont plus doux que
les zphyrs.--Entre,  Radha, sous le berceau que constellent les vertes
feuilles des lianes grimpantes, et qui rsonnent du doux bourdonnement
des abeilles butinant le miel. Sois heureuse,  toi dont l'treinte
donne la jouissance la plus exquise. Repose,  Radha, sous ce berceau o
t'appellent les accords harmonieux des cocilas; trouves-y les dlices,
 toi dont les lvres plus rouges que les grains de la grenade, font
ressortir la blancheur de tes dents d'ivoire. Son coeur o il t'a si
longtemps porte palpite jusqu' se briser par la violence du dsir;
la soif du nectar de tes lvres le brle. Daigne accorder la vie  ton
captif qui s'agenouille devant le lotus de ton pied; imprime ce pied
sur sa poitrine tincelante, car ton esclave se reconnat lui-mme pay
au-dessus de son prix par la faveur d'un seul de tes regards, d'un seul
ploiement encourageant de tes fiers sourcils.

Elle finit, et Radha, avec une joie timide, dardant ses yeux sur
Govinda, pendant qu'harmonieusement retentissaient les anneaux de ses
chevilles et les clochettes de sa ceinture, entra sous le berceau
mystique du bien-aim qui pour elle tait l'univers. Alors elle
contempla Madhava qui mettait en elle seule tout son bonheur, qui avait
si longtemps soupir pour son treinte et dont la figure rayonnait alors
d'un ravissement infini. Le coeur du dieu tait enlev par sa vue, comme
les flots de la mer le sont par le disque lunaire. Sa poitrine azure
tincelait de l'clat de perles sans taches, comme la surface de la
Yamuna gonfle tincelle des tranes de blanche cume qui couronnent
ses ondes bleues. De sa taille svelte tombaient les plis de sa robe d'un
jaune ple qui semblait la poussire dore parsemant les ptales bleues
du lys d'eau. Sa passion tait allume par l'clair des prunelles
de Radha qui jouaient comme un couple de cygnes au plumage azur,
s'battant prs d'un lotus en fleur sur un tang dans la saison des
pluies. Des pendants d'oreille tincelants comme deux soleils faisaient
clater le plein panouissement de ses joues et de ses lvres qui
brillaient de l'humide rayonnement de ses sourires. Les tresses de sa
chevelure entremles de fleurs taient comme un nuage resplendissant
la nuit des couleurs de l'arc-en-ciel lunaire. A son front, un cercle
d'huile odorante extraite du sandal de l'Himalaya brillait comme la
lune qui vient de se lever sur l'horizon. Tout son corps, illumin par
l'clat d'innombrables pierres prcieuses, resplendissait comme une
flamme. La honte qui, nagure, avait pris pour demeure les larges
pupilles de Radha avait eu honte elle-mme et avait fui. Cette beaut 
l'oeil de faon, contemplait avec ravissement la face resplendissante de
Krischna; elle passait tendrement sur le ct de sa couche et l'essaim
des nymphes ses suivantes s'loignait  petits pas du vert berceau en
s'ventant pour cacher ses sourires.

Govinda, voyant sa bien-aime gaie et sereine, le sourire aux lvres
et les flammes du dsir dans les yeux, lui dit avec transport pendant
qu'elle reposait sur le lit de feuilles entremles de tendres fleurs:

Mets le lotus de ton pied sur mon sein azur[119] et que cette couche
soit mon triomphe sur tous ceux qui sont rebelles  l'amour. Accorde un
moment de transport passionn,  douce Radha,  ton Narayana[120], ton
adorateur. Je te rends hommage. Je presse de mes mains poteles tes
pieds fatigus d'une longue marche. Oh! que ne suis-je l'anneau d'or
qui joue autour de ta cheville! Dis un seul mot d'amour; fais couler le
nectar de l'clatante lune de ta bouche. Puisque ta douleur de l'absence
s'est enfin dissipe, laisse-moi carter le voile jaloux qui me drobe
tes charmes. C'est pour mon bonheur suprme que ces deux pics pntrent
mon sein et qu'ils touffent ma flamme. Oh! laisse-moi boire d'ar-dents
baisers  tes lvres humides. Avec leur eau vivifiante ressuscite ton
esclave consum par l'incendie de la sparation. Longtemps les chants
du cocila au lieu de charmer ses oreilles ont fait son tourment;
rjouis-les maintenant par le tintement des clochettes suspendues autour
de ta taille, musique qui gale presque la mlodie de ta voix. Pourquoi
tes yeux sont-ils demi-clos? rougissent-ils  la vue d'un jeune amant
qu'a dsespr ton cruel ressentiment? Oh! trve au chagrin et que nos
transports en chassent jusqu'au souvenir.

[Note 119: Cela rappelle les Athniennes qui levaient les jambes pour
leurs maris (Aristophane, Lysistrata).]

[Note 120: Nom de Vichnou sur la mer de lait.]

Le matin, elle se leva tout en dsordre, ses yeux trahissant une nuit
sans sommeil; alors le dieu  la robe jaune, considrant ses charmes, se
disait dans son esprit divin:

Les boucles de ses cheveux sont parses au hasard, l'clat de ses
lvres est terni, sa guirlande et sa ceinture ont quitt leurs siges
charmants qu'elle regarde dans un pudique silence, et cependant dans cet
tat sa vue me ravit.

Mais Radha, avant de rparer son dsordre qu'elle voulait drober au
cortge de ses suivantes, adressa  son amant qui s'empressait prs
d'elle ces tendres paroles:

Mets,  fils de Yadu, mets avec tes doigts plus frais que le bois de
sandal, un petit cercle de musc sur ma gorge qui ressemble  un vase
d'eau consacre (bnitier hindou en forme d'une valve allonge) couronn
de feuilles fraches et plac  demeure prs d'un bouquet d'arbres
printaniers pour rendre propice le dieu de l'amour. Frotte,  mon
bien-aim, avec la poudre noire dont le lustre ferait envie aux plus
noires abeilles, ces yeux dont les traits sont plus perants que les
flches lances par l'poux de Reti.

Attache  mes oreilles,  dieu d'une beaut merveilleuse, ces deux
pierres prcieuses empruntes  la chane de l'amour pour que les
antilopes de tes yeux puissent se prcipiter vers elles et y jouer 
plaisir. Mets maintenant un frais rond de musc, noir comme les taches
lunaires, sur la lune de mon front et entremle aux tresses de mes
cheveux de gaies fleurs avec des plumes de paon adroitement arranges
pour qu'elles flottent gracieusement comme la bannire de Kama.
Maintenant,  mon tendre coeur, rajuste mes ornements qui ont gliss et
rattache les clochettes d'or  ma ceinture pour qu'elles reposent sur
leur sige semblable aux collines o le dieu  cinq flches qui vainquit
Sampar[121] garde son lphant pour le combat[122].

[Note 121: Kama qui triompha de Sampar.]

[Note 122: Cet alina rappelle les soins que l'amant doit donner  sa
matresse qui va le quitter, chapitre I du livre II, la Vie lgante,
de Vatsyayana.]

Yadava exultait dans son coeur en coutant sa matresse. Il s'empresse
d'accomplir ses dsirs foltres; il place les disques de musc sur ses
appas et sur son front, teint ses tempes de couleurs clatantes; donne 
ses yeux un nouveau lustre en les encadrant d'un noir plus fonc; orne
les torsades de sa chevelure et son cou de guirlandes fraches, resserre
 ses poignets ses bracelets relchs,  ses chevilles ses bracelets
tincelants et autour de sa taille les clochettes de sa ceinture au son
harmonieux.

Tout ce qu'il y a de dlicieux dans les accords de la musique, tout ce
qu'il y a de divin dans les mditations de Vichnou, tout ce qu'il y a
d'exquis dans le doux art de l'amour, tout ce qu'il y a de gracieux dans
les rythmes de la posie, puissent les heureux et les sages le puiser
aux chants de Jayadva dont l'me est unie au pied de Vichnou.

Puissiez-vous avoir pour soutien Hery qui se partagea en une infinit de
formes brillantes, quand, avide de contempler avec des myriades d'yeux
la fille de l'Ocan, il dploya sa nature de divinit pntrant tout,
pour reflter sa personne sparment sur chacune des innombrables
pierres prcieuses qui constellent les ttes nombreuses du roi des
serpents[123] choisi pour son sige; ce Heri qui, cartant de la gorge
de Petma ses voiles transparents pour contempler les dlicieux boutons
qui la couronnent, l'a subjugue en lui dclarant que quand elle l'a
choisi pour son fianc sur la mer de lait, l'poux de Parvati (Siva) a,
de dsespoir, aval le poison qui a noirci son cou azur.

[Note 123: Le serpent Capelle aux ttes multiples forme comme un
capuchon sur la tte de Vichnou.]

III LA MORT D'ADONIS

Enceinte par un inceste, Myrrha a t change en un arbre dont le tronc
s'entr'ouvre par le travail de Lucine. Il en sort un enfant dans la
gracieuse nudit que le pinceau prte aux amours. C'est Adonis, le plus
beau des enfants. Il parvient  l'adolescence et, jeune homme, est plus
beau que jamais. Il plat mme  Vnus et venge ainsi les infortunes de
sa mre. prise d'un mortel, la desse de la beaut oublie Cythre et
ses rivages sacrs, elle abandonne le ciel lui-mme. Le ciel ne vaut pas
Adonis. Elle s'attache  ses pas, elle est sa compagne assidue. Elle
ddaigne les soins de sa beaut et les frais ombrages; les monts, les
bois, les roches buissonneuses la voient errer la jambe nue, la robe
releve  la manire de Diane; elle anime les chiens, mais contre de
douces et innocentes proies.

Elle vite le sanglier froce, le loup ravisseur, l'ours arm de griffes
cruelles, le lion qui se gorge du sang des troupeaux.

Elle veut qu'Adonis imite sa prudence. Reposant avec lui sur le vert
gazon, leur tendre couche, elle appuie sur le sein du jeune homme sa
tte gracieuse et lui adresse ces paroles souvent interrompues par des
baisers:

De grce,  mon amant, ne sois pas tmraire au pril de mon bonheur.
Ta gloire pourrait me coter trop cher. Ni ton ge, ni ta beaut, ni
rien de ce qui sut toucher Vnus, ne saurait attendrir les monstres
de la fort. Fuis-les, cher Adonis; fuis cette race froce qui fait
toujours front  l'attaque du chasseur. Crains que ta valeur ne nous
soit fatale  tous deux.

Attelant les cygnes de son char, la desse s'lve dans les airs. Mais
les conseils timides rvoltent la valeur; forc dans sa retraite, un
sanglier dont les chiens ont suivi la trace s'apprte  sortir du bois,
lorsqu'un dard oblique lanc par la main d'Adonis l'atteint. Il secoue
le javelot ensanglant, se retourne furieux contre le jeune homme, lui
plonge dans l'aine ses dfenses tout entires et le jette mourant sur la
terre rougie.

Les coursiers  l'aile d'albtre qui emportaient le char de Cythre
n'avaient pas encore atteint les rivages de Chypre; de loin, elle a
reconnu les plaintes de son Adonis expirant; elle descend du ciel vers
lui: quel spectacle! Adonis glac nage dans son sang! Elle dchire ses
voiles, s'arrache les cheveux, se meurtrit le sein:

Ah! cruels destins, s'crie-t-elle, je saurai vaincre la rigueur de vos
lois; ma douleur donnera  mon Adonis l'immortalit. Chaque anne des
solennits funbres rappelleront sa mort et mes regrets; une fleur
dlicate natra de son sang. Elle dit et sa main verse un nectar
embaum sur le sang qui d'abord frmit et bouillonne, comme la surface
des eaux que fouette une pluie violente. Une heure ne s'est pas coule
et de la mare de sang s'est leve une fleur rouge comme les grains de
l'blouissante grenade. Mais son clat est phmre; trop frle, elle
tombe et le vent qui lui donne son nom (anmone de [Grec: anemos]) la
brise et la dtruit.

A chaque anniversaire de la mort d'Adonis on chantait l'hymne suivant:

Je pleurs Adonis; le bel Adonis est mort. Il est mort, le bel Adonis et
les Amours sont en larmes. Quitte,  Vnus, la pourpre clatante; bannis
le sommeil; lve-toi, malheureuse amante, frappe ta poitrine et dis 
tous: Le bel Adonis est mort!

Je pleure Adonis; les amours sont en larmes. Le bel Adonis gt sur le
mont, la cuisse blanche ouverte par une dent blanche, et en expirant
doucement il remplit Vnus de douleur; un sang noir teint ses membres
plus blancs que la neige; ses yeux sont ferms sous ses sourcils et les
roses de ses lvres ont disparu; avec elles a fui le baiser dont Vnus
ne se dtachera jamais. Car Vnus aimera toujours le baiser de l'amant
qu'elle a perdu; mais Adonis ignore le baiser que, mort, il a reu de
Vnus.

Je pleure Adonis; les amours sont en larmes. Cruelle, trois fois
cruelle est la plaie bante de l'an d'Adonis, mais plus cruelle encore
est la blessure faite au coeur de Vnus! les cheveux pars,  peine
vtue, les pieds nus, elle erre dans les bois; les buissons la dchirent
et boivent son sang sacr; les larges valles retentissent au loin de
ses cris perants qui appellent son poux syrien, _ses dlices_.

Des flots de sang baignent le corps inanim d'Adonis jusqu' la
poitrine et rougissent son sein d'albtre.

Hlas, hlas[124]! gmit sur Vnus le choeur des amours! En mme temps
que son merveilleux amant, elle a perdu sa beaut sacre. Car Vnus
tait belle quand Adonis vivait, et sa beaut est morte avec lui. Hlas,
hlas! Tous les monts et tous les arbres rptent: Hlas, Adonis! Les
cours d'eau sacrs s'associent au deuil de Vnus; les sources pures des
montagnes pleurent aussi Adonis; les fleurs elles-mmes se desschent de
douleur; pendant ce temps Vnus, sur toutes les collines, dans toutes
les valles, fait entendre cette plainte: Malheur, malheur  Vnus! Le
bel Adonis est mort. L'cho rpte: le bel Adonis est mort.

[Note 124: Nous n'avons pu traduire que par le mot: hlas, le cri que
poussaient les pleureuses et le cortge du mort. Le mot grec ou latin
n'a pas d'quivalent en franais.]

Pourquoi une chasse tmraire? Beau, comme tu l'tais, pourquoi
combattre un monstre? C'est ainsi que Vnus exhalait sa douleur et les
amours se joignaient  sa plainte. Hlas, hlas, Vnus! le bel Adonis
est mort. Vnus verse autant de larmes qu'Adonis rpand de sang. Des
fleurs s'lvent de la terre ainsi abreuve,--une rose nat de chaque
goutte de sang, une anmone de chaque larme.

Je pleure Adonis; le bel Adonis est mort. Cesse,  Vnus, d'errer
dsespre dans la fort. Voici une tendre couche; voici un lit prpar
pour Adonis. Il est  Vnus, mais, toi, tu es mort,  Adonis! et quoique
mort, tu es beau, beau comme dans le sommeil. Dpose-le vtu du lger
habillement avec lequel il dormait prs de toi d'un sommeil divin sur un
lit d'or; ce lit lui-mme tend les bras  Adonis tout sanglant. Quand
il y sera couch, couronne-le d'or et de fleurs;  sa mort, toutes les
fleurs se sont fltries avec lui. Oins ses membres de l'huile la plus
prcieuse, des plus riches essences. Prissent tous les parfums; puisque
ton parfum, Adonis, a pri. Hlas! hlas! qui pourrait refuser ses
pleurs au malheur de Vnus blesse dans son amour.

Ds qu'elle vit, qu'elle connut la blessure mortelle d'Adonis, ds
qu'elle vit le sang rougir sa cuisse entr'ouverte, lui tendant les bras,
elle s'cria: Vis, Adonis, vis, infortun, pour que je t'treigne
jusqu'au dernier moment, que je te serre dans mes bras et que je
confonde mes lvres avec les tiennes. Relve-toi, Adonis, pour me donner
un baiser suprme, pendant le temps seulement que dure un baiser, un
baiser par lequel le souffle de ta vie s'coulera dans ma bouche et ton
me dans mon coeur; un doux baiser que j'puiserai en buvant ton amour;
un baiser que je garderai en moi comme Adonis lui-mme, puisque toi,
infortun, tu fuis loin de moi, pour toujours, vers le sombre Achron,
vers le roi terrible et inexorable; et _moi_, malheureuse, je vis!
desse, je ne puis mourir pour te suivre.

Reois mon poux,  Proserpine!

Tu es bien plus puissante que moi, car tout ce qui est beau va vers
toi. Hlas, mon dsespoir est sans bornes et ma douleur inconsolable!

Et je pleure Adonis que j'ai perdu et le chagrin me dvore! Tu meurs,
 trois fois regrett! mon bien-aim a pass comme un rve! Maintenant,
Vnus est veuve et les amours sont en deuil. Son baudrier n'existe plus.

Adonis est tendu couch sur la pourpre; autour de lui gmissent les
amours plors, les cheveux rass pour son deuil; l'un d'eux brise du
pied ses flches, l'autre son arc, un troisime son carquois empenn;
un quatrime le dchausse; d'autres apportent de l'eau dans des bassins
d'or, un amour lave sa blessure, un autre vente Adonis de ses ailes.

Hlas! hlas! gmit sur Cythre le choeur des Amours.

L'hymne a teint sa torche tout entire au seuil de son temple.
L'hymen refuse de dvelopper la couronne nuptiale aujourd'hui, car la
sienne est brise. Le chant des pousailles ne rpte plus hymen! hymen!
il gmit: hlas, hlas! hlas, hlas, Adonis! bien plus encore hlas,
hymne!

Les grces pleurent le fils de Cinyre, s'criant de concert: Hlas,
hlas! Il est mort le bel Adonis! Et leurs cris sont encore plus
perants que les tiens,  Dion.

Les muses elles-mmes pleurent Adonis; elles appellent Adonis par leur
chant; mais lui reste sourd  leur appel. Ce n'est point qu'Adonis
ddaigne d'y rpondre. Mais Proserpine retient dans ses liens son
captif.

Cesse ton deuil,  Cythre; ne frappe plus ta poitrine, fais taire les
cris plaintifs; au prochain anniversaire il faudra reprendre le deuil et
les larmes.

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

1er _Acte_. CHAPITRE I

SALOMON

1. Donne moi un baiser de ta bouche; tes mamelles sont meilleures que le
vin.

2. Elles sont parfumes des onguents les plus suaves. Ton nom est de
l'huile limpide. Sa douceur t'a gagn le coeur de tes compagnes.

3. Laisse moi te suivre. L'odeur de tes parfums nous guidera. Nous
tressaillerons et nous nous rjouirons en toi, en nous rappelant tes
mamelles plus douces que le vin: tu es l'amour des justes.

2e _Acte_. L'POUSE

4. Je suis noire,  filles de Jrusalem, mais je suis belle, comme les
tentes sur le Cedar, comme les pavillons de Salomon.

5. Ne faites pas attention  ma couleur, car le soleil m'a noircie. Les
fils de ma mre se sont arms contre moi et m'ont forc de garder les
vignes. Mais je n'ai pas gard ma propre vigne.

6. Apprends-moi,  toi que mon me chrit, le lieu o pat ton troupeau
et celui o tu reposes  midi, afin que je ne m'gare pas vers les
troupeaux de tes compagnons.

SALOMON

7. Si tu t'es perdue,  la plus belle des femmes, va, suis les traces
des troupeaux et fais patre tes boucs prs des tentes des bergers.

8. O mon amie, tu ressembles  mes chevaux de guerre qui ont brill aux
chars de Pharaon.

9. Tes joues sont belles comme celles de la tourterelle; ton cou est
comme un filet de perles.

10. Nous te ferons des colliers d'or marquets d'argent.

L'POUSE

11. Pendant que le roi tait dans son divan, mon nard a exhal son
parfum.

12. Mon bien aim est pour moi comme un sachet de myrrhe, il reposera
entre mes seins.

13. Mon bien aim est pour moi comme une grappe de cypre dans les vignes
d'Engaddi.

SALOMON

14. Tu es belle,  mon amie! tu es belle! Tes yeux sont ceux des
colombes.

L'POUSE

15. Tu es beau,  mon ami, et plein d'clat. Notre lit est de fleurs.

16. Les poutres de notre palais sont de cdre et nos lambris de cyprs.

CHAPITRE II

L'POUSE

1. Je suis la fleur des champs et le lys de la valle.

SALOMON

2. Tel le lys entre les pines, telle mon amie entre les jeunes filles.

L'POUSE

3. Tel l'oranger par rapport aux arbres sylvestres, tel mon bien aim
entre les jeunes hommes. Je me suis assise  l'ombre de celui que mon
coeur dsirait, et son fruit a t doux  mon palais.

4. Il m'a fait entrer dans son cellier  vin; il a rang son amour pour
moi comme des guerriers pour le combat.

5. Ceignez moi de fleurs odorantes; enguirlandez moi des feuilles et
des fruits de l'oranger, fortifiez moi de toutes leurs senteurs, car je
languis d'amour.

6. Il mettra sa main gauche sous ma tte et m'enlacera au-dessous des
paules de son bras droit.

SALOMON

7. Je vous adjure,  filles de Jrusalem, par les gazelles et les biches
des champs, de ne pas troubler son repos, de ne pas veiller ma bien
aime contre son gr.

3e _Acte_. L'POUSE

8. J'entends la voix de mon bien aim; le voici qui bondit dans la
montagne et qui franchit les collines.

9. Comme le petit de la gazelle et le faon; le voici derrire notre mur;
il regarde par les ouvertures de l'habitation; il s'efforce de voir 
travers les grillages[125].

[Note 125: En Orient les habitations n'ont pas de fentres, mais des
ouvertures fermes seulement par des persiennes ou des treillis.]

10. Voici que mon bien aim me dit: Lve-toi, mon amie, ma colombe, ma
toute belle et viens!

11. Car dj la mauvaise saison est passe, les pluies ont cess, les
beaux jours sont revenus.

12. Les fleurs reparaissent dans notre terre; on va commencer la taille;
on a entendu roucouler la tourterelle.

13. Le figuier forme ses fruits; les vignes en fleurs rpandent leur
odeur. Lve-toi, mon amie, ma belle, et viens.

SALOMON

14. Ma colombe est dans les cavits de la pierre, dans les retraits de
la clture; montre-moi ton visage, fais entendre ta voix; car ta voix
est douce et ta figure charmante.

15. Qu'on prenne les petits renards qui dvorent les vignes; car notre
vigne est en fleurs.

L'POUSE

16. Mon bien aim est  moi et je suis  mon bien aim qui se repat au
milieu des lys.

17. Jusqu' ce que le jour ramne le zphir et que les ombres se
dissipent. Reviens,  mon bien aim, semblable  la gazelle et au faon,
sur la montagne de Bether.

4e _Acte_. CHAPITRE III

L'POUSE

1. Pendant des nuits, j'ai cherch sur ma couche, celui qu'aime mon me
et je ne l'ai pas trouv.

2. Je me lverai et je parcourrai la ville; dans les bourgs et les
carrefours, je chercherai celui qu'aime mon me.--Je l'ai cherch et je
ne l'ai pas trouv.

3. Les gardiens de la ville qui font la ronde de nuit m'ont rencontre.
Avez-vous vu celui que mon me chrit?

4. Un peu plus loin, j'ai trouv celui que mon me chrit. Je l'ai pris
avec moi et je ne le laisserai point aller que je ne l'aie fait entrer
dans notre maison et amen dans l'appartement de ma mre.

SALOMON

5. Je vous adjure,  filles de Jrusalem, par les gazelles et les biches
des champs, de ne pas troubler son repos, de ne pas veiller ma bien
aime avant la fin de son sommeil.

5e _Acte_.

6. Quelle est cette beaut qui s'avance du dsert, semblable  une
colonne de fume issue des aromates de la myrrhe, et de toutes les
poudres du parfumeur?

7. Autour du lit de Salomon veillent soixante vaillants entre les plus
vaillants d'Isral.

8. Tous trs aguerris, l'pe nue, appuye  la cuisse, prts contre
tout danger nocturne.

9. Le roi Salomon s'est fait construire avec du bois du Liban un
palanquin semblable  un trne.

10. Les colonnes sont d'argent, l'appui pour la tte est d'or, le
baldaquin est de pourpre et le fond est une marqueterie qui charme les
veux des filles d'Isral.

Sortez de vos maisons,  filles de Sion, pour voir le roi Salomon avec
le diadme dont l'a ceint sa mre, le jour de ses noces, jour de joie
pour son coeur.

CHAPITRE IV

SALOMON

1. Que tu es belle,  mon amie, que tu es belle! Tu as des yeux de
colombe, sans parler de tes traits qu'on ne voit pas[126]. Tes cheveux
sont comme les troupeaux de chvres aux flancs du mont Galaad.

[Note 126: On suppose ici qu'une partie de la figure tait voile comme
aujourd'hui celle des femmes arabes.]

2. Tes dents sont comme des brebis frachement tondues qui montent du
lavoir chacune d'elles ayant sa gemelle et aucune n'tant strile.

3. Tes lvres sont une charpe carlate et ton parler est doux. Tes
joues sont comme des moitis de grenades, et ton voile cache d'autres
attraits.

4. Ton cou est comme la tour de David munie de crneaux et  laquelle
sont suspendus mille boucliers, toute l'armure des vaillants.

5. Tes seins sont deux faons gmeaux qui paissent entre les lys.

6. Jusqu' ce que l'aube ramne le zphyr et que les ombres
disparaissent, j'irai  la montagne de myrrhe et  la colline d'encens.

7. Tu es parfaitement belle,  mon amie, il n'y a sur toi aucune tache.

8. Viens du Liban,  mon pouse, viens du Liban, viens! Laisse ton
regard tomber sur moi du front de l'Amana, des sommets de Samit et
d'Hermon, des demeures des lions, des montagnes des lopards.

9. Tu as fait  mon coeur une blessure incurable, ma soeur, mon pouse,
avec un seul regard de tes yeux, avec une boucle de tes cheveux sur ton
cou.

10. Que tes seins sont beaux  ma soeur, mon pouse! ils sont plus beaux
que le vin, et ton parfum surpasse tous les aromates.

11. Tes lvres sont des rayons de miel; ta langue distille le lait et le
miel; tes vtements exhalent l'odeur de l'encens.

12. Ma soeur, mon pouse est un jardin ferm, une fontaine rserve, une
source d'eau scelle[127].

[Note 127: Dans les versets 12 et 13, l'pouse est dsigne comme la
terre, le jardin, la fontaine de l'poux. Cette comparaison se continue
au chapitre V, jusqu'au 6 acte, dans un langage figur. Prcdemment la
vigne, le lys, etc., paraissent aussi dsigner mtaphoriquement l'pouse
ou s'y rapporter.--Le dernier alina du 5 acte semble une manire
d'exprimer la joie en la faisant partager aux amis.]

13. Ta terre est un paradis (jardin dlicieux) de grenadiers, de
pommiers, de cypre et de nard.

14. Qui abonde en nard, en crocus, en cynemone, en tous les bois
odorants du Liban; la myrrhe, l'alos et tous les meilleurs aromates y
sont en profusion.

15. Fontaine des jardins; puits aviv par les eaux qui se prcipitent du
Liban.

16. Lve toi Aquilon; accours Auster: soufflez sur mon jardin et faites
en exhaler les parfums.

CHAPITRE V

L'POUSE

1. Que mon bien aim descende  son jardin, goter l'orange et la
grenade (_Appel de l'pouse_).

SALOMON

Je suis venu dans mon jardin, ma soeur, mon pouse; j'ai mlang ma
myrrhe et mes aromates dans les proportions voulues; j'ai got les
rayons de mon miel; j'ai bu mon vin et mon lait; amis mangez et buvez!
trs chers enivrez-vous!

6e _Acte_. L'POUSE

2. Je dors et mon coeur veille: c'est la voix du bien aim qui frappe 
ma porte: Ouvre-moi, ma soeur, mon amie; ma colombe, mon immacule; car
ma tte est trempe de rose et mes cheveux dgouttent mouills par la
nuit.

3. J'ai t ma tunique; comment pourrais-je la remettre? Je me suis lav
les pieds, comment les souillerais-je?

4. Mon bien aim a introduit sa main par une fente et mon ventre a
tressailli  son toucher.

5. Je me suis leve pour ouvrir  mon bien aim, la myrrhe coulait de
mes mains et de mes doigts courbs en globe.

45. J'ai tir le verrou de ma porte. Mais le bien aim n'avait pas
attendu. Il tait parti. Mon me s'tait fondue  ses paroles. Je l'ai
cherch et ne l'ai pas trouv; je l'ai appel et il n'a pas rpondu.

7. Les gardiens de ronde m'ont rencontre; ils m'ont frappe et blesse.
Ils ont emport mon voile.

8. Je vous en conjure,  filles de Jrusalem, si vous trouvez mon bien
aim, dites lui que je languis d'amour.

LES JEUNES FILLES

9. Quel est ton bien aim entre les aims,  la plus belle des femmes?
Quel peut tre ton bien aim entre les aims, pour que tu nous implores
ainsi?

L'POUSE

10. Mon bien aim est blanc et vermeil. Il brille entre des milliers.

11. Sa tte est l'or le plus pur, ses cheveux, souples comme des
palmiers, sont noirs comme des corbeaux.

12. Ses yeux sont des colombes au bord de l'eau, qui ont t baignes
avec du lait et se tiennent prs des ruisseaux pleins.

13. Ses joues sont comme de beaux gteaux d'aromates. Ses lvres sont
des lys qui distillent la myrrhe la plus excellente.

14. Ses mains sont des coupes d'or constelles de rubis. Son ventre est
de l'ivoire parsem de saphirs.

15. Ses jambes sont des colonnes de marbre montes sur des bases d'or.

Son aspect est celui du Liban et son port celui du cdre.

16. Sa voix est des plus suaves, tout en lui sduit.

Tel est celui que j'aime et qui m'aime,  filles de Jrusalem.

LES JEUNES FILLES

O s'en est all ton bien aim? De quel ct s'est-il dirig? Nous
voulons le chercher avec toi.

CHAPITRE VI

L'POUSE RETROUVANT SON BIEN AIM

1. Mon bien aim est descendu vers le plant des aromates, pour jouir des
dlices de ses jardins et cueillir des lys.

2. Je suis  mon bien aim et mon bien aim est  moi, lui qui se repat
entre les lys.

SALOMON

3. Tu es belle, mon amie, douce et radieuse comme Jrusalem, imposante
comme un front d'arme.

4. Dtourne tes yeux de moi; car ils m'ont ravi hors de moi. Tes cheveux
sont comme des troupeaux de chvres qui pendent du Galaad.

5. Tes dents sont comme un troupeau de brebis au sortir du lavoir, dont
chacune  sa jumelle et dont aucune n'est strile.

6. Tes joues sont comme des moitis de grenades sous le voile qui drobe
tes autres attraits.

7. J'ai soixante reines, quatre-vingts concubines et des jeunes filles
sans nombre.

8. Mais ma colombe, ma parfaite est unique; elle est l'unique de sa
mre, sa prfre, son tout.

Les jeunes filles l'ont vue et l'ont proclame heureuse entre toutes.
Les reines et les concubines l'ont elles-mmes applaudie (en s'criant):

9. Quelle est celle-ci qui apparat comme l'aurore  son lever, belle
comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme un front
d'arme.

10. Je suis descendu au verger pour voir les fruits de la valle et
savoir si la vigne a fleuri et si les orangers et les grenadiers ont
bauch leurs fruits.

11. Et je n'ai rien su, car mon me tait effare et emporte bien loin
comme les quadriges d'Aminadab.

12. Reviens, reviens,  Sulamite, nous ne pouvons nous passer de ta vue.


CHAPITRE VII

1. N'admire-t-on pas en elle tout un choeur de danse? Que tes pas sont
gracieux et que tes pieds sont beaux dans tes riches chaussures, fille
de roi. Les jointures de tes jambes avec tes flancs ressemblent  des
colliers d'un travail achev.

2. Ton nombril est comme une coupe cisele toujours pleine; ton ventre
comme un tas de froment entour de lys.

3. Tes seins sont comme un couple de faons gmeaux.

4. Ton cou est une tour d'ivoire. Tes yeux sont comme les piscines
d'Hsebon aux portes de Beth-rabbim. Ton nez est comme la tour du Liban
en face de Damas.

5. Ta tte est comme le mont Carmel et tes cheveux l'encadrent, comme de
noires bordures la pourpre royale.

6. Que tu es belle! que tu es ravissante,  la plus aime des femmes.

7. Pour le port et l'lgance de la taille tu es un palmier; tes appas
sont deux grappes.

8. J'ai dit: Je monterai sur le palmier et je cueillerai ses fruits. Tes
seins seront pour moi les grappes de la vigne et l'odeur de ta bouche le
parfum des oranges.

9. Ton gosier harmonieux est un vin excellent; c'est le vin favori du
bien aim; il fait les dlices de ses lvres et de ses dents.

L'POUSE

10. Je suis toute  mon bien aim et il est tout  moi.

7 _Acte_

11. Viens,  mon bien aim, errons  l'aventure dans la campagne,
reposons sous des toits rustiques.

12. Levons-nous le matin pour parcourir les vignes; regardons si elles
sont en fleurs, si les fleurs donneront des fruits; si les orangers ont
fleuri; L je t'abandonnerai mes appas.

13. Les mandragores rpandent leurs parfums. Nos arbres ont tous leurs
fruits; anciens et nouveaux je les ai tous conservs pour toi, mon bien
aim[128].

[Note 128: Cela parat encore une mtaphore.]

CHAPITRE VIII

1. Que n'es-tu mon frre! que n'as-tu suc les mamelles de ma mre! pour
que, en tout lieu o je te rencontre, je puisse te couvrir de baisers
sans que personne me regarde avec mpris.

2. Je te prendrai par la main et je te conduirai dans la maison de ma
mre; j'couterai tes leons; je te prparerai pour breuvage un vin
dlicieux, et le jus des grenades et autres fruits semblables que
j'exprimerai pour toi.

3. Sa main gauche sous ma tte, il m'enlacera au-dessous des paules de
son bras droit.

4. Je vous en conjure,  filles de Jrusalem, ne troublez pas son repos,
ne l'veillez pas contre son gr.

8e _Acte_

SALOMON

5. Quelle est celle-ci qui s'avance du dsert, blouissante d'attraits,
s'appuyant sur son bien aim?--Je t'ai veille sous un arbre fruitier:
L ta mre a t fconde, l elle t'a conue.

L'POUSE

6. Mets-moi sur ton coeur comme un sceau (talisman), place-moi sur
ton bras comme une amulette, car l'amour est fort comme la mort et
la jalousie cruelle comme l'enfer; ses flambeaux sont les torches de
l'incendie (le feu et la flamme).

7. Des torrents d'eau ne peuvent teindre l'amour et la violence des
flots ne saurait le ruiner. Si un homme donne toute sa richesse au lieu
d'amour, c'est comme s'il ne donnait rien.

8. Notre soeur est petite et n'a pas encore de seins. Que ferons-nous 
notre soeur lorsqu'on traitera pour elle?

9. Si c'est un mur couronnons le de dfenses (crneaux) en argent; si
c'est une porte, fermons la solidement avec des ais de cdre troitement
assembls.

10. Je suis un mur. Ma gorge est une tour. Je suis donc  ses yeux comme
ayant trouv le repos.

11. Salomon possde une vigne  Baal-Hamon; il y a prpos des hommes
qui la gardent et donnent chacun mille pices d'argent pour ses fruits.

12. Ma vigne  moi, c'est moi-mme. Qu'il y ait mille pices d'argent
pour toi et deux cents pour ceux qui gardent les fruits.

13. Toi qui te repais dans les jardins, nos amis coutent, fais-moi
entendre ta voix.

14. Fuis,  mon bien aim! bondis comme la gazelle et le faon sur les
montagnes embaumes par les aromates[129].

[Note 129: Ce verset, le dernier, semble indiquer la fin brusque d'une
scne amoureuse.]



DERNIRES RFLEXIONS

Quelle simplicit! quelle sobrit! quelle noblesse d'expression! Et,
par comparaison avec le Govinda Gita, quelle chastet dans les images
avec une passion plus vraie et plus forte!

Ce n'est pas sans doute l'blouissante splendeur de la toute puissante
nature de l'Inde immense; mais c'est la grande posie de la mer et du
dsert qui entourent la terre promise et des montagnes qui la dominent
ou accidentent son relief par de la riche vgtation des rives de la
Mditerrane, au moins dans les parties cites.

C'est encore la vigueur de la nature anime, mlange de la force encore
indompte et de la douceur pastorale.

Le cantique lui emprunte des images tantt suaves, tantt svres,
toujours frappantes. Il en emprunte aussi au caractre viril de la
population  la fois agricole et guerrire au temps des juges et des
Rois. L'esclavage tait une exception. Sous l'autorit du pre, les
membres des deux sexes de la famille, presque sur un pied d'galit et
tous menant une vie pure, travaillaient ensemble  faire fructifier
l'hritage chu en partage  leurs pres. Ces traits ressortent dans la
mise en scne et dans les actes du pome.

Depuis le Cantique des Cantiques, l'envahissement des moeurs orientales,
grecques et romaines, et l'oppression constante de la nation  la suite
de malheurs inous, ont abaiss successivement de plus en plus le niveau
moral de la femme juive. La lettre a tu l'esprit et les rabbins ont
jet ce cri patriotique: Depuis la ruine du Temple, l'amour n'a plus de
saveur.

Selon eux, les aspirations naturelles de la femme juive se rduisent aux
deux satisfactions suivantes que leur assure la Loi:

1 Le droit  la parure, pour qu'elle soit toujours sduisante. C'est
le principe des Brahmes.--Il est prescrit aux juives de s'habiller
magnifiquement le jour du sabbat. Aussi, dans tous les pays ou les juifs
ont conserv leur costume, voit-on, les jours de fte, leurs femmes
surcharges d'toffes brodes d'or ou de couleurs clatantes, de bijoux,
etc.

2 Le droit conjugal--le mari se doit incessamment. C'est  peine si,
par exception, il peut faire une trve de huit jours. La femme du peuple
peut l'empcher de prendre la mer, d'aller  la guerre, de choisir tel
mtier ou telle profession antipathique  l'amour conjugal, par exemple
celle de savant. A ce titre le docteur de la loi, par une immunit
unique, n'est oblig envers sa femme qu'une fois par mois (Voir A.
Castaing: Condition de la femme marie chez les juifs au premier sicle
avant Jsus-Christ).

Pour le prcepte crit  ce sujet, aussi bien que pour le Kama-shastra
il n'y a ni mystre ni oubli. Comme lui, il expose et dirige les choses
par compas et mesures. Il va plus loin, il marque les inconvnients des
mthodes vicieuses, les agrments des bons procds.

L'Erotologie hindoue est au moins gale par le texte officiel de
l'Hbrasme traditionnel.

Excellente mnagre, bonne mre de famille, admise  la synagogue 
certains anniversaires, ftes  la fois de la nation et des familles,
la femme juive se relve  mesure que l'esprit moderne pntre et
rhabilite sa race.

Depuis Salomon jusqu' Esdras, sauf pendant des intervalles plus ou
moins longs et frquents de retour au Dieu unique, un grand nombre
de Juifs pratiqurent les cultes des divinits mles et femelles de
l'Assyrie, d'Adonis et mme de Priape.

On lit au livre III des Rois, Chap. XV, 12 et 13.

Asa, arrire petit-fils de Salomon, fit mettre  mort les effmins et
interdit  sa mre Mancha la prsidence du culte de Priape et du bois
(Lucus) qu'elle lui avait consacr; il dtruisit la grotte de ce dieu,
brisa son idole obscne et en jetta les cendres dans le torrent du
Cdron.

Le prophte Ezchiel rend compte d'une vision o lui apparurent des
femmes qui pleuraient Adonis dans le temple de Jrusalem, des animaux
sacrs de l'Egypte figurs sur ses murs, et, devant le sanctuaire, des
Juifs sacrifiant par le feu leurs enfants sur l'autel de Moloch.

Dans le livre IV nous voyons:

1 Au chap. XVII qui concerne Isral.

21. Aprs Salomon, les dix tribus d'Isral se sparrent de la maison de
David (qui continua de rgner  Jrusalem sur la tribu de Juda et les
lvites) et se donnrent pour roi Jroboam qui leur fit abjurer la loi
de Mose.

22. Isral persvra dans ce pch, adorant les dieux trangers et se
livrant  toutes les abominations (impudicits).

24. Aprs la prise de Samarie leur capitale, le roi d'Assyrie emmena les
dix tribus dans la Mdie et les remplaa par un certain nombre de ses
sujets de diverses provinces. Ceux-ci adorrent  la fois leurs propres
dieux et celui des Juifs.

2 Aux chap. XXI et XXIII qui concernent le royaume de Juda:

XXI. Manass adopta les idoles des nations, rtablit sur les hauts lieux
le culte qu'avait proscrit son pre Ezchias, consacra  Baal des autels
et des bois sacrs (lucos), affecta deux parties du temple de Jrusalem
 toute la milice du ciel (dieux Sidraux des Chaldens), sacrifia son
fils par le feu  Moloch, tablit des oracles, des pythonesses, des
augures, etc.

XXIII. Josias dtruisit tout ce que Salomon et ses successeurs avaient
consacr au culte idolatrique; dans la maison du Seigneur il fit raser
les chambres des _effmins_ et le bois sacr (lucus) o des femmes se
tenaient sous des abris  la disposition de ceux-ci. Il brla le char et
les chevaux du soleil qu'on avait placs  l'entre du temple. Il pollua
et ruina tout ce que Salomon avait lev sur le mont de l'offense[(130)]
 Jrusalem en l'honneur d'Astaroth (d'o Astart) idole de Sidon, de
Chamos (Kama) dieu de Moab et de Melchon Ammon.

[Note 130: (Mons offensionis). On avait ainsi nomm le lieu o Salomon
avait lev des autels aux dieux des peuples voisins, sans doute pour
les concilier aprs les avoir assujettis. Ce fut un grand scandale pour
les Juifs.]

A travers toutes les chutes et tous les scandales, les familles
sacerdotales de Jrusalem et les sectes zlatrices maintinrent toujours
vivace, au moins dans une lite, la foi dans le Seigneur avec une
constance invincible et une passion, dont Jrmie ft l'interprte
sublime dans ses lamentations et surtout dans le psaume CXXXVI.

Nous qui, aprs Branger, avons eu encore  pleurer sur la France, nous
ne pouvons nous empcher d'tre mus par son chant patriotique:

1. Assis sur la rive du fleuve de Babylone, nous pleurions, nous
rappelant les souvenirs de Sion.

2. Nous avons suspendu nos lyres aux saules que baignent ses eaux.

3. Ceux qui nous emmenaient captifs voulurent connatre nos chants
sacrs. Chantez-nous, nous dirent-ils, un des hymnes de Sion.

4. Comment pourrions-nous chanter le cantique du Seigneur sur la terre
trangre?

5. Plutt que de t'oublier,  Jrusalem, que j'oublie l'usage de ma main
droite!

6. Que ma langue reste fixe  mon palais, si je cesse de me souvenir
de toi, si jamais tu cesses d'tre pour moi la source de toute joie, 
Jrusalem!

7. N'oublie pas, Seigneur, les fils d'Edom qui, au jour suprme de
Jrusalem, criaient: Anantissez, anantissez-la jusqu'aux fondements.

8. Et toi, misrable fille de Babylone: heureux qui te rendra les maux
que tu nous as faits, les coups que tu nous as ports!

9. Heureux qui prendra tes enfants pour les craser contre la pierre!

  _Reine du monde,  France,  ma patrie,
  Relve enfin ton front cicatris._




TABLE DES MATIRES


INTRODUCTION

  Des rgles concernant les moeurs dans les trois branches
  principales de la race arienne: les Indiens, les Grecs et les Romains.

  Du naturalisme et de l'rotisme dans les religions et le culte de
  l'Inde brahmanique.

  Du lingam, de l'Yoni, du lingam-yoni.

  Expansion du culte naturaliste en dehors de l'Inde et notamment dans
  l'Asie-Mineure.

AVANT-PROPOS

  LITTRATURE ROTIQUE DE L'INDE
  SON ORIGINE ET SON RLE RELIGIEUX ET POLITIQUE

LE KAMA-SOUTRA. PLAN DU LIVRE

  TITRE PREMIER

  PRLIMINAIRES DU KAMA-SOUTRA

  CHAPITRE I.--Invocation au Dharma,  l'Artha et au Kama. Des mrites
               relatifs  ceux-ci.
  Appendice au chapitre premier.
  1. Hymne  Kama.
  2. Invocations du pome de Lucrce, de _l'Art d'aimer_ d'Ovide et de la
     Callipdie.

  CHAPITRE II.--De la possession des soixante-quatre arts libraux.
  Appendice au chapitre II.
  1. numration des arts libraux donne par le Lalita-Vistara.

  2. Quatre classes de femme. Leurs qualits distinctives, tableau.
  CHAPITRE III.--De la possession des soixante-quatre talents de volupt
          enseigns par le _Kama-Soutra_.
  Appendice.
  1. ducation sensuelle dans l'Inde.
  2. Svre en Occident.
  3. ducation selon Ovide.

  LA VIE LGANTE.--LES DIVERSES SORTES D'UNIONS SEXUELLES,
  L'AMOUR PERMIS ET L'AMOUR DFENDU

  CHAPITRE I.--La vie lgante ou d'un homme fortun.
   1. L'intrieur, les amis et la matresse.
  Appendice au  1.
  1 Barthriari, les amours d'un homme fortun selon les saisons.
  2 Visite de Corine  Ovide; une nuit de Cinthie donne  Properce.
   2. Ftes religieuses; runions de socit; promenades aux jardins et
       aux bains publics.
  Appendice au  2.
  1. Dialogue ou conversation indienne compose de citations des potes;
     une citation de Ptrone.
  2. La jeune vierge; Catulle, l'Arioste, navets gauloises.

  CHAPITRE II.--Diffrentes sortes d'unions sexuelles.
  Appendice.--Deux notes dont une citation du P. Gury.

  CHAPITRE III.--De l'amour permis et de l'amour dfendu.
  Appendice.--1 Les veuves; 2 l'avortement dans l'Inde;  Rome, au
              temps d'Ovide; 3 dcence extrieure dans l'Inde. N 4. De
              l'empchement  l'union pour alliance dans l'Inde.
              Doctrine de l'glise; le P. Gury.

  TITRE III

  DES CARESSES ET MIGNARDISES QUI PRCDENT OU ACCOMPAGNENT
  L'UNION SEXUELLE.


  CHAPITRE I.--Les baisers. Sept sortes de baisers et leur description.
  Appendice.--1 Bathriari; 2 Ovide; 3 des attouchements permis et
                 dfendus. Le P. Gury.

  CHAPITRE II.--Desembrassements ou treintes, classification et
                description.

  CHAPITRE III.--Pressions et frictions; marques avec les ongles,
                 gratignures.
  Appendice.--1 Ovide, frictions: 2 danger des gratignures.

  CHAPITRE IV.--Des morsures. Classification des morsures; comment elles
                doivent tre faites et reues.
  Appendice: Ovide--Properce, livre III, lgie VIII.

  CHAPITRE V.--Des diverses manires de frapper, et des petits cris qui
               rpondent aux coups donns.
  Appendice.--1 Contenance des femmes dans les jeux amoureux; 2 Ovide,
                 coups; Tibulle, scne violente; 3 Properce, lutte des
                 filles de Sparte; Lucien: Lucius et Palestra.

  CHAPITRE VI.--Querelles entre amants.
  Appendice.--Ovide, _Art d'aimer_, livre II. Properce, livre IV, lgie
              VIII, l'Infidlit.

  CHAPITRE VII,--Gots sexuels divers des femmes des diffrentes
                 contres de l'Inde.
  Appendice.--1 Quelques renseignements sur les femmes de l'Inde.
              2 Gots sexuels des dames romaines sous les Csars.
              3 Ce qui en Europe plat aux femmes, suivant leur
                 nationalit.

  TITRE IV

  DES DIFFRENTES MANIRES DE SE TENIR ET D'AGIR DANS L'UNION
  SEXUELLE.

  CHAPITRE I.--Classification des hommes et des femmes d'aprs les
               dimensions de leurs organes sexuels; l'intensit de leur
               passion (gnsique); la dure de l'acte sexuel.
  Appendice.--1 Ovide et Martial; 2 Intensit de la passion; 3 Dure
                 de l'acte charnel; 4 Simultanit des spasmes.

  CHAPITRE II.--Positions et attitudes diverses dans l'accomplissement
                de l'acte sexuel qui favorisent la fcondation.
  Appendice.--1 Ovide, _Art d'aimer_, livre III; 2 Thologiens;
              3 Mdecins.

  CHAPITRE III.--Attitudes qui ont pour but unique la volupt.
  Appendice.--1 De la sodomie imparfaite dans l'Inde, de de la sodomie
                 parfaite dans l'Inde, chez les Musulmans, en Grce et 
                 Rome. 2 Catulle, extrait. 3 Tibulle, extrait. 4
                 Juvnal, extrait. 5 Chez les Arabes, algriens.

  CHAPITRE IV--Rle de l'homme dans l'union, actes divers.--Signes de la
               satisfaction de la femme.
  Appendice.--Plaisir de la femme dans l'union.

  CHAPITRE V.--Ce qui se passe quand la femme prend le rle actif.
  Appendice.--1 Ptrone, le vieillard Eumolpe. 2 Ovide, _l'Art
                 d'aimer_, livre III.

  CHAPITRE VI.--De l'Auparishtaka, ou de l'hymne avec la bouche.
                --Nomenclature des degrs divers. Des eunuques et autres
                personnes qui sont les instrumente de cette union.
                Amours Lesbiennes, opinions diverses des casuistes de
                l'Inde.
  Appendice.--1 Pratique ancienne et actuelle de l'Auparishtaka.
              2 Rle des eunuques dans l'Inde. 3 Autre emploi.

  Note 4. Reprsentation de l'Auparishtaka et autres obscnits. N 5
          Martial. Note 6. Talents intimes de quelques hommes et de
          quelques femmes. N 7 Docteur Garnier.

  TITRE V

  COMMENT, POUR L'ACTE SEXUEL, ON VIENT EN AIDE A LA NATURE


  CHAPITRE I.--Attouchements.--Appendice.--1 Opinion des thologiens.
               2 Opinion des mdecins, Ambroise Par, Jules Guyot,
               Gauthier.

  CHAPITRE II.--Les Apadravyas ou moyen d'augmenter et de diminuer les
                organes sexuels.
  Appendice.--1 Prparations astringentes pour les femmes. 2 Ennemis
                 de la virilit. 3 Onanisme mcanique. 4 Scnes
                 d'aphrodysie. Ovide, Properce, l'Arioste.

  CHAPITRE III.--Aphrodisiaques.--Appendice. 1 Ovide. 2 Les
                 aphrodisiaques actuels en Europe, chez les Chinois, chez
                 les Arabes. 3 Principales affections qui mettent en jeu
                 le systme gnital.

  CHAPITRE IV.--De l'embellissement artificiel.
  Appendice.--1 Conseils d'Ovide aux belles. 2 Filtres et magie.

  TITRE VI

  DES DIVERSES SORTES DE MARIAGES

  CHAPITRE I.--Prceptes gnraux conformes aux lois de Manou.
  Appendice.--1 Hermaphrodisme. N 2. Causes d'empchement au mariage
                 aux yeux de l'glise. N 3 Croisements. N 4.
                 Anomalies sexuelles.

  CHAPITRE II.--Mode de mariage ordinaire entre gens honorables.
  Appendice.--1 Conditions matrimoniales. 2 Ftes du mariage chez les
                 Hindous. 3 Idem chez les Romains, pithalame de
                 Catulle.

  CHAPITRE III.--La lune de miel.
  Appendice.--1 Ovide. 2 Docteur Guyot.

  CHAPITRE IV.--Sduction d'une fille en vue du mariage; Moyens de
                sduction; Signes du consentement de la jeune fille.
  Appendice.--6 Les soeurs de lait. 7 La sduction autorise par les
              brahmanes. 8 Conseils d'Ovide pour la sduction.

  CHAPITRE V.--De la jeune fille qui fat la conqute d'un poux.
  Appendice.--1 Chant des bayadres, entretien d'un homme et d'une
              femme en route. 2 La jeune chinoise.

  CHAPITRE VI.--Formes du mariage.
  Appendice.--Ce qui constitue le lien ou le sacrement d'aprs les
              Brahmes et d'aprs l'glise.... 145

  TITRE VII

  LE HAREM ROYAL

  CHAPITRE I.--Rapports du roi avec ses pouses.
  Appendice.--1 Devoirs que l'usage imposait au roi envers ses pouses.
              2 Les bayadres.

  CHAPITRE II.--Intrigues du roi.
  Appendice.--1 Les amours du roi Agnivarna. 2 Luxe et dbauche des
              empereurs romains.

  CHAPITRE III.--Intrigues des femmes du harem.
  Appendice. Description des btiments du harem d'Agra.

  TITRE VIII

  DEVOIRS DES POUSES

  CHAPITRE I.--Devoirs d'une femme quand elle est la seule pouse.
  Appendice.--_Nos_ 1, 2, 3, 4 et 5. La femme d'aprs Manou, d'aprs
              Hsiode (Mythe de Pandore). Situation actuelle de la
              femme dans l'Inde.
  Note 5. Sa situation chez les chrtiens. Devoir conjugal.

  CHAPITRE II.--Devoirs de l'pouse la plus ge envers les pouses
                jeunes de son mari.

  CHAPITRE III.--Devoirs de la plus jeune pouse.

  CHAPITRE IV.--Devoirs d'une veuve laisse vierge et remarie.
  Appendice.--1 Veuves indiennes. 2 Properce, les Sultys en Orient.

  CHAPITRE V.--Devoirs d'une femme qui ne compte plus pour son mari.

  CHAPITRE VI.--De l'homme qui a plusieurs pouses.
  Appendice.--1 Galanterie obligatoire; douceur envers les femmes. 2
                 Travaux et Habillements des femmes.

  TITRE IX

  RAPPORTS AVEC LES FEMMES DES AUTRES

  CHAPITRE I.--Obstacles aux rapports avec une femme marie.
  Appendice.--1 L'rotomanie. 2 Juvnal. Conseils d'Ovide. 3 Dans
              l'Inde: l'amiti exclut l'amour.

  CHAPITRE II.--Hommes heureux auprs des femmes.

  CHAPITRE III.--Femmes qui se donnent facilement.
  Appendice.--1 Ovide. 2 Catulle. 3 Juvnal. 4 Ptrone, le
              Satyricon. 5 Cruaut des dames romaines. 6 Ovide.
              Juvnal.

  CHAPITRE IV.--Manire de faire la connaissance d'une femme que l'on
                dsire.
  Appendice.--Conseils d'Ovide, Properce.

  CHAPITRE V.--Comment on reconnat la disposition d'esprit d'une femme.
  Appendice.--Ovide, _Art d'aimer_.

  CHAPITRE VI.--Conclusion au Titre IX.
  Appendice.--Properce et loges de Cynthie, plaintes contre elle.

  TITRE X

  COURTAGE D'AMOUR

  CHAPITRE I.--Des gens avec lesquels on peut se lier en vue de leur
               utilit pour l'amour, bien qu'ils soient d'une condition
               infrieure.
  Appendice.

  TITRE XI

  CATCHISME DES COURTISANES.

  CHAPITRE I.--Des diffrentes classes de courtisanes.
  Appendice.--N 1. Barthriari. N 2. Properce. N 3. La tour des
              regrets.

  CHAPITRE II.--Des mobiles qui doivent les diriger.
  Appendice.--Note 1. Ovide demande que les belles soient faciles aux
              potes.--Note 2. Tibulle conseille  Chlo d'accorder,  un
              adolescent des faveurs gratuites.--Note 3. Les potes.
              --Note 4. Ne soyez point jaloux.--Note 9. Il les engage 
              fuir les belltres.

  CHAPITRE III.--Diffrentes sortes de gains des courtisanes, emploi
                 qu'elles doivent en faire.
  Appendice.--1 Dons aux Brahmes  faire par les courtisanes de premier
              ordre. 2 Conseils d'une proxnte  la matresse d'Ovide
              et rponse d'Ovide. 3 Les quatre matresses de Tibulle.

  CHAPITRE IV.--De la courtisane qui vit avec un homme comme son pouse.
  Appendice.--Pricls et Aspasie.

  CHAPITRE V.--Manire de se faire donner beaucoup d'argent par l'amant,
               de le congdier et de le reprendre.
  Appendice.--Martial. Lucien.

  CHAPITRE VI.--Moyens de se dbarrasser d'un amant.
  Appendice.--1 Properce, la corruptrice Achantis.

  CHAPITRE VII.--De l'opportunit de reprendre un ancien amant.
  Appendice.--Conseils d'Ovide.

  CHAPITRE VIII.--1 Profils et pertes des courtisanes. 2 Profits mls
                  de pertes. 3 Pertes en vue d'un profit futur. 4
                  Pertes sches. 5 Pertes en entranant d'autres
                  pertes. 6 Doute sur le mrite religieux.

  CHAPITRE IX.--1 tablissement d'une fille de courtisane. 2 Un
                courtisane marie sa fille pour un an quand elle
                devient pubre. 3 Mariage des jeunes filles de la
                domesticit.

  CONCLUSION

  LE MYSTICISME ROTIQUE DANS L'ANTIQUIT

  I.--L'rotisme sacr chez les Hindous, les Grecs et les Smites.
  II.--Le Gita Govinda.
  III.--La mort d'Adonis.
  IV.--Le Cantique des Cantiques.





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remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
